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Comment créer une publicité Facebook efficace – Episode 22

Épisode diffusé le 12 décembre 2019 par Estelle Ballot

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La publicité facebook a ce truc paradoxal : c’est l’outil publicitaire le plus accessible du marché, et pourtant la majorité des gens qui s’y frottent pour la première fois gaspillent leur budget en quelques jours sans comprendre pourquoi. Joseph Dogno, consultant spécialisé en Facebook Ads depuis 2016 et animateur du podcast No Pay No Play, a passé des années à regarder des entrepreneurs faire les mêmes erreurs. On a épluché sa conversation avec Estelle Ballot pour en extraire ce qui compte vraiment.

Ce qui frappe d’abord dans cet épisode, c’est la franchise. Pas de promesse magique, pas de chiffre sorti de nulle part pour faire briller les yeux. Juste un professionnel qui connaît la machine de l’intérieur et qui dit les choses telles qu’elles sont – y compris les limites. Et ça fait du bien.

Pourquoi la publicité facebook est devenue incontournable (même si on n’en a pas envie)

Voilà le truc que personne ne dit clairement : publier sur une page Facebook sans mettre d’argent derrière, c’est à peu près aussi efficace que coller une affiche dans ta cave. L’algorithme filtre. Il choisit. Et il choisit rarement en faveur des marques.

Joseph Dogno l’explique sans détour :

«Le reach organique sur Facebook, donc la portée organique quand on a une page et qu’on publie à destination de ses fans – des gens qui ont liké la page – cette portée organique est quasiment nulle aujourd’hui. C’est plus le temps passe et plus cette portée naturelle baisse parce que il y a de plus en plus de concurrence, il y a de plus en plus de contenu qui est publié sur Facebook par des gens, par des marques, par des médias, par des artistes.»

Ça, c’est la réalité nue. Et c’est pas nouveau – ça dure depuis 2014-2015, mais beaucoup de petits entrepreneurs font encore semblant de ne pas le savoir.

Reste la question du coût. Et là, le chiffre que donne Joseph est assez saisissant : environ 1 000 personnes touchées pour 5 euros investis. C’est un ordre de grandeur très grossier – les variables sont légion (secteur, audience, format, période) – mais ça donne une idée du ticket d’entrée. Bien loin des centaines de milliers d’euros d’une pub télé. La publicité facebook touche 2,3 milliards d’utilisateurs potentiels sur Facebook seul, sans compter le milliard d’Instagram et le milliard de Messenger. N’importe quel business peut y trouver son audience. En théorie du moins.

Pour aller plus loin sur la question de la répartition des budgets publicitaires entre les grandes plateformes et l’open web, la répartition des budgets pub entre GAFAM et open web est un sujet qui mérite qu’on s’y attarde.

Pas de site web ? La publicité facebook marche quand même

C’est l’idée reçue qui revient le plus souvent. «J’ai pas de site, donc je peux pas faire de pub.» Faux, dit Joseph. Et sa démonstration est convaincante.

Prenons l’exemple qu’il développe : une créatrice de bijoux qui n’a pas encore lancé sa boutique en ligne. Elle a un compte Instagram, elle poste des photos de ses créations, de ses inspirations. Elle peut déjà faire tourner des campagnes pour booster la visibilité de ses vidéos, générer des abonnés, collecter des adresses mail avec une promesse d’offre de lancement. Bref, construire sa communauté avant même d’avoir quoi que ce soit à vendre.

«Il vaut mieux commencer à se construire une communauté donc d’avoir des followers sur Instagram, des fans sur Facebook, de commencer à dire aux gens, donnez-moi votre adresse mail, dès que je lance mon site, je vous préviens et vous aurez une offre spéciale pour les premières acheteuses.»

Ce que j’aime dans cette logique, c’est qu’elle inverse complètement le réflexe habituel. On attend d’avoir le produit fini pour aller chercher des clients. Joseph dit : non, construis d’abord la relation, le produit arrivera dans un contexte bien plus favorable.

La publicité facebook sans site, c’est aussi l’occasion de tester des messages, des visuels, des accroches – et de voir ce qui résonne – avant d’investir dans la construction d’une boutique. C’est pas rien comme information marché. Et ça ne coûte pas grand-chose.

Le bouton «booster» : pratique, mais publicité facebook au rabais

Ah, le fameux bouton. Tout le monde y a cliqué au moins une fois (moi compris, je l’admets). Un post marche bien, Facebook te propose de le «booster» en deux clics pour 10, 20, 50 euros. C’est tentant. C’est simple. Et c’est – selon Joseph – une très mauvaise habitude à prendre sur le long terme.

Sa formulation est savoureuse :

«Pour moi le bouton booster la publication, c’est un peu tu sais comme les livres jaune et noir les trucs pour les nuls. Voilà, c’est un peu Facebook Ads pour les nuls. Je dis ça sans aucune condescendance. J’ai commencé comme ça.»

Ce qu’on perd avec ce bouton, c’est l’accès au Gestionnaire de Publicité – l’outil complet de Facebook qui offre des dizaines d’options de ciblage, de placement, de paramétrage qu’on ne peut tout simplement pas atteindre autrement. Joseph ajoute, avec un sens du chiffre qui donne à réfléchir, que Facebook a probablement gagné des milliards uniquement grâce à ce bouton – chaque utilisateur qui clique sans vraiment savoir ce qu’il fait, en mettant 5, 10 dollars «pour voir».

Ça peut être un point de départ. Mais il ne faut pas y rester. Une fois qu’on comprend que la publicité facebook peut vraiment travailler pour soi, il faut passer au Gestionnaire, créer une vraie campagne, définir un vrai ciblage. Le reste, c’est du budget jeté par la fenêtre – confortablement.

Sur la question du ciblage publicitaire et de ses évolutions récentes, notamment avec la disparition progressive des cookies tiers, faire de la publicité sans data est une question qui va se poser de plus en plus.

Erreur de débutant n°1 : confondre une pub et une campagne de publicité facebook

C’est la première erreur que cite Joseph. Et c’est plus qu’une question de sémantique – c’est une question de façon de penser.

Une pub Facebook, c’est ce que les gens voient : une image, un texte, un bouton. La partie émergée de l’iceberg, dit-il. Une campagne de publicité facebook, c’est une structure complète : un objectif, des audiences, plusieurs variantes créatives. Et c’est dans cette structure que se cachent les vraies décisions stratégiques.

Concrètement, voici comment Joseph décompose une campagne bien construite : deux audiences différentes (par exemple, des femmes de 20-30 ans en province versus des femmes de 40 ans dans les grandes villes qui jouent au tennis), avec dans chaque audience deux images et deux accroches testées. Résultat : 8 publicités en tout, chacune ciblant un profil précis avec un message adapté.

L’outil lui-même est construit autour de cette logique : on commence par choisir un objectif (trafic, conversions, vues de vidéo, fans…), on définit ensuite l’audience et le budget, et seulement en dernier on choisit le contenu créatif. Si tu arrives sur l’interface en pensant «je veux faire une belle pub», tu vas te planter. Si tu arrives en demandant «qu’est-ce que je veux accomplir ?», tout le reste devient plus clair.

Ce que Joseph ne dit pas explicitement mais qui transparaît : beaucoup de gens font de la publicité facebook comme ils feraient une publication organique – avec l’instinct et la créativité au premier plan. C’est insuffisant. La structure de campagne force à réfléchir avant d’agir. C’est inconfortable. C’est exactement ce qu’il faut.

Erreur n°2 : trois objectifs dans une seule campagne

«Je voudrais avoir plus de followers sur Instagram, plus de visiteurs sur mon site et générer des ventes.» Joseph entend ça souvent. Et sa réponse est simple, presque brutale : ça fait trois objectifs, donc trois campagnes.

Chaque objectif nécessite un paramétrage différent, une audience différente, un contenu différent. Facebook lui-même structure son interface autour de cette réalité – la première question qu’il pose est : quel est votre objectif ? Notoriété, considération, conversion. Trois grandes familles, des dizaines de sous-catégories.

«La première chose, c’est bien réfléchir à quel est mon objectif principal. On peut avoir plusieurs objectifs quand on fait des Facebook Ads. Mais faut juste savoir qu’il y aura plusieurs campagnes.»

C’est exactement le problème. Et – ce qui m’a frappé dans cette partie – Estelle Ballot dit quelque chose qui dépasse largement la publicité facebook : c’est ce que son directeur marketing lui répétait dès ses débuts. «C’est quoi l’objectif ?» Revenir toujours à l’objectif. Ça n’a pas changé en 30 ans de publicité, que ce soit en radio, en télé ou en social.

Joseph confirme d’ailleurs que cette erreur n’est pas réservée aux débutants. Des boîtes avec des budgets de dizaines de milliers d’euros par mois font tourner des campagnes sans s’être posé cette question. On ne saura jamais combien d’argent a été brûlé comme ça. Probablement beaucoup.

Sur ce sujet de la mesure et de l’attribution – comment savoir quelle campagne a vraiment généré quoi – la mesure et l’attribution en marketing digital mérite un éclairage complet.

Le pixel Facebook : la pièce que tout le monde oublie d’installer

Troisième erreur – et celle-là, elle fait vraiment mal quand on la découvre après coup. Tu as fait tourner des campagnes pendant deux mois, tu as dépensé 500 euros, et tu n’as aucune idée de ce qui a réellement fonctionné. Parce que tu n’as pas installé le pixel Facebook sur ton site.

Le pixel, c’est quelques lignes de code que Facebook fournit gratuitement à chaque annonceur. On le colle sur toutes les pages du site. Et à partir de là, Facebook peut remonter le fil : quelqu’un a vu cette pub, a cliqué, est allé sur cette page produit, a acheté. Ou n’a pas acheté. Le pixel enregistre tout ça.

Sur WordPress, Shopify, Prestashop, Wix, Squarespace – les grandes plateformes ont des intégrations natives. Il suffit de rentrer l’ID du pixel et c’est fait. Sur une plateforme maison ou moins répandue, ça peut devenir un sujet technique. Mais dans tous les cas, c’est non-négociable si l’objectif est de générer des ventes.

Et ce n’est pas seulement pour mesurer. Le pixel sert aussi à faire du retargeting – cette fameuse technique où les produits qu’on a regardés sans acheter se mettent à nous «poursuivre» sur Facebook et Instagram. Joseph donne des ratios qui font réfléchir :

«C’est les campagnes les plus efficaces en général où on investit le moins d’argent et on a les meilleures performances, on a le retour sur investissement le parfois avec des ratios de x10 x20 x30 pour 10 euros investis, on peut générer 200 euros de vente parce que c’est des gens qui sont déjà assez chaud.»

x30 de ROI. C’est le genre de chiffre qui semble exagéré jusqu’au moment où tu comprends la logique : ces gens sont déjà venus, ils connaissent le produit, ils y pensent encore. Le frein à l’achat n’est pas l’intérêt – c’est autre chose. Un délai de livraison flou, un doute sur la qualité, un prix légèrement trop haut. Une bonne pub de retargeting avec un témoignage client ou la mention «livraison gratuite» peut suffire à débloquer la décision.

La question du tracking, du plan de tag et de la bonne installation des outils de mesure est un sujet à part entière – tout comprendre sur le tracking et Tag Manager peut aider à éviter les erreurs les plus courantes.

La publicité facebook sans pixel, c’est un peu comme conduire les yeux fermés – tu sais que tu avances, tu sais pas vraiment où tu vas ni ce qui se passe autour. Et quand tu ouvres les yeux, t’as pas de données pour reconstruire le trajet.

Pour ceux que la question des données et de leur utilisation post-cookies intéresse – parce que ça va concerner la publicité facebook autant que le reste – la fin des cookies tiers est un sujet sur lequel il faut se positionner maintenant.

Bref. La publicité facebook n’est pas réservée aux pros des interfaces complexes ou aux marques avec des budgets à six chiffres. Joseph Dogno passe son temps à former des entrepreneurs qui partent de zéro – et son message central est assez simple : commence petit (50 euros par mois, c’est déjà quelque chose), commence avec une vraie structure de campagne, installe ton pixel dès le premier jour. Et arrête de booster tes posts en pensant que c’est de la stratégie.

Est-ce que la publicité facebook fonctionne pour tout le monde, dans tous les secteurs, à tous les stades de développement ? Non. Et Joseph ne prétend pas le contraire – il nuance, il donne des limites. Mais pour la majorité des petites structures qui cherchent à toucher une audience ciblée sans passer par une agence et sans dépenser une fortune, l’outil reste redoutablement pertinent. À condition de ne pas le prendre pour quelque chose de simple.

Ce qui m’a frappé – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt dans ma carrière – c’est que les erreurs décrites ici ne sont pas des erreurs techniques. Ce sont des erreurs de pensée. La structure avant le visuel. L’objectif avant le budget. La mesure avant l’optimisation. La publicité facebook ne pardonne pas quand on brûle ces étapes. Et LinkedIn Ads non plus d’ailleurs – si vous vous demandez comment les deux plateformes se comparent pour du B2B, optimiser ses campagnes LinkedIn Ads est un autre exercice qui demande la même rigueur méthodologique.

Questions fréquentes

Quel budget minimum pour faire de la publicité facebook ? +
On peut commencer avec 1 euro par jour, soit environ 30 euros par mois. C'est suffisant pour tester une audience et générer du trafic sur un article de blog ou une page de présentation. Joseph Dogno conseille de ne pas se mettre de pression financière et de partir avec une somme qui ne fait pas mal au porte-monnaie - 50 euros par mois est une base raisonnable pour un entrepreneur qui démarre. Avec ce budget, on ne pourra pas faire d'AB testing intensif, mais on peut déjà apprendre comment réagit son audience.
Faut-il avoir un site web pour lancer une publicité facebook ? +
Non. La publicité facebook propose des objectifs qui n'ont pas besoin d'un site : gagner des abonnés sur une page, générer des vues de vidéo, obtenir des interactions sur des posts, ou collecter des adresses mail via des formulaires natifs Facebook. Pour une créatrice qui prépare le lancement de sa boutique, commencer à construire une communauté sur Instagram ou Facebook avant même d'avoir un site est souvent plus efficace que d'attendre d'avoir tout prêt.
Quelle est la différence entre booster une publication et créer une campagne publicité facebook ? +
Le bouton booster est une version simplifiée qui donne accès à très peu d'options de ciblage et de placement. Le Gestionnaire de Publicité Facebook offre des dizaines de paramètres : objectif de campagne, audiences détaillées, placements manuels, tests créatifs multiples. Booster peut servir de première expérience, mais pour rentabiliser son budget, il faut passer par le Gestionnaire.
C'est quoi le pixel facebook et pourquoi c'est indispensable ? +
Le pixel Facebook est un code fourni gratuitement par Facebook à installer sur toutes les pages de son site. Il permet de traquer les actions des visiteurs - pages vues, ajouts au panier, achats - et de relier ces actions aux publicités qui les ont générées. Sans pixel, impossible de savoir quelle campagne a vraiment converti. Il permet aussi de créer des audiences de retargeting : cibler les visiteurs qui sont venus sur le site mais n'ont pas acheté, avec des ratios de retour sur investissement pouvant dépasser x20 ou x30 selon Joseph Dogno.
Combien de personnes peut-on toucher avec 5 euros de publicité facebook ? +
Environ 1 000 personnes, selon l'ordre de grandeur donné par Joseph Dogno. C'est une estimation très variable selon le secteur, l'audience ciblée et la période. Mais ça illustre l'accessibilité de la plateforme comparée à des médias traditionnels.
Quelles sont les principales erreurs à éviter en publicité facebook quand on débute ? +
Trois erreurs reviennent systématiquement. Première : penser en termes de pub plutôt que de campagne, ce qui empêche de réfléchir stratégiquement à l'objectif et aux audiences. Deuxième : vouloir atteindre plusieurs objectifs avec une seule campagne - trafic, ventes et notoriété nécessitent trois campagnes distinctes. Troisième : ne pas installer le pixel Facebook sur son site avant de lancer, ce qui rend toute mesure de performance impossible et empêche le retargeting.

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