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le podcast comme outil marketing avec Matthieu Stefani – episode 70

Épisode diffusé le 22 avril 2021 par Estelle Ballot

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Le podcast outil marketing le plus efficace en France, c’est peut-être celui que son créateur n’a jamais voulu faire pour vendre. Matthieu Stefani a lancé Génération Do It Yourself en 2017 sans brief, sans stratégie d’acquisition, sans deck PowerPoint. Juste une curiosité et une conviction : il attendait un podcast business à la française, il ne venait pas, alors il l’a fait lui-même. Résultat quatre ans plus tard : 500 000 écoutes par mois, Google et Microsoft comme clients entrants chez son agence Cosa Nostra, et une équipe dédiée exclusivement à gérer l’inbound généré par le show. Ce qui est intéressant – et un peu contre-intuitif – c’est que le contenu ne parle presque jamais de ce que fait l’agence.

Dans cet épisode du Podcast du Marketing, Estelle Ballot l’a fait parler pendant près de 50 minutes. Ce qui en ressort n’est pas un tutoriel. C’est quelque chose de plus rare : une vision cohérente de ce que le média audio peut faire pour une marque, à condition de ne pas y aller pour les mauvaises raisons. Et les mauvaises raisons, Stefani les connaît mieux que quiconque – il a failli les avoir lui-même.

Pourquoi Matthieu Stefani a lancé un podcast (et pas pour ce que vous croyez)

La question paraît simple. Elle ne l’est pas. Stefani y répond avec une précision qui tranche avec le discours habituel des créateurs de contenu.

« Je l’ai lancé pour moi. Je l’ai lancé pour moi avant toute chose et pas du tout de manière égoïste. C’est juste que je suis curieux, j’écoutais plein de podcasts particulièrement en venant d’Amérique du Nord, je me disais tiens c’est bizarre, il y en a pas en France. »

Ce truc-là, je l’ai lu cent fois dans des interviews de créateurs. Mais rarement avec cette conclusion : si les résultats business n’étaient jamais venus, il aurait quand même été gagnant. Parce que le format l’a forcé à progresser, à rencontrer des gens extraordinaires, à structurer sa pensée en public.

Et c’est exactement là que le podcast se distingue de presque tous les autres formats de contenu. Une vidéo YouTube, tu peux la produire en mode recyclage. Un post LinkedIn, tu peux le bâcler en 20 minutes (et faire du buzz sur LinkedIn sans avoir grand chose à dire, c’est plus facile qu’on ne croit). Un épisode de podcast où tu interviewes quelqu’un pendant une heure – là, tu peux plus tricher. La voix porte tout. Ou elle porte rien.

Stefani parle d’un truc qu’il appelle le « problème de légitimité ». Ce sentiment universel qui te fait dire : mais qui je suis pour parler de ça ? Sa réponse est brutale : au bout de 100 épisodes, ceux qui te questionnent ta légitimité, on s’en fout. Vas-y. Point.

500 000 écoutes par mois : ce que ce chiffre dit vraiment sur le podcast outil marketing

500 000 téléchargements mensuels. Stefani compare ça à la population de Lyon qui l’écouterait tous les mois. C’est une image, mais elle est utile.

Ce qui est moins souvent dit : sur ces 500 000 personnes, seule une fraction infime est dans la cible directe de Cosa Nostra. Il le reconnaît lui-même. Et alors ? C’est là que la mécanique devient intéressante. Le podcast outil marketing ne fonctionne pas comme une campagne d’acquisition classique. Il n’est pas calibré pour convertir immédiatement. Il est calibré pour que, quand quelqu’un a besoin d’un partenaire digital, le nom Cosa Nostra lui vienne à l’esprit en premier.

« Mon idée c’est de dire quand je touche 500 000 téléchargements par mois, même si là-dessus j’en touche que 10 000 ou 20 000 qui m’intéressent… c’est des stratégies de top of mind, tu vois. Comme le faisait Coca-Cola dans les années 80-90. »

La comparaison Coca-Cola n’est pas là pour frimer. Elle décrit précisément le mécanisme : saturation douce de la mémoire, pas conversion immédiate. C’est une logique de marque, pas de performance. Et c’est exactement pourquoi la plupart des entreprises ratent leur entrée dans le podcast – elles attendent des leads en 3 mois et coupent avant que ça commence à travailler.

Ce qui m’agace dans 90 % des articles sur ce sujet, c’est qu’on présente le podcast comme un outil de conversion rapide. C’est faux. C’est un outil de construction de marque, lent, profond, et dont les effets sont souvent impossibles à attribuer directement dans un tableau Excel.

Quand l’inbound déborde : le problème inattendu du podcast outil marketing

Il y a 18 mois avant l’enregistrement de cet épisode, Team – l’associé de Stefani en charge du business chez Cosa Nostra – était seul pour gérer les demandes entrantes. Seul. Aujourd’hui, ils sont cinq, bientôt six. Et ils ne gèrent que de l’inbound.

Aucun démarché. Zéro cold call. Pas de commercial terrain. Que des gens qui ont entendu Stefani quelque part et qui ont dit : on veut bosser avec eux.

Mais – et c’est la partie que personne ne raconte – ça a créé des trous dans la raquette. Des prospects qui contactaient Cosa Nostra et à qui personne ne répondait. Pas par arrogance. Par débordement pur. L’agence avait ses clients, ses équipes à gérer, et le flux entrant était devenu ingérable sans process.

« Il y a un moment où en fait de temps en temps on était relancé par des clients qui nous disaient mais j’hallucine ou quoi, vous je vous ai proposé de voir si on pouvait bosser… c’est juste que c’était des trous dans la raquette. »

Ça c’est la réalité du podcast outil marketing quand ça marche vraiment : tu dois anticiper le débordement avant qu’il arrive. Ce qu’ils ont réglé ensuite – process, qualification, CRM – mais après coup. C’est utile à savoir si tu te lances avec l’idée que l’inbound, c’est plus simple à gérer que l’outbound. Spoiler : non.

Il y a aussi une autre limite que Stefani pointe du doigt : l’inbound, tu choisis pas complètement ce qui rentre. Si tu veux des clients dans un secteur précis ou d’une certaine taille, un contenu trop large comme le sien ne te donne pas ce levier. C’est un vrai sujet, construire sa mailing list ou son audience autour d’une niche précise répond mieux à ce problème.

Le podcast outil marketing ou l’art de parler à côté de son business

Générations Do It Yourself ne parle pas de stratégie digitale. Pas de UX. Pas de SEO. Pas de développement web. Stefani reçoit des sportifs de haut niveau, des artistes, des entrepreneurs de secteurs sans aucun rapport avec l’agence. Yannick Noah. Cédric Villani. Marc Lévy. Edgar Grospiron. Près de 200 invités au compteur.

Et pourtant : Google, Microsoft, Taguer ont signé avec Cosa Nostra en passant par le podcast.

Comment ? Pas par la pertinence du contenu. Par les valeurs qu’il diffuse. Stefani le formule autour d’une thèse simple : on est la moyenne des personnes qu’on fréquente. Son podcast existe pour qu’il puisse fréquenter des gens extraordinaires. Les auditeurs qui adhèrent à cette vision – qu’ils soient futurs clients, futurs collaborateurs ou futurs associés – viennent à lui parce qu’ils ont compris qui il est. Pas ce qu’il fait.

C’est une construction de valeurs de marque par le contenu, poussée à son extrême. Et c’est ce qui le rend difficile à copier – parce que ça demande une cohérence sur le long terme que la plupart des entreprises ne maintiennent pas au-delà de 6 mois.

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à m’intéresser au sujet – c’est que le podcast le plus efficace pour une marque est souvent celui qui ne ressemble pas à une brochure commerciale. La promo à l’intérieur de l’épisode, c’est OK. Mais le contenu lui-même doit exister pour une raison autre que vendre.

Ce que le Super Daily prouve sur la discipline du contenu audio

À un moment dans la conversation, Stefani cite Super Natif et leur podcast quotidien Le Super Daily comme exemple de ce que la régularité fait à une marque.

Tous les jours. Une émission sur les réseaux sociaux. Produite par une agence qui conseille des marques sur les réseaux sociaux. La logique est évidente – trop évidente, en fait, pour qu’on mesure ce que ça représente comme contrainte.

« Quand tu lances un projet comme ça, tu dis OK tous les matins on va faire ça. Il y a un moment ça te fait progresser, c’est quand même une pression monstrueuse que tu te mets pour être bon parce que c’est public. »

Public. C’est le mot clé. Quand tu crées du contenu en privé – une note, un doc interne, une réunion d’équipe – tu peux te permettre de ne pas avoir la réponse. Quand c’est public, tu es obligé de creuser. Et c’est ça que Stefani appelle «loupé un truc» quand quelqu’un lui dit qu’il n’a pas le temps de créer du contenu. Peu importe que tu sois PDG de Total ou d’une boîte de 3 mois, une demi-journée par semaine pour réfléchir en public à ton métier, c’est le minimum. Pas une option.

Et là, franchement, la plupart passent à côté. Pas parce qu’ils manquent de temps. Parce qu’ils sous-estiment ce que la création régulière fait à leur niveau de réflexion. Le podcast outil marketing n’est pas juste un canal de diffusion. C’est un outil de pensée. Pour se lancer dans le podcast avec cette mentalité, ça change tout – y compris la durabilité du projet sur le long terme.

Pourquoi la voix change tout – et ce que ça implique pour ta marque

Estelle Ballot soulève un point dans l’épisode qui mérite qu’on s’y arrête : le podcast est un média d’intimité. La grande majorité des auditeurs écoutent avec un casque. Tu es dans leur oreille. Littéralement.

Stefani va plus loin. Il décrit la voix comme quelque chose de «bestial» – pas dans le sens péjoratif, mais dans le sens primitif. La voix précède l’écriture. Les oiseaux se comprennent par le chant. On perçoit instinctivement quand quelque chose sonne faux, avant même de comprendre pourquoi.

Ce que ça veut dire concrètement : tu peux faire du mauvais SEO pendant un moment avant que Google te sanctionne. Tu peux poster des contenus médiocres sur LinkedIn (et travailler ta visibilité sur LinkedIn malgré tout, ça existe). Mais un podcast où tu n’es pas authentique, ça se sent dès le premier épisode. L’audience décroche. Pas progressivement. Immédiatement.

C’est pour ça que Stefani insiste autant sur le fait de lancer son podcast «pour soi». Pas comme un slogan de développement personnel. Comme une condition technique de survie du format. Si tu ne trouves pas toi-même de plaisir à l’exercice, ça va sonner creux. Et dans un casque, ça s’entend.

La concession que je vais faire ici : tout le monde ne peut pas faire ce que Stefani a fait. Générer 500 000 écoutes par mois avec un contenu qui ne parle pas directement de son business, ça demande un talent d’intervieweur réel, une notoriété préalable, et une capacité à tenir 4 ans sans ROI mesurable. Pour une PME qui cherche des clients demain matin, c’est une stratégie risquée. Mais pour construire une marque qui dure – et attirer les bons clients, les bons talents, les bons associés – c’est peut-être la voie la plus solide qui existe aujourd’hui. À condition de ne jamais ouvrir Google Analytics pendant les 18 premiers mois.

Estelle Ballot résume ça mieux que moi en fin d’épisode : le podcast outil marketing n’est pas juste un canal. C’est une preuve de compétence en temps réel, épisode après épisode. Et si tu veux comprendre comment d’autres médias remplissent le même rôle – notamment les effets de FOMO et de nouveaux formats audio comme Clubhouse à l’époque – le terrain est plus riche qu’il n’y paraît.

Questions fréquentes

Comment utiliser un podcast comme outil marketing pour son entreprise ? +
Un podcast outil marketing fonctionne principalement comme un levier de notoriété et de top of mind, pas de conversion directe. Matthieu Stefani en est l'exemple le plus documenté en France : Génération Do It Yourself ne parle pas des services de son agence Cosa Nostra, mais les valeurs diffusées dans chaque épisode attirent naturellement des clients, collaborateurs et associés qui partagent la même vision. L'idée est de créer une présence mémorable dans un domaine, pour que votre marque soit la première citée quand un prospect a besoin de vous.
Combien faut-il d'écoutes pour qu'un podcast génère des clients ? +
Il n'y a pas de seuil universel. Matthieu Stefani estime que sur 500 000 écoutes mensuelles, seule une fraction - 10 000 à 20 000 personnes - correspond à la cible réelle de Cosa Nostra. Ce qui compte, c'est la qualité de l'audience sur la quantité. Un podcast de niche avec 5 000 auditeurs très ciblés peut générer plus de business qu'un show généraliste à 100 000 écoutes.
Est-ce qu'un podcast outil marketing donne des résultats rapidement ? +
Non. Stefani est clair là-dessus : les résultats sont mauvais au début, et si vous faites ça uniquement pour l'inbound, vous serez vite déçu. C'est un marathon. Chez Cosa Nostra, l'équipe dédiée à l'inbound généré par le podcast n'existait pas il y a 18 mois - elle est aujourd'hui composée de 5 personnes. Mais ça a pris plusieurs années pour en arriver là.
Faut-il parler de son métier dans son podcast pour attirer des clients ? +
Pas nécessairement, et c'est ce que prouve Génération Do It Yourself. Le podcast de Stefani parle de personnes qui se sont construites par le travail - sportifs, artistes, entrepreneurs de tous secteurs - sans jamais mentionner directement les services de Cosa Nostra. Ce sont les valeurs véhiculées qui créent l'alignement avec les clients potentiels, pas le contenu commercial.
Quel matériel faut-il pour lancer un podcast outil marketing ? +
Un ordinateur, un bon micro, et un hébergeur (à partir de 10-15 euros par mois). La vraie difficulté n'est pas technique - c'est de rendre le podcast visible, intéressant, et de le tenir sur le long terme.
Comment le podcast peut-il attirer des talents en plus des clients ? +
Stefani souligne que Génération Do It Yourself lui a permis d'attirer non seulement des clients mais aussi des collaborateurs et associés qui adhèrent aux valeurs du podcast. Des gens brillants viennent frapper à la porte de Cosa Nostra parce qu'ils ont compris le mode de fonctionnement de l'agence à travers des centaines d'heures de contenu audio. C'est ce qu'il appelle un effet d'auto-réalisation : le contenu filtre naturellement les bons profils.

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