peur de se lancer en freelance

Dépasser ses peurs avec Alexis Minchella – Episode 57

Épisode diffusé le 21 janvier 2021 par Estelle Ballot

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La peur de se lancer en freelance, Alexis Minchella en parle mieux que quiconque – non pas parce qu’il l’a théorisée dans un livre (même si c’est le cas), mais parce qu’il y a quatre ou cinq ans, il était encore étudiant et n’aurait jamais pu prédire qu’il animerait un podcast avec des milliers d’auditeurs et publierait un ouvrage qui détrônerait Tim Ferriss sur Amazon. Ce gars-là a eu peur. Il s’est lancé quand même. Et ce qu’il dit sur le sujet mérite qu’on s’y attarde vraiment – pas en mode liste de conseils bien propre, mais en rentrant dans le détail de ce qui coince.

Estelle Ballot l’a reçu dans l’épisode 57 du Podcast du Marketing pour disséquer ces blocages un par un. Alexis est copywriter B2B, fondateur du podcast Tribu Indé, et auteur de Freelance – l’aventure dont vous êtes le héros (éditions Herold). Ce n’est pas un coach en développement personnel qui théorise depuis un canapé. C’est quelqu’un qui a quitté un vrai poste salarié, avec les angoisses que ça implique, et qui a reconstruit son revenu en 90 jours.

Ce qui suit, c’est ce que j’aurais voulu lire avant de comprendre pourquoi autant de gens reculent au dernier moment.

La peur de se lancer en freelance commence avant même le premier client

Voilà ce qu’on rate souvent dans le débat autour du freelancing : on parle de facturation, de portage salarial, de statut juridique. Rarement de ce qui se passe dans la tête la nuit précédant la démission.

Alexis Minchella le formule clairement : la peur n’est pas le signe qu’on est mal préparé. C’est le signe qu’on fait quelque chose que personne ne nous a appris – ni à l’école, ni en entreprise. Et ça change tout à la manière dont on devrait l’accueillir.

« Si j’avais pas affronté ces peurs là, j’aurais repoussé encore et encore et tu vois j’aurais eu 30, 35, 40 ans et je me serais toujours pas lancé en fait. »

Ça, c’est le vrai coût de l’attente. Pas l’échec hypothétique – mais les années qui passent dans une frustration confortable.

Ce que j’ai trouvé intéressant dans son approche, c’est qu’il ne dit pas ‘surmonte ta peur’. Il dit ‘apprends à la maîtriser’. La nuance est énorme. La première formulation implique qu’on peut l’éliminer. La seconde accepte qu’elle sera toujours là – et que le travail consiste à ne pas la laisser conduire.

Estelle Ballot partage d’ailleurs le même réflexe : quand une décision lui fait un peu peur, elle la regarde avec plus d’attention. Pas parce qu’elle aime souffrir, mais parce que la peur signale souvent qu’on sort de sa zone de confort – et que c’est précisément là que les choses bougent. Avoir confiance en soi pour se lancer ne signifie pas ne jamais douter. Ça signifie agir malgré le doute.

70% des gens se sentent imposteurs – mais personne n’en parle

Le syndrome de l’imposteur. On en a tous entendu parler. Mais ce chiffre – 70% des personnes le ressentiront au moins une fois dans leur vie – m’a quand même arrêté.

Ce n’est pas une statistique anecdotique. C’est la norme. Et pourtant, quand on le ressent, l’impression c’est précisément d’être seul au monde à flipper.

Alexis prend un contrepied assez radical sur ce sujet (et c’est ce qui rend sa lecture utile plutôt que rassurante). La plupart des articles conseillent de ‘combattre’ le syndrome de l’imposteur – de se répéter qu’on est légitime, qu’on a les compétences, etc. Lui dit : assomme-le en l’assumant.

« Moi je prends un peu le contrepied de me dire en fait il faut assumer. Il faut aussi assumer parfois que oui en fait, on est un imposteur. Oui, quand j’ai lancé le podcast, j’étais un imposteur parce que j’étais pas un podcasteur professionnel. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et pourtant c’est probablement la chose la plus difficile à faire – accepter qu’on ne maîtrise pas tout, et avancer quand même.

Les exemples qu’il cite dans son livre ne sont pas des entrepreneurs lambda. Serena Williams – l’une des meilleures joueuses de tennis de l’histoire – a copié sa sœur Vénus pendant des années parce qu’elle ne savait pas vraiment ce qu’elle faisait. Lady Gaga, Maya Angelou, le PDG de Starbucks pendant vingt ans : tous ont témoigné publiquement de cette sensation d’être à la mauvaise place. Ces citations viennent de leurs documentaires respectifs, pas d’une interview marketing soigneusement calibrée.

Le truc c’est que si Serena Williams flippe, tu as le droit de flipper aussi. Et si tu travailles un peu le sujet des qualités d’un entrepreneur, tu réalises que la légitimité n’est jamais acquise d’avance – même pour les plus grands.

Trouver ses premiers clients : l’art de décomposer la montagne

20 clients. En un mois. Voilà l’image mentale qui paralyse la plupart des gens qui envisagent la peur de se lancer en freelance.

Sauf que personne ne démarre avec 20 clients. Personne.

Alexis a une formule que j’aurais voulu – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise à l’époque – c’est de ne jamais regarder le portefeuille client à horizon un an. On regarde à horizon 20 jours. Un client. C’est le seul objectif du premier mois.

« Si tu te dis bah en fait là j’ai un mois, donc j’ai 4 semaines, j’ai 20 jours pour aller chercher au moins un client… Et bien le premier mois tu auras un client et puis le deuxième mois tu vas répéter la situation. »

La stratégie des petits pas, comme dit Estelle. Cinq pas devant soi, puis cinq autres. Jamais le sommet en entier.

Ce qui est souvent oublié dans ce débat : le freelance a presque zéro coût de structure. Pas d’employés, pas de loyer commercial, quelques logiciels. Un ordinateur et c’est parti. Alexis n’a jamais eu plus de 3 ou 4 clients simultanément – et ça lui a suffi pour bien vivre. 3 ou 4 clients, ce n’est pas une montagne. C’est une colline.

Pour les trouver, il a utilisé deux leviers dans ses 90 premiers jours. D’abord son réseau – pas le réseau LinkedIn générique, mais ce qu’il appelle la matrice pouvoir-proximité : cartographier ses contacts selon leur pouvoir de décision et leur proximité réelle, pour cibler les bonnes demandes d’introduction. Ensuite, de la prospection ciblée – pas du spam, mais des mails qui attisent la curiosité et visent uniquement à obtenir un appel. Pas à vendre. Juste à parler.

Résultat : en 90 jours, il avait retrouvé le niveau de revenu qu’il avait en tant que salarié. Ce n’est pas un accident. C’est la conséquence d’un objectif unique, obsessionnel, pendant trois mois. Se fixer des objectifs clairs – vrais, mesurables, à 90 jours – c’est ce qui différencie les gens qui passent à l’action de ceux qui attendent d’être prêts.

Attendre d’être prêt à 100% – le piège le plus coûteux

Avant de lancer Tribu Indé, Alexis a appelé son premier invité. Il avait booké la date. Et il n’avait pas encore acheté son micro.

Ce n’est pas de la légèreté. C’est une technique délibérée : se mettre une date butoire pour s’obliger à avancer plus vite que si on attendait d’être ‘prêt’. Parce que ce 100% prêt, il n’arrive jamais. Et sur ce point, Alexis est catégorique.

« Quoi que tu fasses, quel que soit le… tu as beau te former pendant des années, il y aura toujours des choses, il y a toujours tu vois une divergence entre ce que tu apprends, ce que tu penses savoir et cetera et puis ce que tu maîtrises réellement du monde réel opérationnel. »

Ce que j’aurais aimé qu’on me dise plus tôt : la formation est utile, mais elle ne remplacera jamais le contact avec le réel. On apprend 60% d’un périmètre, et les 40% restants se trouvent en faisant la mission – pas en se préparant à la faire.

C’est d’ailleurs l’argument le plus fort contre la procrastination déguisée en perfectionnisme. On se dit qu’on attend d’avoir les bonnes compétences. En réalité, les compétences arrivent en faisant – pas avant. Ce n’est pas de l’improvisation. C’est de l’apprentissage accéléré.

Il y a une concession à faire ici : cette logique ne s’applique pas à tout. Certains domaines demandent une vraie base avant d’opérer – la médecine, le droit, la comptabilité. Mais pour la majorité des activités de service en freelance (copywriting, marketing, design, conseil), attendre d’être ‘parfaitement prêt’ est presque toujours une excuse habillée en prudence.

Et si tu veux compléter la réflexion sur la formation continue, l’épisode sur pourquoi et comment se former en tant qu’entrepreneur va dans ce sens – avec des pistes concrètes sur le financement.

Le moment où la comparaison avec le CDI devient éclairante

Voilà un parallèle qu’Alexis glisse dans la conversation et qui m’a scotché.

Quand on postule à un CDI, on ne se demande pas vraiment si on est légitime. On répond à une annonce, on envoie son CV, on passe les entretiens. La question de légitimité ne se pose presque pas – le process existe, on le suit.

En freelance, il n’y a pas de process préétabli. Pas d’annonce, pas de grille d’entretien, pas de manager pour valider. Et c’est précisément cette absence de cadre qui laisse toute la place au doute. Pas parce qu’on est moins compétent. Parce qu’on doit se vendre soi-même, sans filet.

La mécanique est pourtant identique : convaincre un interlocuteur qu’on est la bonne personne pour résoudre un problème. Ce qui change, c’est uniquement l’environnement. Et ça, c’est une question de posture – pas de compétence. L’épisode sur savoir se vendre en tant qu’expert avec Jenny Chammas creuse précisément cette dimension.

Ce qu’Alexis dit sur le rapport au salariat est nuancé aussi – il insiste sur le fait qu’il n’y a pas d’opposition nécessaire entre les deux. Le freelancing n’est pas supérieur au salariat. C’est un choix différent, avec ses propres frustrations. Certains épanouissent dans la structure d’une entreprise. D’autres étouffent. La question n’est pas ‘lequel est mieux’ – c’est ‘lequel me convient maintenant’.

Ce que la peur de se lancer en freelance dit vraiment de toi

Trois mois. C’est le sprint qu’Alexis s’est imposé pour retrouver son niveau de revenu salarié. Pas un an. Pas ‘le temps qu’il faudra’. 90 jours, un objectif chiffré, tout le reste au service de cet objectif.

Ce cadre dit quelque chose d’important sur la peur de se lancer en freelance en général : elle est souvent inversement proportionnelle à la clarté de l’objectif. Quand on voit flou sur ce qu’on veut atteindre, la peur remplit l’espace. Quand on a un cap précis – même inconfortable – elle rétrécit.

Ce n’est pas une garantie de succès. Il y a des gens qui se lancent avec clarté et qui échouent. Il y a des marchés qui ne répondent pas, des niches qui n’existent pas vraiment, des réseaux trop étroits. La méthode ne protège pas de tout.

Mais l’attente, elle, garantit une chose : que rien ne change. Et ça, c’est le vrai risque – pas l’échec, mais l’immobilité.

Il y a un dernier truc que j’aurais aimé voir développer dans la conversation : la gestion de la peur de se lancer en freelance quand on a des charges fixes lourdes – crédit immobilier, enfants, etc. Alexis l’effleure (il mentionne que quitter le salariat peut faire flipper l’entourage), mais le sujet des contraintes financières réelles mériterait un épisode entier. Parce que ‘fonce, tu vas apprendre en faisant’ sonne différemment selon qu’on est célibataire à 25 ans ou marié avec trois enfants à 40 ans.

Mais bon – peut-être que c’est le livre qui répond à ça. Créer son activité en étant encore salarié est d’ailleurs une piste souvent sous-estimée pour tester le terrain avant de sauter.

Questions fréquentes

Comment surmonter la peur de se lancer en freelance quand on a un CDI stable ? +
La clé, selon Alexis Minchella, c'est de ne pas attendre d'être prêt à 100%. Ce moment n'arrive jamais. Une approche concrète : se fixer un objectif sur 90 jours - par exemple retrouver son niveau de revenu salarié - et concentrer toutes ses actions sur cet unique cap. Réactiver son réseau, identifier 2 ou 3 cibles précises à prospecter, et mesurer le résultat à la fin du sprint. Certains commencent aussi à construire leur activité en parallèle du salariat avant de sauter le pas.
La peur de se lancer en freelance est-elle normale ? +
Oui, complètement. Plus de 70% des personnes ressentent le syndrome de l'imposteur au moins une fois dans leur vie - y compris Serena Williams et Lady Gaga. La peur de se lancer en freelance n'est pas le signe qu'on est mal préparé. C'est souvent le signal qu'on sort de sa zone de confort, ce qui est précisément là que les choses évoluent.
Combien de clients faut-il pour vivre correctement en freelance ? +
Beaucoup moins qu'on ne l'imagine. Alexis Minchella n'a jamais dépassé 3 ou 4 clients simultanément - et c'était suffisant pour bien vivre. Le freelance a très peu de coûts de structure : pas d'employés, peu de charges fixes. L'objectif du premier mois n'est donc pas de trouver 20 clients, mais un seul. Puis un autre le mois suivant.
Comment trouver ses premiers clients en freelance quand on n'est pas commercial ? +
Alexis Minchella, qui se décrit lui-même comme 'pas un commercial dans l'âme', a utilisé deux leviers au démarrage : la réactivation de son réseau via ce qu'il appelle la matrice pouvoir-proximité (cartographier ses contacts selon leur pouvoir de décision et leur proximité), et de la prospection ciblée par mail ou LinkedIn - pas pour vendre directement, mais pour obtenir un appel et voir s'il existe des synergies.
Qu'est-ce que le syndrome de l'imposteur en freelance ? +
C'est le sentiment de ne pas être légitime pour exercer son activité ou facturer ses services. Il touche plus de 70% des personnes à un moment ou un autre. Alexis Minchella propose de ne pas le combattre frontalement, mais de l'assumer : accepter qu'on est imposteur au départ - pas podcasteur professionnel, pas auteur confirmé - et avancer quand même.
Faut-il attendre d'être prêt pour se lancer en freelance ? +
Non. Alexis Minchella a contacté son premier invité de podcast avant même d'avoir acheté un micro. Il l'explique clairement : se donner une date butoire oblige à avancer plus vite. On maîtrise rarement 100% d'une mission au démarrage - souvent 60% - et les 40% restants s'apprennent en faisant. La formation seule ne comble jamais cet écart avec le réel.

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