Penser grand – vraiment grand, pas juste un peu au-dessus de la moyenne – c’est quelque chose que 95 % des gens ont arrêté de faire avant l’âge de 20 ans. Pas par manque d’ambition. Par conditionnement. C’est la thèse de Max Piccinini, coach français, auteur du best-seller Réussite Maximum, qui a accompagné plus de 150 000 personnes dans plus de 25 pays. Et quand il dit ça, il ne parle pas en théorie.
Dans l’épisode 88 du Podcast du Marketing, Estelle Ballot l’a invité pour creuser ce sujet qui dérange un peu : pourquoi on rêvait si grand à 6 ans, et pourquoi à 35 ans on se retrouve à négocier avec soi-même pour des ambitions raisonnables ? La conversation dure 41 minutes. Elle va plus loin que ce à quoi je m’attendais.
Ce qui m’a frappé d’entrée, c’est que Piccinini ne pose pas ça comme un problème de motivation. La motivation, il dit clairement que ça ne sert à rien – ou presque. Accélérer quand on a le frein à main enclenché, c’est son image. Et l’image est bonne. Le vrai sujet, c’est comprendre pourquoi le frein est là. Et ça, c’est une autre conversation.
Ce que personne ne dit sur le coaching en France
Piccinini commence par régler un truc qui coince toujours dans ce secteur : le mot « coach ». Flou total. Coach business, coach de vie, coach motivationnel – le terme recouvre des pratiques qui n’ont parfois rien à voir.
Sa distinction est nette. Le coaching motivationnel pur – il l’a pratiqué au début, il le dit lui-même – est « absolument inefficace ». Ce qui fonctionne, c’est d’abord comprendre les schémas d’une personne. Ses peurs. Ses croyances. Ce qu’elle fait sans savoir pourquoi elle le fait.
« La base du coaching c’est de poser les bonnes questions, aider la personne avant tout à se comprendre. C’est marqué en grand sur le temple de Delphes : ‘Connais-toi toi-même’. Souvent on se comprend pas. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais c’est rarement ce qu’on vend dans les formations de 3 jours à 2 000 euros.
Il donne un exemple concret : quelqu’un qui veut arrêter de fumer, perdre du poids, arrêter de se mettre en colère. La réponse classique c’est « il manque de volonté ». Piccinini dit non. Cette personne a même payé un coaching pour changer – donc la volonté est là. Ce qui manque, c’est la compréhension du schéma qui se déclenche. Souvent depuis l’enfance. Souvent pour combler un besoin de sécurité ou d’importance.
Et là il glisse une anecdote sur un chauffeur de taxi à Strasbourg, brutal, presque agressif. En 5 minutes de conversation, il découvre un homme qui renvoie la moitié de son salaire en Roumanie à sa famille, qui a vécu la guerre, qui s’est reconstruit loin de chez lui. « Il m’a inspiré », dit Piccinini. De « gros con » à « profondément inspirant » – en cinq minutes. L’empathie comme outil technique, pas comme posture morale. C’est le genre de travail sur ses valeurs profondes qui change vraiment quelque chose.
Penser grand commence dans le corps, pas dans la tête
Un moment de l’épisode que j’aurais eu tendance à survoler – et que j’aurais eu tort de survoler – c’est la partie sur les séminaires en mouvement. Estelle Ballot demande à Piccinini pourquoi il fait des événements à l’américaine, avec musique et scène. La réponse est plus solide qu’elle n’y paraît.
Penser grand, ça ne se décide pas assis. Littéralement.
« Un vrai changement se passe toujours au niveau émotionnel. On peut comprendre intellectuellement qu’il faudrait arrêter de fumer, mais c’est jamais là que ça va se passer. Notre pouvoir intellectuel ça nous permet de comprendre mais ça ne permet pas de prendre des décisions. »
Voilà. Et ça rejoint quelque chose qu’on sait en marketing depuis toujours – que la décision d’achat est émotionnelle, pas rationnelle. Le rationnel arrive après, pour justifier. Mais la décision, elle, a déjà été prise ailleurs.
Piccinini nomme ça le « triple E » – état émotionnel élevé. C’est seulement dans cet état que les grandes décisions arrivent, dit-il. Et pour y accéder : bouger physiquement, mettre de la musique, casser la routine posturale. Les neurosciences confirment – bouger oxygène le cerveau, déclenche la sérotonine, modifie l’état interne. Rester assis 8 heures à prendre des notes en avançant les épaules, c’est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire pour penser grand.
Estelle Ballot réagit en disant qu’elle vient de se réinscrire à la salle de sport ce matin-là. C’est un détail. Mais ça dit quelque chose sur ce que cette conversation a déclenché en direct.
Pourquoi on a arrêté de penser grand – et à quel âge exactement
Entre 3 et 7 ans. C’est la fenêtre critique selon Piccinini. Pendant ces quatre années, le cerveau est une éponge. Il apprend des langues sans effort, des comportements, des schémas. Et des croyances. Surtout des croyances.
Ce qui entre à cet âge – « les riches sont des salauds », « ça sert à rien de penser grand », « fais un métier où il y a de la place » – entre sans filtre. Parce que l’enfant n’a pas encore développé la capacité de trier. Quand un adulte dit quelque chose, c’est vrai. C’est aussi simple et aussi dévastateur que ça.
« C’est notre cerveau qui a plus de 3 millions d’années qui n’a pas oublié ça. Il vaut mieux être malheureux, mal entouré de gens qui pensent petit que réaliser pas ses rêves, parce que j’ai plus de chance de survie à rester avec ce troupeau-là que de partir et de sortir. »
C’est exactement le problème. On n’est plus dans la savane. Les lions ne sont plus là. Mais notre cerveau reptilien, lui, ne l’a pas enregistré. Penser grand, sortir du groupe, c’est encore perçu comme une menace à la survie. Pas métaphoriquement – neurologiquement.
Piccinini ajoute une couche sur le système éducatif français, qu’il dézingue assez franchement (il précise que ses enfants n’iront pas à l’école traditionnelle – ce qui est radical, et il faut le noter). Son argument : l’école mesure un seul type d’intelligence, compare en permanence, et est peuplée d’adultes qui ont eux-mêmes appris à penser petit. L’environnement est contagieux dans les deux sens. Si tu veux passer de salarié à entrepreneur, il faut d’abord comprendre dans quel environnement tu as été formé – et ce qu’il t’a transmis sans te demander ton avis.
Ce qui m’agace dans ce débat, c’est qu’on le réduit souvent à une question de paresse ou de courage. C’est beaucoup plus structurel que ça. Et beaucoup plus précoce.
La mort du père et le carpe diem qui ne ressemble à rien d’autre
14 ans. C’est l’âge qu’avait Piccinini quand il a perdu son père dans un accident de la route. Son père avait divorcé quatre ans plus tôt. Il ne développe pas beaucoup. Mais ce qu’il dit autour de ça est probablement la partie la plus dense de l’épisode.
Il y a eu une dépression. Puis sa mère lui a offert un livre – Comment se faire des amis, de Dale Carnegie. Première porte vers le développement personnel. Et progressivement, une question qui s’est imposée : qu’est-ce que tu vas faire de ta vie ?
« J’avais pas juste la compréhension intellectuelle. J’avais mon père à l’enterrement qui était dans un cercueil et j’avais compris réellement que j’allais y passer un jour, moi aussi. C’était pas une théorie. »
Il cite ensuite l’étude sur les regrets au lit de mort – 95 % des gens finissent avec des regrets. Chiffre énorme si c’est vrai, invérifiable si on cherche la source exacte. Mais la dynamique qu’il décrit est réelle : la plupart des gens sont plus focalisés sur ce que les autres vont penser d’eux que sur ce qu’ils veulent vraiment. Et à la fin, ça ressemble à une vie vécue en mode défensif.
Ce qui est intéressant dans son parcours, c’est qu’il ne vient pas d’une famille d’entrepreneurs. Millionnaire avant 30 ans, parti de zéro – il insiste sur le « zéro » – dans un environnement qui ne valorisait pas ça. Il a eu Tony Robbins comme mentor (à distance d’abord, puis en formation directe). Il a construit un modèle à la Robbins en France, à une époque où ça semblait improbable. Et il connecte tout ça à ce déclic à 14 ans : penser grand parce que ne pas le faire, c’est mourir une deuxième fois.
Franchement, la plupart des articles sur le « mindset d’entrepreneur » passent à côté de ce niveau de lecture. On parle de morning routine et de vision board. Piccinini parle d’un enterrement à 14 ans. C’est pas le même registre.
Penser grand sans se raconter d’histoires – la vraie méthode
Alors concrètement, comment on fait ? Comment on pense grand quand on a passé 30 ans à se faire dire le contraire ?
Piccinini structure ça en trois temps – enfin, c’est moi qui structure, lui parle, mais on peut dégager trois niveaux :
- Prendre conscience du conditionnement. Pas pour s’en plaindre. Juste pour voir que ce n’est pas « ta nature » de voir petit – c’est ce qu’on t’a appris. La différence est énorme.
Ensuite, casser les schémas. Il utilise des éléments de surprise dans ses séminaires – musique, mouvement, situations imprévues – pour mettre le cerveau hors de ses automatismes. Un cerveau en alerte apprend différemment d’un cerveau en pilote automatique.
Et enfin, répéter pour reconditionner. Le cerveau est plastique. Ce qui a été appris peut être désappris. Mais ça prend du temps et ça nécessite de la régularité – pas un séminaire de 3 jours tous les deux ans.
La limite que j’aurais posée ici – et que l’épisode n’aborde pas directement – c’est que « penser grand » sans ancrage dans la réalité peut virer à l’injonction toxique. Tous les rêves ne se réalisent pas. Certains freins sont réels, pas juste des croyances limitantes. Le contexte social, les ressources disponibles, la charge mentale de certaines situations de vie – ça compte. Piccinini le sait probablement. Mais dans l’épisode, il ne le dit pas.
Ce qui ne remet pas en cause l’essentiel : la grande majorité d’entre nous s’arrête bien avant ses vraies limites. Et ça, c’est documenté. Si tu travailles sur ta raison d’être professionnelle ou que tu essaies de visualiser ce que tu veux vraiment construire, cette conversation avec Piccinini est un bon point de départ. Pas une solution en soi. Un déclencheur.
Et la question qui reste ouverte après 41 minutes : est-ce que penser grand change vraiment quelque chose dans les résultats concrets, ou est-ce que c’est juste un état d’esprit agréable à entretenir ? Piccinini dirait que les deux sont liés. Que l’énergie suit la pensée. Que les opportunités deviennent visibles quand on lève les yeux. C’est peut-être vrai. Ça reste à vérifier dans ta propre réalité.











