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L’importance du passage à l’action avec Roger Ormières – Episode 146

Épisode diffusé le 6 octobre 2022 par Estelle Ballot

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Passer à l’action – vraiment, pas juste y penser – c’est peut-être la compétence la plus sous-estimée de l’entrepreneuriat. Pas la stratégie. Pas le funnel. Pas le positionnement. L’acte brut de se lancer alors qu’on n’est pas prêt, qu’on a peur du regard des autres, qu’on se dit encore que le projet manque de maturité. Roger Ormières, coach mindset qui travaille dans l’ombre de quelques-uns des entrepreneurs les plus visibles de France, a une thèse là-dessus : l’inaction n’est pas neutre. Elle est une décision active de ralentir ton évolution.

Ce qui m’a frappé en écoutant l’épisode 146 du Podcast du Marketing, c’est que Roger ne fait pas dans la motivation de stade. Pas de grands discours. Pas de ‘crois en toi et ça marchera’. Il pose des questions. Il démonte les représentations. Et surtout, il remet en cause quelque chose qu’on croit tous savoir mais qu’on ne fait jamais vraiment : lister ses peurs une par une, et vérifier si elles sont fondées.

Estelle Ballot, qui anime ce podcast depuis des années avec une franchise qu’on croise rarement dans le milieu, l’admet elle-même : elle a attendu avant de lancer sa formation. Pas par manque de légitimité. Par perfectionnisme. Et ce gap entre ‘je suis prête’ et ‘je me lance’ – c’est exactement le territoire que Roger Ormières connaît le mieux.

Ce que personne ne dit sur passer à l’action

La question que pose Roger au début de l’échange est plus retorse qu’elle n’y paraît. Pas ‘pourquoi faut-il passer à l’action ?’ mais ‘est-ce que ne pas passer à l’action, c’est grave ?’. La nuance est énorme. En inversant la question, on se retrouve à regarder le vide.

Il prend l’exemple de son fils qui doit apprendre à faire ses lacets. Garder les scratchs ou apprendre le nœud. En soi, pas dramatique. Sauf que derrière les lacets, il y a les nœuds. Derrière les nœuds, la corde. Derrière la corde, la cabane. Derrière la cabane – pourquoi pas – une vocation d’architecte. C’est une métaphore qui aurait pu être niaise. Elle ne l’est pas, parce que Roger ne s’arrête pas à l’image.

Ne pas passer à l’action, ça voudrait dire décider de ralentir le processus d’évolution d’une personne.

Dit comme ça, c’est autre chose qu’un conseil de développement perso. C’est une affirmation sur ce qu’est l’inaction réellement : non pas un repos, mais un choix de régression relative. Le monde bouge. Toi pas. La distance s’agrandit.

Et Roger va encore plus loin. Il cite – prudemment, en précisant qu’il n’est pas certain que la citation soit bien attribuée – cette phrase souvent prêtée à Tony Robbins : la seule chose qui ne change pas, c’est le changement. Ce qui m’agace d’habitude dans ce genre de citation, c’est qu’on s’en sert comme d’un cache-misère rhétorique. Là, Roger s’en sert pour pointer quelque chose de concret : si tu n’évolues pas, le delta entre toi et le reste du monde s’agrandit mois après mois. Et un jour, rattraper ce delta coûte beaucoup plus cher que de n’avoir jamais pris de retard.

Il illustre avec les personnes âgées et Internet. Ceux qui ont décidé à un moment que ‘c’est pas mon truc’. Et qui se retrouvent aujourd’hui à essayer de comprendre comment mettre un fichier à la corbeille, avec le sentiment que c’est aussi compliqué que de devenir développeur. (Ce n’est pas un jugement – c’est une mécanique qui nous guette tous, sur n’importe quel sujet où on choisit de ne pas bouger.)

Le cerveau qui veut te garder en vie – et te paralyse

Estelle Ballot formule quelque chose que Roger valide immédiatement, et ça vaut la peine de s’y arrêter. Le cerveau a trois fonctions primaires : survivre, se nourrir, se reproduire. Tout le reste est secondaire. Et du coup, chaque fois qu’on sort du chemin balisé – lancer une offre, créer une page de vente, se montrer en public – le cerveau allume des warnings.

Il y a trois fonctions au cerveau, c’est la survie, la nourriture, manger et se reproduire. C’est les trois fonctions primaires du cerveau. Et voilà et c’est trois on pourrait s’arrêter à ça et terminer.

Voilà. La base neurologique de la procrastination, en une phrase.

Roger ajoute un truc que j’aurais aimé entendre plus tôt dans ma vie : le cerveau n’est jamais allé dans le réel. Jamais. Il travaille avec des représentations, des perceptions, des modèles construits à partir de ce qu’il a déjà vu. Quand tu lui soumets une situation nouvelle – publier ta première newsletter, attirer tes premiers clients, lancer quelque chose dont tu ne connais pas l’issue – il simule la menace. Et dans sa simulation, la menace ressemble toujours à la mort. Même si tu cliques juste sur ‘publier’.

Le cortisol entre en jeu. La noradrénaline aussi. Et biologiquement, ne pas agir devient plus confortable qu’agir. Le cerveau a calculé : le plaisir immédiat de l’inaction dépasse la douleur future du regret. C’est pour ça que ça ne sert à rien de se dire qu’on est paresseux ou qu’on manque de discipline. Le problème est physiologique avant d’être moral.

Passer à l’action quand la peur prend toute la place

La vraie question pratique, Estelle la pose sans détour : OK, j’ai peur. Comment je fais pour passer à l’action quand cette peur est là ?

Roger ne donne pas un framework en cinq étapes. Il propose quelque chose de beaucoup plus simple – et que personne ne fait vraiment. Lister ses peurs. Une par une. Et pour chacune, répondre à une question unique : est-ce que j’ai des ressources pour y faire face si ça arrive ?

Personne ne fait ça. Genre personne personne personne personne personne. C’est pour ça que le fait d’avoir un humain en face de toi ou d’écouter des gens qui vont sur leur parcours et sur ce qu’ils ont réalisé, ça te dit, ça te permet de te dire en fait putain, ils avaient la même peur et s’il a réussi à faire ça, bah peut-être que moi aussi j’ai les ressources.

C’est exactement le problème. On liste les peurs, jamais les ressources. Du coup le bilan est toujours déficitaire.

Ce que j’aime dans cette approche, c’est qu’elle ne demande pas de ne plus avoir peur. Elle demande juste de faire le vrai inventaire. Et souvent – Roger insiste là-dessus – on découvre deux choses : d’abord que la peur est beaucoup plus petite qu’imaginée (on craignait un public entier, en fait on craint une seule personne). Ensuite qu’on a déjà les ressources pour la traverser.

Il y a aussi une limite que Roger reconnaît honnêtement, et c’est ce qui le rend crédible : il ne dit pas que c’est facile. ‘Je suis pas en train de dire que c’est facile.’ Il le répète deux fois. Passer à l’action sur quelque chose qui fait vraiment peur – pas juste une micro-action confort – ça demande un vrai travail de mise en cause de ses représentations. C’est pour ça que l’accompagnement – qu’il soit humain ou via des ressources qui parlent à votre expérience, comme avoir un mentor – change réellement la donne.

Ce que fait vraiment un coach mindset – et ce n’est pas ce qu’on croit

Roger Ormières n’est pas à l’aise avec le mot ‘coach’. Il le dit franchement. Trop galvaudé, trop flou, trop associé à cette galaxie du développement personnel où on trouve la sophrologie, la méditation, les ‘trois clés pour réussir’, et tout le reste.

Ce qu’il fait, c’est poser des questions. Écouter pour de vrai – pas pour préparer sa réponse, mais pour remettre en cause la réalité de l’entrepreneur en face. Parfois il essaie de ‘détruire’ l’objectif de quelqu’un, pour voir comment cette personne réagit. Parfois il le fait rêver plus grand. Il crée des contextes. Et il y ajoute une dose de consulting – des choses qui ont marché avec d’autres entrepreneurs, sans jamais citer qui, parce que la confidentialité dans son segment (des gens avec une vraie visibilité, des enjeux financiers sérieux) est non négociable.

Mais ce qu’il ne fait pas, c’est trouver les solutions à la place de ses clients. Et c’est là que la conversation prend une direction inattendue.

Ce serait facile parfois pour moi d’arriver en disant on a fait ça, on a fait ci, hop ça a fonctionné, faisons-le pour toi. Et ce qui est génial c’est que parfois il m’est arrivé de vouloir passer au-delà de cette chose, de ne pas dire, et de découvrir qu’en fait la personne trouve une solution que je n’aurais même jamais pu imaginer.

Ce retournement-là m’a arrêté. Le coach qui résiste à la tentation de donner la réponse, et qui se retrouve à voir émerger quelque chose qu’il n’aurait pas pu inventer. C’est le signe d’une vraie maîtrise – et d’une vraie humilité sur ce que signifie accompagner quelqu’un.

La différence avec le consulting pur est nette : le consultant arrive avec ses solutions. Le coach crée les conditions pour que tu trouves les tiennes. Roger fait les deux, selon le moment. C’est ce qu’il appelle ‘utiliser tous les outils qui ne réduisent pas mon champ d’action’. (Ce qui est une façon élégante de dire qu’il ne se laisse pas enfermer dans une case.)

Ça rejoint d’ailleurs une réflexion qu’Edgar Grospiron développe dans un autre épisode sur comment allier plaisir et succès : la performance vient rarement de la contrainte externe, elle vient de ce qu’on a trouvé soi-même comme source de sens.

Le perfectionnisme comme stratégie d’évitement – et comment s’en sortir

Estelle Ballot a la franchise de parler de sa propre expérience. Elle est ‘bonne élève’. Elle a besoin que tout soit parfait avant de se lancer. Et même en sachant ça, même en étant intimement convaincue que c’est l’action qui fait progresser, elle a attendu avant de lancer sa formation.

Roger met un nom dessus. Ce n’est pas du perfectionnisme à proprement parler – c’est une peur déguisée. Souvent la peur d’être jugé. Et le plus souvent, cette peur se ramène à une ou deux personnes précises dans la tête de l’entrepreneur, pas à une foule anonyme. On se construit un tribunal imaginaire de milliers de personnes, alors qu’en cherchant bien, il y en a une seule qui compte vraiment. Une seule dont l’opinion nous sabote en terme d’identité.

Et là, la question se repose : est-ce que cette peur vaut le prix qu’on paie ? Est-ce que l’avis hypothétique d’une personne – qui ne regardera peut-être même jamais ce qu’on lance – vaut des mois d’inaction ?

Ce qui est intéressant, c’est que Roger ne dit pas d’ignorer ces peurs. Il dit de les regarder en face, de les nommer, et de vérifier leur poids réel. Le syndrome de l’imposteur chez les entrepreneurs fonctionne exactement comme ça : il grossit dans le flou, il rétrécit quand on lui pose des questions précises.

Passer à l’action, dans ce cadre, c’est moins un acte de courage qu’un acte de lucidité. Voir la peur pour ce qu’elle est – souvent infondée, presque toujours survalorisée – et choisir malgré tout. Pas en niant la peur. En refusant de lui donner plus de place qu’elle n’en mérite.

Estelle le résume avec une précision que j’aurais du mal à améliorer : c’est une question de point de vue. Pas de capacité. Pas de timing. De point de vue. Où est-ce qu’on veut regarder ? Sur ce qui pourrait rater – ou sur ce qui pourrait s’ouvrir ?

Et là, en gros, tout est dit. Mais bon – c’est plus facile à formuler qu’à vivre. Et c’est pour ça que des gens comme Roger Ormières ont du travail pour un moment. Si tu veux aller plus loin sur la façon de organiser ton temps et tes priorités d’entrepreneur, c’est peut-être la prochaine étape logique après avoir réglé la question du passage à l’action.

Questions fréquentes

Pourquoi est-il si difficile de passer à l'action quand on a peur ? +
Parce que le cerveau interprète toute situation nouvelle comme une menace potentielle pour la survie. Il sécrète du cortisol, ce qui rend l'inaction biologiquement plus confortable que l'action. Ce n'est pas une question de volonté ou de discipline : c'est une réaction physiologique. Pour la dépasser, il faut d'abord nommer précisément ce qu'on craint, puis vérifier si cette peur est fondée et si on a des ressources pour y faire face.
Comment passer à l'action quand on est perfectionniste ? +
Le perfectionnisme est souvent une peur déguisée - généralement la peur du jugement. Roger Ormières recommande une méthode simple : lister toutes ses peurs une par une, puis identifier les ressources disponibles pour faire face à chacune. La plupart du temps, on découvre que la peur se ramène à une ou deux personnes précises dans notre tête, et que les ressources pour y faire face existaient déjà.
Passer à l'action sans être prêt, c'est vraiment une bonne idée ? +
Oui, selon Roger Ormières, dans la grande majorité des cas. Attendre le bon moment est souvent une justification inconsciente pour éviter la peur. L'inaction n'est pas neutre : elle ralentit activement ton évolution pendant que le monde continue d'avancer. La seule vraie exception concerne des décisions à très grands enjeux où le timing est un facteur stratégique réel.
Quelle est la différence entre un coach mindset et un consultant ? +
Un consultant arrive avec des solutions préformatées. Un coach mindset comme Roger Ormières crée les conditions pour que l'entrepreneur trouve lui-même ses propres solutions - ce qui produit souvent des résultats que le coach n'aurait pas pu imaginer. Roger combine les deux approches selon le contexte, en ajoutant du networking et du mentoring.
Passer à l'action, ça veut dire ignorer ses peurs ? +
Non. Ça veut dire regarder ses peurs en face et vérifier leur poids réel. Roger Ormières insiste : la réaction physiologique de la peur est saine et utile. Le problème, c'est qu'on lui donne plus d'importance qu'elle n'en mérite. À 99% des cas, les conséquences réelles d'une action sont bien moins graves que ce que le cerveau simule.
Comment un coach aide concrètement à passer à l'action ? +
En posant des questions qui remettent en cause les représentations de l'entrepreneur. Roger Ormières parle de 'créer des contextes' : mettre quelqu'un dans l'embarras, lui faire imaginer encore plus grand, ou tester la solidité de ses objectifs. L'objectif est de réduire au maximum le temps entre la prise de conscience et le passage à l'action réelle.

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