Parler de son activité – juste en parler, même pas la vendre – c’est là que beaucoup d’indépendants se cassent les dents. Estelle Ballot, créatrice du Podcast du Marketing et ancienne cheffe d’entreprise dans la porcelaine peinte à la main (oui, vous lisez bien), a mis des années à comprendre pourquoi elle utilisait le mot ‘petit’ à toutes les sauces quand elle évoquait son business. Une petite entreprise. Une petite notoriété. Une petite place. Et pourtant, cette femme vendait 80 % de sa production aux États-Unis et avait des parutions à l’international en quelques mois d’activité.
Ce qui m’a frappé dans cet épisode – le 118 du Podcast du Marketing – c’est pas le diagnostic. Le diagnostic, on le connaît tous vaguement. C’est la mécanique précise du truc. Pourquoi des gens par ailleurs compétents, sûrs d’eux dans un bureau en entreprise, deviennent subitement des ‘j’ai monté une petite chose’ dès qu’ils se mettent à leur compte. Et surtout : est-ce qu’il y a une sortie ?
Le nom qui trahit tout
Estelle Mademoiselle. C’est le nom qu’Estelle Ballot a donné à sa première entreprise. Elle le raconte sans se ménager.
J’utilisais mon prénom, pourquoi pas, mais mon prénom seul, sans mon nom de famille, comme une petite fille. Et puis pour enfoncer le clou, j’y accolais un Mademoiselle. Dans le genre fillette avec des couettes, on ne pouvait pas faire mieux.
Bon. Elle grossit le trait, elle le dit elle-même. Mais le fond du truc, il est là. Quand elle a choisi ce nom, elle avait la trentaine passée, plus de dix ans de carrière derrière elle, et venait d’avoir son premier enfant. Et elle a signé son projet du diminutif le plus régressif possible.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, qu’on lui dise – c’est que le nom d’une entreprise n’est jamais anodin. C’est un signal envoyé au marché, mais surtout à soi-même. Un nom qui minimise, c’est une prophétie auto-réalisatrice. Tu le portes, il te porte. Pas dans le bon sens.
Et ça va plus loin que le branding. Le statut de micro-entreprise porte aussi cette ambiguïté intégrée. C’est fait pour ça – lancer une activité, tester un side project, compléter un salaire. Sauf que quand c’est ton métier principal, quand c’est ce qui te fait vivre, le mot ‘micro’ commence à peser. Pas juridiquement. Psychologiquement.
Parler de son activité : ce n’est pas se vendre soi
Voilà le nœud. Quand tu es indépendant, ce que tu vends porte ton nom. Souvent littéralement – ta micro-entreprise s’appelle Estelle Ballot, ou Karim Benali, ou Marie Dubois. Difficile de faire la distinction entre toi et le produit.
Estelle Ballot propose une ligne rouge à tracer – et franchement, c’est l’un des trucs les plus utiles de l’épisode.
Vous n’êtes pas vous, vous êtes votre entreprise. Je ne suis pas Estelle Ballot, je suis l’entreprise Estelle Ballot. Et ça, ça change tout.
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais la mécanique derrière est réelle. Quand tu es salarié et que tu prospectes un client pour le compte de ta boîte, tu n’es pas en jeu personnellement. C’est l’entreprise qui essuie un éventuel refus, c’est elle qui fait l’argumentaire. Toi tu es en représentation. Et tu le fais sans te poser de questions.
Parler de son activité en indépendant, c’est exactement la même posture à adopter. Tu représentes une entité – qui a des compétences, une offre, une raison d’être sur le marché. Pas une personne fragilisée qui risque le rejet intime à chaque pitch. (Et c’est souvent là que ça coince, parce que personne ne te dit explicitement de faire cette distinction.)
Cette question du passage de salarié à entrepreneur et de toutes les croyances qui vont avec, c’est un sujet que le Podcast du Marketing a déjà creusé en profondeur – et ça vaut la lecture si tu te reconnais dans ce que je décris.
La taille du client n’est pas le vrai problème
Une consœur d’Estelle Ballot lui confie un jour, autour d’un déjeuner : elle sait que son cœur de cible, c’est les grands groupes. Mais elle se cantonne aux PME. Parce qu’elle ‘ne s’en sent pas les épaules’.
Estelle Ballot recadre. Et elle a raison.
Lorsque vous allez contacter une entreprise, lorsque vous aurez votre rendez-vous, vous n’allez pas rencontrer une grosse structure. Vous allez rencontrer une personne, tout comme vous. Une personne qui a des compétences, tout comme vous, une personne qui a des besoins, tout comme vous.
C’est exactement le problème. On se fait un film sur ‘les grandes entreprises’ comme si c’était des monolithes intimidants. Alors qu’en face, il y a un responsable marketing ou un acheteur – qui a ses propres angoisses, ses propres KPIs à tenir, et qui cherche quelqu’un capable de régler son problème. Si tes compétences font le job, la taille de ta structure lui est parfaitement indifférente.
Ça me rappelle quelque chose qu’on lit souvent dans les approches de marketing inversé : les critères que tu utilises pour te qualifier ou te disqualifier ne sont souvent pas ceux que ton interlocuteur applique. Tu te barre tout seul avant même d’avoir frappé à la porte.
Maintenant, est-ce que c’est toujours vrai ? Non. Il y a des appels d’offres qui requièrent une taille minimale, des procédures d’achat qui excluent les solo. C’est une limite réelle. Mais c’est bien différent de se dire ‘je suis trop petit pour même essayer’. L’un est une contrainte externe. L’autre est une décision intérieure.
Parler de son activité sans trembler : ce que la confiance change vraiment
Estelle Ballot démonte l’idée qu’avoir confiance en soi, c’est arriver dans une salle de réunion avec les dents qui brillent et la certitude de tout signer. C’est plus subtil – et franchement plus accessible – que ça.
Sa définition : la confiance en soi, c’est une vision réaliste de ses capacités. Pas plus haute. Pas plus basse. Juste objective. Ce que tu sais faire, ce que tu ne sais pas faire, où sont tes forces, où sont tes angles morts. C’est tout.
Et à partir de là, elle identifie quatre effets concrets sur ton activité d’indépendant :
- Mieux gérer tes émotions – parce que tu sais où tu vas, tu vois venir les situations difficiles
- Prendre des décisions plus sereinement – sans que le stress bouffe ton jugement
- Atteindre tes objectifs plus facilement – parce que tu ne te mens pas sur tes capacités réelles
- Rebondir après un échec – la résilience, c’est l’une des qualités les plus importantes de l’entrepreneur, dit-elle
Sur la résilience, elle est claire : tous les entrepreneurs se cassent la figure à un moment. La question n’est pas si. C’est comment tu te relèves. Et si tu n’as pas de vision réaliste de toi-même, chaque chute devient existentielle. Si tu sais ce dont tu es capable, c’est juste un épisode.
Ce point sur la fixation d’objectifs est intimement lié à ça – parce que se fixer des objectifs cohérents avec ses capacités réelles, c’est déjà un acte de confiance en soi appliquée. Pas de la wishful thinking.
Ce qu’on entend dans ta voix quand tu ne te fais pas confiance
Il y a un truc que beaucoup de gens sous-estiment complètement quand ils préparent un pitch ou une présentation. Le contenu, ils le travaillent. Les slides, ils les peaufinent. Et puis ils arrivent en réunion avec cette petite hésitation dans la voix, ce ‘en fait c’est une petite activité que j’ai montée’ et tout le travail en amont s’effondre.
Estelle Ballot le dit directement : tu es la voix de ton entreprise. Si tu as des doutes sur ton projet, ça se ressent. Immédiatement. Et ça, c’est un problème bien plus concret que l’absence de références ou un portfolio incomplet.
Du coup, travailler parler de son activité, c’est pas juste du coaching de personal branding vaguement feel-good. C’est une compétence qui a un impact direct sur ta conversion. Les clients ne signent pas avec quelqu’un qui n’est pas convaincu par ce qu’il propose. C’est mécanique.
Pour les indépendants qui cherchent à penser grand et dépasser leurs freins mentaux, cet épisode est un excellent point de départ – mais la vraie question, c’est la pratique. Pas juste de se répéter qu’on est légitime.
Ce qui m’agace un peu dans la plupart des contenus sur le sujet – et Estelle Ballot évite partiellement ce piège – c’est qu’on parle beaucoup de mindset et peu de mécanique. Or il y a des choses très concrètes à travailler : comment tu te présentes en 30 secondes, quels mots tu bannis de ton vocabulaire quand tu décris ton activité, comment tu structures ton argumentaire sans te perdre dans les excuses. C’est du travail de fond, pas une question d’état d’esprit du matin.
D’ailleurs, améliorer sa diction et sa prise de parole est une piste concrète que peu d’indépendants explorent – et qui change radicalement l’impression qu’on donne quand on parle de son projet.
Le vrai travail : se prendre au sérieux avant que les clients le fassent
Voilà ce que je retiens de cet épisode. Pas ‘crois en toi’, ce serait trop facile et trop creux. Mais quelque chose de plus précis : ton marché te voit comme tu te montres. Si tu minimises, si tu uses du mot ‘petit’ comme d’un bouclier, tu programmes la perception qu’on aura de toi.
Et la mécanique de protection que décrit Estelle Ballot – minimiser pour éviter la déception, pour réduire l’enjeu, pour se mettre moins à risque – c’est humain. Mais ça a un coût direct. Des clients moins qualifiés. Des tarifs plus bas. Des missions en deçà de tes compétences. Un positionnement qui s’installe malgré toi.
Parler de son activité avec assurance, c’est pas de l’arrogance. C’est de la clarté. Et la clarté, ça rassure. Ça convainc. Ça signe.
Pour aller plus loin sur la stratégie complète d’un indépendant qui veut structurer sa stratégie digitale, le catalogue du Podcast du Marketing est une ressource solide. Mais tout commence là – avant le funnel, avant les outils, avant le contenu. Ça commence par la façon dont tu réponds à la question ‘et toi, tu fais quoi ?’
Est-ce que ça suffit de changer sa posture pour tout déverrouiller ? Probablement pas. Il y a l’offre, il y a le ciblage, il y a la distribution. Mais sans parler de son activité correctement, aucun de ces leviers ne fonctionne vraiment.











