organisation du temps de travail

Organiser son temps de travail – Episode 27

Épisode diffusé le 21 février 2020 par Estelle Ballot

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

L’organisation du temps de travail, c’est probablement le sujet que chaque entrepreneur remet à demain – ce qui est, avouons-le, assez ironique. Estelle Ballot, ex-responsable e-commerce chez Microsoft et créatrice du Podcast du Marketing (numéro 1 en France sur son segment au moment de cet épisode), l’a compris d’une façon particulièrement radicale : elle a bossé cet épisode sur l’organisation entre deux biberons, en congé maternité, avec un nourrisson de 3 mois. Et elle l’a publié avec une journée de retard. Ce détail-là m’a frappé davantage que n’importe quel conseil qu’elle donne ensuite.

Parce que le vrai sujet, ce n’est pas de trouver le système parfait. C’est de trouver un système qui tient quand tout s’effondre autour de toi.

Pourquoi l’organisation du temps de travail fait peur aux entrepreneurs

Courir après le temps. Ne plus savoir par quoi commencer. Travailler d’arrache-pied et finir la journée avec l’impression de n’avoir rien accompli. Estelle Ballot dit que c’est le sentiment le plus courant chez les entrepreneurs – et clairement, elle n’a pas tort.

Ce qui est intéressant, c’est ce qu’elle dit sur le danger de ce sentiment :

Ce sentiment, il peut être très dangereux. Si on ne sait pas le maîtriser, on risque de se retrouver paralysé par la peur et tout simplement arrêter d’agir. Et arrêter d’agir, c’est à peu près le pire qui puisse nous arriver.

Voilà. Dit comme ça, c’est presque violent.

La surcharge ne tue pas directement – elle paralyse. Et la paralysie, c’est le vrai ennemi. D’où la nécessité d’un process, pas d’une to-do list de 47 items, mais d’un cadre qui redémarre le moteur quand il cale.

La distinction de base qu’elle propose : séparer les tâches récurrentes des tâches uniques. Les premières sont le fond de roulement du business – elles arrivent quoi qu’il arrive. Les secondes avancent des projets spécifiques. Ce n’est pas une révélation en soi, mais c’est la façon dont elle les traite qui change tout.

Le batching, ou comment arrêter de s’habiller deux fois

Jeudi. Jour de Facebook Live. Avant d’appuyer sur le bouton, il faut réfléchir à la tenue, la lumière, peut-être ranger la pièce, repositionner la caméra.

Estelle Ballot pose la question assez simplement : puisque tu fais toute cette préparation pour le live, pourquoi ne pas filmer aussi tes stories et ta pub publicitaire le même jour ? La logique s’appelle le batching – regrouper les tâches similaires sur un même créneau. En anglais dans le texte, parce que le concept vient de là.

L’idée repose sur un constat que beaucoup ignorent sur leur propre fonctionnement :

Faut savoir que bien souvent, on est des diesels. On est un peu lent au démarrage et puis bah quand on est parti, bah on est parti.

C’est exactement ça. Le démarrage coûte de l’énergie. Une fois lancé, la tâche coûte moins cher cognitivement. Donc autant rentabiliser le lancement.

Dans son cas concret : lundi script (tâche de concentration maximale, après le week-end où elle a déjà commencé à réfléchir inconsciemment au sujet), mardi matin enregistrement + montage enchaînés (parce qu’elle se souvient encore des passages à refaire), mardi soir publication – depuis son canapé, enfants couchés, documentaire en fond sonore. Ce dernier point m’a surpris. Elle revendique clairement la tâche légère du soir, pas comme un aveu de fatigue mais comme une stratégie.

Et ça, ça rejoint ce qu’elle appelle les tâches récréatives – j’y reviens plus loin.

La règle des trois objectifs : l’organisation du temps de travail sans liste infinie

Attention à ne pas confondre priorités et préférées.

Cette phrase, prononcée presque en passant dans le podcast, est probablement la plus utile de tout l’épisode. On va naturellement vers ce qu’on aime faire. Ce n’est pas de la paresse – c’est du câblage neurologique. Mais ça ne coïncide pas forcément avec ce qui fait avancer le business.

Sa solution : la règle des trois objectifs. Trois priorités par trimestre, qui alimentent trois priorités par semaine, qui alimentent trois tâches par jour. Pas dix. Pas vingt. Trois.

Une to-do list trop longue fait qu’on se sent toujours en retard et inefficace. Quoi que vous fassiez même si vous travaillez d’arrache-pied, vous finissez toujours votre journée en vous disant bah qu’il reste plein de tâches que vous n’avez pas accomplies. Donc on est toujours dans une forme d’échec et c’est assez désespérant.

Ce qui m’agace, c’est que cette évidence-là – la to-do list infinie comme générateur d’échec – on la comprend tous intellectuellement. Et pourtant on continue à écrire des listes de 30 tâches chaque matin. Go figure.

La cascade est claire : si un élément de ta liste quotidienne ne contribue pas aux priorités de la semaine, lesquelles contribuent aux objectifs du trimestre, lesquels construisent l’année – alors il n’est pas prioritaire. Point. Tu peux le faire, mais ne te raconte pas que c’est urgent.

Pour le suivi, elle utilise un agenda papier. (Ce qui est rare dans le milieu des entrepreneurs ultra-connectés, et c’est souvent là que ça coince – on cherche l’outil digital parfait au lieu d’écrire à la main.) Elle argue que l’écriture manuelle donne plus de force à l’engagement. Je ne sais pas si c’est prouvé scientifiquement, mais empiriquement, ça semble tenir.

Le rétroplanning : flexible ou inutile

Fan de rétroplanning, Estelle Ballot l’annonce elle-même. Ça lui vient de son passage comme chef de produit en département marketing – un rôle où gérer des projets multiples sans perdre le fil relève presque du sport de combat.

Son outil : Excel. Colonnes = semaines, lignes = étapes du projet, codes couleur par type de tâche (communication en orange, achats en bleu, R&D en gris). Rien de révolutionnaire techniquement. Mais ce qu’elle dit sur l’usage du rétroplanning, c’est plus intéressant que l’outil lui-même.

Elle ajoute systématiquement une semaine de marge par grosse étape. Et elle insiste sur ce point :

Un rétroplanning, bah ça doit être flexible. Son but, c’est pas de vous angoisser ou de vous bloquer sur une date, mais au contraire, c’est de vous permettre d’avancer.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais combien d’équipes traitent leur rétroplanning comme un contrat gravé dans le marbre et paniquent dès le premier glissement ? Le planning n’est pas la réalité – c’est une représentation de l’intention. Si la réalité change, le planning change.

Elle le dit d’ailleurs sans détour à propos de sa propre organisation pendant le congé mat : le beau système lundi-mardi-mercredi ne tient pas avec un bébé de 3 mois. Donc elle travaille par sessions de 30-45 minutes sur les siestes. Et elle finalise chaque épisode la veille pour le lendemain. Ce n’est pas un échec – c’est une adaptation.

Pour aller plus loin sur la planification stratégique pour entrepreneurs, d’autres épisodes du podcast creusent les fondamentaux à ne pas négliger dans sa feuille de route annuelle.

Tâches récréatives et sport : les deux oubliés de l’organisation du temps de travail

Voilà le truc que personne ne dit dans les articles sur la productivité : ton cerveau n’est pas une machine.

Estelle Ballot range dans sa journée deux types de créneaux qu’on oublie généralement dans les systèmes d’organisation. D’abord, les tâches récréatives – pas du babyfoot, elle précise. Des tâches nécessaires, mais peu exigeantes cognitivement, et qu’on aime bien faire. Dans son cas : édition de devis, suivi de métriques, préparation de posts sur les réseaux sociaux. Des activités qui font avancer le business tout en laissant le cerveau souffler.

La logique des grands sportifs et leurs temps de récupération – elle y revient deux fois dans l’épisode. Ce n’est pas un hasard. Un solopreneur sans récupération, c’est un sportif de haut niveau qui ne dort jamais. Ça tient quelques semaines, puis ça plante.

Ensuite, le sport. Pas comme un bonus si le temps le permet, mais comme un investissement dans son outil de travail principal – le corps. Elle raconte ses sessions de vélo d’appartement le matin, 20 km, avant d’aller au bureau :

J’arrivais au bureau ultra sereine, zéro stress et avec toute ma journée organisée dans ma tête. Cette session me permettait de dénouer les problèmes que j’avais pu rencontrer la veille et d’aborder cette nouvelle journée sereine, physiquement et mentalement.

C’est exactement le problème qu’on a avec le sport quand on est entrepreneur : on le coupe en premier quand ça déborde. Alors que c’est précisément le moment où on en a le plus besoin.

Pour ceux qui cherchent à gagner du temps avec les bons outils, le complément naturel de cette discipline organisationnelle, c’est l’automatisation des tâches à faible valeur ajoutée – un autre épisode du podcast y est entièrement consacré.

Elle mentionne aussi Tim Ferriss et La Semaine de 4 heures – checker ses emails une ou deux fois par jour, déléguer à un assistant virtuel les tâches où on n’est pas indispensable. Des idées connues, mais qui prennent un sens différent quand elles s’inscrivent dans un système plus large d’organisation du temps de travail.

Célébrer, et pourquoi Estelle Ballot ne l’a pas fait

Premier podcast marketing en France. Ça s’était passé pendant le congé maternité, entre les nuits entrecoupées et les biberons. Un an de travail, une vraie stratégie iTunes, zéro rendez-vous manqué.

Et elle ne l’a pas fêté.

Contente 5 minutes, puis passage direct à l’objectif suivant. Elle le raconte elle-même avec une lucidité un peu brutale, et c’est le seul moment de l’épisode où elle marque une vraie autocritique. Pas sur sa méthode – sur ce qu’elle a raté en dehors de la méthode.

Son 7e principe d’organisation, c’est ça : célébrer les victoires, même petites. Pas pour s’auto-congratuler, mais parce que le cerveau a besoin de mémoriser ce signal – « je suis capable de ça ». C’est la brique de confiance que la to-do list ne construit jamais.

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je bossais dans une rédaction à couvrir 3 sujets par jour – c’est que l’efficacité sans reconnaissance de soi, ça s’érode. Tu peux tenir longtemps sur l’adrénaline du prochain objectif. Mais à un moment, le moteur tourne à vide.

Les stratégies de fidélisation client qu’elle a explorées dans l’épisode précédent reposent d’ailleurs sur ce même principe : créer des moments de reconnaissance. Ce qui marche avec les clients marche aussi avec soi-même.

Et puis, si le sujet de l’équilibre entre performance et plaisir t’intéresse, l’épisode avec Edgar Grospiron sur plaisir et succès va beaucoup plus loin – et vient d’un champion olympique, ce qui change la perspective.

Ce que ce système d’organisation du temps de travail ne résout pas

Soyons honnêtes sur une limite réelle.

Le système d’Estelle Ballot – tâches récurrentes planifiées, rétroplanning flexible, règle des trois objectifs, agenda papier, tâches récréatives, sport, célébration – c’est un système pensé pour un solopreneur ou une très petite structure. Dès qu’on ajoute des collaborateurs, des clients avec des délais imposés, des imprévus qui ne sont plus des bébés qui font la sieste mais des crises clients à gérer en temps réel, la mécanique se complexifie.

Elle le reconnaît implicitement en parlant de son congé maternité : même son propre système ne tient pas face à certaines réalités. Et c’est OK. Un outil d’organisation du temps de travail qui ne plie pas, ça casse.

Ce qui reste valable quelle que soit l’échelle : la distinction récurrent/unique, le principe des trois objectifs, et l’idée que le planning est une intention – pas un contrat. Ça, ça se scale. Le reste dépend de ton contexte.

Pour les freelances qui veulent aller plus loin sur la structure de leur activité, l’épisode sur devenir un freelance incontournable avec Alexis Minchella aborde la question de la positionnement et de la valeur – ce qui conditionne aussi, en creux, comment on organise son temps.

Mais bon – sept principes pour tenir un podcast numéro 1 en France en gérant un nourrisson et un ancien poste chez Microsoft, sans rater une publication pendant un an. On peut discuter des détails du système. Difficile de discuter des résultats.

Questions fréquentes

Comment organiser son temps de travail quand on est entrepreneur seul ? +
La méthode proposée par Estelle Ballot repose sur deux piliers : identifier ses tâches récurrentes et les bloquer dans l'agenda comme des habitudes fixes, puis gérer les projets ponctuels via un rétroplanning flexible. L'idée centrale, c'est de ne pas se poser la question 'qu'est-ce que je fais aujourd'hui ?' - la réponse doit être déjà inscrite dans le planning avant que la journée commence.
C'est quoi la règle des trois objectifs pour gérer son temps ? +
La règle des trois objectifs consiste à identifier les trois priorités du trimestre, en déduire trois priorités par semaine, puis trois tâches concrètes par jour. Ce qui ne contribue pas à cet enchaînement n'est pas prioritaire. L'objectif est d'éviter la to-do list infinie qui génère un sentiment d'échec permanent, même quand on travaille beaucoup.
Qu'est-ce que le batching et comment l'appliquer pour l'organisation du temps de travail ? +
Le batching, c'est le fait de regrouper les tâches similaires sur un même créneau. Par exemple, tourner toutes ses vidéos le même jour (stories, Facebook Live, pub), ou concentrer toute la rédaction sur une demi-journée. Le gain vient du démarrage : le cerveau met du temps à se mettre en mode 'tournage' ou 'écriture', autant rentabiliser ce coût d'entrée en enchaînant les tâches de même nature.
Comment faire un rétroplanning efficace pour ses projets ? +
Estelle Ballot le fait sur Excel avec une colonne par semaine et une ligne par étape. Elle ajoute systématiquement une semaine de marge par grosse étape. Le principe clé : un rétroplanning est une intention, pas un contrat. Si la réalité glisse, le planning glisse aussi - ce qui compte c'est de ne pas perdre le cap global.
Pourquoi prévoir des tâches récréatives dans sa journée de travail ? +
Les tâches récréatives sont des tâches nécessaires pour faire tourner le business, mais qui demandent peu de concentration et qu'on aime bien faire. Elles servent de pause cognitive : le cerveau se repose tout en avançant sur des choses utiles. Exemples : édition de factures, suivi de métriques, préparation de posts. C'est l'équivalent des temps de récupération chez les sportifs de haut niveau.
Comment l'organisation du temps de travail impacte la confiance en soi de l'entrepreneur ? +
Au-delà des outils, Estelle Ballot insiste sur un 7e principe souvent oublié : célébrer ses victoires. Ne pas passer directement à l'objectif suivant sans marquer l'accomplissement. Le cerveau a besoin de mémoriser ce signal pour construire la confiance sur le long terme. Un système d'organisation efficace sans reconnaissance de ses propres succès s'érode progressivement.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat