Un mastermind entrepreneur, la plupart des gens pensent savoir ce que c’est. Un truc américain, un peu sectaire, des gens en cercle qui se racontent leurs problèmes. Et puis on ferme l’onglet. Sauf que Romain Collignon – fondateur de Squared, accélérateur d’entrepreneurs actif depuis 2017 – a passé près de 40 minutes à décortiquer le concept avec Estelle Ballot sur le Podcast du Marketing, et ce qu’il décrit ressemble très peu à ce cliché-là.
Ce qui m’a frappé dans cet épisode, c’est que Romain ne parle jamais de croissance de chiffre d’affaires en premier. Il parle de liberté. D’épanouissement. De solitude. Des décisions que tu ne peux pas partager avec ton équipe parce que ce n’est tout simplement pas leur rôle de les porter.
Et ça change tout à la manière dont on regarde le truc.
Le mastermind entrepreneur n’est pas du réseautage – et ce n’est pas de la formation non plus
Romain est catégorique là-dessus, et il a raison de l’être. La confusion vient du fait qu’un mastermind entrepreneur emprunte à plusieurs formats sans en être aucun. Du coaching entre pairs, du mentorat informel, de l’intelligence collective – et parfois, oui, du réseautage. Mais réduire ça au réseautage, dit-il, serait «vraiment vraiment réducteur».
«Je crois que quand on rentre dans un mastermind, on s’entoure surtout d’une famille entrepreneuriale que l’on n’a pas lorsqu’on est seul à la tête de sa boîte. C’est une des missions d’un mastermind : réduire la solitude de l’entrepreneur.»
Voilà. Dit comme ça, c’est moins mystérieux.
Ce qui distingue un mastermind d’un simple déjeuner entre entrepreneurs, c’est la structure. Des rencontres régulières, un objectif commun, un cadre de confidentialité. Et surtout – c’est le point que Romain insiste à répéter – un leader qui donne sa couleur au groupe.
Chez Squared, cette couleur c’est la liberté de l’entrepreneur. Pas la performance pure, pas les sales, pas le growth hacking. La question centrale est : est-ce que cette boîte te rend heureux ? (Et si t’as envie de creuser la question de aligner son business avec ses valeurs, c’est un sujet qui revient souvent chez les entrepreneurs qui passent par ce genre de groupe.)
La solitude du dirigeant – un problème que personne n’ose nommer
Franchement, la plupart des articles sur l’entrepreneuriat passent à côté de ça. On parle de stratégie, de process, d’outils. Rarement de la solitude réelle qui vient avec le fait d’être seul à la tête d’une structure.
Romain le formule bien : même avec des équipes, même entouré, l’entrepreneur prend des décisions qu’il ne peut pas soumettre à un vote interne. Des décisions stratégiques, des virages à prendre, des doutes profonds sur la direction. Et là, le mastermind entrepreneur joue un rôle que ni un consultant ni un coach one-to-one ne peut vraiment remplir.
«D’envoyer un petit message dans un Slack à ses copains et d’avoir la réponse dans les 5 minutes – on gagne un temps monstre.»
C’est un détail qui en dit long. Ce n’est pas la théorie du mastermind qui compte, c’est l’usage réel au quotidien.
Estelle Ballot soulève un point intéressant dans l’épisode : elle-même introvertie, elle n’a pas nécessairement souffert de la solitude entrepreneuriale. Mais elle reconnaît que même quand on se ressource seul, le contact avec d’autres entrepreneurs qui «ont créé leur boîte» fait germer des idées autrement. C’est une nuance importante. Le mastermind entrepreneur ne s’adresse pas qu’aux gens qui souffrent d’isolement – il s’adresse à quiconque veut penser dans un espace où les interlocuteurs comprennent vraiment ce que ça coûte de décider.
L’épigénétique du business : changer de référentiel pour changer de résultats
C’est là que ça devient vraiment intéressant. Romain parle d’épigénétique – et non, ce n’est pas du bullshit motivationnel.
L’idée : notre référentiel de ce qui est «normal» est construit par notre environnement immédiat. Si tout le monde autour de toi fait 80k par an et pense que c’est le plafond, c’est probablement ton plafond aussi. Pas par manque d’ambition – par manque d’exposition à autre chose.
«Dans le Mastermind 67, la plupart des membres au bout d’un moment écrivent un livre. Et du coup ça te paraît normal. Et quand un comportement te paraît normal, tu te débloques un truc d’un point de vue mindset.»
Ce qui m’agace dans la plupart des discours sur le networking, c’est qu’on parle toujours de contacts, de leads, d’opportunités business. Romain parle d’autre chose : il parle de la transformation du possible. Ce n’est pas la même chose du tout.
Et ça rejoint quelque chose que j’ai lu ailleurs sur comment lever ses freins mentaux pour penser grand – le vrai blocage n’est presque jamais technique, il est dans la représentation qu’on se fait de ce qui est atteignable.
Mais attention – Romain est clair là-dessus – rejoindre un mastermind entrepreneur pour «absorber l’ambition des autres» sans être coachable, ça ne marche pas. Il faut pouvoir recevoir. Un membre qui n’accepte pas la remise en question reste hermétique au groupe. Et dans ce cas, c’est lui qui se prive, pas le groupe.
Trouver le bon mastermind entrepreneur : les 3 critères qui font la différence
La question pratique, évidemment. Comment on fait, concrètement, pour identifier un mastermind entrepreneur qui ne soit pas une arnaque ou un simple dîner entre copains légèrement structuré ?
Romain donne trois critères. Je les reprends parce qu’ils sont utiles, mais j’en ajoute un commentaire.
Premier critère : un objectif clair, une promesse définie. Chaque mastermind sérieux a une couleur. Chez Squared, c’est liberté + structuration. Ailleurs, ce sera sales, mindset, croissance agressive. Il faut que ça corresponde à où tu en es – et à ce que tu cherches vraiment, pas à ce que LinkedIn te dit de chercher. (Ce qui implique de savoir se fixer des objectifs à trois niveaux avant même de frapper à la porte.)
Deuxième critère : les valeurs du groupe. Pas les valeurs affichées sur le site – les valeurs réelles, celles que tu perçois en parlant à des membres actuels. Romain dit quelque chose de vrai ici : les valeurs du mastermind entrepreneur sont toujours très liées au fondateur. Si le fondateur est dans une logique de performance pure à tout prix, c’est ce que tu absorberas.
Troisième critère : s’identifier au leader. Dans ses bons côtés comme dans ses zones d’ombre. Parce qu’on absorbe tout – c’est la logique épigénétique qu’on mentionnait. Si le leader te met mal à l’aise sur certains points, c’est un signal.
Et pour les trouver ? La méthode de Romain est simple : demander à son réseau. «Demander à ta communauté : est-ce que vous êtes dans des masterminds ?» Ceux qui reviennent souvent méritent d’être creusés. Aujourd’hui, le Mastermind 67 et le Mastermind 78 de Squared fonctionnent exclusivement par recommandation – ce qui est, en soi, un signal de qualité.
Ce qui se passe vraiment à l’intérieur – et ce que personne ne montre
La vision du cercle sectaire. Romain le reconnaît en riant – c’est l’image que la plupart des gens ont. Et il y a un fond de réalité : oui, il y a des moments où les membres sont en cercle, chacun avec sa problématique.
Ces moments s’appellent des «Hot Seats». Un membre pose une problématique précise, le groupe travaille dessus. Romain parle de «résolution de problèmes en intraveineuse» – j’aime beaucoup cette formule parce qu’elle dit deux choses : c’est rapide, et c’est concentré.
Mais ce n’est qu’une partie de ce qui se passe. Chez Squared, les rencontres durent deux jours, avec un sujet différent chaque heure – ce qui donne une idée de l’intensité. Il y a des guests invités pour l’inspiration, des travaux collectifs sur des aspects structurels, des moments one-to-one avec des coachs formés pour les sujets mindset plus profonds.
Ce dernier point est important (et c’est souvent là que ça coince dans les masterminds moins structurés) : Romain distingue clairement le coaching par les pairs – utile mais non professionnel – du coaching par des coachs formés, qui «ont l’art de la question». Les membres peuvent apporter leur expérience, pas dicter des injonctions. Et quand quelqu’un dérape vers le «tu dois faire ça», l’équipe recadre. Ce cadre-là, c’est ce qui différencie un mastermind professionnel d’un groupe WhatsApp d’entrepreneurs bien intentionnés.
D’ailleurs, si t’as jamais animé un groupe de travail ou un format collaboratif, tu sais à quel point organiser son temps et ses priorités dans un cadre collectif demande une vraie discipline. Ce n’est pas improvisé.
La question qu’Estelle a posée et que tout le monde évite
Il y a un échange dans l’épisode que j’ai trouvé particulièrement honnête. Estelle Ballot – qui a passé la quarantaine, qui «vit très bien», qui n’a «rien à prouver à personne» – demande franchement à Romain si un mastermind entrepreneur est réservé aux gens qui veulent aller plus loin, plus vite, plus gros.
Parce que la pression LinkedIn de la croissance perpétuelle, elle la voit, elle la comprend, mais elle n’y adhère plus forcément. Elle n’a pas envie d’embaucher. Elle veut peut-être ralentir.
«Tu sais que ralentir, c’est de la performance. Et une entreprise, elle est au service de sa propre vie.»
Romain répond ça. Et c’est la meilleure réponse possible, je trouve.
Le mastermind entrepreneur n’est pas une machine à fabriquer des boîtes à 10 millions. C’est un cadre pour que l’entrepreneur sache ce qu’il veut vraiment – et construise autour de ça. La liberté perso, le temps avec les enfants, le fait de ne pas se noyer dans sa propre création : ce sont des métriques de performance dans la philosophie de Squared.
Est-ce que tous les masterminds pensent comme ça ? Non, clairement pas. Certains sont très orientés chiffres, très orientés sales. Et c’est très bien si c’est ce dont tu as besoin au moment où tu y entres. La question c’est : est-ce que tu sais ce que tu veux ? (Et là, honnêtement, beaucoup d’entrepreneurs confondent ce qu’ils veulent avec ce que leur secteur valorise. Ce n’est pas la même chose.)
Romain dit une phrase clé à ce sujet : «Il faut avoir une envie et un degré d’évolution.» Pas nécessairement de l’évolution chiffre d’affaires. L’évolution peut être personnelle, dans la qualité de vie, dans la clarté de vision. Mais il faut cette intention d’évoluer – sinon le mastermind n’a rien à activer.
Ce qui me ramène à une question que la transcription ne résout pas complètement : combien de temps faut-il pour «sentir» qu’un mastermind entrepreneur fonctionne pour soi ? Romain parle de transformations sur 3 mois, 6 mois, 1 an. Et il dit aussi qu’on n’est pas obligé de rester dans le même groupe – qu’on change de mastermind quand on change d’objectifs. Ce qui suggère que l’engagement n’est pas inconditionnel, et c’est rassurant. Mais le processus de candidature chez Squared est «assez éprouvé» – ils vérifient les valeurs, les objectifs, et ils disent non si ce n’est pas aligné. Ce qui implique aussi qu’on peut se faire refuser. Et ça, pour un entrepreneur habitué à décider seul, c’est peut-être le premier vrai test de coachabilité.
Pour les indépendants notamment – qui constituent une bonne partie du public de ce podcast – la question de la communication et du temps disponible pour se développer se pose différemment. Rejoindre un mastermind, ça prend du temps, de l’énergie, et ça coûte de l’argent. Romain positionne ça clairement dans le budget «investissement sur l’entrepreneur» – pas dans les charges, pas dans les outils. Si tu ne vois pas l’entrepreneur comme la ressource principale de la boîte, tu ne verras jamais la valeur de ce type de groupe.



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