levée de fonds participative

Comment lever 15 millions d’euros avec le marketing – avec Matthieu Gueniffey de Galeon – Episode 314

Épisode diffusé le 15 janvier 2026 par Estelle Ballot

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

Une levée de fonds participative à 15 millions de dollars, sans un seul fonds VC au tableau de cap. 40 000 particuliers – des boulangers, des soignants, des plombiers – qui sortent leur carte bancaire pour financer un logiciel hospitalier basé sur la blockchain. Mathieu Gueniffey, cofondateur de Galeon, a fait quelque chose que beaucoup considéraient comme impossible en 2021 : transformer une ICO dans le secteur de la santé en machine marketing qui tourne.

Ce qui m’a scotché quand j’ai écouté cet épisode du Podcast du Marketing – animé par Estelle Ballot, ex-Microsoft et Ogilvy, qui avoue elle-même ne rien connaître à la crypto – c’est que le sujet n’est pas vraiment la blockchain. C’est comment on fait bouger des gens. Comment on les convainc de mettre de l’argent réel sur quelque chose qu’ils comprennent à peine. Et là, on est au cœur d’un problème que la plupart des entrepreneurs ratent complètement.

Parce que la levée de fonds participative, dans ce cas précis, n’a pas fonctionné grâce à la tech. Elle a fonctionné grâce à une mécanique marketing assez précise – et assez rare pour qu’on la décortique.

Quand 80 % d’une donnée vaut de l’or et que personne ne peut y toucher

Le pitch de Galeon tient en une phrase. Quatre-vingts pour cent des données hospitalières sont inutilisables. Enfermées dans des logiciels qui ressemblent à Windows XP. Inaccessibles, non interopérables, perdues dans des silos que personne n’a songé à connecter depuis les années 90.

Mathieu Gueniffey est cofondateur et vice-président de Galeon. Son CEO, Le Breton, est médecin réanimateur – ce qui n’est pas anodin dans la crédibilité du projet. Ensemble, ils ont construit ce qu’ils appellent «le système d’exploitation de l’hôpital du futur» : un dossier patient informatisé déjà déployé dans 18 hôpitaux, utilisé par 10 000 soignants, avec plus de 3 millions de dossiers patients. Et par-dessus ça, une couche blockchain pour entraîner des IA médicales sans que les données ne quittent jamais l’hôpital.

Le cas d’usage est concret. Tu habites Marseille, tu as une urgence à Paris. Les deux hôpitaux ont Galeon. Le transfert du dossier se fait en un clic. Tes allergies, tes traitements, ton historique – disponibles immédiatement. (Ce qui paraît évident en 2025 mais qui, concrètement, n’existe toujours pas dans la majorité des hôpitaux français.)

Bref. Le problème est réel. La solution existe. Mais comment tu convaincs 40 000 inconnus de financer ça avec leur propre argent ?

La mission avant la tech : le vrai levier de la levée de fonds participative

Dans l’univers crypto de 2021-2022, la norme c’est de vendre de la technologie. «Regardez ma blockchain, elle est plus rapide. Regardez mon token, il coûte moins cher.» C’est le discours de 95 % des projets ICO. Et c’est précisément pour ça que la plupart plantent.

Galeon a fait le choix inverse. Mathieu l’explique clairement :

«On a pas vendu de la blockchain. On a vendu une révolution médicale. On a dit ben grâce à Galéon, on va mieux soigner les gens. On a déplacé le curseur de la spéculation à la réelle utilité de la blockchain dans notre cas d’usage dans la santé.»

Voilà. C’est Simon Sinek appliqué à une ICO – et ça marche parce que les gens n’achètent pas des lignes de code, ils achètent une vision du futur. La comparaison qu’il fait avec Elon Musk n’est pas anodine : «il vend on va aller sur Mars». Peu importe les étapes intermédiaires. Ce qui accroche, c’est l’image mentale d’un système de santé où l’IA détecte un cancer du sein dix ans avant les premiers symptômes.

Ce glissement – de la tech vers la mission – c’est ce qui transforme un investisseur rationnel en quelqu’un qui investit avec ses tripes. Et dans une levée de fonds participative qui cible le grand public, c’est pas un détail. C’est tout.

Sur ce point, si tu veux creuser la question de persona et positionnement marketing, il y a des parallèles intéressants avec ce que fait Galeon – cibler une émotion plutôt qu’un profil démographique.

L’éducation comme outil de vente – et pas comme option

Deux secteurs complexes. En même temps. Crypto d’un côté, santé de l’autre. Pour un investisseur lambda, c’est deux niveaux de résistance qui se superposent.

Mathieu Gueniffey en est conscient dès le départ. Sa réponse : faire de l’éducation le principal levier de conversion. Pas les publicités. Pas les promotions. L’explication.

«L’ignorance c’est vraiment le premier frein à l’achat. Quand tu connais pas, moi je touche pas à ça, je comprends pas, je touche pas. Donc finalement on a fait de l’éducation un peu notre principal levier de vente.»

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais derrière, il y a une vraie mécanique : des lives réguliers sur Twitch et Twitter (des sessions «Ask Me Anything»), des Q&A en direct avec la communauté, des explications qui vulgarisent sans condescendre. Et surtout – et c’est là que beaucoup ratent – ils montraient leurs têtes. Dans un univers crypto où l’anonymat est la norme, apparaître en vidéo, répondre aux questions difficiles, nommer les fondateurs : c’est un signal de crédibilité massif.

La réduction de friction, c’est le vrai sujet ici. Chaque contenu pédagogique n’est pas là pour informer – il est là pour rassurer. Et un investisseur rassuré, c’est un investisseur qui convertit. (C’est aussi valable pour n’importe quelle vente complexe, d’ailleurs – la fidélisation par la confiance repose exactement sur ce mécanisme.)

La transparence quand ça va mal – le vrai test

2022. Le marché crypto s’effondre. FTX – une des plus grosses plateformes d’échange crypto – s’avère être une arnaque monumentale. Toutes les crypto chutent. La communauté Galeon, elle, a des jetons qui perdent de la valeur. Et des gens qui commencent à poser des questions difficiles.

Beaucoup de fondateurs auraient baissé le rideau. Arrêté les lives. Communiqué moins. Attendu que ça passe.

Galeon a fait l’inverse :

«Au lieu de se cacher, on a un peu ouvert les fenêtres. On a dit on va expliquer ce qu’on fait de chaque euro, on va même dans la tempête expliquer ce qu’on fait. La confiance ça se gagne quand ça va mal, pas quand tout va bien.»

C’est exactement le problème. La plupart des marques communiquent en mode vitrail – elles montrent ce qui brille. Galeon a choisi le mode radiographie. Et cette transparence dans la crise – répondre aux détracteurs sur Twitter par vidéo, montrer les contrats signés avec les hôpitaux, documenter l’utilisation des fonds – a créé quelque chose que l’argent ne peut pas acheter directement : la confiance communautaire.

Résultat concret : des soignants et des informaticiens dans la communauté ont recommandé Galeon à leurs directions d’hôpital. La communauté d’investisseurs est devenue une force commerciale. (Ce qui est fascinant – et assez rare pour être noté.)

Dans une logique de croissance durable par l’audience qualifiée, c’est exactement ce mécanisme : des gens convaincus qui deviennent des ambassadeurs actifs.

Crevette, baleine, Godzilla – comment la gamification a retenu 40 000 personnes

Recruter une communauté, c’est pas le plus dur. C’est la garder active qui tue la plupart des projets.

Galeon a résolu ce problème en piochant dans les codes de la culture gaming – ce qui n’est pas un hasard pour quelqu’un qui montait des serveurs roleplay GTA San Andreas à 16 ans. Les mécaniques de jeu vidéo appliquées à l’investissement : badges, quêtes, niveaux, avatars. Et surtout, une taxonomie qui parle à la culture crypto.

200 euros investis ? Tu es une crevette. Une petite image stylisée, un pack représenté par ce crustacé. 25 000 euros ? Tu es une baleine. 50 000 euros ? Tu es Godzilla. Ridicule sur le papier. Terriblement efficace en pratique.

«On a transformé notre communauté en super fans de Galéon. Finalement c’est transformer l’investissement en une expérience un peu ludique et sociale. Le besoin d’appartenance et de reconnaissance, il est hyper important.»

Ce que décrit Mathieu, c’est pas de la gamification au sens décoratif du terme. C’est l’activation d’un mécanisme psychologique précis : l’identité par le groupe. Quand tu es «baleine Galeon», tu ne regardes plus ça comme un investissement financier – tu regardes ça comme une appartenance. Et l’appartenance, ça ne se vend pas, ça se construit.

Aujourd’hui la plateforme Galeon Atlantis pousse ce système encore plus loin : avatars personnalisables, quêtes qui récompensent l’engagement sur les réseaux sociaux, badges qui progressent avec les invitations. C’est un système d’engagement à points qui transforme chaque interaction en signal de fidélité – et qui entretient la communauté entre deux annonces importantes.

Ce système de mécanique d’engagement par la participation active ressemble d’ailleurs à ce que font les meilleurs lead magnets interactifs – l’idée c’est la même : créer une raison de revenir.

Ce que cette levée enseigne à n’importe quel marketeur

Pas besoin de faire une ICO pour retenir les leçons de Galeon. La levée de fonds participative n’est qu’un contexte. Ce qui se passe derrière, c’est du marketing assez fondamental – et assez mal appliqué en moyenne pour que ça mérite d’être dit clairement.

Premier point : la mission crée de l’action là où l’argument rationnel crée de la réflexion. Et la réflexion, dans un processus d’achat ou d’investissement, c’est souvent l’ennemi. (Pas toujours – mais dans un contexte où tu demandes de l’argent à des inconnus, oui.)

Deuxième point : éduquer, c’est vendre. Chaque contenu pédagogique que Galeon a produit n’était pas du brand content pour faire joli – c’était un outil de conversion déguisé en explication. La différence entre les deux, c’est l’intention au moment de la création.

Troisième point – le plus contre-intuitif : la transparence dans la crise vaut mieux que la communication parfaite en période faste. Ce n’est pas une posture éthique. C’est une stratégie. Les détracteurs qui criaient «arnaque» en 2022 ont fourni à Galeon une occasion de prouver, vidéo après vidéo, que ce n’en était pas une. Les objections sont du carburant si tu les traites au lieu de les éviter.

Et le dernier point, celui que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – enfin, celui que j’aurais voulu voir appliqué par plus d’entrepreneurs que j’ai interviewés – c’est que garder son indépendance est une décision marketing autant que financière. Galeon a refusé les VC pour rester à un horizon 15-20 ans. Ce choix a directement influencé le message («on construit le futur de la santé») et la relation avec la communauté («vous êtes copropriétaires de ce projet»). Sans cette cohérence entre la vision long terme et le mode de financement, le discours n’aurait pas tenu.

Il y a une limite réelle à ce modèle, et il faut la nommer : une levée de fonds participative en crypto exige une communauté déjà sensibilisée à cet univers, ou un effort d’éducation massif. Galeon avait Mathieu – quelqu’un dans la crypto depuis 2012, avec les codes culturels, le réseau, la légitimité pour parler à cette audience. Sans ça, la même stratégie aurait probablement produit des résultats très différents. Pour aller creuser les mécaniques de lecture des signaux faibles dans une stratégie marketing, il y a des parallèles directs avec ce que Galeon a fait pour détecter les bonnes opportunités de communication.

Mais ce que prouve cet épisode, fondamentalement, c’est qu’une levée de fonds participative bien menée n’est pas un produit financier. C’est un produit marketing. Et si tu penses autrement, tu rates probablement quelque chose d’important – dans ta levée comme dans ton business au sens large. La question que ça pose : combien d’entreprises ont une mission aussi claire que Galeon, et ne s’en servent jamais vraiment ?

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une levée de fonds participative en crypto ? +
Une levée de fonds participative en crypto - aussi appelée ICO (Initial Coin Offering) - est un mode de financement où une entreprise émet ses propres jetons numériques et les vend directement au grand public en échange de cryptomonnaies. Contrairement à une levée VC traditionnelle, n'importe qui peut investir, souvent avec des montants très faibles. Galeon a ainsi levé 15 millions de dollars auprès de 40 000 investisseurs particuliers.
Comment Galeon a-t-il convaincu 40 000 personnes d'investir dans sa levée de fonds participative ? +
Galeon a misé sur trois leviers principaux : la mission avant la technologie (vendre une vision du futur de la santé plutôt que des fonctionnalités blockchain), l'éducation permanente via des lives et Q&A pour réduire la barrière à l'entrée, et la gamification avec des packs «crevette», «baleine» et «Godzilla» qui créaient un sentiment d'appartenance. La transparence totale, même pendant les crises, a renforcé la confiance de la communauté.
Quelle est la différence entre une ICO et une levée de fonds classique ? +
Dans une levée classique, on s'adresse à des fonds d'investissement ou des business angels qui attendent un retour sur 5 à 7 ans et prennent des parts au capital. Une ICO s'adresse directement au grand public via des jetons numériques, sans dilution du capital. Galeon a choisi cette voie pour garder son indépendance et viser un horizon de 15 à 20 ans, incompatible avec les exigences de rentabilité à court terme des fonds VC.
La levée de fonds participative est-elle risquée pour les investisseurs ? +
Oui, et il faut le dire clairement. Investir dans une ICO comporte des risques élevés : volatilité extrême des jetons, projets qui disparaissent, marché non régulé. En 2022, l'effondrement de FTX a entraîné une chute massive de toutes les cryptomonnaies. Galeon avait sécurisé ses fonds en stable coins, ce qui a limité l'impact. Mais tous les projets ne prennent pas ces précautions.
Comment utiliser la gamification pour fidéliser une communauté d'investisseurs ? +
Galeon a créé un système de packs avec des avatars (crevette, baleine, Godzilla) inspirés de la culture crypto, puis a développé la plateforme Galeon Atlantis avec des quêtes, des badges progressifs et des récompenses pour l'engagement sur les réseaux sociaux. L'idée : transformer l'investissement en expérience sociale et ludique, activer le besoin d'appartenance, et créer des raisons de revenir régulièrement sur la plateforme.
Le marketing de mission fonctionne-t-il uniquement pour les startups tech ? +
Non. Le cas Galeon illustre un principe universel : les gens n'achètent pas des fonctionnalités, ils achètent une vision. Que vous vendiez un SaaS, un service de conseil ou un produit physique, articuler clairement le «pourquoi» - ce que Simon Sinek appelle le Why - avant de parler du «comment» et du «quoi» déclenche une réponse émotionnelle bien plus puissante qu'un argumentaire rationnel. C'est particulièrement vrai quand vous vous adressez au grand public plutôt qu'à des professionnels de l'investissement.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat