L’ia appliquée au marketing, tout le monde en parle. Mais entre ceux qui ont testé trois prompts sur ChatGPT et ceux qui jurent avoir automatisé toute leur vie, la réalité est beaucoup plus floue – et beaucoup plus intéressante. Marjolaine Grondin, fondatrice de Jam (le premier chatbot francophone, 900 000 utilisateurs, levée à 1 million d’euros bien avant l’arrivée de ChatGPT), nommée Forbes 30 under 30 et Top Innovator Under 35 du MIT, a une vision très précise de ce que ça veut dire concrètement. Et cette vision dérange un peu.
Pas parce qu’elle est technique. Parce qu’elle oblige à remettre en question des habitudes qu’on pensait être de bonnes pratiques.
Pourquoi écrire vos posts LinkedIn avec l’IA est une mauvaise idée
La question qu’Estelle Ballot lui pose en premier – celle que tout le monde se pose en vrai – c’est : est-ce que l’ia appliquée au marketing, ça sert à écrire des posts LinkedIn ? La réponse de Marjolaine est tranchée.
Non, surtout s’il vous plaît, n’écrivez pas vos posts LinkedIn avec l’IA.
Voilà. Pas de nuance molle, pas de ‘ça dépend du contexte’. Elle précise quand même qu’il y a une exception étroite : la boîte d’une personne, zéro temps, pas d’envie de se lancer sur le réseau. Dans ce cas-là, un post médiocre mais existant vaut mieux que rien.
Mais pour le reste ? Il y a un concept qui circule en anglais – le AI Slop – qui désigne littéralement les déchets produits par l’IA. Et LinkedIn en est rempli. Marjolaine cite un article de Harvard Business Review sur le ‘AI Workslop’ : tu reçois un pavé de ton collègue, tu le lis, ça a l’air bien présenté, et au bout d’un moment tu réalises que c’est pas lui qui l’a écrit. La charge revient vers toi. Tu as perdu ton temps.
Ce qui se passe psychologiquement, c’est ça qui est intéressant. Il y a un lien de confiance qui se crée quand tu penses lire une vraie pensée humaine. Et quand tu réalises que c’est généré – tu as été floué. Sans prévenir.
Ce qui m’agace, c’est qu’on le sait tous. On le sent à la lecture. Ces tournures trop propres, trop équilibrées, ces ‘Il est important de noter que’, ces transitions parfaites. ChatGPT qui essaie de ‘faire semblant d’être un humain’, comme dit Marjolaine. Et parfois il sort des formulations comme ‘oui mais non en fait’ – un truc qu’aucun humain ne dirait vraiment dans ce contexte.
Alors qu’est-ce qu’on fait ? Estelle Ballot décrit sa propre méthode, qui ressemble à ce que beaucoup d’entre nous font intuitivement : elle écrit un pavé désordonné – ses convictions, ses doutes, ses intuitions – et elle demande ensuite à ChatGPT d’en faire un post. Marjolaine valide. C’est mieux. Mais elle pose une question plus importante derrière tout ça.
La pyramide IA : trois niveaux pour une ia appliquée au marketing qui a du sens
Oublie les posts LinkedIn une seconde. L’ia appliquée au marketing, c’est quoi concrètement quand on va au-delà des usages de surface ? Marjolaine a théorisé ce qu’elle appelle sa pyramide de l’IA – une sorte de pyramide de Maslow maison.
Premier niveau : l’assistant. Tu lui délègues tout ce qui est automatique, répétitif, à faible valeur stratégique. L’objectif est de réduire la charge mentale. Pas d’automatiser ta vie entière – juste de ne plus passer du temps sur des tâches qui ne nécessitent pas ton cerveau.
Deuxième niveau : le Chief of Staff. Un directeur de cabinet à tes côtés. Il t’aide à créer, à produire. C’est là que l’ia appliquée au marketing commence à vraiment gagner du terrain sur les tâches de fond.
Troisième niveau – le plus intéressant selon elle : le cofondateur personnel. Un sidekick qui challenge ta vision, affine ta stratégie, t’oblige à te demander si ce que tu fais rapidement, tu le fais dans le bon sens.
Cette idée d’avoir un sidekick, un cofondateur personnel qui m’aide à me challenger, à me nourrir, à affiner ma vision, ma stratégie, à m’assurer que ce que je fais a du sens pour moi, pour mes clients, pour mon équipe.
Dit comme ça, ça a l’air d’un framework de consultant. Mais dans les faits, cette structure – assistant, producteur, challenger – correspond exactement aux trois questions qu’on se pose face à l’IA sans vraiment les formuler.
Et ce framework, Marjolaine le teste sur tous les publics : des ingénieurs, des agriculteurs à la Réunion où elle vit, des experts-comptables, des notaires. Tout le monde dit que ça leur parle. Ce qui est rare dans le secteur, clairement.
Ce que personne ne dit vraiment sur l’automatisation
Il y a un faux mythe qui tourne autour de l’ia appliquée au marketing et de l’automatisation en général. Celui du fondateur qui surfe pendant que ses agents IA gèrent tout. Marjolaine le démonte sans ménagement.
Quand tu regardes leur stack vraiment au-delà de la démo LinkedIn, c’est le jour et la nuit. Une automatisation, ça peut être juste j’ai un template de mail que j’envoie en un clic avec mon lien Calendly ouvert.
Voilà. Une automatisation, dans la vraie vie, c’est ça. Pas un système multi-agents qui prend des décisions à ta place. C’est un clic au lieu de cinq. C’est un tableau Notion où tes mails importants tombent automatiquement, trié par contexte. C’est Séverine – l’assistante de Marjolaine – qui a créé cette automatisation avec un prompt bien construit, et qui s’est éclatée à le faire.
Sa règle : tant que tu n’as pas fait quelque chose trois fois manuellement, ne cherche pas à l’automatiser. Une fois que tu l’as fait, là tu peux commencer à fluidifier.
C’est une nuance qui change tout. La plupart des gens veulent automatiser avant de comprendre ce qu’ils automatisent. Du coup ça plante, ça donne des résultats absurdes, et ils concluent que ‘l’IA ça marche pas pour eux’. Alors que le problème c’est l’ordre des opérations. (Et c’est souvent là que ça coince, mais personne ne le dit dans les tutos.)
Pour travailler moins en produisant mieux, l’automatisation bien pensée est un levier réel – à condition de ne pas brûler les étapes.
Solopreneur et ia appliquée au marketing : les vrais chiffres
300 000 euros de chiffre d’affaires. Seule. Avec une stack qui coûte 400 euros par mois grand maximum.
Marjolaine Grondin a redémarré son activité en avril 2024, après deux ans de surf, de musique et de voyage post-cession de Jam. Elle est repartie de zéro – enfin, pas tout à fait : elle avait son historique, son audience, sa crédibilité. Mais technologiquement, elle a commencé avec Squarespace, Notion, Canva, Calendly, Stripe, et Loom pour ses formations.
C’est la stack qui m’a permis d’atteindre les premiers 300 000. Après bien sûr, c’est je suis pas partie de zéro. J’avais l’historique de Jam, j’avais une audience, il y a plein de choses. Mais tout ça c’est pas la technologie.
Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Elle insiste dessus. Les outils ne remplacent pas l’expertise, l’audience, la valeur. Ils la libèrent. Ce qui lui prend le plus de temps aujourd’hui – et où elle est la plus heureuse – c’est la création de contenu, la réflexion, la lecture. Pas les prompts.
Et ça c’est probablement la leçon la plus contre-intuitive de cette conversation. L’ia appliquée au marketing ne te rend pas plus technique. Elle te rend plus humain dans ce que tu fais – parce qu’elle prend en charge tout ce qui n’a pas besoin de l’être.
Pour les solopreneurs et freelances qui se demandent comment fixer leurs tarifs face à des clients qui comparent avec des outils IA, cette réalité chiffrée est utile à connaître.
L’usage le plus puissant que la plupart ratent complètement
Donner des données à l’IA. Pas des prompts. Des données brutes.
Marjolaine décrit un usage qui change réellement la façon de faire du marketing – et que la majorité des gens n’a pas encore intégré. L’idée : prendre tous les retours utilisateurs, les commentaires Instagram, les exports YouTube, les transcripts d’appels clients, les interviews – tout ça en vrac – et le mettre dans un outil comme Claude, ChatGPT, ou Notebook LM de Google.
Notebook LM en particulier l’intéresse parce qu’il n’accède pas à Internet. Il agit comme un analyste qui travaille uniquement sur ce que tu lui donnes. Tu crées ton propre mini-LLM à partir de ta réalité business. Tu peux discuter avec tes données. Et derrière, l’outil te génère un podcast, une FAQ, une timeline, des cartes mentales.
Toute cette donnée brute impossible à analyser à l’échelle humaine, je la mets dans une IA. Et tu vas pouvoir après tester beaucoup de choses rapidement. C’est là où elle est magique, l’IA : elle réduit le temps entre j’ai une idée et mon idée elle est live, elle est testée.
En marketing, les données clients sont partout et sous-utilisées. Les questions récurrentes en DM, les objections qui reviennent dans les calls de vente, les commentaires négatifs sur les concurrents – tout ça c’est de l’or brut. L’ia appliquée au marketing, à ce niveau-là, c’est un moteur d’analyse de l’intention d’achat que la plupart des CMO n’ont pas encore intégré dans leur process.
Et maintenant, avec les connecteurs sur Claude (version payante à 20 dollars par mois), tu peux connecter directement ton Gmail, ton Google Drive, ton Notion, ton Fireflies – l’outil qui transcrit tes réunions. Ton IA travaille sur tes données réelles, en temps réel. Plus la peine de copier-coller.
Pour ceux qui veulent aller plus loin sur la lecture des signaux dans leurs données, l’épisode sur les signaux faibles en marketing est un bon complément. Et si la question des KPI vous travaille – parce que donner de mauvaises données à l’IA, c’est obtenir de mauvaises analyses – l’épisode sur les métriques vanité et les vrais indicateurs est directement lié.
Ce que l’ia appliquée au marketing ne remplacera jamais
Marjolaine Grondin est une précurseure. Elle a vu arriver l’IA bien avant tout le monde, vendu sa boîte, et elle est revenue dans le secteur par conviction – pas par opportunisme. Ce recul lui donne une perspective que beaucoup de ‘experts IA LinkedIn’ n’ont pas.
Et cette perspective, c’est : l’ia appliquée au marketing n’a de sens que si tu sais ce que tu veux dire.
Les posts LinkedIn générés de A à Z, c’est contre-productif quand tu veux vraiment bien faire. Pas parce que ChatGPT est nul – mais parce que la valeur d’un post vient de la pensée derrière. L’IA peut structurer, affiner, corriger les raccourcis dans un raisonnement, amplifier des idées, trouver des anecdotes. Mais elle ne peut pas avoir tes convictions à ta place.
Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise clairement dès le départ – c’est que l’IA est un levier de vitesse, pas un levier de fond. Elle accélère ce que tu as déjà. Elle ne crée pas ce que tu n’as pas encore.
Marjolaine parle de son outil de dictée Whisperflow – elle réfléchit à l’oral, se balade, donne ses intuitions, et structure ensuite. L’ia appliquée au marketing à son meilleur niveau, c’est ça : un interlocuteur disponible 24h/24 qui ne juge pas tes idées à moitié formées et qui t’aide à les finir.
Mais le ‘ia washing’ – cette tendance à sur-promettre ce que l’IA fait vraiment – reste un vrai problème. Si vous voulez comprendre où s’arrête la promesse et où commence la réalité, cet épisode sur l’IA comme argument trompeur est une lecture utile avant d’investir dans quoi que ce soit.
Et si on dit que l’IA va déshumaniser les relations professionnelles – Marjolaine dit exactement l’inverse. Quand tout ce qui est transactionnel est géré automatiquement, les échanges avec son assistante Séverine sont devenus plus denses, plus directs. Elles s’appellent parce qu’il y a vraiment quelque chose à se dire. Pas pour organiser une réunion.
C’est peut-être ça, la vraie promesse de l’ia appliquée au marketing. Pas l’efficacité. La clarté sur ce qui mérite vraiment du temps humain.


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