faire confiance au process

[Best Episode] Pourquoi faire confiance au process ? – Episode 162

Épisode diffusé le 21 juillet 2025 par Estelle Ballot

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Faire confiance au process – pas juste se faire confiance à soi-même, mais vraiment au process – c’est peut-être la distinction la plus sous-estimée dans tout l’écosystème entrepreneurial. Estelle Ballot, créatrice du Podcast du Marketing et consultante marketing suivie par des milliers de dirigeants, l’a formulé comme ça dans l’épisode 162. Et franchement, ça mérite qu’on s’y arrête deux minutes.

Le contexte : elle est en plein milieu d’un gros projet. L’enthousiasme du départ est retombé. Le doute s’installe. Ce moment précis – ni au début où tout est excitant, ni à la fin où les résultats valident – c’est là que la plupart des projets meurent. Pas à cause d’une mauvaise idée. À cause d’un abandon prématuré.

Ce que j’ai trouvé intéressant dans cet épisode, c’est qu’Estelle ne parle pas de « positivity mindset » ou d’autres injonctions molles. Elle parle d’un truc très concret : pourquoi une méthode structurée protège mieux ton projet que ta motivation du moment. Et la différence entre les deux, c’est énorme.

Le doute n’est pas le problème – la paralysie l’est

Trois raisons expliquent, selon Estelle Ballot, pourquoi on perd confiance en cours de route. La peur de l’inconnu, d’abord – on lance quelque chose qu’on n’a jamais fait, donc le cerveau panique. Normal. La comparaison ensuite, ce poison classique : on regarde ce que font les autres et on se dit qu’on n’a pas le niveau. Et enfin, la peur des conséquences – qu’est-ce que vont penser les clients, les proches, les fournisseurs.

Ce dernier point est souvent le plus paralysant. Pas la peur d’échouer en soi, mais la peur du regard des autres sur l’échec. C’est subtil comme distinction.

«L’une des principales raisons pour laquelle on n’a pas confiance, c’est qu’on a peur de l’inconnu. On lance un nouveau produit, on ne sait pas quelle va être la réaction de notre audience, de nos clients, de notre entourage, donc on a peur.»

Ce qui m’agace dans 90% des discours sur la confiance en soi, c’est qu’ils s’arrêtent là. «Accepte ta peur, elle est normale.» Super. Et après ? Estelle va plus loin, et c’est pour ça que l’épisode vaut quelque chose.

La peur immobilise. Et l’immobilisation coupe l’accès aux solutions. C’est le chat qui se mord la queue : on a peur, donc on n’agit pas, donc on ne trouve pas ce qui pourrait résoudre le problème, donc on a encore plus peur. Le seul moyen de sortir de la boucle, c’est l’action. Même imparfaite. Même hésitante.

Mais agir sans méthode, c’est souvent agir dans le vide – et ça, on en parle moins. C’est exactement là qu’intervient la notion de faire confiance au process.

Ce que personne ne dit sur la confiance en public

La confiance, ce n’est pas que pour toi. Estelle l’enfonce comme un clou.

Quand tu dégages de l’assurance – pas de l’arrogance, de l’assurance – les gens autour de toi se détendent. Tes collaborateurs travaillent mieux. Tes prospects signent plus facilement. Tes fournisseurs vont s’investir davantage.

«Si en face d’eux, ils ont une personne qui semble complètement à l’aise avec ce qu’elle fait, totalement en confiance et qui sait où elle va… de fait, on est en confiance. Si en revanche, on est face à quelqu’un qui bredouille, qui est pas sûr, qui nous dit ‘Oh là là, je sais pas si ça va marcher’, c’est évident, ça donne pas vraiment envie de s’engager.»

Dit comme ça, ça paraît évident. Ça ne l’est pas du tout dans la pratique.

Et il y a la mécanique neurologique derrière tout ça – le truc le plus contre-intuitif de l’épisode. Le cerveau ne distingue pas très bien ce qu’il a imaginé de ce qu’il a vécu. Les skieurs de descente le savent depuis longtemps : avant de s’élancer, ils visualisent chaque virage, chaque bosse. La tête qui oscille légèrement de gauche à droite sur la ligne de départ – c’est ça, en temps réel. Ils donnent à leur cerveau l’impression d’avoir déjà parcouru la piste. Du coup, quand ils s’élancent vraiment, le cerveau est en terrain connu. Il dépense moins d’énergie cognitive sur la gestion du stress et peut tout mettre dans l’exécution.

Appliqué à ton prochain lancement produit ou à ta prochaine campagne, c’est exactement le même principe. Tu veux penser grand et dépasser tes limites ? Commence par entraîner ton cerveau à considérer l’objectif comme déjà atteint.

Faire confiance au process : pourquoi la méthode bat la motivation

Voilà le cœur de l’épisode. Et c’est là qu’Estelle dit quelque chose de vraiment utile.

Faire confiance au process, c’est choisir une méthode – une vraie, étape par étape – et lui faire confiance même quand les résultats ne sont pas encore visibles. Ce n’est pas une question de foi aveugle. C’est une question d’architecture mentale.

Premier bénéfice concret : tu sais ce que tu fais demain matin. Ça semble trivial. Ça ne l’est pas. Combien de projets ambitieux se noient dans le rituel matinal «bon, par quoi je commence ?» Arriver devant son écran sans plan défini, c’est laisser ton cerveau choisir la voie de la moindre résistance – les mails, LinkedIn, les réseaux. Pas ton projet.

Deuxième bénéfice : ça évite les conclusions hâtives. Et là, Estelle donne un exemple très précis que je connais bien pour en avoir parlé avec des annonceurs : la pub Facebook.

«Les résultats de votre publicité Facebook au début ne sont pas du tout les résultats que vous aurez à la fin de votre campagne parce que l’algorithme de Facebook est en mode d’apprentissage, il est en train d’essayer de comprendre comment fonctionne votre audience.»

C’est exactement le problème. Les gens coupent leur campagne après 48h parce que le coût par clic semble astronomique. L’algorithme n’a pas encore optimisé. Résultat : ils concluent que «Facebook Ads ça marche pas» et ils passent à autre chose. Les datas mentent quand on les lit trop tôt – ce n’est pas un défaut de la donnée, c’est un défaut de temporalité.

Troisième bénéfice – celui qu’on oublie toujours : faire confiance au process, c’est aussi faire confiance à la version de toi qui a construit ce process. Tu as réfléchi, tu as décidé, tu t’es engagé. La version paniquée du mardi à 16h n’a pas plus d’informations que la version lucide du dimanche où tu as conçu ta méthode. Elle a juste plus de cortisol.

Se souvenir qu’on a déjà réussi sans être sûr de soi

Jenny Chammas – dont Estelle cite l’épisode plusieurs fois – a formulé quelque chose de simple mais qui tient la route : quand tu n’as pas confiance, rappelle-toi que tu l’as déjà fait. Pas «quelque chose de similaire». Littéralement la même situation : peur bleue, certitude que ça va rater, et au final, ça a marché.

Estelle prend son permis de conduire comme exemple. Deux ans de conduite accompagnée, des cours supplémentaires parce que le professeur notait «gros manque de confiance», un examinateur peu sympathique, et la conviction absolue pendant l’examen qu’elle allait échouer. Résultat : le petit bout de papier rose.

(Ce que j’aime dans cet exemple, c’est qu’il n’est pas glamour. Ce n’est pas «j’ai lancé ma boîte sans argent et j’ai réussi». C’est juste un permis de conduire. Et c’est beaucoup plus universel.)

L’autre question à se poser – celle qui retourne le problème – c’est «qu’est-ce qui se passera si je ne le fais pas ?» Pas «et si je rate ?» mais «et si je n’essaie pas du tout ?» Tu restes dans la même situation. Le projet n’avance pas. Ce que tu voulais changer ne change pas. C’est une question simple, mais elle coupe court à beaucoup de ruminations improductives. Pour aller plus loin sur ces blocages identitaires, l’épisode avec Laurence Poignet sur le passage de salarié à entrepreneur traite exactement ce type de résistances internes.

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – c’est que l’absence d’action est aussi un choix. Et souvent le plus coûteux.

Faire confiance au process ne veut pas dire tout rigidifier

Nuance importante, et Estelle la pose elle-même : il ne s’agit pas de normer absolument tout ce qu’on fait. «Je ne dis pas qu’il faut mettre de la méthode partout», précise-t-elle. Il y a de la place pour l’instinct, l’improvisation, les pivots.

Mais pour les actions qui ont un impact réel sur tes résultats – ta stratégie de contenu, ton plan de lancement, ta organisation de webinaire, ta structuration de l’offre – avoir un process solide protège contre deux choses : la procrastination déguisée en flexibilité, et les décisions prises sous le coup de l’émotion.

La productivité façon Tim Ferriss repose d’ailleurs sur exactement ce principe : ce n’est pas travailler moins qui libère du temps, c’est éliminer les décisions qui n’ont pas besoin d’être prises en temps réel. Un process bien conçu fait exactement ça.

La limite réelle – et je préfère la dire clairement – c’est quand le process devient une excuse pour ne pas s’adapter. Si tes chiffres te disent depuis 3 mois que quelque chose ne fonctionne pas, «faire confiance au process» ne doit pas devenir un bouclier contre la réalité. Il faut distinguer «trop tôt pour conclure» et «trop tard pour ignorer».

Ce que ça change concrètement sur ton quotidien marketing

Revenons au terrain. En pratique, faire confiance au process dans un contexte marketing, ça ressemble à quoi ?

Ça ressemble à ne pas regarder tes stats de newsletter après chaque envoi en te demandant si tu dois tout changer. Ça ressemble à laisser tourner une séquence d’emails pendant 6 semaines avant de tirer des conclusions. Ça ressemble à tester sans budget massif mais avec un protocole clair – pas juste lancer un truc et voir ce qui se passe.

Et ça ressemble surtout à résister à la tentation de tout réinventer quand la motivation baisse. Parce que la motivation baisse toujours. C’est mécanique. Ce qui reste quand elle est partie, c’est le process – ou rien.

Estelle Ballot a construit 162 épisodes en suivant ce principe. Pas parce que chaque épisode était parfait ou que chaque semaine était enthousiasmante. Parce qu’elle avait une méthode et qu’elle s’y tenait même dans les creux.

Et pour ceux qui doutent de leurs propres compétences en cours de route – ce qui est souvent lié à une mauvaise lecture de sa propre expertise – l’épisode sur compétence et incompétence donne des clés très utiles pour comprendre à quelle phase tu te trouves vraiment.

Bref, faire confiance au process, ce n’est pas une posture zen. C’est une décision opérationnelle. Tu la prends une fois, et ensuite tu arrêtes de la remettre en question tous les matins.

Questions fréquentes

Pourquoi faire confiance au process plutôt qu'à sa motivation ? +
La motivation fluctue - c'est mécanique. Elle monte au lancement, chute en milieu de projet, remonte si les résultats arrivent. Un process, lui, reste stable indépendamment de ton état émotionnel du moment. Quand tu as défini ta méthode dans un état lucide, la version stressée du mardi après-midi n'a pas plus d'informations. Elle a juste plus de cortisol. Suivre le process, c'est faire confiance à la version de toi qui avait toute sa tête.
Comment faire confiance au process quand on ne voit pas de résultats ? +
C'est exactement le moment où la discipline compte. Les résultats ne sont presque jamais immédiats - en marketing digital particulièrement. L'algorithme Facebook, par exemple, est en phase d'apprentissage pendant les premiers jours d'une campagne : couper trop tôt, c'est rater la phase où les coûts commencent réellement à descendre. Donne-toi un horizon de temps défini avant de regarder tes chiffres, et tiens-t'en à cet horizon.
Faire confiance au process veut-il dire ne jamais changer de méthode ? +
Non. Faire confiance au process ne signifie pas ignorer les signaux d'alarme persistants. La distinction importante : si tes données te disent depuis 3 mois que quelque chose cloche, c'est différent de la panique du deuxième jour. Il s'agit de distinguer 'trop tôt pour conclure' et 'trop tard pour ignorer'. Le process est un guide, pas une prison.
Comment retrouver confiance en soi quand on lance un projet ? +
Estelle Ballot propose deux leviers concrets. D'abord, se rappeler des moments passés où l'on n'avait aucune confiance et où ça a quand même marché - apprendre à marcher, passer le permis, réussir un examen redouté. Ensuite, retourner la question : au lieu de 'qu'est-ce qui se passera si je rate ?', demande-toi 'qu'est-ce que je vais manquer si je n'essaie pas ?' Cette inversion change radicalement la dynamique de décision.
Faire confiance au process s'applique-t-il aussi au marketing digital ? +
Oui, et c'est même là où c'est le plus utile. En marketing digital, les résultats sont rarement linéaires : une campagne qui semble ne pas fonctionner les 5 premiers jours peut très bien performer sur 3 semaines. Une séquence email qui génère peu d'ouvertures la première semaine peut convertir sur la durée. Avoir un process défini évite de tout réinventer à chaque baisse de stat et de prendre des décisions sous l'effet du doute.
Quel est le rapport entre process et confiance en soi en entrepreneuriat ? +
Les deux se renforcent. Avoir un process clair réduit l'anxiété de la page blanche : tu sais ce que tu dois faire aujourd'hui, demain, la semaine prochaine. Cette clarté nourrit la confiance parce qu'elle élimine une source majeure de stress - l'incertitude sur la prochaine étape. Et la confiance, à son tour, te permet d'avancer sur le process sans te saboter en cours de route.

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