entrepreneuriat en parallèle d'un emploi

[Best Episode] Championne Olympique et Entrepreneur – Episode 95

Épisode diffusé le 28 juillet 2025 par Estelle Ballot

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L’entrepreneuriat en parallèle d’un emploi – le sujet fait toujours débat. Mais quand c’est une championne olympique de handball qui répond à la question, ça change un peu la perspective. Estelle Nze Minko, triple titrée (Europe, Monde, JO Paris 2024), a lancé The Vbox depuis son appartement en Hongrie, seule, entre deux entraînements et trois matchs à l’étranger. Pas de bureau. Pas d’associé. Pas de filet de sécurité autre que sa propre conviction.

Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode du Podcast du Marketing – animé par Estelle Ballot – c’est que la question posée était simple. Presque trop simple : est-ce qu’il y a un bon moment pour se lancer ? Et pourtant, la conversation a dérivé vers des territoires bien plus intéressants. L’image qu’on se fait de l’entrepreneur à succès. La pression invisible de ne pas échouer quand on est déjà connu dans son domaine. Et cette idée – que j’ai rarement entendue formulée aussi clairement – que l’entrepreneuriat peut être une réponse à un isolement intellectuel.

Estelle Nze Minko a 30 ans dans cet épisode. Elle joue en Hongrie depuis 5 ans dans une ville où elle ne parle pas la langue. Et elle a trouvé dans la création d’entreprise quelque chose que le sport ne lui donnait plus complètement. Ça mérite qu’on s’y attarde.

Pourquoi une championne olympique s’est lancée dans l’entrepreneuriat en parallèle d’un emploi

La Hongrie, c’est pas Paris. Ni Nantes, ni Bordeaux. Estelle Nze Minko l’a appris à ses dépens quand elle a quitté la France pour poursuivre sa carrière sportive à l’étranger. Barrière de la langue, isolement culturel, arrêt forcé des études.

Elle avait deux options. Reprendre des études à distance – sauf qu’elle n’avait pas d’idée précise de ce qu’elle voulait étudier. Ou l’exact opposé.

« J’avais envie de me restimuler intellectuellement et en fait j’avais deux options, c’était soit de reprendre des études à distance… mais j’avais pas une idée précise de ce que je voulais étudier. Donc la deuxième option c’était carrément l’extrême opposé, un peu l’entrepreneuriat qui me permettait en fait de développer tout un tas de compétences différentes. »

Dit comme ça, c’est presque évident. Et pourtant, combien de gens dans cette situation auraient juste attendu que ça passe ?

The Vbox, c’est une box surprise bimestrielle avec des produits fondés par des femmes. L’idée est venue d’une frustration personnelle : Estelle était abonnée à My Little Box, elle adorait le concept de la surprise reçue par courrier, mais elle ne se retrouvait plus dans les produits. Des petits échantillons qui s’accumulent. Pas de sens derrière.

Du coup, elle a repensé le format. Box de produits modernes, utiles, représentatifs des femmes de sa génération – avec derrière chaque produit une entrepreneuse, une association, un projet fondé par des femmes. (Ce qui est rare dans le marché des box, où la grande majorité joue sur la beauté ou le lifestyle sans vraiment creuser l’engagement.)

Deux ans après le lancement, la box sort encore tous les deux mois. Ce n’est pas une licorne. C’est un projet vivant, cohérent avec qui elle est. Et c’est peut-être ça, la vraie réussite.

L’organisation quand ton emploi du temps change toutes les semaines

Voilà le truc concret que tout le monde veut savoir. Comment tu fais, en pratique, pour avancer sur un projet entrepreneurial quand ton agenda sportif ressemble à du tetris en temps réel ?

La réponse d’Estelle Nze Minko n’est pas celle qu’on attend. Pas de méthode GTD, pas de time-blocking millimétré. Elle est beaucoup plus honnête que ça.

« Mon organisation, en fait, elle évolue en permanence… je peux pas avoir un programme lundi matin, je travaille ça, lundi après je travaille ça, ou alors faut que je le change en permanence. Donc mon organisation elle évolue perpétuellement. »

C’est exactement le problème que la plupart des guides d’organisation pour entrepreneurs ne traitent jamais. Ils supposent une vie stable. Un emploi du temps prévisible. Des créneaux fixes.

Concrètement, elle dégageait des axes de priorité, des temps de travail flottants, et surtout – elle acceptait que certaines parties du projet l’intéressent plus que d’autres. La création, la curation des marques féminines : fun. La compta et la logistique : moins. Mais elle y passait quand même.

Ce qui m’agace dans les discours sur l’organisation entrepreneuriale, c’est cette injonction à la rigueur absolue. Estelle Ballot le dit aussi dans l’épisode : quand le petit est malade, tu fais autrement. Ce n’est pas un échec. C’est juste la vie. Et la leçon de productivité de Tim Ferriss que tout le monde cite – cette idée d’optimiser chaque heure – ne tient pas toujours face au réel d’un agenda professionnel sportif international.

L’entrepreneuriat en parallèle d’un emploi, ça demande surtout une capacité d’adaptation que personne ne te vend dans les formations. Pas une méthode. Une posture.

La pression de ne pas se planter quand on est déjà quelqu’un

C’est le moment de l’épisode qui m’a le plus intéressé. Estelle Nze Minko reconnaît quelque chose que peu d’entrepreneurs publics avouent.

« Je pense que j’avais aussi cette pression inconsciemment du fait d’être connu entre guillemets dans mon sport… de me dire que je pouvais pas voilà ne pas réussir dans l’entrepreneuriat alors qu’en vrai mais rien à voir. »

Rien à voir. C’est une évidence qu’on dit souvent, mais la sentir vraiment – l’intégrer – c’est autre chose. Être excellent dans un domaine n’immunise pas contre le syndrome de l’imposteur dans un autre. En fait, ça peut même l’aggraver.

Et elle est tombée dans le piège classique : l’image de l’entrepreneur à succès véhiculée partout. Celui qui fait un million en un an. Qui lève des fonds. Qui passe à BFM. Ce n’est pas la majorité. C’est même une infime minorité. Mais c’est ce qu’on montre.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je démarrais – enfin, ce que j’aurais voulu entendre davantage – c’est que les entrepreneurs qu’on ne voit pas, ceux qui travaillent seuls chez eux depuis 4 ans sur un projet solide et cohérent, font souvent un boulot bien plus intéressant que ceux qui font du bruit.

Dans sa box, Estelle Nze Minko met en avant précisément ces profils. Pas les success stories packagées. Les femmes qui avancent à leur rythme, avec leurs valeurs, sans financement participatif qui cartonne. C’est un choix éditorial qui dit beaucoup sur sa vision de l’entrepreneuriat. Sur ce que le vrai défi du passage au statut d’entrepreneur signifie – pas les outils, pas le business plan. L’identité.

Est-ce qu’il y a un bon moment pour se lancer ? La vraie réponse

Bonne question. Mauvaise réponse attendue.

Estelle Nze Minko ne dit pas « oui, quand tu es prêt ». Elle dit à peu près l’inverse.

« Quand j’ai lancé l’entreprise il y a 2 ans, je pensais que j’étais prête à me lancer dans l’entrepreneuriat. Et en fait, je me suis vite rendu compte mais très très vite hein au bout de 2 3 mois… qu’en fait j’étais pas prête du tout. J’étais pas prête du tout et je m’amuse souvent à dire que si j’avais su, peut-être que je me serais pas lancé – mais bien sûr que je me serais lancé quand même. »

Voilà. C’est ça, la vraie réponse. Tu ne seras jamais prêt. Et c’est précisément pour ça qu’il faut se lancer.

Ce parallèle qu’elle fait avec le moment d’être mère est brutal de justesse : est-ce qu’il faut 5000 euros de côté, une maison, un jardin ? Non. À un moment donné, tu te lances et tu adaptes en marchant.

En France, la friction technique pour créer une structure est quasi nulle (auto-entreprise en 3 clics, comme elle le dit). Le vrai blocage est dans la tête. Toujours. Et faire confiance au process quand tout est incertain – c’est souvent là que ça se joue.

L’entrepreneuriat en parallèle d’un emploi pose exactement ce problème : on attend le moment parfait pour se lancer sans risquer son poste. Ce moment n’existe pas. Mais la fenêtre où tu as encore un filet de sécurité pour tester – elle, elle existe.

Ce que ça apporte vraiment – et ce qu’on ne dit jamais

Ses collègues handballeuses hallucinaient. Comment tu fais, en ayant tout ça, pour trouver encore du temps pour une entreprise ?

Sa réponse est celle que personne ne met en avant dans les articles sur l’entrepreneuriat en parallèle d’un emploi.

« Moi ça me fait du bien, ça me rend heureuse de me sentir utile dans autre chose, de voir que je développe des connaissances, d’être en contact avec d’autres gens, un autre milieu… ça me fait du bien quand je réussis dans autre chose que dans le sport. »

C’est complémentaire. Pas concurrent. C’est ce transfert entre les deux activités – la discipline du sport qui nourrit l’entrepreneuriat, la créativité de l’entreprise qui nourrit la motivation sportive – qui rend le tout viable.

En deux ans d’entrepreneuriat, elle dit avoir appris cinq fois plus qu’en trois ans d’école de communication et média. Je n’en doute pas une seconde. L’école t’apprend des cadres. L’entrepreneuriat te confronte à la réalité sans filet. C’est brutal et c’est irremplaçable.

Clairement, l’entrepreneuriat en parallèle d’un emploi n’est pas fait pour tout le monde. Il y a une limite réelle : à 3h du matin pendant trois nuits de suite, le temps n’existe plus. Il faut accepter que certaines périodes, le projet dort. Ce n’est pas un abandon. C’est du rythme. Et les compétences comportementales que ça développe – la gestion de l’incertitude, la priorisation sous contrainte – valent souvent plus que le chiffre d’affaires de la première année.

Mais pour ceux qui ont un projet qui leur ressemble vraiment, qui parle de leurs valeurs, qui répond à quelque chose qu’ils ont vécu – l’entrepreneuriat en parallèle d’un emploi reste l’un des paris les moins risqués qu’on puisse faire. Tu gardes ton revenu. Tu testes ton idée. Tu apprends en conditions réelles.

Et si ça ne décolle pas – bref, tu auras appris des trucs que personne ne t’aurait jamais enseignés. C’est déjà beaucoup. La courbe compétence/incompétence que traversent tous les nouveaux entrepreneurs, Estelle Nze Minko l’a faite à toute vitesse – et en sachant exactement pourquoi elle avançait.

La question n’est pas : est-ce que je suis prêt ? La question c’est : est-ce que le projet me ressemble assez pour que j’aie envie de lui trouver du temps même quand j’en ai pas ?

Questions fréquentes

Est-ce possible de faire de l'entrepreneuriat en parallèle d'un emploi salarié ? +
Oui, et c'est même l'un des paris les moins risqués : tu gardes ton revenu pendant que tu testes ton idée en conditions réelles. La difficulté n'est pas technique - créer une auto-entreprise en France prend quelques clics. Le vrai blocage est mental : la peur d'échouer, l'image du succès immédiat qu'on voit partout, la pression de devoir tout réussir en même temps. Estelle Nze Minko l'a fait en étant sportive de haut niveau avec des déplacements permanents. Ce qui compte, c'est que le projet soit assez ancré dans tes valeurs pour que tu lui trouves du temps même quand tu n'en as pas.
Quel est le bon moment pour se lancer dans l'entrepreneuriat ? +
Il n'y a pas de bon moment. Estelle Nze Minko le dit clairement : elle pensait être prête quand elle a lancé The Vbox, et elle a réalisé au bout de 2-3 mois qu'elle ne l'était pas du tout. Mais elle se serait lancée quand même. Attendre d'être prêt, c'est souvent une façon de ne jamais se lancer. La vraie préparation vient de l'action, pas de la réflexion.
Comment s'organiser pour gérer un projet entrepreneurial en parallèle d'un emploi ? +
Oubliez le time-blocking parfait. Quand votre emploi du temps change chaque semaine, l'organisation doit être flexible par définition. Ce qui fonctionne : des axes de priorité clairs, des objectifs à date pour les étapes clés, et surtout l'acceptation que certaines semaines le projet avancera peu. Ce n'est pas un échec - c'est du rythme. L'entrepreneuriat en parallèle d'un emploi exige surtout une capacité d'adaptation, pas une méthode rigide.
C'est quoi The Vbox d'Estelle Nze Minko ? +
The Vbox est une box surprise bimestrielle lancée par Estelle Nze Minko, championne olympique de handball. Chaque box regroupe des produits modernes et utiles issus d'entreprises, projets ou associations fondés par des femmes. L'idée : promouvoir l'entrepreneuriat féminin et valoriser des projets portés par des femmes qui ne sont pas forcément dans les médias.
L'entrepreneuriat en parallèle d'un emploi nuit-il aux deux activités ? +
Pas forcément - et c'est le point le plus contre-intuitif de l'épisode. Estelle Nze Minko décrit les deux activités comme complémentaires : la discipline du sport nourrit l'entrepreneuriat, la créativité et les nouvelles rencontres liées à l'entreprise nourrissent sa motivation sportive. Elle fait des transferts entre les deux. La vraie limite : quand le cumul devient physiquement insoutenable, le projet doit pouvoir passer en veille sans que ce soit vécu comme un échec.
Faut-il quitter son emploi pour réussir en entrepreneuriat ? +
Non. Et l'idée qu'il faudrait tout lâcher pour prouver son engagement est l'une des images les plus toxiques véhiculées dans le milieu entrepreneurial. La réussite n'est pas proportionnelle au risque pris. Beaucoup d'entrepreneurs solides ont construit leur projet à côté d'un emploi pendant des années avant de basculer, ou ne basculent jamais complètement.

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