devenir solopreneur

[Best Episode] Solopreneur, le nouvel eldorado ? – Episode 143

Épisode diffusé le 6 janvier 2025 par Estelle Ballot

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

Vous pensez à devenir solopreneur – ou vous l’êtes déjà – et quelque part dans votre tête, une voix vous demande si vous avez fait le bon choix. Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing et elle-même indépendante depuis plusieurs années, a consacré un épisode entier à cette question. Pas pour vendre du rêve. Pour dire les choses telles qu’elles sont.

Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode – et j’en écoute beaucoup, c’est mon métier – c’est la franchise du propos. Pas de success story montée en épingle. Pas de ‘j’ai tout plaqué et maintenant je gagne 3 fois plus’. Juste quelqu’un qui a fait plusieurs allers-retours entre salariat et indépendance, et qui en parle avec ses cicatrices visibles.

Le sujet est dans l’air. Sur LinkedIn, les solopreneurs prolifèrent. Le terme lui-même – solo pour tout seul, preneur pour entreprise – est tellement entré dans le langage courant qu’on a arrêté de l’expliquer. Mais entre le mot et la réalité quotidienne, il y a un gouffre que cet épisode prend le temps de cartographier. Et franchement, ça fait du bien.

Alors voilà ce que j’ai retenu. Ce qui tient la route, ce qui mérite d’être nuancé, et une ou deux choses qu’Estelle dit et que j’aurais aimé entendre il y a quinze ans.

Pourquoi tout le monde veut devenir solopreneur maintenant

Deux déclencheurs historiques, selon Estelle Ballot. D’abord, la création du statut d’auto-entrepreneur en France, qui a radicalement simplifié les démarches administratives. Du jour au lendemain, tester une activité indépendante est devenu accessible sans mobiliser un expert-comptable et un avocat dès le premier devis.

Ensuite, le Covid. Brutal, mais réel.

« Le Covid qui a évidemment été une période compliquée mais qui a aussi permis à beaucoup de gens de voir de nouvelles opportunités se créer ou en tout cas de voir les choses différemment et de réaliser que peut-être d’autres options sont également possibles. »

Dit comme ça, c’est presque doux. Mais derrière cette formulation polie, il y a des millions de personnes qui ont découvert pendant deux ans qu’elles pouvaient travailler sans bureau, sans trajet, sans chef physiquement présent – et qui n’ont pas eu envie de revenir en arrière.

Ce que j’aurais envie d’ajouter : la ‘grande démission’ américaine et le quiet quitting français sont les deux faces d’un même mouvement. Les gens ne fuient pas le travail. Ils fuient une certaine façon de travailler. Paul Jarvis dans Company of One l’avait anticipé avec une décennie d’avance. Et maintenant les chiffres lui donnent raison.

Le problème, c’est que dans les médias, quand on parle d’entrepreneuriat, on voit des fondateurs de startups qui lèvent des millions. Pas les traducteurs indépendants, pas les architectes d’intérieur à leur compte, pas les artisans (et c’est souvent là que ça coince – on sous-estime l’ampleur du phénomène parce qu’il ne fait pas de bruit).

La liberté, ce mot qui cache 5 réalités très différentes

Liberté. Le mot revient en boucle dès qu’on parle d’indépendance. Mais Estelle Ballot le découpe avec une précision qui change tout.

La liberté stratégique, d’abord. Ne plus devoir implémenter une stratégie dans laquelle on ne croit pas. Estelle en parle avec une honnêteté que j’apprécie :

« Il m’est arrivé de travailler dans une société avec laquelle j’étais en profond désaccord d’un point de vue stratégique. Ça ne veut pas dire d’ailleurs être en conflit avec les personnes hein, mais je parle d’un point de vue choix stratégique. »

Voilà. Ce n’est pas une question de mauvais collègues ou de patron toxique. C’est plus subtil – et souvent plus douloureux – que ça.

La liberté des horaires, ensuite. Estelle dit quelque chose qui m’a fait sourire parce que je l’ai vécu différemment mais je comprends parfaitement : elle angoissait toute la journée à l’idée de ne pas arriver à l’heure chez la nounou pour récupérer sa fille. Ce stress-là, constant, sourd, il bouffe une énergie mentale que personne ne comptabilise jamais dans un bilan de compétences.

Troisième liberté : choisir ses clients. Ça paraît évident dit comme ça. Mais quand vous êtes salarié et qu’on vous présente un dossier client avec lequel vous n’avez aucune affinité – voire une vraie incompatibilité de valeurs – vous n’avez pas vraiment le choix. En étant à votre compte, vous avez ce luxe. Rare. Précieux.

La liberté géographique, quatrième point. Estelle a vécu en Australie. Elle dit que si demain elle décide d’y retourner un an avec ses enfants, sa formation en ligne suivra sans friction. C’est le cas pour beaucoup de métiers digitaux – les solopreneurs qui travaillent leur marketing avec un petit budget savent que la géographie n’est souvent qu’une contrainte mentale.

Et puis le rythme. Travailler ‘slow’. Estelle utilise ce mot et assume :

« Je ne cherche pas à être ultra efficace. Je n’ai pas envie d’être en permanence à essayer de courir après l’efficacité, le rythme aller vite, produire vite, produire plus. C’est pas mon truc, ça me génère du stress. »

Ça, c’est courageux à dire. Parce que dans l’écosystème entrepreneurial, on célèbre la vitesse, la productivité maximale, les 5h du matin et les sprints permanents. Assumer qu’on veut travailler bien plutôt que vite – et que ça baisse son niveau de stress de façon mesurable – c’est presque subversif.

devenir solopreneur, c’est aussi un avantage concurrentiel pour vos clients

Un angle que j’avais pas vu venir dans l’épisode : être indépendant, c’est souvent meilleur pour le client aussi.

Premièrement, les tarifs. Sans les charges fixes d’une grosse structure, sans les coûts salariaux d’une équipe entière, un indépendant peut proposer des prix compétitifs que les agences ne peuvent tout simplement pas aligner. Ce n’est pas dumping – c’est une réalité structurelle.

Deuxièmement, la productivité réelle. En entreprise, combien d’heures par jour passez-vous à ne pas produire ? Réunions internes, reporting, processus de validation, management latéral… Estelle pointe quelque chose de vrai ici. Un indépendant qui facture 4 heures en a souvent produit 4. Un salarié qui est au bureau 8 heures en a produit… combien ? (Et je ne dis pas ça pour critiquer les salariés – le contexte organisationnel génère ces frictions de façon quasi mécanique.)

Troisièmement, la continuité. Quand vous engagez une agence, vous engagez une structure – pas une personne. Le chef de projet peut être muté, démissionner, changer de mission. Avec un indépendant, vous savez exactement qui va livrer. Et si vous avez fait votre sélection correctement, cette personne-là ne changera pas en cours de route.

Ce qui m’agace un peu dans le discours habituel sur les freelances, c’est qu’on parle toujours des avantages côté prestataire. Rarement côté client. Estelle rééquilibre ça, et c’est utile – surtout si vous êtes en train de construire votre base de clients et que vous cherchez comment pitcher votre valeur.

Ce que personne ne dit vraiment sur les inconvénients

Soyons clairs : l’indépendance n’est pas un eldorado pour tout le monde. Et Estelle Ballot ne le cache pas.

La solitude, d’abord. Marquée dans le nom : solo. Si vous êtes extraverti – si vous tirez votre énergie du contact avec les autres – passer ses journées seul peut littéralement vous vider. Estelle est introvertie. Elle assume que ça lui convient parfaitement. Mais elle dit aussi qu’un extraverti peut s’en sortir à condition d’organiser son environnement : coworking, incubateur, réseau physique.

Ce que j’aurais envie de préciser : la solitude du solopreneur, ce n’est pas juste l’absence de collègues. C’est l’absence de quelqu’un à qui soumettre une idée douteuse, de quelqu’un qui vous dit ‘attends, t’as pas réfléchi à ça’. Le syndrome de l’imposteur prospère dans cet isolement – et c’est un sujet que le Podcast du Marketing a décortiqué avec une profondeur que je trouve rarement ailleurs.

Le risque financier, ensuite. En CDI, le risque est limité. À son compte, la question ‘est-ce que je vais générer suffisamment de revenus ce mois-ci’ peut devenir obsédante si on n’a pas planifié en amont. Et Estelle insiste là-dessus :

« Il y a plein de choses qu’on peut mettre en place pour éviter de stresser chaque mois pour savoir si on va dégager suffisamment de revenus mais il faut impérativement en être conscient et l’avoir vu en amont sinon c’est l’assurance d’un stress tous les mois et on va pas tenir très longtemps. »

Exactement le problème. Beaucoup se lancent avec l’enthousiasme du démarrage – et se retrouvent trois mois plus tard à faire des calculs à 23h sur un coin de table. La planification financière avant le lancement n’est pas optionnelle. Comprendre son rapport à l’argent en tant qu’entrepreneur change radicalement comment on aborde cette phase.

Troisième inconvénient – et celui-là est souvent sous-estimé : il faut savoir un peu tout faire. Pas nécessairement tout faire soi-même, mais comprendre chacun des métiers de son entreprise. Comptabilité, négociation, prospection, livraison, service client… Estelle dit qu’on peut déléguer et sous-traiter – mais qu’il faut d’abord maîtriser suffisamment chaque domaine pour choisir les bons partenaires et boucher les trous quand un prestataire fait défaut.

C’est là que se fixer des objectifs clairs sur 90 jours devient un outil de survie plutôt qu’un exercice de management.

Est-ce que c’est fait pour vous – vraiment ?

La question honnête, enfin.

Estelle ne donne pas de grille de scoring à 12 critères. Elle dit quelque chose de plus simple : regardez-vous en face. Êtes-vous capable de travailler seul ? Avez-vous une appétence pour la variété des tâches ? Êtes-vous à l’aise avec l’incertitude financière – au moins temporairement ?

Ce qui m’a frappé, c’est qu’elle parle du choix d’indépendance comme d’une philosophie du travail plutôt que d’un statut juridique. Et c’est juste. Le statut auto-entrepreneur, c’est cinq minutes sur un site internet. La philosophie qui va avec, ça prend des années à construire.

Une concession que je dois faire ici : tout ce qu’Estelle décrit vaut surtout pour les métiers du digital et des services. Pour un indépendant qui a besoin de voir ses clients physiquement tous les jours, ou qui travaille dans un secteur très réglementé, plusieurs des ‘libertés’ décrites sont nettement plus contraintes. La liberté géographique d’une formatrice en ligne n’est pas celle d’un plombier indépendant – même si les deux ont fait un choix de vie similaire.

Mais le sens de l’histoire ? Estelle pense que de plus en plus de gens vont aller vers cette indépendance. Et les chiffres sur l’auto-entrepreneuriat en France depuis quinze ans lui donnent tort de douter d’elle-même sur ce point.

Si vous êtes au stade de réfléchir sérieusement à devenir solopreneur, une bonne étape concrète c’est de travailler votre positionnement avant même de lancer quoi que ce soit. Savoir parler de son entreprise avec confiance – ça s’apprend, et ça change tout dès les premières conversations avec des clients potentiels.

Et si vous hésitez encore entre garder votre emploi et vous lancer, créer son entreprise tout en étant salarié reste probablement la voie la moins risquée pour tester la réalité avant de plonger.

devenir solopreneur, ce n’est pas une décision qu’on prend parce que c’est tendance sur LinkedIn. C’est une décision qu’on prend parce qu’on a regardé ses propres contraintes – financières, psychologiques, relationnelles – et qu’on a décidé que les libertés valaient les frictions. Ou pas.

Questions fréquentes

C'est quoi exactement un solopreneur ? +
Un solopreneur est une personne qui crée et gère une entreprise seule, sans intention d'embaucher du personnel. Le mot vient de 'solo' (seul) et 'preneur' (entrepreneur). Ça couvre des profils très variés : coachs, graphistes, consultants, formateurs en ligne, traducteurs, artisans... Le point commun, c'est le choix délibéré de travailler sans équipe - pas une contrainte, une philosophie.
Quels sont les vrais avantages de devenir solopreneur ? +
Cinq libertés concrètes : liberté stratégique (vous choisissez vos orientations sans devoir en référer à un supérieur), liberté des horaires (vous travaillez quand vous êtes le plus efficace), liberté de choisir vos clients (vous pouvez refuser un client qui ne vous correspond pas), liberté géographique (si votre activité est digitale, vous pouvez travailler de n'importe où), et liberté de rythme (travailler bien plutôt que vite). À ça s'ajoute un avantage concurrentiel réel pour vos clients : tarifs compétitifs, disponibilité plus grande, et interlocuteur unique qui ne change pas en cours de mission.
devenir solopreneur, c'est risqué financièrement ? +
Oui, clairement. Sans la sécurité d'un CDI, la question des revenus mensuels peut devenir une source de stress intense si on n'a pas anticipé. La clé : planifier avant de se lancer, pas après. Avoir une épargne tampon, des clients récurrents en vue, ou une activité salariée en parallèle pendant la phase de démarrage. Le risque existe, mais il se gère - à condition de ne pas faire l'autruche.
Est-ce que devenir solopreneur convient à tout le monde ? +
Non. Travailler seul convient naturellement aux personnes introverties qui trouvent leur énergie dans la solitude. Pour les profils extravertis, l'isolement peut être difficile à vivre - même si des solutions existent (coworking, incubateurs, réseau actif). Il faut aussi aimer gérer plusieurs casquettes à la fois : expert de son domaine, mais aussi commercial, comptable et administratif a minima.
Pourquoi y a-t-il de plus en plus de solopreneurs en France ? +
Deux raisons structurelles : le statut d'auto-entrepreneur créé en 2008, qui a radicalement simplifié la création d'activité indépendante, et le Covid-19, qui a poussé beaucoup de salariés à reconsidérer leur rapport au travail. La montée du quiet quitting et de l'équilibre vie pro/vie perso dans le débat public alimente aussi ce mouvement depuis plusieurs années.
Comment se lancer en tant que solopreneur sans tout quitter du jour au lendemain ? +
La voie la plus prudente, c'est de lancer son activité en side project pendant qu'on est encore salarié. Ça permet de tester le marché, de construire ses premiers clients et de valider son modèle sans pression financière immédiate. Une fois que les revenus indépendants couvrent une partie significative de votre salaire, le saut est moins vertigineux.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat