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Les indispensables du Customer Care avec Doriane Baker – Episode 119

Épisode diffusé le 31 mars 2022 par Estelle Ballot

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Le customer care, la plupart des freelances et entrepreneurs du web pensent que c’est juste le SAV. Le truc qu’on gère quand un client mécontent envoie un email rageur. Spoiler : c’est exactement pour ça que la majorité rate complètement cette partie de leur business. Doriane Baker, professionnelle de la relation client depuis 11 ans et fondatrice du podcast Entrepreneure Care, pose une définition qui bouscule un peu les certitudes – et qui, franchement, m’a fait repenser ma façon d’envisager l’ensemble de la communication client.

Estelle Ballot l’a invitée dans l’épisode 119 du Podcast du Marketing, et ce qui est sorti de cet échange dépasse largement la question du ‘comment répondre à ses emails’. On parle d’une philosophie business entière. D’une façon de traiter chaque personne dans votre sphère – client, prospect, simple abonné – avec la même attention. Et surtout : d’outils très concrets pour que ça prenne moins d’une heure par jour.

Voilà ce que j’en ai retenu.

Ce que personne ne te dit sur le customer care (et la règle des 80-20)

Doriane Baker a passé plusieurs années comme manager du customer care pour une entreprise anglaise de cosmétique – responsable de plusieurs pays, du digital, etc. C’est là qu’elle a forgé sa vision du sujet. Et cette vision, elle tient en une phrase :

«Je le définirai comme une philosophie business qui place au cœur des décisions de toute l’entreprise le client et surtout l’humain en fait.»

Dit comme ça, ça a l’air presque banal. Mais la suite est plus intéressante.

Le customer care, selon elle, ne s’applique pas qu’aux clients au sens strict – ceux qui ont payé. Il s’applique à l’audience entière, aux prospects, aux gens qui suivent sans jamais acheter. Et là, la règle des 80-20 entre en jeu : dans n’importe quelle audience, 20% sont des clients. Les 80% restants ne le sont pas (encore, ou jamais). Du coup, en pratique, tu appliques le customer care chaque jour à une majorité de personnes qui ne t’ont encore rien acheté.

Ce qui change tout. Parce que si tu réserves ton attention et ta réactivité uniquement aux acheteurs, tu traites mal 80% de ta sphère. Et cette sphère – même les gens qui ne seront jamais clients – contribue à ta visibilité, ta crédibilité, ton bouche-à-oreille. (C’est le genre de raisonnement qu’on oublie quand on est la tête dans les campagnes d’acquisition, et pourtant.)

Il y a aussi un argument que je trouve particulièrement solide : on est responsable de l’audience qu’on a construite. On a fait des actions marketing pour attirer ces gens. On ne peut pas les ignorer une fois qu’ils sont là. C’est une question de cohérence, pas juste d’éthique. Et si tu veux creuser la question de comment parler de ton activité pour attirer les bonnes personnes en amont, c’est une autre conversation qui mérite d’être posée sérieusement.

La vraie raison pour laquelle le customer care te prend toute la journée

Concrètement, voilà ce qui se passe chez la plupart des freelances. Emails ouverts le matin en vitesse. DM Instagram checkés entre deux réunions. Réponses bâclées à 22h devant Netflix parce que la journée est déjà terminée. Et à la fin, l’impression que la relation client est une tâche chronophage, envahissante, impossible à dompter.

Doriane Baker a une réponse simple à ça :

«Si on batch tout simplement cette tâche – donc ça c’est vraiment un système d’organisation très simple qui peut s’appliquer à n’importe quel pan de notre entreprise – si on regroupe, je dis un exemple, on se dit OK, tous les jours, 1h par jour, je dédie ce temps-là à gérer mes réponses. De 9h à 10h tous les jours avec mon café, mon thé, je ne fais que ça.»

Et elle va plus loin : ses clients qui testaient cet exercice – répondre à tout en une session, puis ne plus ouvrir la messagerie de la journée – lui disaient que ça leur avait pris 35 minutes. Pas 4 heures. 35 minutes.

Ce qui prend du temps, c’est l’interruption. Le pop-up de notification qui te sort de ta concentration. Le réflexe de checker les DM entre deux tâches. Estelle Ballot le dit bien dans l’échange : ce n’est pas le volume de messages qui coûte, c’est le fait de s’arrêter 40 fois dans la journée pour en traiter un à la fois. Sur ce point d’ailleurs, organiser son temps en tant qu’indépendant est un sujet qui revient en boucle, et les mécanismes sont les mêmes : le batching sauve des journées entières.

Une limite que j’assumé mentionner ici : la méthode de la session unique fonctionne quand le volume est gérable. Doriane Baker elle-même le précise – si en 1h de concentration totale tu n’as pas traité 20% de ce que tu reçois, tu as besoin de déléguer. Pas de forcer. La délégation du customer care à un manager freelance spécialisé, c’est exactement ce qu’elle forme aussi.

L’état d’esprit compte autant que le contenu – et c’est là que ça devient intéressant

Il y a un truc dans la conversation que j’aurais pu trouver un peu new age – et qui s’avère en fait très concret. Doriane Baker parle de créer un «moment agréable» autour de la tâche de réponse. Croissant, musique, bonne humeur. Pas pour faire joli.

«Notre humeur se ressent dans les emails. Un sourire se sent dans les emails. Et quand on répond le soir tard parce qu’on a pas eu la journée, alors qu’en fait on a juste envie de se détendre, inconsciemment on va bâcler les réponses.»

Estelle Ballot fait l’analogie avec le podcast – sourire devant le micro, ça s’entend. Même principe à l’écrit. Les mots qu’on choisit, la ponctuation, les émojis – tout ça change selon si on est fatigué ou dans un bon mood. Et l’autre personne, de son côté, le perçoit. Inconsciemment, mais elle le perçoit.

Ce que ça veut dire concrètement : ne réponds pas à tes clients dans un état où tu ne voudrais pas recevoir une réponse toi-même. C’est une règle simple. Et ça force à intégrer le customer care dans un créneau choisi, pas subi.

Le customer care qui rank : templates, accusés de réception et raccourcis clavier

On entre dans le vif du sujet opérationnel. Doriane Baker recommande deux choses principales pour structurer le customer care sans y passer des heures.

La première : une bibliothèque de réponses type. Des templates déjà rédigés pour les questions récurrentes – tarifs, disponibilités, processus de travail. L’idée n’est pas d’envoyer un copier-coller froid. C’est exactement l’inverse : en ayant le fond déjà rédigé, tu peux concentrer ton énergie sur la personnalisation. Prénom, contexte spécifique de la personne, détail qu’elle a mentionné. Tu félicites quelqu’un de venir de se lancer. Tu rebondis sur son secteur. C’est ça qui crée la connexion – pas la rédaction d’un énième mail from scratch sur tes tarifs.

La seconde : l’accusé de réception automatique. Et celle-là, je la trouve sous-estimée. Dès que quelqu’un t’écrit, il reçoit un message automatique qui dit : j’ai bien reçu ton message, je te réponds sous 24-48h. Rien de plus. Mais ce petit message fait quelque chose de précis : il supprime l’angoisse de l’attente. La personne n’envoie pas un deuxième mail trois jours plus tard en se demandant si le premier est arrivé. Elle sait. Elle attend. Et toi, tu n’as pas une relance en plus à gérer.

Estelle Ballot soulève un bon point là-dessus : ce n’est pas tant le délai qui rassure, c’est le fait de connaître le délai. Attendre 48h quand tu sais que c’est 48h, c’est très différent d’attendre 24h sans savoir si tu vas recevoir une réponse dans 5 minutes ou jamais.

Doriane Baker mentionne aussi Atext (une extension Chrome) pour créer des raccourcis clavier vers des blocs de texte prédéfinis – utilisables dans les emails, sur Instagram, sur LinkedIn, partout. Estelle utilise la même logique pour ses invitations LinkedIn. Et Instagram a une fonctionnalité native appelée «réponses rapides» (ou réponses enregistrées selon les mises à jour) qui fait exactement ça dans les DM. Sur iPhone, les raccourcis clavier dans les paramètres système font aussi le job.

Bref – l’outillage existe. Il est gratuit ou presque. Et il peut te faire gagner 15 secondes par message. Multiplié par 30 messages par jour, sur une année entière, c’est plusieurs dizaines d’heures récupérées sur des tâches de recopie. Ce qui m’agace un peu, c’est qu’on passe des heures à chercher le bon outil de gestion de projet ou le bon CRM, et ces petits automatismes de base, on y pense jamais. Si tu veux aller plus loin sur la question de l’automatisation dans le quotidien marketing, il y a matière à creuser.

Délai de réponse : le customer care a ses propres indicateurs qualité

Trois jours. C’est le seuil que Doriane Baker fixe comme délai de réponse maximum dans le digital. Au-delà, ça devient un mauvais signal.

Dans un secteur où tout s’accélère – Instagram qui pousse vers des réponses quasi instantanées, les plateformes qui mesurent les temps de réponse et les affichent publiquement – un délai de plus de 72h commence à ressembler à de l’indifférence. Même si ce n’est pas l’intention.

Ce que j’en retiens – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je bossais avec mes premiers clients en freelance – c’est que le délai de réponse n’est pas qu’une question de politesse. C’est un indicateur qualité de ton customer care, au même titre que la satisfaction post-achat ou le taux de rétention. Et comme tout indicateur, il peut être suivi, mesuré, et amélioré.

Mais fixer cet indicateur n’a de sens que si tu as d’abord réglé l’organisation en amont. Sinon, tu promets 24h dans ton accusé de réception automatique, tu réponds en 5 jours, et tu as créé plus de frustration que si tu n’avais rien promis du tout.

Pourquoi le customer care change aussi l’acquisition – pas seulement la rétention

C’est peut-être le point le plus contre-intuitif de tout l’épisode. On associe le customer care à la rétention, à la fidélisation, au SAV. Et Doriane Baker retourne complètement la perspective :

«Le customer care est là pour optimiser toutes les stratégies marketing qu’on va faire pour attirer de l’audience et attirer des clients par derrière. La façon dont ces personnes vont être accueillies en nous contactant, en nous envoyant un email, en nous envoyant un message vocal sur LinkedIn, ça va faire la différence.»

Autrement dit : le customer care est un levier d’acquisition autant que de fidélisation. Dans un marché saturé – et «graphiste freelance» sur Google, c’est des centaines de résultats – ce qui fait basculer quelqu’un vers toi plutôt que vers un concurrent, c’est souvent la qualité perçue de l’interaction avant même l’achat.

Un email chaleureux à un prospect qui hésite. Une réponse rapide à un DM curieux. Un accusé de réception bien rédigé qui montre que tu prends les gens au sérieux. Ces petits signaux s’accumulent. Et ils convainquent – parfois plus qu’une belle page de vente. D’ailleurs, si on réfléchit à l’alignement entre son business et ses valeurs, le customer care en est souvent la traduction la plus directe et la plus visible pour l’extérieur.

Et puis il y a les clients satisfaits. Ceux qui ont hésité avant d’acheter, qui ont fait l’expérience de ton service, et qui en sont ressortis contents. Eux, ils parlent. Pas parce qu’on leur demande. Pas parce qu’ils ont quelque chose à gagner. Justement parce qu’ils n’ont rien à gagner – et que c’est exactement ce qui rend leur recommandation crédible aux yeux de tes futurs clients. C’est le cas d’usage le plus sous-estimé du bouche-à-oreille, et il repose entièrement sur la qualité de l’expérience que tu as livrée.

La question que ça soulève : est-ce que tu traites tes prospects avec la même attention que tes clients payants ? Parce que si non, tu perds des clients potentiels avant même qu’ils t’aient donné une chance.

Et si tu veux comprendre comment certains arrivent à repousser des clients pour mieux en attirer d’autres, c’est une logique qui parle exactement de ça – la qualité de la relation avant la quantité des interactions. Aussi, pour ceux qui réfléchissent à se fixer des objectifs clairs dans leur activité, intégrer des métriques de customer care (délai de réponse, taux de satisfaction) dans son plan à 90 jours n’est pas une mauvaise idée du tout.

Questions fréquentes

C'est quoi le customer care exactement ? +
Le customer care désigne la façon dont une entreprise prend soin de toutes les personnes dans sa sphère : clients, prospects, abonnés. Ce n'est pas uniquement le service après-vente. C'est une philosophie business qui place l'humain au centre, avant, pendant et après l'achat. Doriane Baker, spécialiste du sujet, insiste sur le fait que 80% de votre audience n'est pas encore cliente - et mérite pourtant la même attention.
Combien de temps faut-il consacrer au customer care par jour ? +
En règle générale, une heure par jour suffit si vous gérez moins de 100 à 150 interactions au total (emails, DM, commentaires). L'astuce : regrouper toutes les réponses en une seule session quotidienne, sans interruption, plutôt que de checker ses messages toutes les 20 minutes. Quand le volume dépasse ce seuil et qu'une heure ne suffit plus à traiter 20% des messages, c'est le signal qu'il faut déléguer.
Comment répondre plus vite à ses clients sans sacrifier la qualité ? +
Deux outils principaux : une bibliothèque de réponses type pour les questions récurrentes (tarifs, disponibilités, process), et un accusé de réception automatique dès qu'un message arrive. Les templates gèrent le fond, vous gérez la personnalisation. Des outils comme Atext, les réponses enregistrées d'Instagram ou les raccourcis clavier iPhone permettent d'insérer ces blocs de texte en deux secondes, quel que soit le canal.
Le customer care est-il utile pour trouver de nouveaux clients ? +
Oui, et c'est souvent sous-estimé. La qualité de vos interactions avant l'achat - la réactivité, le ton, l'attention portée aux prospects - est un facteur de différenciation direct dans un marché saturé. Un prospect qui reçoit une réponse rapide et personnalisée est bien plus susceptible de choisir votre offre qu'un concurrent qui met une semaine à répondre.
Quel délai de réponse maximum faut-il viser en customer care ? +
Doriane Baker fixe 3 jours comme délai maximum. Idéalement, viser 24 à 48 heures en semaine. L'important n'est pas seulement le délai lui-même, mais de le communiquer clairement via un accusé de réception automatique. Une personne qui sait qu'elle aura une réponse dans 48h attend sereinement - une personne sans information relance, s'énerve, ou abandonne.
Comment intégrer le customer care dans son organisation quotidienne ? +
En le traitant comme n'importe quelle autre tâche récurrente : avec un créneau fixe, chaque jour, à la même heure. Désactiver les notifications email et réseaux sociaux en dehors de ce créneau. Préparer ses templates à l'avance. Et soigner l'état d'esprit dans lequel on répond - l'humeur passe dans les mots, même à l'écrit.

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