Créer son site internet sans savoir coder – c’est la promesse qu’Estelle Ballot, journaliste marketing et fondatrice du Podcast du Marketing, tient depuis 5 ou 6 ans, sur plusieurs projets, sans jamais avoir ouvert une ligne de HTML. Pas par hasard. Par méthode. Et franchement, quand on entend encore des créateurs d’entreprise dire qu’il faut « passer par une agence ou mourir », on a envie de leur passer cet épisode en boucle.
Le sujet peut sembler basique. Un site internet, tout le monde sait ce que c’est. Mais le fossé entre « je sais ce que c’est » et « j’en ai un qui tourne » – c’est là que 80% des entrepreneurs coincent. Pas faute de compétences. Faute d’avoir quelqu’un pour leur expliquer dans l’ordre, sans jargon, les trois ou quatre décisions qui changent tout.
Cet épisode, c’est exactement ça. Une démonstration pas à pas, avec les vraies erreurs à éviter, les vrais chiffres, et une approche qui tient la route même quand ton budget de lancement ressemble plus à une ardoise de bar qu’à un plan de financement Series A.
La fausse croyance qui coûte des milliers d’euros aux entrepreneurs
Créer son site internet, dans l’imaginaire collectif, ça ressemble à du code vert qui défile sur un écran noir. C’est l’image qu’on a tous en tête. Résultat : dès qu’on lance une activité, on appelle une agence. Et là, le devis arrive.
Les tarifs sont « complètement variables », selon Estelle – et c’est un euphémisme. Architecture seule, architecture plus design, architecture plus design plus contenu… chaque case cochée fait grimper la note d’une façon qui surprend toujours le client, jamais l’agence. Ce que personne ne dit franchement aux entrepreneurs débutants, c’est qu’une grande partie de cet argent paie des compétences dont ils n’ont pas besoin.
« Je n’ai absolument aucune compétence en codage. Je suis vraiment le niveau zéro du HTML, je n’y connais rien, je n’y comprends rien. Pour être complètement honnête avec vous, j’ai pas vraiment l’intention non plus de me pencher trop trop dessus pour une raison très simple, c’est qu’on n’a plus besoin aujourd’hui de savoir coder pour pouvoir créer son site internet. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Et c’est exactement le problème : ça l’est, mais personne ne le dit assez tôt.
La réalité du marché a changé. Les outils comme WordPress ont rendu la création de site accessible à des profils qui n’ont rien de développeurs. Ce qui coûtait 5 000 euros en agence en 2010 peut aujourd’hui être fait pour moins de 200 euros par an – hébergement, nom de domaine, template premium inclus. Ce qui m’agace, c’est que cette information circule peu dans les réseaux d’accompagnement à la création d’entreprise, où on oriente encore très souvent vers des prestataires.
Bon. On attaque les étapes concrètes.
L’hébergement : la fondation qu’on délègue une fois pour toutes
Première étape pour créer son site internet : l’hébergement. Pas la plus glamour, c’est vrai. Estelle la compare aux fondations d’une maison – la partie qu’on ne voit jamais mais sans laquelle tout s’effondre.
Le principe est simple. Votre site internet, ses fichiers, ses images, ses données – tout ça doit vivre quelque part sur un serveur. Ce serveur, c’est votre hébergeur. Vous n’y allez quasiment jamais. Vous payez, ils stockent, ça tourne.
« Pour commencer avec un service relativement basique mais très largement suffisant, OVH va me coûter une cinquantaine d’euros par an. Donc ça reste une dépense a priori tout à fait abordable. »
Cinquante euros par an. Voilà ce que coûte la fondation technique d’un site internet professionnel. Le reste, c’est de la communication d’agence.
Estelle recommande OVH – leader français de l’hébergement, interface en français, service client disponible par téléphone. (Et elle précise, deux fois plutôt qu’une, qu’elle n’a aucun lien financier avec eux. C’est rare d’entendre ça.) Ce qui compte dans le choix d’un hébergeur, selon elle, c’est la pérennité : dans l’IT, les entreprises se font et se défont vite. Aller vers le leader, c’est une garantie raisonnable qu’il sera encore là dans trois ans.
Un détail pratique que beaucoup ratent au départ : sous OVH, vous pouvez installer WordPress en un clic, sans passer par un serveur FTP. C’est OVH qui gère. La façon « propre » selon les développeurs implique de télécharger WordPress, de passer par FTP, d’installer manuellement. Personne ne fait ça sauf si on y est obligé.
Choisir son nom de domaine : l’étape qu’on bâcle et qu’on regrette
Le nom de domaine, c’est votre adresse sur internet. www.votre-truc.com. Simple en théorie. En pratique, c’est souvent là que les entrepreneurs perdent une heure à tourner en rond – parce que le premier nom qu’ils trouvent est déjà pris, puis le deuxième, puis le troisième.
Pour créer son site internet avec une vraie visibilité, le nom de domaine a un rôle SEO direct. La première chose que Google regarde, c’est le nom de domaine. « Le podcast du marketing » contient « podcast » et « marketing » – les deux mots clés principaux du projet. Google comprend immédiatement dans quelle case ranger le site.
Quelques règles concrètes tirées de l’expérience d’Estelle :
- Évitez les mots avec plusieurs orthographes possibles – un prénom comme « Elliot » peut s’écrire avec un ou deux L, un ou deux T. Quatre combinaisons, trois façons de perdre un visiteur.
Les mots au pluriel posent le même problème : à chaque fois que vous donnez votre adresse, vous devrez préciser « avec un S ». Et les noms qui existent déjà dans d’autres contextes très connus – Estelle avait pensé à « C’est qui le Patron » pour son podcast, avant de réaliser que c’était une vraie marque installée, une coopérative de producteurs locaux avec une communication nationale. Résultat : les trois premières pages Google auraient été occupées par eux. Concurrence perdue d’avance.
La vérification INPI est recommandée – pas pour être blindé légalement (la propriété intellectuelle est complexe, et si votre marque commence à peser, vous aurez besoin d’un juriste), mais pour éviter les conflits évidents sur votre secteur et votre zone géographique.
Et puis le conseil pratique le plus sous-estimé : achetez votre nom de domaine deux fois. Une fois en .com, une fois en .fr. Une cinquantaine d’euros au total. Ça vous évite de perdre des visiteurs qui tapent la mauvaise extension mécaniquement, et ça évite qu’un concurrent rachète le .fr si vous n’avez pris que le .com. (Ce genre de petite malveillance arrive plus souvent qu’on ne croit dans les niches où un site commence à avoir de la traction.)
WordPress : pourquoi le leader reste le meilleur choix pour créer son site internet
Troisième étape, la plus structurante : choisir la plateforme. Et là, Estelle ne tergiverses pas.
« Je vais être très très clair, j’utilise WordPress. Je l’ai déjà dit par le passé. Encore une fois, je n’ai pas d’affiliation avec WordPress, c’est simplement la plateforme que j’utilise depuis que j’ai commencé à créer des sites internet, depuis le tout début. »
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à suivre des créateurs de contenu – enfin, ce que j’aurais voulu entendre plus tôt – c’est que le choix de plateforme a des conséquences à long terme bien plus importantes que le choix du template ou des couleurs.
WordPress représenterait environ un tiers des sites du monde entier. Petits blogs, grandes entreprises, médias internationaux. La conséquence directe : quand vous cherchez comment résoudre un problème sur WordPress, quelqu’un l’a déjà eu avant vous. Et documenté. Et mis sur YouTube avec des captures d’écran. C’est sous-estimé comme avantage.
La plateforme est gratuite – open source, développée et maintenue par une communauté. Le modèle économique repose sur les éléments « premium » : des templates payants, des plugins avancés. Mais la base gratuite suffit dans l’immense majorité des cas. Estelle a payé deux fois en 5 ou 6 ans. Une fois pour un template podcast à environ 70 euros – l’un des plus chers de la bibliothèque WordPress, dit-elle – parce qu’elle manquait de temps pour intégrer les éléments audio manuellement.
Les plugins, c’est ce qui rend WordPress modulable sans code. Vous voulez un formulaire de contact ? Un plugin. Vous voulez afficher vos épisodes de podcast avec une barre de lecture ? Un plugin. Vous voulez connecter votre site à votre outil d’email marketing ? Plugin. L’installation se fait en quelques clics depuis le tableau de bord WordPress. Pas de terminal, pas de ligne de commande.
Le seul bémol honnête sur WordPress : les conflits de compatibilité entre plugins arrivent. Rarement, mais ils arrivent. Dans ces cas-là, le service client OVH peut vous aider – ou Google, qui a indexé des milliers de fils de discussion sur chaque combinaison de plugins qui coince. C’est d’ailleurs un bon rappel sur pourquoi avoir un réseau ou un mentor quand on lance son activité, ça change le niveau de stress sur ce genre de galères techniques.
Ce que cette méthode ne couvre pas – et pourquoi c’est normal
Créer son site internet en partant de zéro, c’est un sujet assez large pour remplir un podcast entier. Estelle le dit elle-même, et elle découpe le contenu en deux épisodes : le premier (celui-ci) couvre l’hébergement, le nom de domaine, le choix de plateforme. Le second couvre l’architecture du site, le choix du template, et les plugins essentiels à installer.
Cette approche en deux temps est honnête. Beaucoup de guides « comment créer son site internet » essaient de tout faire tenir en un seul article, du coup ils survolent des étapes critiques. Le résultat, c’est un lecteur qui sait que WordPress existe mais qui ne sait pas par où commencer concrètement.
La limite assumée de cette méthode : ce n’est pas une approche d’agence. Elle le dit clairement, avec une pointe d’humour :
« Ça n’est pas une façon professionnelle. Donc s’il y a des agences de création de site ici, vous allez probablement vous arracher les cheveux. J’en suis désolée, mais en tout cas, c’est une façon de faire pour démarrer qui va vous permettre de créer un site tout à fait correct sans dépenser tout votre budget. »
Voilà. Pas de promesse de perfection. Une promesse de fonctionnement.
Et c’est exactement ce dont a besoin un entrepreneur qui lance son activité – pas le site parfait, mais un site qui tourne, qui est trouvable sur Google, et qui ne lui a pas coûté trois mois de chiffre d’affaires qu’il n’a pas encore. Si vous cherchez à aller plus loin sur la question du lancement d’une activité en ligne avec des contraintes budgétaires réelles, l’épisode sur créer un business minimaliste pose des questions complémentaires intéressantes.
Créer son site internet : ce que les chiffres disent vraiment
Récapitulons les vrais coûts, parce que c’est là que les croyances s’effondrent le plus vite.
Hébergement OVH formule de base : environ 50 euros par an. Nom de domaine en .com et .fr : entre 20 et 30 euros par an pour les deux. Template WordPress gratuit dans 95% des cas – si vous payez, comptez entre 30 et 70 euros, une seule fois. Total annuel pour un site fonctionnel, bien hébergé, avec un nom de domaine propre : moins de 100 euros. Probablement moins de 80.
Comparez ça avec le devis minimum d’une agence pour un site basique – on parle rarement de moins de 2 000 euros, et souvent bien plus selon ce que vous demandez. Sans compter la dépendance que ça crée : chaque modification, chaque ajout de page, chaque changement de couleur passe par l’agence et sa grille tarifaire.
Ce qu’Estelle ne dit pas explicitement mais qui transparaît dans tout l’épisode : l’indépendance technique, ça se construit. Quand vous savez créer votre site vous-même, vous pouvez le modifier quand vous voulez, à 6h du matin si c’est l’heure où vous avez du temps (c’est l’heure à laquelle elle enregistre, pendant que sa fille dort). C’est une liberté opérationnelle que l’entrepreneuriat devrait systématiquement inclure dans ses fondations.
Pour ceux qui envisagent de transformer leur activité en ligne en quelque chose de plus ambitieux – automatiser une chaîne de contenu à 60k par mois ou passer de 0 à 1 million d’euros en deux ans – tout ça commence par cette fondation technique. Un site qui tourne. Un nom de domaine qu’on possède. Un hébergement qu’on maîtrise.
La suite – templates, architecture, plugins – c’est l’épisode 12. Et entre les deux, il y a un boulot concret à faire : choisir son hébergeur, tester des noms de domaine, ouvrir un compte WordPress. Pas lire un article de plus. Faire.











