créer son entreprise en étant salarié

[Best Episode] Créer son entreprise en étant salarié – Episode 157

Épisode diffusé le 14 octobre 2024 par Estelle Ballot

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créer son entreprise en étant salarié – et continuer à le faire sans craquer – c’est le truc dont personne ne parle vraiment honnêtement. On entend l’histoire glorieuse après coup, quand ça a marché. Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing, l’a fait autrement : elle a lancé son média pendant qu’elle pilotait le site e-commerce de Microsoft, avec une équipe au Portugal, une manager à Londres et une direction aux États-Unis. Autrement dit, une vie professionnelle déjà bien chargée. Et c’est précisément pour ça que ça a fonctionné.

Ce qui est frappant dans son témoignage, c’est l’absence totale de romantisme sur le sujet. Pas de ‘j’ai tout plaqué et c’était magnifique’. Plutôt : j’ai fait les deux, c’était fatiguant, et je ne regrette rien. Ça change des récits habituels sur l’entrepreneuriat, où le saut dans le vide est présenté comme la seule façon valable de démarrer.

Dans cet épisode 157 du Podcast du Marketing – rediffusion d’un de ses meilleurs, visiblement – elle décortique les vraies raisons de choisir cette voie, les contraintes légales à connaître, et surtout l’organisation concrète qu’elle a mise en place. Pas de théorie. Du vécu, avec les doutes dedans. Sur 5 ans de podcast en retour d’expérience, elle a eu le temps de voir ce qui tient vraiment dans la durée.

Alors, pourquoi est-ce que la sécurité du salariat peut devenir un avantage compétitif pour un entrepreneur ? Et jusqu’où ce modèle tient-il avant de devenir une excuse pour ne jamais sauter ?

Ce que personne ne dit sur la pression financière quand on lance

La mythologie entrepreneuriale, on la connaît. Le fondateur qui brûle les ponts, qui risque tout, qui dorme dans son bureau. En anglais, on dit ‘burn the boat’ – couler le bateau pour ne pas pouvoir faire demi-tour. Estelle Ballot en parle sans détour :

Il y a une espèce de croyance, en tout cas moi c’est une croyance que j’avais, qui est que l’entrepreneur il a peur de rien, il risque tout… ouais enfin ça va quand on est célibataire et qu’on a pas de loyer à payer. Parce que se retrouver à la rue parce qu’on a lancé une boîte qui a pas marché, entre vous et moi, c’est quand même pas extrêmement réjouissant.

Dit cash comme ça, ça remet les choses en place.

Le salaire en fin de mois, c’est pas une lâcheté. C’est une variable qui change radicalement le rapport au risque. Quand on crée son entreprise en étant salarié, on ne joue pas avec l’argent du loyer. On peut laisser le projet mûrir six mois, un an, sans décision désespérée. Et ça, psychologiquement, c’est une différence énorme sur la qualité des choix qu’on fait.

Dans son cas, elle a mis un an et demi avant de lancer sa première formation payante – ‘Stratégie Indépendante’. Six mois pour voir si le podcast fonctionnait. Un an pour construire une audience. Et encore six mois pour comprendre quel produit vendre à cette audience (qu’elle n’avait pas défini au départ, ce qui est souvent le cas et que personne ne reconnaît vraiment). Sans le salaire Microsoft en fond, elle dit clairement qu’elle n’aurait pas tenu.

La question du passage à l’action face aux peurs se pose différemment quand on a un filet de sécurité. Ce n’est pas plus facile – c’est plus sain.

créer son entreprise en étant salarié : ce que ça permet de tester vraiment

Voilà le point qu’on sous-estime systématiquement. Créer son entreprise en étant salarié, c’est aussi une période de test sur soi-même – pas seulement sur le marché.

Estelle Ballot le dit avec une franchise qui fait du bien :

Il y a rien de pire à mon avis que de créer une entreprise, mettre tout ça, tout son cœur, toute son âme, toute son énergie dans son entreprise et se réveiller un matin et se rendre compte qu’en fait l’entreprise qu’on a créé ben on aime pas ça.

C’est exactement le problème. Et c’est sous-estimé à un point déraisonnable.

Elle a rencontré des gens qui se sont lancés à corps perdu dans le conseil parce que l’idée les excitait – et qui ont réalisé après coup que non, le conseil, c’est pas leur truc. Quand on est salarié et qu’on lance en side project, ce genre de découverte ne coûte rien. On fait demi-tour, on reste en poste, on cherche autre chose. Aucun dommage collatéral. Aucune dette. Pas de ‘j’aurais dû’.

Et puis il y a une quatrième raison qu’elle mentionne et qui est souvent oubliée dans les articles sur le sujet : peut-être que vous n’avez pas envie de choisir. Peut-être que vous voulez les deux. Le modèle du ‘slasheur’ – terme qu’elle utilise – c’est avoir deux activités radicalement différentes en parallèle. Elle cite une femme, opticienne le lundi-mardi, prof de couture le jeudi-vendredi. Aucune logique apparente. Épanouissement total. Pourquoi pas.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu entendre plus tôt – c’est que créer son entreprise en étant salarié n’est pas une demi-mesure. C’est une stratégie à part entière. Pour les solopreneurs qui démarrent avec un budget réduit, c’est souvent la seule voie qui tient dans la durée.

Juridique : ce qu’il faut vraiment vérifier avant de commencer

Bonne nouvelle d’abord : a priori, rien ne vous empêche de créer une activité en parallèle de votre emploi salarié. La règle générale en France le permet, sous une condition simple – ne pas faire concurrence directe à votre employeur.

Mais Estelle Ballot insiste (et elle a raison d’insister) sur deux points concrets à vérifier avant de se lancer :

  • Votre contrat de travail peut contenir une clause d’exclusivité. C’est rare, ça doit être motivé, mais ça existe. Si c’est le cas, vous ne pouvez pas exercer une autre activité, même sur votre temps libre.

La convention collective dont vous dépendez peut aussi poser des restrictions spécifiques – ça mérite cinq minutes de lecture. Et évidemment, travailler sur votre entreprise pendant vos heures de boulot salarié, c’est non. C’est dit rapidement, mais c’est le genre de chose qui plante une relation employeur-salarié très vite.

Sur la structure juridique, la micro-entreprise (ex auto-entreprise) reste la solution la plus simple pour tester. Quelques clics sur internet, c’est opérationnel. Pas de bilan, pas de comptable obligatoire au départ, pas d’investissement lourd. C’est littéralement fait pour ça – permettre à quelqu’un de tester une activité sans y laisser des plumes administratives.

Et si le temps manque vraiment, il existe le congé création d’entreprise – un dispositif que peu de salariés connaissent. Temps plein ou temps partiel, non rémunéré, mais avec le droit de retrouver son poste si l’aventure entrepreneuriale ne tourne pas comme prévu. L’employeur n’est pas obligé d’accepter, mais il peut. Et ça, c’est un filet de sécurité supplémentaire qui change tout dans l’équation du risque.

L’organisation concrète : ce qu’Estelle a fait chez Microsoft, enceinte

Enceinte. Avec une fille à aller chercher à l’école. Des journées à rallonge sur plusieurs fuseaux horaires. Et deux soirs par semaine consacrés au podcast. C’est ça, la réalité de créer son entreprise en étant salarié dans des conditions normales – pas dans un scénario idéal où le temps se libère magiquement.

J’avais décidé de travailler le soir, mes soirées. Au lieu de regarder un film, au lieu de regarder un documentaire ou lire un bouquin, et bien deux, trois fois par semaine, je travaillais sur le podcast. Souvent c’était lundi-mardi… j’avais au moins deux soirs par semaine dédiés à la création du podcast et ça, je n’en dérogeais pas parce que sinon, ben les choses ne se font pas.

Deux soirs. Pas cinq. Pas tous les week-ends. Deux soirs, non négociables.

Ce qui compte ici, c’est le mot ‘contrat’. Elle parle de ‘passer un contrat avec soi-même’. Pas une to-do list. Pas un objectif vague. Un engagement sur des plages horaires précises, gravé dans le calendrier comme une réunion client. Parce que si ces créneaux ne sont pas réservés, ils disparaissent. C’est mécanique. La fatigue gagne, la série Netflix gagne, les imprévus gagnent.

Elle ajoute une nuance importante : ne pas se cramer non plus. Un entrepreneur épuisé fait du mauvais travail. La régularité sur deux soirs vaut mieux que trois semaines de sprint suivi d’un mois de vide. C’est un marathon, pas une course à pied de 100 mètres – et la différence se joue dans le fait de tenir le rythme sur la durée, pas dans l’intensité d’une semaine particulière.

Pour organiser son temps en tant qu’entrepreneur, les principes de base restent les mêmes, que vous soyez à plein temps ou en side project. La contrainte de temps force même une certaine discipline que les entrepreneurs à temps plein n’ont pas forcément.

Le vrai sujet : savoir ce qu’on veut faire de ce projet

Trois cas de figure. Et selon lequel vous êtes, vous n’allez pas travailler votre projet de la même façon du tout.

Premier cas : le side project reste un side project. Complément de revenus, activité annexe, on n’a pas forcément envie que ça devienne le truc principal. C’est une position valide. Aucun problème. Mais il faut l’assumer dès le départ – sinon on passe des années à culpabiliser de ne pas ‘passer le cap’ alors qu’en réalité, on ne le voulait pas vraiment.

Deuxième cas : le projet sert à se former. C’est exactement ce qu’Estelle Ballot a fait avec son premier site e-commerce, il y a une quinzaine d’années. Elle travaillait dans l’industrie du tabac – secteur où le marketing digital était légalement interdit. Donc elle a construit un site pour vendre des produits et observer par elle-même si les principes du marketing traditionnel s’adaptaient au digital. L’argent n’était pas l’objectif. La formation si. Et ça a marché.

Troisième cas – le plus commun et le plus compliqué : vous voulez que ça devienne votre activité principale. Là, Estelle Ballot est directe :

Si c’est ça l’objectif, à mon avis, ce qui est intéressant, ce qui est important, c’est d’avoir un planning, c’est de savoir à quel moment est-ce que vous pensez quitter votre entreprise. Si vous n’avez aucune visibilité, aucun horizon… le risque encore une fois, c’est que vous ne preniez jamais le risque.

Ce n’est pas un ultimatum. C’est une date de rendez-vous avec soi-même. Dans deux ans, est-ce que je suis prêt à switcher ? Si oui, qu’est-ce qui doit s’être passé d’ici là ? Si non, pourquoi, et est-ce que c’est un choix conscient ou une fuite ?

Ce troisième cas, c’est aussi celui qui demande le plus de clarté sur le ‘pourquoi’. Pas l’objectif de l’entreprise. Pourquoi vous avez choisi ce style de vie. Pour Estelle Ballot, c’est la liberté de temps pour ses enfants – adapter son agenda à sa vie, pas l’inverse. Pour quelqu’un d’autre, ce sera l’impact, l’indépendance financière, la création pure. Il n’y a pas de bonne réponse. Mais sans réponse du tout, les deux soirs de travail hebdomadaire deviennent vite deux soirs de procrastination déguisée.

Et si la question de ce que signifie vraiment le succès en entrepreneuriat vous semble floue, c’est souvent là que tout se bloque – avant même d’avoir lancé quoi que ce soit.

Six mois pour savoir si ça tient – et un an et demi pour en vivre

Les chiffres d’Estelle Ballot sur le Podcast du Marketing méritent d’être posés noir sur blanc, parce qu’ils contredisent l’impatience ambiante dans l’écosystème des créateurs de contenu.

Six mois minimum pour savoir si un podcast ‘se passe quelque chose’. Un an pour vraiment évaluer si le format fonctionne. Un an et demi de podcast avant le lancement d’une première offre payante. Et au bout de six mois, le Podcast du Marketing était dans le top 3 des podcasts marketing français – position qu’il n’a pas quittée depuis quatre ans. Pas en postant cinq fois par semaine sur LinkedIn. Pas avec une stratégie de croissance agressive. Avec de la régularité et du temps.

Ce délai-là, créer son entreprise en étant salarié le rend supportable. Sans le salaire en fond, six mois sans revenus visibles auraient probablement provoqué une décision précipitée – changer de format, monétiser trop tôt, abandonner. C’est ce que font la plupart des créateurs qui sautent dans le vide sans filet : ils n’ont pas le luxe de laisser la chose mûrir.

Bref. Créer son entreprise en étant salarié, c’est choisir la patience comme stratégie. Et la patience, dans un monde qui vend des résultats en 90 jours, c’est presque un acte radical. Pour construire une offre qui tient dans la durée, la question de l’offre irrésistible se pose de toute façon à un moment – autant avoir une audience qui vous connaît quand vous la lancez.

Mais voilà la vraie question, celle qu’on évite : est-ce que ‘prendre le temps’ n’est pas parfois une façon élégante de ne jamais décider ? La sécurité du salaire peut devenir un confort qui prolonge indéfiniment le statut de ‘projet en cours’. Estelle Ballot le sent quand elle parle des délais à se fixer. Sans horizon, le side project reste un side project à vie – ce qui est très bien si c’est ce qu’on veut. Moins bien si c’est par défaut.

Questions fréquentes

Est-ce qu'on a le droit de créer son entreprise en étant salarié ? +
Oui, dans la grande majorité des cas. La loi française ne l'interdit pas, à condition de ne pas faire concurrence directe à votre employeur et de ne pas travailler sur votre projet pendant vos heures de travail salarié. Vérifiez quand même votre contrat de travail : certains contrats contiennent une clause d'exclusivité qui peut restreindre cette possibilité. En cas de doute, consultez un juriste en droit du travail.
Quelle structure choisir pour créer son entreprise en étant salarié ? +
La micro-entreprise (anciennement auto-entreprise) est la solution la plus adaptée. Création en quelques clics en ligne, pas de comptable obligatoire, aucun bilan annuel. C'est précisément pour ça qu'elle a été conçue : tester une activité sans investissement lourd ni complexité administrative.
Comment trouver du temps pour son side project quand on est salarié à plein temps ? +
Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing, travaillait deux soirs par semaine sur son podcast - lundi et mardi principalement - tout en étant chez Microsoft et enceinte. Son conseil : définir des plages horaires précises et s'y tenir comme à un engagement client. Sans créneaux bloqués, le projet reste un doux rêve. Deux soirs réguliers valent mieux que cinq soirs sporadiques.
Combien de temps faut-il avant de voir des résultats quand on lance un podcast ou un média en side project ? +
Estelle Ballot cite six mois minimum pour savoir si un podcast prend, et un an pour en avoir une évaluation fiable. Elle a lancé sa première formation payante un an et demi après le démarrage du Podcast du Marketing. Le Podcast du Marketing était dans le top 3 des podcasts marketing français au bout de six mois - et n'a pas bougé depuis quatre ans.
Qu'est-ce que le congé création d'entreprise ? +
C'est un dispositif légal français qui permet à un salarié de faire une pause dans son emploi - à temps plein ou partiel, non rémunérée - pour travailler sur son projet entrepreneurial, tout en conservant le droit de retrouver son poste si le projet ne fonctionne pas. L'employeur n'est pas obligé de l'accepter, mais il peut. Renseignez-vous auprès des RH ou d'un conseiller Pôle emploi avant de prendre une décision.
Créer son entreprise en étant salarié, est-ce que ça convient à tout le monde ? +
Non, et c'est une limite à assumer. Ce modèle demande une discipline réelle sur la durée, une gestion de la fatigue, et surtout une clarté sur ce qu'on veut faire du projet. Si l'objectif est flou - garder un side project ou en faire son activité principale - la sécurité du salariat peut devenir une excuse pour ne jamais décider. Le modèle fonctionne, mais pas par défaut.

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