Créer son entreprise en étant salarié – c’est exactement ce qu’a fait Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing, alors qu’elle pilotait le site e-commerce Pro de Microsoft, avec une équipe au Portugal, une manager à Londres et une direction aux États-Unis. Des journées sur trois fuseaux horaires. Une grossesse. Une fille à aller chercher à l’école. Et deux soirs par semaine consacrés à enregistrer des épisodes de podcast. Le résultat : un des trois premiers podcasts marketing français en moins de six mois, une formation lancée dix-huit mois plus tard, et une audience de plus de 8 000 abonnés newsletter. Ce qu’elle dit, c’est qu’elle n’aurait pas pu faire autrement. Et franchement, en l’écoutant, on comprend pourquoi.
La pression financière : ce que personne ne calcule vraiment
Construire un média, ça ne génère pas de revenus le premier mois. Ni le troisième. Dans le monde du podcast, la règle empirique c’est six mois minimum pour savoir si quelque chose se passe, et souvent un an pour avoir une vraie visibilité. Un an sans revenu et sans certitude que quoi que ce soit fonctionnera un jour.
Estelle Ballot est directe là-dessus :
« Si j’avais pas été salarié à ce moment-là, je crois que j’aurais eu du mal à attendre cette fameuse année pour pouvoir savoir si j’avais une audience qui se créait et si j’allais pouvoir vendre quelque chose à cette audience. »
C’est dit simplement, mais c’est un calcul que beaucoup évitent de faire.
Créer son entreprise en étant salarié, c’est d’abord ça : un coussin. Pas une lâcheté, pas un manque d’ambition. Un coussin. Quand tu as un salaire à la fin du mois, tu peux itérer, te planter sur ton modèle économique, pivoter, recommencer – sans que ça affecte le loyer ou les courses. C’est une liberté que les entrepreneurs qui ont « tout plaqué » ne mentionnent jamais dans leurs posts LinkedIn.
Il y a cette espèce de mythe de l’entrepreneur qui brûle les ponts, qui coupe tous les filets de sécurité pour se forcer à réussir. Ca existe. Mais comme elle le dit elle-même, ça va quand on est célibataire et sans charges fixes. Pour tout le monde sauf une minorité statistiquement négligeable, c’est une posture romantique et financièrement suicidaire.
Tester si on aime ce qu’on construit – avant d’y avoir tout mis
Voilà quelque chose qu’on sous-estime vraiment dans les discours sur l’entrepreneuriat. L’excitation d’un projet et l’amour de ce projet sur la durée, c’est pas du tout la même chose.
Estelle Ballot a entendu plusieurs fois des gens qui se sont lancés à corps perdu dans une activité de conseil et qui se sont réveillés deux ans plus tard en réalisant que non, le conseil, c’est pas leur truc. Trop tard. Trop d’énergie investie. Trop de dégâts psychologiques.
« Il y a rien de pire à mon avis que de créer une entreprise, mettre tout ça, tout son cœur, toute son âme, toute son énergie dans son entreprise et se réveiller un matin et se rendre compte qu’en fait, l’entreprise qu’on a créé, ben on n’aime pas ça. »
Voilà. Dit comme ça, c’est évident. Et pourtant.
Le side project – ce mot un peu techno pour dire « projet à côté » – agit comme un test grandeur nature. Tu te retrouves face aux vraies tâches, pas à l’idée que tu t’en faisais. Enregistrer un podcast toutes les semaines pendant des mois, c’est une réalité très différente de « je vais lancer un podcast ». passer du rêve à la réalité, ça commence là – dans les premiers mois inconfortables où personne ne t’écoute encore.
Et si ça ne te plaît pas ? Bah, tu t’arrêtes. Zéro perte, zéro dette, zéro drame. Tu recommences à réfléchir à autre chose avec ton salaire intact. C’est une option que tu n’as pas quand tu as tout misé.
Ce que créer son entreprise en étant salarié implique vraiment côté organisation
Là on rentre dans le concret. Et le concret, c’est souvent là que les projets meurent.
Estelle Ballot avait des grosses journées chez Microsoft, une fille à l’école, une grossesse (elle le dit avec une désinvolture assez impressionnante), et elle trouvait quand même du temps. Comment ? Deux ou trois soirs par semaine – lundi, mardi, parfois vendredi – dédiés au podcast. Pas négociables. Pas réservés en fonction de l’humeur.
« J’avais au moins deux soirs par semaine dédiés à la création du podcast et ça je n’en dérogeais pas parce que sinon ben les choses ne se font pas, c’est tout simplement ça. »
Ca paraît basique. Ca l’est. Et c’est précisément pour ça que personne ne le fait vraiment.
Le truc c’est que l’énergie disponible le soir après une journée de travail est réelle – mais volatile. Si tu ne la réserves pas à l’avance, elle disparaît dans une série ou un fil Twitter. Le contrat avec soi-même dont elle parle, c’est pas une métaphore de coach de vie. C’est une décision opérationnelle : ces plages horaires existent, point. Pour tout ce qui touche à l’organisation du temps de travail, c’est peut-être la variable la plus sous-estimée de toute l’équation entrepreneuriale.
Elle ajoute quand même un garde-fou important : ne pas se brûler. Travailler sept jours sur sept jusqu’à l’épuisement, c’est la recette pour produire du contenu médiocre et se dégoûter de son projet. (C’est souvent là que ça coince, d’ailleurs – pas dans le manque de temps, mais dans le manque de récupération.)
Créer son entreprise en étant salarié : est-ce même légal ?
Bonne question. Et elle est moins tranchée qu’on le croit souvent.
La règle générale en France : oui, tu peux avoir une activité à côté de ton emploi salarié. Deux conditions principales. D’abord, pas de concurrence directe avec ton employeur – si tu essaies de lui piquer ses clients, ça va mal finir, évidemment. Ensuite, vérifier ton contrat de travail pour une éventuelle clause d’exclusivité (rare, mais ça existe) et, dans certains cas, ta convention collective.
Pour la structure juridique, la micro-entreprise – qu’on appelait auto-entreprise avant – reste la réponse la plus simple. Quelques clics sur un formulaire en ligne, et c’est créé. Pas de bilan, pas d’expert-comptable obligatoire dès le départ, pas d’investissement initial. C’est d’ailleurs exactement pour ça que le statut existe : faciliter le test d’une activité sans s’engager dans une mécanique administrative lourde.
Il existe aussi le congé création d’entreprise – un dispositif assez méconnu. Non rémunéré, accordé à temps plein ou partiel sur demande à l’employeur (qui peut refuser, mais peut accepter), il offre quelque chose de précieux : le droit de retrouver son poste si le projet ne marche pas. C’est une sécurité réelle, pas symbolique. Estelle Ballot recommande de se renseigner avant de faire quoi que ce soit – et ajoute, sobrement, qu’elle n’est pas juriste. (Ce que j’apprécie. Les conseils légaux en podcast, c’est souvent là que les ennuis commencent.)
Pour les avantages et inconvénients du solopreneuriat, le cadre légal n’est qu’une partie de l’équation. Le reste, c’est toi.
Le « pourquoi » – et pourquoi la plupart le bâclent
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – enfin, ce que j’aurais voulu lire quelque part – c’est que le « pourquoi » n’est pas une question de coach. C’est une question de survie opérationnelle.
Estelle Ballot fait la distinction entre l’objectif (ce que tu veux construire) et le pourquoi (pour quelle raison ce style de vie te correspond). Son pourquoi à elle : avoir le temps pour ses enfants, adapter son agenda à sa vie et non l’inverse. Rien à voir avec la croissance, le chiffre d’affaires ou l’impact sur le monde.
Et ça change tout. Parce que quand tu rentres épuisé un mardi soir et que tu dois ouvrir ton ordi pour enregistrer, c’est pas « je veux un business à 100K » qui te fait bouger. C’est quelque chose de plus personnel, de plus ancré. Quelque chose qui répond à une vraie friction dans ta vie actuelle.
Elle identifie aussi trois raisons très différentes de lancer un side project en parallèle d’un emploi :
- Garder les deux activités en parallèle et devenir ce qu’on appelle un slasheur – opticienne et prof de couture, c’est l’exemple qu’elle donne, et c’est un des plus parlants que j’aie entendus
La deuxième : utiliser le projet non pas pour gagner de l’argent mais pour se former. Estelle Ballot l’a fait elle-même, avant même le podcast – elle avait monté un site e-commerce uniquement pour apprendre le marketing digital, depuis un secteur (le tabac) où le digital était légalement interdit. La troisième : construire quelque chose qui deviendra à terme l’activité principale, avec un vrai plan de transition incluant des délais.
Ces trois trajectoires ne se gèrent pas pareil. Pas les mêmes investissements, pas les mêmes mesures de succès, pas le même rythme. Et si tu ne sais pas dans laquelle tu es… tu vas probablement dériver entre les trois sans avancer vraiment sur aucune. Pour aller plus loin sur le sujet du passage à l’action quand tout semble bloqué, l’épisode avec Roger Ormières explore exactement ce moment de flottement.
La limite que personne n’énonce clairement
Créer son entreprise en étant salarié, c’est puissant. Mais ce n’est pas une formule magique.
Ca demande une énergie réelle sur une durée longue – minimum un an, souvent dix-huit mois avant d’avoir la moindre validation économique sérieuse. Si tu as des enfants en bas âge, un conjoint qui ne comprend pas pourquoi tu passes tes soirées sur un ordi, ou un emploi qui déborde systématiquement sur tes soirs et week-ends, l’équation est beaucoup plus difficile à tenir. Estelle Ballot le reconnaît indirectement quand elle parle de ne pas se brûler les ailes – mais elle ne le dit pas assez fort à mon goût.
Il y a aussi une réalité moins glamour : créer son entreprise en étant salarié, ça peut durer très longtemps sans que tu prennes jamais la décision de switcher. Le confort du salaire est exactement ce qui te protège – et exactement ce qui peut te paralyser. Si tu n’as pas d’horizon clair, pas de date ou de condition à partir desquels tu te poses la question du saut, tu risques de rester dans ce entre-deux indéfiniment. Ce n’est pas un jugement, c’est une dynamique. Pour ceux qui cherchent à attirer leurs premiers clients en freelance, la question du timing de transition est souvent la plus anxiogène de toutes.
Mais bon – le fait d’en être conscient change quelque chose. Ça ne résout pas le problème, mais ça t’empêche de te raconter que tout va bien alors que ton projet stagne depuis deux ans.




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