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Comment monter sur la scène d’un TedX avec Pauline Vettier – Episode 233 – on parle de conférence, prise de parole en public

Épisode diffusé le 23 mai 2024 par Estelle Ballot

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Une conférence tedx, c’est 18 minutes max, une scène noire, pas de pupitre, pas de prompteur – et potentiellement le talk qui va redéfinir votre positionnement professionnel pour les dix prochaines années. Pauline Vettier le sait mieux que quiconque : elle a organisé TEDx Iver River à Grenoble, piloté une équipe de 14 bénévoles, et elle coache aujourd’hui des speakers qui veulent monter sur ces scènes. Dans cet épisode du Podcast du Marketing, elle lève le voile sur un processus que beaucoup fantasment sans vraiment comprendre.

Le truc c’est que la plupart des gens qui veulent faire un TEDx ne savent même pas par où commencer. Ils voient passer une vidéo sur YouTube, ils se disent ‘ça serait cool’, et puis… rien. L’événement reste dans un coin de la tête, classé dans la catégorie des trucs inatteignables. Estelle Ballot, qui anime ce podcast depuis des années, l’avoue sans détour – elle-même n’avait jamais franchi le pas, par peur que ce soit ‘trop grand’ pour elle.

Spoiler : c’est pas si inaccessible. Mais ça demande de comprendre comment le système fonctionne vraiment.

Ce que ‘TEDx’ veut dire – et pourquoi le X change tout

Commençons par dissiper un malentendu fréquent. TED, c’est Technology, Entertainment, Design. Les premières conférences ont eu lieu en Californie en 1984, dans l’orbite directe de la Silicon Valley – Apple, le design de l’époque, tout ça. Le format a évolué dans les années 90 pour s’ouvrir aux sciences, aux arts, à la politique.

Aujourd’hui, une place à un vrai TED – Vancouver, États-Unis – coûte entre 6 000 et 7 000 dollars US. Juste pour assister. (Et c’est le premier niveau. Les sponsors donnent plusieurs dizaines de milliers.) Clairement, c’est élitiste par construction.

Le X dans TEDx change la donne. ‘Independently organized TED event’, dit la définition officielle. Des événements locaux, portés par des bénévoles, avec une licence obtenue auprès de la fondation TED. Le format existe depuis 2009 – la même année où Michel Levy a importé le concept en France et lancé TEDx Paris. L’idée : propager des idées intéressantes sans la barrière des 7 000 dollars.

En fait TED dans TEDx, il y a le T c’est Technology, le E c’est Entertainment, c’est-à-dire le divertissement, le D c’est Design. Comme l’événement a été créé en Californie il y a 40 ans, les orateurs des premières conférences TED, ils venaient de ces milieux-là.

Ce que je trouve intéressant là-dedans, c’est cette logique open source appliquée à la connaissance – la même qui fait tourner internet depuis le début.

Les équipes organisatrices sont des bénévoles mixtes : consultants, étudiants, retraités, chercheurs d’emploi. Pour TEDx Iver River, Pauline Vettier a monté une structure associative avec 14 personnes. Pour TEDx Paris, c’est une autre histoire – il y a une vraie boîte de consulting derrière, c’est quasi-professionnel. La différence de niveau entre les TEDx est réelle, et elle compte dans ta stratégie de candidature.

18 minutes : le format qui oblige à aller à la moelle

Chris Anderson, le curateur de TED, a une formule que Pauline cite mot pour mot :

18 minutes, c’est suffisamment long pour être sérieux et suffisamment court pour retenir l’attention des gens. Quand on oblige les orateurs qui ont l’habitude de parler genre 45 minutes à réduire leur temps d’intervention à 18 minutes, on les amène à réfléchir à la moelle finalement à ce qu’ils veulent vraiment dire.

Dit comme ça, ça a l’air d’une contrainte. C’en est une – et c’est précisément pour ça que ça marche.

La conférence tedx type dure entre 8 et 18 minutes. Pas de slides obligatoires (beaucoup n’en ont pas). Pas de pupitre – systématiquement. Pas de FAQ à la fin. Pas de prompteur non plus, ce qui surprend tout le monde la première fois. Les speakers apprennent leur texte par cœur sur des mois, au point de littéralement ‘respirer’ leur talk.

Le format se rapproche plus du stand-up que du cours académique. Il y a de l’humour, de l’engagement, des moments où la salle éclate de rire. Mais c’est un monologue construit, pas une improvisation. Chaque mot est choisi. C’est ce que Pauline appelle ‘le summum de la keynote, le summum du storytelling’.

Et c’est là que beaucoup de candidats potentiels se plantent : ils pensent au sujet avant de penser au format. Or le format, c’est la contrainte créatrice qui donne sa valeur à l’exercice. (Si tu pouvais parler 2 heures, tout le monde pourrait le faire.)

Pour ceux qui travaillent leur prise de parole publique comme compétence professionnelle, le format TEDx est probablement l’exercice le plus exigeant qui existe dans la sphère non-professionnelle du speaking.

Les bénéfices concrets d’une conférence tedx – au-delà du badge LinkedIn

Soyons honnêtes : quand on voit ‘Speaker TEDx’ dans une baseline LinkedIn, on se dit que la personne est experte. C’est un signal de légitimité immédiat. Mais réduire la conférence tedx à une ligne de CV, c’est passer à côté de ce qui se passe vraiment.

Pauline liste plusieurs effets concrets qu’elle a observés chez des speakers qu’elle a côtoyés ou coachés :

  • Des bookings de conférences dès la fin de l’événement, sur le même sujet que le talk – ce qui peut créer une ligne de revenus si c’est un objectif
  • Un gain de confiance qui déborde sur d’autres prises de parole
  • Le courage de partager des éléments plus intimes, plus personnels – parce qu’un TEDx demande du storytelling, pas juste de l’expertise froide

Et puis il y a la capacité de synthèse. Comprimer 10 ans d’expertise en 15 minutes oblige à identifier ce qui compte vraiment. C’est un exercice de clarification intellectuelle que beaucoup de professionnels n’ont jamais l’occasion de faire.

Attention quand même à un point que Pauline soulève et qu’on a tendance à oublier : tout le monde ne connaît pas TED et TEDx. Si tu veux utiliser ça pour ton employabilité ou ta crédibilité, ça marche dans certains secteurs (tech, consulting, entrepreneuriat, education) et beaucoup moins dans d’autres. Le soufflé peut retomber si la personne en face n’a jamais entendu parler du concept.

C’est une vraie limite. Et elle mérite d’être dite clairement.

Cela dit, pour ceux qui construisent une présence publique – que ce soit via un podcast, une newsletter, ou une activité de conseil – la conférence tedx reste l’un des formats les plus denses en signal de crédibilité.

Comment candidater à une conférence tedx : les 3 voies d’entrée

Premier réflexe : aller sur TED.com, cliquer sur ‘Assister’, puis ‘TEDx Events’. Il y a une cartographie mondiale de tous les événements passés et à venir. Tu peux filtrer par pays, par ville, voir ce qui se passe près de chez toi.

Ensuite, les voies d’accès sont au nombre de trois – et elles ne sont pas équivalentes.

L’inbound. L’équipe organisatrice vient te chercher. Si tu publies des articles, si tu as une marque personnelle solide, si tu es actif sur les réseaux sociaux avec un point de vue distinct – les organisateurs peuvent te contacter directement. C’est ce qui arrive aux profils déjà visibles. (Et non, ça n’arrive pas par magie.)

L’appel à candidature. 6 à 9 mois avant l’événement, les TEDx publient leur appel sur leurs réseaux et leur site. Tu remplis un formulaire en ligne. Selon les événements, on peut te demander une vidéo de présentation (c’est le cas pour TEDx Paris), un résumé écrit, ou un format libre. Si tu es à l’aise en vidéo, c’est le meilleur format pour te démarquer – même quand ce n’est pas obligatoire.

Le démarchage direct. Tu identifies l’organisateur ou l’organisatrice du TEDx qui t’intéresse via LinkedIn, et tu les contactes. Pauline dit avoir entendu des histoires de speakers qui ont candidaté quelques semaines avant l’événement – suite à un désistement – et qui sont montés sur scène. Rare, mais ça arrive.

Si on a une audience déjà sur les réseaux sociaux, si on a un média type ben un podcast ou newsletter, tout ça faut le partager dans votre candidature parce que ça va compter, ça va vous permettre de gagner des points auprès de l’équipe qui sélectionne les speakers.

Voilà. Ton média, c’est un asset – pas juste pour vendre des formations, mais pour ouvrir des portes comme ça.

Un point important que Pauline insiste sur : les équipes organisatrices ne cherchent pas que des têtes d’affiche. Dans TEDx Iver River, il y avait des étudiants sans aucune audience, zéro présence sur les réseaux – mais avec un sujet passionnant. L’idée prime sur le CV. Ce qui veut dire que même si tu travailles seul depuis peu et que tu n’as pas encore de notoriété établie, candidater reste pertinent.

Choisir son sujet : pas de réinvention, mais un angle unique

Chaque TEDx a un fil conducteur – un thème suffisamment abstrait pour laisser une place à des interprétations très larges. TEDx Paris cette année : ‘L’aube renaît toujours’. TEDx Nantes : ‘L’envie de donner envie’. TEDx Marseille : ‘Et pourquoi pas moi ?’

Dans ces thèmes-là, tu peux mettre presque n’importe quoi – science, économie, art, philosophie, leadership. L’équipe organisatrice construit ensuite une programmation équilibrée entre les différents prismes. Ton job, c’est de raccrocher ton sujet au thème de façon naturelle, pas forcée.

Et Pauline dit quelque chose de fondamental sur le choix du sujet :

Toi tu vas pas te réinventer Estelle, tu vas pas te ré… c’est apporter de l’eau au moulin, pousser les gens à la réflexion en partageant ce vécu, cette expérience de vie, ses convictions. Et un bon intervenant TEDx, il doit apporter un point de vue unique, quelque chose de nouveau à l’auditoire. Quelque chose de surprenant.

C’est exactement le problème que j’ai avec la plupart des prises de parole professionnelles : les gens essaient de couvrir leur sujet plutôt que d’y creuser un angle vraiment inédit. Un TEDx ne veut pas quelqu’un qui résume ce que tout le monde sait déjà. Il veut quelqu’un qui fait changer la perception de la salle.

Ce qui implique une vulnérabilité réelle. Le format vient des États-Unis – on montre sa face humaine, on partage des émotions, on raconte un parcours personnel autant que professionnel. C’est du storytelling au sens plein. Pas des bullet points sur une présentation PowerPoint.

Pour trouver cet angle, les techniques de brainstorming et de recherche d’idées nouvelles peuvent aider – mais c’est souvent en creusant dans ce qu’on vit depuis des années qu’on trouve la vraie singularité.

La trajectoire : du premier TEDx local au TED de Vancouver

Navirajou – l’un des speakers de TEDx Iver River – a fait TEDx Grenoble en 2013. Puis TEDx Nice dans la foulée. Puis un vrai TED. Puis TEDx Clermont en français en 2023. Dix ans, plusieurs formats, un seul sujet de fond : l’innovation frugale.

C’est ça, la trajectoire réaliste pour quelqu’un qui vise le TED. Pas un one-shot miraculeux. Une montée en puissance sur plusieurs années, avec chaque événement qui affine le talk, élargit le réseau, renforce la légitimité.

La différence entre un TEDx et un TED ? La barrière linguistique d’abord – le TED, c’est quasi systématiquement en anglais, avec un niveau d’expression attendu très élevé. Et les speakers ont déjà des histoires de prises de parole fréquentes derrière eux, même s’ils ont d’autres métiers.

Vancouver, c’est le Saint Graal. Clairement. Mais la conférence tedx locale est déjà un terrain d’entraînement qui vaut largement le coup – et ce n’est pas une consolation prize. C’est une vraie scène, avec un vrai public, et des effets concrets sur une carrière.

La question que je me pose après avoir écouté tout ça – et que j’aurais voulu qu’on me pose plus tôt dans ma carrière – c’est : sur quel sujet est-ce que tu as un point de vue que personne d’autre n’a exactement comme toi ? Pas une expertise générale. Un angle. Une expérience. Un moment où tu as compris quelque chose que la plupart des gens n’ont pas encore compris.

C’est probablement là que commence la vraie préparation d’une conférence tedx. Pas dans le formulaire de candidature. Pas dans le travail de mémorisation. Dans cette question-là.

Pour les professionnels qui construisent leur personal brand sur le long terme, la conférence tedx s’inscrit dans une logique plus large de positionnement stratégique qui dépasse largement la simple visibilité sur les réseaux. Et si la question de la résilience nécessaire pour se lancer dans ce genre de projet vous intéresse, cet épisode sur la résilience entrepreneuriale va dans le même sens.

La conférence tedx n’est pas pour tout le monde. Mais elle est pour beaucoup plus de monde qu’on ne le croit.

Questions fréquentes

Comment candidater à une conférence tedx en France ? +
Il y a trois façons principales. La première : répondre à un appel à candidature publié sur le site et les réseaux du TEDx visé, en général 6 à 9 mois avant l'événement. La deuxième : se faire repérer par l'équipe organisatrice grâce à une présence en ligne solide (podcast, newsletter, articles, réseaux sociaux actifs). La troisième : contacter directement l'organisateur ou l'organisatrice via LinkedIn pour proposer sa candidature. Chaque TEDx a son propre processus - certains demandent une vidéo, d'autres un résumé écrit.
Faut-il être connu pour participer à une conférence tedx ? +
Non. Les équipes organisatrices cherchent des idées intéressantes, pas uniquement des têtes d'affiche. Il y a des étudiants sans aucune audience qui ont participé à des TEDx parce que leur sujet était passionnant. Avoir un podcast ou une newsletter donne des points supplémentaires dans la candidature, mais l'idée prime sur le CV.
Combien de temps dure une intervention dans une conférence tedx ? +
Entre 8 et 18 minutes. Le format recommandé tourne autour de 12 à 15 minutes. Chris Anderson, le curateur de TED, explique que 18 minutes est 'suffisamment long pour être sérieux et suffisamment court pour retenir l'attention'. Pas de notes, pas de prompteur, pas de pupitre - le speaker apprend son texte par cœur sur plusieurs mois.
Quelle est la différence entre TED et TEDx ? +
TED est une organisation internationale dont les conférences phares ont lieu principalement à Vancouver. Une place coûte entre 6 000 et 7 000 dollars US. TEDx désigne des événements indépendants organisés localement avec une licence TED, portés par des bénévoles, accessibles gratuitement ou à faible coût pour le public. Le format TEDx existe depuis 2009.
Quel sujet choisir pour une conférence tedx ? +
Chaque TEDx a un fil conducteur thématique (souvent abstrait et ouvert à interprétation). Votre sujet doit apporter un point de vue unique et surprenant - pas résumer ce que tout le monde sait déjà. Le format valorise le storytelling personnel, la vulnérabilité et les convictions profondes autant que l'expertise technique.
Est-ce qu'une conférence tedx apporte des bénéfices business concrets ? +
Oui, plusieurs. Des bookings de conférences peuvent se déclencher dès la fin de l'événement. La légitimité perçue augmente significativement dans certains secteurs (tech, consulting, entrepreneuriat). La contrainte des 18 minutes force un travail de clarification intellectuelle rare. Attention cependant : dans des secteurs où TED/TEDx est peu connu, l'effet est limité.

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