compétences marketing entrepreneur

Arrêter de se la jouer petit – Episode 155

Épisode diffusé le 2 décembre 2022 par Estelle Ballot

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Les compétences marketing entrepreneur dont on parle dans les formations, ce sont rarement les bonnes. On te vend du personal branding, du funnel automatisé, du growth hacking – et pendant ce temps, les fondations s’effritent. Estelle Ballot, créatrice du Podcast du Marketing et consultante marketing depuis des années, a pris le contre-pied dans son épisode 154 : elle liste cinq compétences qui ne font pas rêver, mais qui changent vraiment les résultats. Pas de raccourci. Pas de hack. Du travail, de la précision, et une honnêteté un peu brutale sur ce que ça demande vraiment de construire une activité.

Ce qui m’a accroché dans cet épisode, c’est qu’Estelle ne promet rien. Elle dit clairement que le marketing « n’est pas technique, n’est pas compliqué, mais ça ne veut pas dire que c’est simple ». La nuance est importante. Et franchement, la plupart des contenus marketing passent à côté de cette distinction-là.

Construire sa base email : la compétence marketing entrepreneur que tout le monde reporte

Commençons par celle qui fait le plus souvent les yeux au ciel. La base email. Pas sexy. Pas viral. Et pourtant, Estelle en fait la première compétence absolument non négociable.

Le raisonnement est simple – et c’est souvent les raisonnements simples qui sont les plus solides. Quand tu publies sur Instagram, TikTok ou LinkedIn, tu es en location. Tu construis sur un terrain qui ne t’appartient pas. Et le propriétaire peut changer les règles du jeu du jour au lendemain, te bannir sans explication, ou simplement décider que ton contenu ne mérite plus d’être montré à tes abonnés.

« Lorsque l’on construit une base email, on est propriétaire de tout ce qui se passe dans cette base email. Lorsque l’on est sur les réseaux sociaux, on est en location, on est chez quelqu’un d’autre et il peut nous virer quand il veut. »

C’est exactement le problème. Et c’est une phrase qui vient de sa mentor Amy Porterfield – « on ne construit pas son business sur une location » – que j’aurais aimé entendre il y a dix ans.

Il y a aussi un point légal que beaucoup d’indépendants ignorent complètement : le RGPD impose deux obligations concrètes. D’abord, les personnes qui confient leur adresse doivent savoir précisément pourquoi elles la donnent et ce qu’elles vont recevoir. Ensuite – et c’est là que ça se complique – tu as une responsabilité de sécurité sur ces données. Ce qui implique de passer par un gestionnaire de base email (Mailchimp, Brevo, peu importe), et pas d’envoyer tes newsletters depuis ton Gmail. Gmail n’est pas fait pour ça. Techniquement, au-delà d’une cinquantaine de destinataires, tu commences à avoir des problèmes.

Et côté liberté ? Avec une base email, tu écris ce que tu veux, quand tu veux, à la fréquence qui te convient. Aucun algorithme entre toi et tes lecteurs. C’est pour ça que les stratégies pour attirer des clients qui durent dans le temps s’appuient presque toutes sur l’email.

Le copywriting : écrire pour vendre, pas pour se faire plaisir

Deuxième compétence marketing entrepreneur sur la liste d’Estelle : le copywriting. Et là, elle est directe.

Sur le digital, tout passe par l’écrit. Absolument tout. Ta page d’accueil, tes emails, tes posts, tes descriptions de produits. Il n’y a pas de vendeur en face du client pour compenser un texte raté. C’est le texte ou rien.

« Si vous êtes sur du digital, votre compétence d’écriture, c’est votre compétence de vente. Donc attention, ne négligez surtout pas cette compétence, elle peut réellement faire changer votre chiffre d’affaires du simple au double au triple. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais l’écriture persuasive – celle qui donne envie de lire, puis d’agir – ça s’apprend. Et c’est souvent là que ça coince pour les indépendants et les petites boîtes : ils délèguent trop vite, avant de comprendre ce qu’ils délèguent.

Estelle fait un point que je trouve juste : avant de payer quelqu’un pour écrire à ta place, apprends à le faire toi-même. Pas pour toujours. Mais pour comprendre les tenants et aboutissants. Pour savoir orienter un prestataire, valider ou rejeter une proposition, comprendre pourquoi un texte ne convertit pas. Sans cette base, tu dépenses de l’argent en aveugle.

(Et c’est vrai aussi pour rédiger un brief digne de ce nom – si tu travailles avec une agence ou un freelance, savoir rédiger un brief agence change tout à la qualité du résultat.)

Mais il y a une limite que je vais assumer : le copywriting seul ne suffit pas. Tu peux maîtriser toutes les formules de titres, tous les frameworks AIDA et PAS du monde – si tu ne comprends pas ta cible, tes textes sonnent creux. Ce qui amène directement à la troisième compétence.

Psychologie sociale et empathie : ce que personne ne dit sur la vente

Acheter, c’est douloureux. Voilà une idée contre-intuitive qu’Estelle développe avec une précision qui m’a surpris.

On imagine que les clients adorent dépenser – les soldes, le plaisir du shopping, tout ça. Mais neurologiquement, faire un choix met le cerveau en porte-à-faux. Il a peur de se tromper. Il redoute le mauvais choix. Chaque décision d’achat est donc, à un niveau inconscient, un moment de tension.

« Faire un choix quel qu’il soit, c’est toujours un moment un petit peu douloureux, un petit peu gênant, c’est quelque chose qui n’est pas parfaitement naturel et donc il faut aider la personne qui est en face de vous à savoir faire des choix et à le faire le plus sereinement possible. »

Voilà. Et c’est pour ça que l’empathie – vraiment se mettre dans les chaussures du client, comprendre ses freins autant que ses désirs – est une compétence marketing entrepreneur à part entière. Pas une qualité humaine vague. Une compétence travaillable.

La psychologie sociale, c’est la version macro : comprendre les grands mécanismes de fonctionnement collectif, les biais cognitifs, ce qui pousse les gens à agir en groupe ou à résister. L’empathie, c’est la version micro : ce client précis, face à ce problème précis, avec ces peurs précises.

Sans ça, tu crées des contenus pour toi – pas pour eux. Et tes textes, aussi bien écrits soient-ils, ne trouvent pas leur cible. C’est d’ailleurs ce que soulignent des épisodes comme celui sur l’importance du passage à l’action – comprendre ce qui bloque les gens est souvent plus utile que comprendre ce qui les attire.

Organisation et auto-motivation : les compétences marketing entrepreneur qu’on sous-estime

Quatrième compétence. Et là, Estelle sort un peu du marketing pur pour parler de ce qui fait tenir dans la durée.

Dans une grande entreprise, il y a une machine. Des réunions, des collègues, des deadlines imposées, une structure qui t’emporte même quand tu n’as pas envie. Quand tu es indépendant ou dans une petite structure, cette machine n’existe pas. C’est toi la machine. Et si tu n’es pas capable de te motiver, de t’organiser, de prioriser sans que quelqu’un te dise quoi faire – tu stagnes.

Ce que j’apprécie dans la façon dont Estelle aborde ça : elle ne vend pas un système miracle. Elle dit l’inverse.

« Il n’y a pas d’organisation miracle. On nous vend plein de systèmes d’organisation différents qui seraient tous absolument merveilleux. La réalité, c’est que oui, bien sûr, on peut s’inspirer de ce que font les autres, mais ce qui est important, c’est de comprendre ce qui va fonctionner pour nous. »

C’est rare. Et c’est honnête. Se connaître soi-même – savoir à quelle heure on est efficace, quels types de tâches drainent l’énergie, ce qui déclenche la procrastination – c’est une compétence en soi. Pas un bac +5. Juste de l’attention portée à son propre mode de fonctionnement.

Pour les freelances en particulier, organiser son temps de travail est souvent le premier vrai défi – avant même le marketing ou la vente. Et ça, on ne te l’apprend nulle part.

Même réflexion du côté motivation : l’auto-motivation ne vient pas d’un podcast inspirant ou d’une citation sur LinkedIn. Elle vient d’une compréhension fine de ce qui te donne envie – et de la construction d’un environnement de travail qui va dans ce sens. C’est lent à construire. Mais une fois en place, c’est ce qui fait la différence entre quelqu’un qui tient sur dix ans et quelqu’un qui abandonne après dix-huit mois.

La résilience : la compétence marketing entrepreneur que personne ne veut apprendre

Cinquième compétence. La plus difficile à acquérir selon Estelle, surtout si ce n’est pas naturel.

La résilience. Se relever des échecs. Transformer ce qui ne marche pas en information utile plutôt qu’en preuve de son incompétence.

Le marketing n’est pas une science exacte. Même quand on fait tout bien – la stratégie, le texte, le ciblage, le timing – il y a des campagnes qui ne décollent pas. Des lancements qui tombent à plat. Des contenus qui n’ont aucun écho. Ça arrive aux meilleurs. Vraiment. Et c’est là que tout se joue.

« La différence entre un bon entrepreneur et un moins bon entrepreneur, c’est le temps que va mettre cet entrepreneur à se relever d’un échec. »

Cette phrase, je l’aurais mise en premier. Parce que sans résilience, les quatre autres compétences ne servent à rien. Tu construis ta base email, tu rates ta première séquence d’onboarding, tu te décourages et tu arrêtes. Tu apprends le copywriting, ta première page de vente flop, tu en conclus que « ça ne marche pas pour toi ». Et tu passes à autre chose.

La résilience, c’est ce qui te permet de traiter l’échec comme une donnée – pas comme un verdict. Ce qui ne veut pas dire ne pas être affecté. Ça veut dire réduire le temps entre l’échec et la remise en mouvement. Utiliser ce temps pour analyser, corriger, et recommencer différemment.

Ce n’est pas sans rappeler ce qu’Edgar Grospiron – champion olympique reconverti en conférencier – explique sur la façon d’allier plaisir et succès : la performance durable passe par une relation saine à l’échec. Pas par son évitement.

Il y a une nuance que j’ajouterais – et c’est la limite de cette compétence telle qu’elle est souvent présentée. La résilience ne signifie pas persister dans quelque chose qui ne fonctionne structurellement pas. Parfois, l’échec répété est un signal qu’il faut changer de direction, pas juste d’exécution. La différence entre les deux est difficile à voir quand on est dedans. C’est peut-être ça, le vrai travail.

Ces 5 compétences marketing entrepreneur : un système, pas une liste

Ce qui est intéressant dans la façon dont Estelle présente ces cinq compétences, c’est qu’elles s’alimentent mutuellement. La base email sert à rien sans le copywriting pour écrire des emails qui donnent envie d’ouvrir. Le copywriting sert à rien sans la psychologie sociale pour comprendre ce qui fait agir. Et les trois servent à rien si l’organisation est défaillante ou si le premier échec te coupe les jambes.

Ce n’est pas une liste à cocher. C’est un système à construire progressivement. Et comme le rappelle Estelle dans cet épisode – qu’on peut retrouver en détail dans le récapitulatif des 5 compétences marketing essentielles – aucune de ces compétences n’est rapide à acquérir. Mais chacune, une fois maîtrisée, change réellement les résultats.

Et si tu te demandes par où commencer quand tout paraît urgent et que les sujets s’accumulent, il y a peut-être une question plus simple à poser d’abord : laquelle de ces cinq compétences est la plus défaillante chez toi en ce moment ? C’est souvent celle-là qui bloque toutes les autres.

Pour les indépendants qui construisent leur activité depuis zéro, la réflexion sur le modèle solopreneur – ses avantages et ses vraies contraintes – est souvent un bon point de départ avant même de travailler ces compétences.

Questions fréquentes

Quelles sont les compétences marketing essentielles pour un entrepreneur débutant ? +
Selon Estelle Ballot, les cinq compétences marketing entrepreneur à travailler en priorité sont : construire une base email, maîtriser le copywriting, développer la psychologie sociale et l'empathie, s'organiser et s'auto-motiver, et enfin cultiver la résilience face aux échecs. Ces compétences ne sont pas spectaculaires, mais elles font la différence sur la durée.
Pourquoi la base email est-elle indispensable pour un entrepreneur ? +
Contrairement aux réseaux sociaux, une base email t'appartient. Sur les plateformes sociales, tu es en location - l'algorithme peut réduire ta portée, les règles peuvent changer, et tu peux être banni du jour au lendemain. Avec une base email, tu communiques librement, sans intermédiaire, avec ceux qui ont explicitement choisi de te suivre. C'est la seule audience que tu possèdes vraiment.
Comment apprendre le copywriting quand on est entrepreneur solo ? +
La meilleure approche est de pratiquer soi-même avant de déléguer. Écrire tes propres emails, pages de vente et posts te permet de comprendre ce qui fonctionne - et pourquoi. Sans cette compréhension de base, il est difficile d'orienter correctement un prestataire ou d'évaluer la qualité de son travail. Le copywriting s'apprend par la pratique répétée, pas uniquement par la théorie.
Pourquoi dit-on qu'acheter est douloureux pour le cerveau ? +
Faire un choix - quel qu'il soit - met le cerveau en tension. Il a peur de se tromper, de faire le mauvais choix. C'est un mécanisme neurologique : chaque décision est perçue comme un risque. C'est pour ça que le rôle du marketing est d'aider le client à choisir sereinement, en se sentant compris. L'empathie et la psychologie sociale sont les outils qui permettent ça.
Quel système d'organisation fonctionne le mieux pour un freelance ? +
Il n'y a pas de système universel. Ce qui fonctionne, c'est de comprendre son propre mode de fonctionnement : à quelle heure on est le plus efficace, quels types de tâches drainent l'énergie, ce qui déclenche la procrastination. S'inspirer des méthodes existantes est utile, mais les adapter à sa réalité est indispensable.
Comment développer sa résilience en tant qu'entrepreneur ? +
La résilience se travaille en changeant son rapport à l'échec. Plutôt que de voir un échec comme un verdict sur ses capacités, il s'agit de le traiter comme une donnée : qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ? Qu'est-ce que ça m'apprend ? Comment faire différemment ? L'objectif est de réduire le temps entre l'échec et la remise en mouvement - pas d'éliminer la douleur, mais de ne pas s'y installer.

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