Le cancer pédiatrique environnement, ce n’est pas un sujet abstrait de santé publique. C’est Manuela Ferreira dans le couloir du service d’oncopédiatrique du CHU de Rouen, qui croise une autre maman, puis une autre, puis une autre – toutes du même coin de Normandie, toutes là pour la même raison. Son fils Louis avait 5 ans et demi quand il a déclaré une leucémie lymphoblastique aiguë en 2018. Il va bien aujourd’hui. Mais la question qui ronge Manuela depuis ce moment-là n’a toujours pas de réponse officielle satisfaisante.
Seize enfants. Seize cas de cancers pédiatriques entre 2018 et 2019, dans un périmètre allant de Saint-Pierre-lès-Elbeuf à la Vallée de l’Andelle, quelques dizaines de kilomètres en Normandie. Sur les leucémies seules, l’ARS a validé un facteur fois 5 par rapport à la moyenne nationale. Cinq fois. Ce n’est pas une anomalie statistique mineure, c’est un signal d’alarme.
Manuela Ferreira n’est pas juste une maman en colère. Elle a un doctorat de microbiologie avec une variante biochimie, elle a été enseignant-chercheur à l’université, et quand son fils est tombé malade, elle a tout arrêté. Puis elle a repris – des études de médecine, en 2ème année, et elle est aujourd’hui interne en 7ème année. (Ce détail, je le mentionne parce qu’il change tout à la crédibilité de ce qu’elle va dire ensuite.) C’est elle qui reçoit Estelle Ballot dans l’épisode 274 du Podcast du Marketing, dans le cadre du Podcathon 2025.
Ce qui se passe autour de Pont-de-l’Arche mérite qu’on s’y arrête. Vraiment.
Quand les mamans se retrouvent dans le même couloir d’hôpital
Trois, quatre mamans. Même service. Mêmes communes. C’est comme ça que tout a commencé – pas avec une étude épidémiologique, pas avec une alerte gouvernementale. Avec des regards échangés entre des femmes épuisées qui se disent, à voix basse : «attends, toi aussi t’es de Pont-de-l’Arche ?»
«On s’est retrouvé à plusieurs mamans dans le même service à l’hôpital, dans le service oncopédiatrique qui soigne tous les enfants de la région. Et dans ce service là, on s’est retrouvé à trois quatre mamans habitant les mêmes communes. On s’est dit : mince, il y a quelque chose qui se passe.»
Voilà. C’est aussi simple – et aussi brutal – que ça.
Elles alertent l’ARS. L’Agence Régionale de Santé se penche sur le dossier, rejoint le service d’oncopédiatrique, recense les domiciliations des enfants traités. Elle arrive à 11 cas. Les mamans, elles, en comptent 16 – parce qu’elles intègrent des situations que les protocoles administratifs excluent mécaniquement.
L’exemple est parlant : un enfant domicilié officiellement à Louviers, mais qui vivait chez sa grand-mère en plein centre de Pont-de-l’Arche depuis tout petit. Même école, même centre de loisirs, même environnement quotidien. Administrativement absent du cluster. Humainement, il en faisait partie.
Ce n’est pas de la mauvaise volonté de la part de l’ARS. C’est la limite des protocoles. Et c’est précisément là que l’association «Cancers, la vérité pour nos enfants» a trouvé sa raison d’exister.
Le cancer pédiatrique environnement : ce que l’ARS n’a pas pu analyser
L’ARS a fait son travail. Manuela le dit clairement, elle comprend les contraintes scientifiques d’une étude épidémiologique rigoureuse – inutile d’analyser de l’air de 2023 pour comprendre ce qui s’est passé en 2018. Le problème, c’est qu’en 2018, il n’y avait pas de sonde de mesure à Pont-de-l’Arche. Pas de prélèvement à Igoville. Les données existantes – ondes électromagnétiques, qualité de l’air via des capteurs positionnés sur Rouen et Évreux – ne couvraient pas les communes concernées.
Résultat : l’étude a conclu à une absence de facteur identifiable. Pas à une absence de facteur – à une absence d’élément permettant de l’identifier. Nuance fondamentale, que beaucoup ont zappée dans la communication publique.
«Malheureusement, il y avait pas de sonde à Pont-de-l’Arche, il y avait pas de prélèvement à Igoville et donc ils sont un peu restreints au niveau de leur recherche.»
C’est exactement le problème. Et c’est pour ça que l’association a décidé de faire elle-même ce que les institutions ne pouvaient pas faire.
Manuela Ferreira et les trois autres mamans fondatrices ont lancé leurs propres analyses : eau (eau des écoles, eau de la Seine, eaux de pluie), air, et bientôt les sols pour les pesticides et métaux lourds. Elles font aussi des analyses de cheveux sur un panel d’enfants – moitié malades, moitié non-malades mais exposés aux mêmes environnements. Les résultats commencent à dessiner quelque chose de préoccupant. (Et quand je dis «dessiner quelque chose», je pèse mes mots – ce sont des données préliminaires, pas des preuves définitives. Mais quand même.)
Du plomb chez tous les enfants. À des taux anormaux.
450 euros. C’est le prix d’un seul kit d’analyse de cheveux pour un seul enfant. Le panel de l’association tourne autour de 11 enfants, avec des analyses tous les 6 mois. On est sur des milliers d’euros rien que pour ce volet-là. Ajoutez les analyses d’eau – trois prélèvements ciblés coûtent 1500 euros, avec 250 molécules testées par analyse – et vous comprenez pourquoi l’association a besoin de dons.
Mais ce que ces analyses ont déjà révélé est suffisamment sérieux pour qu’on en parle.
«Dans les cheveux des enfants, on a retrouvé des taux anormaux de métaux lourds. Et du plomb chez tous les enfants. C’est pas normal et à un taux hyper élevé par rapport à la nationale. On retrouve du chrome, on retrouve du mercure, on retrouve aussi des terres rares et des pesticides.»
Du plomb chez tous les enfants. Pas chez certains. Chez tous.
Ce résultat oriente maintenant les analyses d’eau vers ces molécules spécifiques. La méthode est là : croiser ce qu’on trouve dans les cheveux avec ce qu’on cherche dans l’environnement. Ce n’est pas de l’activisme émotionnel, c’est de la recherche environnementale appliquée, menée par quelqu’un qui sait lire un protocole et interpréter des données. Le fait que ça soit financé à coups de lotos et de courses locales dit quelque chose sur l’état de la recherche épidémiologique en France. Pas grand chose de flatteur.
Il faut ajouter un raisonnement que Manuela pose simplement, et qui est en réalité imparable : «Les enfants, ils boivent pas d’alcool, ils fument pas de cigarettes.» Les facteurs de risque comportementaux classiques ne s’appliquent pas. Il n’y a pas de prévalence génétique identifiée. Ce qui reste, c’est l’environnement – l’air, l’eau, le sol, ce à quoi ces enfants ont été exposés depuis leur naissance dans ces communes spécifiques. La logique est là, même si la preuve formelle manque encore. Sur le lien entre leviers de croissance et blocages structurels, Manuela applique une grille qu’on reconnaît : identifier le problème, cibler les analyses, ne pas attendre que quelqu’un d’autre le fasse.
Une association créée en juin 2022, portée à bout de bras
Quatre mamans. Deux cent cinquante adhérents environ. Un site qui publie toutes les analyses en accès libre. Et une veille bibliographique permanente sur les clusters de cancer pédiatrique dans le monde entier – pour comprendre comment d’autres ont enquêté, quelle méthode ils ont utilisée, ce qu’ils ont trouvé.
Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. La «veille bibliographique», c’est aller chercher dans des bases de données d’articles scientifiques internationaux – avec des niveaux de preuve élevés – ce qui a été fait ailleurs dans des situations similaires. C’est un travail énorme, chronophage, qui demande des compétences pointues. Manuela le fait. Seule, en grande partie. Et elle cherche des renforts scientifiques pour l’aider.
L’adhésion à l’association est gratuite. Ce n’est pas symbolique – c’est stratégique. Plus le nombre d’adhérents est élevé, plus l’association pèse dans ses demandes de subventions et dans ses interlocutions avec les collectivités locales, les ministères, les acteurs de santé publique. C’est une logique qu’on retrouve dans beaucoup de structures portées par peu de personnes qui doivent amplifier leur voix par le nombre.
Concrètement, pour aider l’association, trois choses :
- Adhérer gratuitement sur HelloAsso – ça prend une minute, ça coûte rien, ça renforce le poids de l’asso.
Faire un don pour financer les analyses – 450 euros pour un kit cheveux, 1500 euros pour trois prélèvements d’eau avec 250 molécules testées. Les montants sont précis et documentés. Enfin, si vous êtes scientifique, ingénieur ou chercheur, l’association cherche des gens qui savent faire de la veille bibliographique et gérer des projets de recherche. Du temps donné, pas de l’argent.
Ce que ça dit sur la façon dont on gère – ou on ne gère pas – les alertes sanitaires locales
Honnêtement ? Cette histoire me met mal à l’aise. Pas à cause de Manuela ou de l’association – au contraire. Mais parce que le schéma qu’elle décrit est trop familier.
Un cluster est validé. Une étude est lancée. L’étude bute sur des lacunes de données préexistantes. Les conclusions sont donc prudentes, voire inconclusivement neutres. Et on passe à autre chose – jusqu’à ce que des parents refusent de passer à autre chose et décident de financer eux-mêmes ce que le système public n’a pas les outils pour faire.
Manuela le dit avec une diplomatie que je trouverais personnellement difficile à maintenir :
«D’un point de vue gouvernemental, on a des fois l’impression de se sentir un peu seul, c’est vrai. On aimerait vraiment qu’il y ait un peu plus de choses qui bougent.»
«Un peu seul.» Pour des parents dont les enfants ont eu un cancer, dont les analyses commencent à montrer des taux anormaux de métaux lourds, et qui se retrouvent à organiser des lotos pour financer leurs recherches. C’est une formulation remarquablement mesurée.
Ce n’est pas une critique de l’ARS en tant qu’institution – Manuela insiste sur le fait qu’ils sont bienveillants et font ce qu’ils peuvent dans leur cadre. Mais le cadre ne suffit pas. Et l’argument selon lequel «il n’y a pas de sonde sur place donc on ne peut pas conclure» devrait déclencher une réaction immédiate : «Alors mettons des sondes.» Pas «Alors classons le dossier.»
Ce sujet rejoint une réflexion plus large sur la communication autour des enjeux de santé publique – comment on parle de sujets complexes à un public non spécialiste, comment on traduit des données épidémiologiques en messages clairs sans tomber dans la désinformation. Manuela, avec sa double formation scientifique et médicale, navigue cet équilibre mieux que la plupart.
Pourquoi cet épisode sort de l’ordinaire pour un podcast marketing
Le Podcast du Marketing d’Estelle Ballot ne parle pas habituellement de cancer pédiatrique environnement. C’est un podcast sur les stratégies marketing, les personas, l’emailing – si vous voulez comprendre pourquoi le persona est central dans toute stratégie marketing, il y a des épisodes pour ça. Le Podcathon, c’est précisément l’exercice de sortir de sa ligne éditoriale pour donner de la visibilité au monde associatif.
Mais ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode, c’est que la logique que Manuela applique à son association est exactement la même que celle qu’on enseigne en marketing : identifier un problème réel que personne ne traite, construire une méthode rigoureuse, documenter ses résultats, construire une audience (ici des adhérents) qui amplifie la voix d’une petite structure. (C’est presque une étude de cas en marketing avec un budget réduit – sauf que les enjeux sont des vies d’enfants.)
Il y a aussi quelque chose de particulier dans la façon dont Estelle Ballot conduit cet entretien. Elle ne prétend pas être neutre. Elle dit «ça me glace le sang», elle pleure après l’enregistrement, elle appelle directement les auditeurs à agir. C’est le contraire du journalisme de façade «équilibré» qui finit par ne rien dire. Et franchement, sur un sujet comme celui-là, je pense que c’est la bonne posture. Il y a des moments où la neutralité est une forme de lâcheté.
Ce qui reste ouvert, c’est la question de savoir si l’accumulation de données par l’association finira par déclencher une réponse institutionnelle plus substantielle. Manuela dit que l’ARS est en alerte sur les communes, qu’elle réalise des analyses dans les industries alentour. Mais «en alerte» et «enquête approfondie avec moyens suffisants», c’est pas pareil. Et pendant ce temps, les enfants de Pont-de-l’Arche, d’Igoville, de Criquebeuf boivent la même eau qu’en 2018.

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