brief agence

Comment rédiger un brief agence – Episode 37

Épisode diffusé le 9 juillet 2020 par Estelle Ballot

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

Un brief agence raté, c’est une campagne qui part en fumée avant même que le directeur artistique ait ouvert Photoshop. Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing, l’a vu des dizaines de fois – des deux côtés du miroir, d’abord comme chef de produit côté annonceur, ensuite comme responsable agence côté créa. Son verdict est sans appel : la plupart des briefs agence sont incomplets, et ce n’est la faute de personne en particulier, c’est juste qu’on n’apprend jamais vraiment à en rédiger un.

Le truc que j’ai trouvé intéressant dans cet épisode – et je ne dis pas ça pour faire joli – c’est qu’Estelle ne se contente pas de lister des cases à cocher. Elle raconte. Elle explique que son premier boss lui a fait refaire son brief six fois avant de l’envoyer à une agence. Six fois. Et qu’elle lui en est reconnaissante aujourd’hui.

Alors voilà ce qu’on va faire : décortiquer ce qui fait un bon brief agence, comprendre pourquoi c’est si souvent bâclé, et regarder concrètement comment le construire section par section.

Ce que votre agence fait vraiment – et que vous n’avez peut-être pas compris

Commençons par crever un mythe. Une agence créa, ça ne fait pas des jolies choses. Enfin, si, mais c’est pas l’essentiel.

«Être créa, c’est bien sûr savoir faire tout ça, mais c’est surtout savoir générer des idées pour servir un objectif. Rien n’est fait au hasard, rien n’est fait juste pour l’esthétique. La créa, c’est réconcilier l’émotionnel et le rationnel.»

Dit comme ça, ça change tout. Ce n’est plus un prestataire graphique que vous briefez – c’est un partenaire stratégique qui doit comprendre votre marque, votre marché, vos clients.

Et c’est précisément là que la plupart des annonceurs se plantent. Ils arrivent avec ‘faites-moi un packaging qui se vend’ (véridique, Estelle l’a entendu en agence) et s’étonnent ensuite que la créa soit à côté de la plaque. Le brief agence n’est pas une formalité administrative. C’est l’acte fondateur de votre campagne.

Ce qui m’agace, c’est que personne ne dit clairement que le brief est aussi – surtout – un outil de clarification pour vous. Pas juste pour l’agence. Rédiger un brief vous force à répondre à des questions que vous aviez peut-être esquivées : pourquoi cette campagne maintenant ? Pour qui exactement ? Qu’est-ce qui change si elle marche ?

Si vous n’avez pas ces réponses, vous n’êtes pas prêt à briefer. Et l’agence ne peut pas vous sauver de ça.

L’objectif, cette chose que tout le monde oublie de définir

‘Faites-moi une bonne pub.’ Estelle a lu cette phrase – ou ses variantes – sur des briefs agence venant de très grandes entreprises, avec des équipes marketing structurées et des budgets conséquents. Ce n’est pas un objectif. C’est un voeu pieux.

«Si vous saviez le nombre d’annonceurs qui viennent voir une agence et lui demandent ‘faites-moi une pub ou faites-moi un packaging’… ça, ce n’est pas un objectif. Ça, ça va juste vous faire perdre du temps et de l’argent.»

C’est exactement le problème. Et le pire, c’est que l’agence va quand même travailler. Elle va produire quelque chose. Pas forcément mauvais. Mais pas ancré dans ce que vous voulez vraiment obtenir.

Un objectif business dans un brief agence, ça ressemble à quoi concrètement ? À de la notoriété sur un segment de marché précis. À x% d’augmentation du panier moyen sur un trimestre. À la requalification de l’image de marque auprès d’une cible spécifique. Deux ou trois objectifs maximum – au-delà, vous essayez de tout faire en une fois, et c’est rarement une bonne idée.

La règle d’or qu’Estelle répète : revenir toujours à l’objectif. À chaque étape du brief. À chaque choix créatif. ‘En quoi cela sert-il mon objectif ?’ Si vous ne pouvez pas répondre, l’élément n’a rien à faire là.

Pour aller plus loin sur la question de la stratégie de marque et de ses fondamentaux, l’épisode sur la stratégie de marque en 6 piliers pose des bases utiles avant de se lancer dans un brief.

Le brief agence complet : ce que vous devez vraiment mettre dedans

La structure d’un brief agence, elle tient en sept blocs. Pas dix-sept. Sept. Et aucun n’est optionnel – enfin, presque.

1. Le contexte. Vous connaissez votre marché par coeur. L’agence, non. Ce qui vous semble évident – votre positionnement, vos concurrents, les tensions de votre catégorie – n’est pas évident du tout pour quelqu’un qui découvre votre univers. Si c’est une première collaboration, prévoyez une vraie présentation de marque. Si vous travaillez déjà ensemble, contextualisez au moins pourquoi ce brief maintenant, dans quelle actualité il s’inscrit.

2. Les objectifs. On en a parlé. Business, précis, en nombre limité. ‘Faire une bonne pub’ n’est pas un objectif.

3. La stratégie. Pas obligatoire dans tous les briefs, mais utile quand ce brief s’inscrit dans une stratégie plus large. Une slide PowerPoint bien aérée suffit. Pas besoin d’un roman.

4. Le travail demandé. C’est souvent par là que commencent les briefs incomplets – et uniquement par là. ‘On veut une campagne display pour l’été.’ OK, mais pourquoi, pour qui, dans quel contexte stratégique ? Sans les blocs précédents, cette section ne tient pas debout.

5. Les contraintes. L’exercice le plus sous-estimé du brief agence. Votre agence ne sait pas que votre packaging ne peut pas dépasser une certaine dimension pour rentrer dans les rayons. Elle ne sait pas que votre charte graphique interdit le rouge. Elle ne sait pas que votre direction refuse les visuels avec des enfants. Si vous ne le dites pas, elle ne peut pas le deviner.

«Prenez le temps de construire cette étape parce qu’elle va vous faire gagner énormément de temps et vous éviter les sueurs froides de réaliser au dernier moment que tout ce que l’agence a créé est inutilisable.»

Voilà. J’aurais dit la même chose, probablement avec moins de retenue.

6. Le timing. Les agences fonctionnent en flux tendu, avec un planning créa alloué à la demi-journée. Sans deadline précise, votre projet passe toujours après celui de quelqu’un d’autre – qui lui a donné une date. Un rétroplanning basique avec les grandes étapes, ça prend vingt minutes à écrire et ça change tout.

7. Le budget. Et là on arrive au moment délicat.

Pourquoi cacher votre budget à votre brief agence est une erreur

Le réflexe est humain. ‘Si je donne mon budget, ils vont me faire payer plein pot.’ Sauf que ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.

Une agence qui ne connaît pas votre budget va vous proposer une créa calibrée sur ce qu’elle imagine que vous pouvez dépenser. Ce qui peut aller dans les deux sens – trop ambitieux, ou trop timide. Un directeur artistique sans contrainte budgétaire peut vous pondre une campagne qui nécessite le budget de production d’un film de Luc Besson. C’est une vraie situation, pas une métaphore.

Le coût d’une créa se décompose en deux postes principaux : le temps homme (créa + gestion de projet) et les frais externes (location de lieu, mannequins, matériel de décor). Entre 2 000 et 10 000 euros, vous n’avez clairement pas la même campagne. Autant que votre agence le sache dès le départ plutôt que de refaire tout son devis après la première présentation.

Renseignez-vous en amont sur les coûts normaux du type de production demandé. Discutez-en ouvertement avec l’agence avant de rédiger le brief si besoin. Mais ne cachez pas le budget dans le document final – c’est une perte de temps pour tout le monde (et c’est souvent là que ça coince, dans cette fausse pudeur autour des chiffres).

La gestion du temps et des priorités dans un projet marketing est aussi un vrai sujet en soi – l’épisode sur l’organisation du temps de travail donne des pistes concrètes si vous sentez que vous gérez vos projets en mode pompier permanent.

Ce qu’on n’apprend pas à l’école de commerce – et que votre brief agence paye cash

Estelle Ballot est passée par une école de commerce. Des cours ‘sincèrement passionnants et de très bonne qualité’, dit-elle. Mais écrire un brief ? Pas au programme.

«Quand j’ai commencé à bosser en tant que chef de produit, la première chose que j’ai eu à faire, ben, c’est écrire un brief. C’est logique, hein, c’est au cœur du boulot de chef de produit, c’est tout simplement ce qui permet de commencer l’histoire de n’importe quel projet marketing. Oui, sauf que je n’avais alors aucune idée de ce qu’on pouvait bien mettre dans un brief.»

Six refontes. Son premier boss lui a fait refaire son brief six fois. Et elle dit que c’était justifié.

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je couvrais mes premiers sujets marketing – c’est que le brief agence est une compétence. Pas un document administratif qu’on remplit vite fait entre deux réunions. Une compétence qui s’apprend, qui se travaille, et qui a un impact direct sur la qualité de ce que vous obtenez en retour.

La plupart des responsables marketing que j’ai croisés sous-estiment le brief parce qu’ils sous-estiment le temps qu’ils vont perdre sans lui. Des allers-retours à n’en plus finir. Des créas inutilisables parce qu’une contrainte évidente n’avait pas été mentionnée. Des budgets gaspillés sur des directions créatives qui ne correspondent pas à ce que la marque voulait vraiment dire.

Et le paradoxe, c’est que rédiger un brief complet prend du temps – mais moins que de gérer les conséquences d’un brief incomplet. Toujours.

Pour les entrepreneurs qui gèrent seuls leur marketing, l’article sur les 10 stratégies pour attirer ses clients complète bien la réflexion sur la communication de marque avant de se lancer dans un brief.

Brief agence : la question du rendu qu’on oublie toujours

Il y a un bloc que même les briefs agence ‘corrects’ oublient régulièrement : le rendu.

Vous avez défini l’objectif, le timing, le budget. Vous avez listé vos contraintes. Mais dans quel format vous souhaitez recevoir les fichiers ? Quelle définition pour les visuels digitaux ? Si c’est destiné à l’impression, combien de couleurs ? Votre imprimeur a des specs précises – avez-vous pensé à les lui demander avant de briefer l’agence ?

C’est un détail qui coûte cher quand on le découvre trop tard. Une créa validée en interne, approuvée par la direction, envoyée à l’imprimeur – et là on découvre que les fichiers ne sont pas dans le bon format, que la résolution n’est pas suffisante, que les couleurs ne sont pas en quadrichromie. Retour à zéro, ou presque. Nouvelle facturation.

Un appel de dix minutes à votre imprimeur en amont règle ce problème définitivement. Mettez les specs dans le brief agence. Section courte, mais critique.

Bref. Sept blocs, aucun magique, mais tous nécessaires. Et si vous pensez que vos contraintes sont ‘évidentes’ et ne méritent pas d’être écrites – posez-vous la question autrement : évidentes pour qui ?

Ce que ça change vraiment d’avoir un brief agence complet

Deux niveaux de résultat, selon Estelle. Avec un brief incomplet, l’agence peut quand même livrer quelque chose – elle a l’habitude, malheureusement. Vous obtiendrez un résultat, pas forcément mauvais.

Mais avec un brief agence complet et bien construit, ce qui change c’est la qualité d’adéquation. La créa ne parle plus en général à ‘plein de gens’. Elle parle à vos clients. Nuance énorme.

«Si vous permettez à l’agence de parfaitement connaître votre marque, de la comprendre, de comprendre vos clients, ben, alors vous allez passer au niveau supérieur. Avant, l’agence vous faisait de beaux visuels, des pubs créatives, et maintenant, elle va pouvoir vous faire de belles campagnes créatives et qui parlent directement à votre audience.»

C’est la vraie plus-value. Pas des visuels plus jolis. Une communication qui déclenche quelque chose chez les bonnes personnes.

Et ça, sans un brief agence solide, c’est une question de chance. Parfois ça marche, souvent ça rate. Ce n’est pas une stratégie.

Pour ceux qui veulent aller encore plus loin dans la logique de stratégie digitale globale, la sélection d’épisodes sur les 5 fondamentaux pour planifier sa stratégie digitale donne un cadre utile avant même de penser au brief. Et si la relation avec des partenaires créatifs est un sujet récurrent pour vous, l’épisode sur les outils de stratégie digitale indispensables complète bien l’ensemble.

La limite assumée de tout ça ? Un bon brief agence ne compense pas une stratégie de marque floue. Si vous ne savez pas encore vraiment ce que vous voulez dire, à qui, et pourquoi, le brief ne réglera pas ça. Il révélera juste le flou. Ce qui est en réalité utile – mais ça fait partie du travail en amont du brief, pas du brief lui-même.

Questions fréquentes

C'est quoi un brief agence exactement ? +
Un brief agence est un document qui donne à l'agence toutes les informations nécessaires pour réaliser le travail attendu. Il couvre le contexte de la marque, les objectifs business de la campagne, le travail demandé, les contraintes à respecter, le type de rendu souhaité, le timing et le budget disponible. Sans ce document complet, l'agence travaille à l'aveugle.
Que doit contenir un brief agence complet ? +
Un brief agence complet contient sept blocs : le contexte (marque, marché, concurrents), les objectifs business précis, la stratégie si le brief s'inscrit dans une campagne plus large, le détail du travail demandé, les contraintes techniques ou créatives, le format de rendu attendu, le timing avec un rétroplanning, et le budget disponible. Aucun de ces éléments n'est vraiment optionnel.
Pourquoi mon brief agence doit inclure le budget ? +
Parce que le budget détermine entièrement ce que l'agence peut vous proposer. Entre 2 000 et 10 000 euros, la campagne n'est pas la même. Si l'agence ne connaît pas votre enveloppe, elle risque de travailler sur une direction créative inadaptée à vos moyens réels - ce qui génère des allers-retours coûteux et une perte de temps pour tout le monde.
Comment rédiger les objectifs dans un brief agence ? +
Les objectifs d'un brief agence doivent être formulés en termes business, pas en termes créatifs. 'Faire une bonne pub' n'est pas un objectif. En revanche, 'augmenter la notoriété de la marque auprès des 25-35 ans sur un marché précis' ou 'requalifier l'image de marque sur le segment premium' sont des objectifs exploitables. Limitez-vous à deux ou trois objectifs maximum par campagne.
Un brief agence est-il utile pour une petite structure ou une TPE ? +
Absolument. Le brief agence est d'autant plus utile pour une petite structure que les ressources sont limitées et qu'on ne peut pas se permettre de refaire une campagne. Pour une TPE où le responsable marketing est souvent aussi le dirigeant, rédiger un brief complet force à clarifier sa propre stratégie avant de la déléguer à une agence - ce qui est déjà une valeur en soi.
Combien de fois faut-il retoucher un brief agence avant de l'envoyer ? +
Il n'y a pas de règle fixe, mais le premier brief que vous rédigerez sera probablement incomplet. Estelle Ballot raconte que son premier boss lui a fait refaire son brief six fois avant de l'envoyer à une agence. L'objectif n'est pas la perfection formelle, c'est de s'assurer qu'aucun des sept blocs essentiels ne manque et que l'agence peut commencer à travailler sans avoir à deviner vos intentions.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat