avoir un mentor

Avoir un mentor – Episode 127

Épisode diffusé le 26 mai 2022 par Estelle Ballot

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

Avoir un mentor, c’est le raccourci que la plupart des entrepreneurs évitent – trop fiers, trop occupés, ou juste pas sûrs de comment s’y prendre. Estelle Ballot, marketeuse aguerrie et fondatrice du Podcast du Marketing, a mis le doigt dessus dans son épisode 127 : elle pense que sa mentor américaine lui a fait gagner deux ans sur son business de formation en ligne. Deux ans. Et elle n’est même pas certaine qu’elle aurait tenu sans ça.

Ce n’est pas une anecdote de plus sur la croissance personnelle. C’est une mécanique très concrète, que cette ex-Microsoft et ancienne agence de pub internationale a disséquée pendant 25 minutes avec une clarté qui m’a un peu surpris, je vais pas mentir.

Alors voilà ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je galérais à comprendre pourquoi certains accélèrent et d’autres stagnent.

Quand l’expérience marketing ne suffit pas

Estelle Ballot avait tout pour réussir dans la formation en ligne. Des années chez l’annonceur, en agence, en local et à l’international. Chez Microsoft, en plus. Sur le papier, le profil parfait pour transmettre ses connaissances marketing.

Et pourtant.

«Le marché de la formation, c’était un tout nouveau marché pour moi. Et la formation en ligne, ben encore plus. Et même si j’avais de solides compétences dans mon domaine d’enseignement, c’est-à-dire le marketing, et bien j’ai vite compris que tout n’était pas si simple parce que la formation en ligne à ses codes, ses méthodes, ses outils, son réseau, ses médias, bref, c’était un peu le brouillard.»

Exactement ça. On confond souvent l’expertise dans un domaine avec la capacité à opérer sur un nouveau marché – et c’est là que la plupart se plantent.

Ce qui est intéressant dans son cas, c’est qu’elle n’a pas cherché une formation, un livre, un consultant. Elle a cherché quelqu’un qui était passé par là avant elle. Amy Porterfield, Américaine, surnommée «la boss de la formation en ligne aux États-Unis». Un choix qui dit beaucoup sur ce qu’Estelle cherchait vraiment : pas de la théorie. De l’expérience brute, transférable, incarnée.

Et le résultat ? Deux ans de gagnés sur la courbe d’apprentissage. C’est le genre de chiffre qui devrait faire réfléchir n’importe quel entrepreneur qui hésite à tout plaquer pour se lancer.

Ce qu’un mentor est – et ce qu’il n’est pas

La définition qu’elle pose est simple, mais elle mérite qu’on s’y arrête. Avoir un mentor, ce n’est pas avoir un professeur. Ce n’est pas un coach de vie. Ce n’t pas quelqu’un qui détient la vérité absolue sur votre secteur.

C’est quelqu’un qui est passé avant vous. Point.

«Un mentor, c’est pas nécessairement un professeur, c’est quelqu’un qui vous fait part de son expérience qui a déjà fait avant vous ce que vous avez à faire maintenant.»

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais ça change tout dans la façon dont on cherche cette personne.

Estelle liste ensuite les qualités d’un bon mentor, et c’est là que ça devient moins évident. La pédagogie, oui – mais pas au sens académique. Plutôt «est-ce que je comprends son raisonnement naturellement». Les valeurs communes. La capacité à motiver sans mentir (ce qui implique aussi de savoir dire des trucs pas agréables à entendre). L’écoute – et elle insiste là-dessus, parce qu’il y a plein de gens ultra-compétents qui ne savent pas écouter.

Et puis un truc auquel on ne pense pas : la disponibilité. Pas nécessairement du temps en quantité, mais quelqu’un qui trouve du temps. Nuance non négligeable (surtout quand le mentor idéal que tu vises gère une boîte de 50 personnes).

Avoir un mentor : ce que ça change vraiment dans la durée

Au-delà du «ça fait gagner du temps», ce que décrit Estelle est plus profond. Avoir un mentor, c’est accéder à quelque chose qu’on n’apprend pas dans les livres : le cheminement psychologique derrière les succès et les échecs d’une personne.

«C’est vraiment un échange expérimental et psychologique, je dirais, de l’expérience professionnelle. Donc c’est vraiment quelque chose qu’on n’apprend pas dans les livres. C’est vraiment quelque chose qui va nous permettre de nous confronter à la réalité future à laquelle on va nous-même être confronté.»

Voilà. Ce n’est pas un transfert de compétences. C’est un transfert de réalité.

Et le deuxième bénéfice – celui qu’on oublie souvent – c’est la confiance en soi. Le fait qu’une personne que tu admires accepte d’investir son temps pour toi, c’est déjà un signal fort sur ta valeur professionnelle. Estelle le formule bien : si ton mentor dit «j’ai confiance en toi», et que c’est quelqu’un que tu admires, ça booste. C’est pas de la psychologie de comptoir, c’est mécanique.

Pour les entrepreneurs qui naviguent en solo, avoir un mentor remplit aussi une fonction de miroir que les équipes en entreprise assurent naturellement. Chez Microsoft, Estelle raconte que tout le monde était encouragé à trouver un mentor en interne – pour comprendre les codes et avoir les bonnes introductions plus vite. Ce type de pratique, les entrepreneurs indépendants doivent le construire eux-mêmes, souvent sans filet.

Comment trouver son mentor sans se planter dans la démarche

La méthode proposée par Estelle est en quatre temps. Pas de surprise sur le fond, mais les détails changent tout.

Premier temps : faire une liste. Une vraie liste, exhaustive, construite sur plusieurs jours. Pas juste les gens que tu connais bien. Les gens que tu admires, proches ou lointains, disponibles ou pas a priori. Elle dit clairement : «qui ne tente rien n’a rien». Amy Porterfield n’est pas dans l’entourage direct d’Estelle Ballot. Et pourtant.

Deuxième temps : oser demander. Et c’est là que beaucoup bloquent. La peur du rejet, la gêne, le sentiment de déranger quelqu’un qui a mieux à faire. Estelle retourne l’argument :

  • Demander à quelqu’un d’être ton mentor, c’est lui faire un compliment énorme – pas lui imposer une charge.

Ce qu’elle ne dit pas, mais qui est vrai : la plupart des gens qui ont réussi quelque chose aiment en parler. Ils attendent juste qu’on leur pose la question de la bonne façon.

Troisième temps : formuler une demande claire. Pas «tu veux bien être mon mentor ?» en mode vague. Une vraie proposition : ce que tu attends, la fréquence des échanges, le type d’expérience que tu veux qu’ils partagent. Ça force aussi à clarifier ce qu’on cherche vraiment – exercice utile en soi.

Quatrième temps, et c’est le plus important selon elle : entretenir la relation. C’est au mentoré de piloter. D’organiser les rendez-vous. De préparer les séances. De faire le travail d’introspection avant chaque échange pour arriver avec de vraies questions. Le mentor ne va pas venir te chercher.

Ce dernier point, je le trouve sous-estimé. La plupart des gens qui disent «j’ai pas trouvé de mentor» n’ont en réalité jamais préparé une demande sérieuse, et ceux qui en ont trouvé un n’ont souvent pas su entretenir la relation dans la durée. Avoir un mentor ne suffit pas – il faut le mériter, dans un sens.

Le mentor qui ne sait pas qu’il l’est

Il y a une distinction que j’aime bien dans cet épisode. Estelle distingue deux types de mentors : l’officiel, avec un accord explicite et des échanges réguliers – et le «virtuel», quelqu’un dont tu suis le travail, les publications, les décisions, sans jamais lui avoir parlé directement.

C’est moins glamour que le récit «j’ai appelé Amy Porterfield et elle a accepté». Mais c’est souvent plus accessible, et pas moins efficace. Si quelqu’un partage régulièrement ses succès, ses erreurs, ce qui a marché et ce qui a planté, tu peux apprendre énormément – à condition de t’en nourrir activement, pas passivement.

Amy Porterfield elle-même remplit cette fonction pour des milliers de gens qui ne lui ont jamais parlé. Les podcasts comme celui d’Estelle, d’ailleurs, fonctionnent sur ce principe. Ce n’est pas anodin.

Mais bon – avoir un mentor virtuel, c’est aussi une façon commode d’éviter la vraie démarche. La liste. La demande. Le risque. Et un freelance qui veut devenir incontournable ne peut pas se contenter de suivre quelqu’un de loin indéfiniment.

Ce que personne ne dit sur le mentoring en France

Estelle pointe un truc réel : en France, la culture du mentoring est moins ancrée qu’aux États-Unis. Le mot lui-même flotte un peu – il «veut tout et rien dire», selon elle. Du coup, quand tu fais ta demande, il faut être encore plus précis sur ce que tu attends. Ne pas supposer que l’autre a la même définition que toi.

Ce qui me frappe, c’est que le mentoring formel en entreprise existe pourtant – Microsoft en fait, d’autres grands groupes aussi. Mais en dehors de ces structures, les entrepreneurs et freelances se débrouillent seuls (et c’est souvent là que ça coince). Les communautés, les mastermind, les groupes Slack de niche – tout ça essaie de combler ce vide. Avec des résultats inégaux.

Avoir un mentor «officiel», avec une vraie relation, une vraie régularité, reste rare. Et c’est une opportunité, pas un obstacle. Les gens capables de mentorer sont là. Ils attendent juste qu’on leur pose la question.

Une limite à tout ça, quand même : le mentoring fonctionne quand tu sais à peu près ce que tu cherches. Si tu es dans le flou total sur ta direction, un mentor risque de te donner de bons conseils pour avancer dans la mauvaise direction. La clarté préalable, c’est une condition que l’épisode mentionne à peine – mais c’est souvent ce qui manque. Si tu sens que tu navigues à vue et que tu as «trop d’outils, trop de sujets», peut-être que le mindset entrepreneur vient avant le mentor.

Et puis, avoir un mentor ne résout pas tout. Deux ans de gagnés sur une courbe d’apprentissage, c’est énorme – mais ça suppose que tu étais déjà en mouvement. Le mentor accélère. Il ne démarre pas à ta place.

Questions fréquentes

Avoir un mentor est-il vraiment utile quand on a déjà de l'expérience ? +
Oui, et c'est souvent là où l'erreur se fait. Avoir de l'expérience dans un domaine ne suffit pas quand on change de marché ou de modèle. Estelle Ballot l'a vécu : des années en marketing chez l'annonceur et en agence, mais le marché de la formation en ligne avait ses propres codes. Son mentor lui a fait gagner deux ans sur la courbe d'apprentissage - pas en lui apprenant le marketing, mais en lui montrant comment ce marché spécifique fonctionnait.
Comment trouver un mentor quand on ne connaît personne dans son secteur ? +
Commencez par une liste exhaustive de toutes les personnes que vous admirez dans votre domaine - y compris celles que vous ne connaissez pas. Ne filtrez pas trop vite. Ensuite, allez les solliciter directement avec une demande claire : ce que vous attendez, la fréquence souhaitée, le type d'expérience que vous voulez qu'elles partagent. Demander à quelqu'un d'être votre mentor est un compliment, pas une demande dérangeante.
Faut-il que le mentor sache qu'il est votre mentor ? +
Pas forcément. Avoir un mentor «virtuel» - quelqu'un dont vous suivez le travail, les succès et les erreurs sans contact direct - peut être très formateur. Mais c'est une relation différente, moins personnalisée. Le mentor officiel vous connaît, adapte ses conseils à votre situation spécifique, et investit du temps pour vous. Les deux ont leur place.
Quelles qualités chercher quand on veut avoir un mentor ? +
Pédagogie naturelle (vous comprenez son raisonnement facilement), capacité à motiver sans mentir, honnêteté même sur les choses difficiles à entendre, écoute réelle, et disponibilité - pas forcément du temps en quantité, mais la volonté de trouver du temps pour vous.
Avoir un mentor en entreprise, c'est différent d'en avoir un en tant qu'entrepreneur ? +
La mécanique est la même, mais le contexte change. En entreprise, certaines structures - comme Microsoft selon Estelle Ballot - intègrent le mentoring dans leur culture : c'est plus facile de faire la demande, les codes sont établis. En tant qu'entrepreneur ou freelance, vous devez construire cette relation de zéro, sans filet institutionnel. Ce qui rend la démarche plus intimidante, mais aussi plus précieuse.
Comment entretenir la relation avec son mentor dans la durée ? +
C'est entièrement à vous de le faire - pas à votre mentor. Organisez les rendez-vous. Préparez chaque séance avec de vraies questions issues d'un travail d'introspection préalable. Arrivez avec des problématiques concrètes, pas des discussions vagues. Un mentor qui voit que ses conseils vous font avancer sera plus engagé. Celui qui sent que les échanges tournent en rond finira par se désengager.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat