automatisation marketing

Travailler avec des robots – Episode 93

Épisode diffusé le 30 septembre 2021 par Estelle Ballot

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L’automatisation marketing, on en parle comme d’un truc réservé aux grosses boites avec des équipes tech et des budgets à six chiffres. Et pourtant, Estelle Ballot – créatrice du Podcast du Marketing et consultante en stratégie digitale – a géré seule 2 000 messages LinkedIn en quelques heures grâce à un robot. Pas de développeur. Pas de budget délirant. Un outil, une bonne préparation, et une boule de neige qui s’est emballée bien au-delà de ce qu’elle anticipait.

Ce qui m’intéresse dans cet épisode 93, c’est pas le côté ‘regardez comme c’est facile’. C’est le côté concret, un peu brouillon, avec les ratés inclus – l’expérience IKEA qui tourne en boucle, le robot qui flanche sous la pression. La vraie vie, quoi. Pas un webinaire de vente.

Alors qu’est-ce qu’on fait vraiment avec ces robots ? Où est-ce que ça marche, où est-ce que ça casse ? Et pourquoi la plupart des indépendants et des marketeurs passent à côté de cas d’usage qui leur feraient économiser des heures par semaine ?

Ce que l’automatisation marketing fait vraiment – et ce qu’elle ne fait pas

Un robot digital, en gros, c’est un bout de code qui récupère de la donnée et déclenche une action. C’est tout. Pas de magie, pas d’intelligence au sens propre. Il lit ce que tu lui donnes, il fait ce que tu lui as dit de faire.

L’exemple le plus visible : le chatbot sur un site internet. Tu vas sur une page, une petite bulle s’ouvre dans un coin. ‘Bonjour, puis-je vous aider ?’ Tu tapes ta question – les horaires d’un magasin, par exemple – et le robot cherche dans sa base de données si ta question correspond à quelque chose qu’il connaît. S’il a été bien configuré, il te répond. Sinon, il avoue qu’il ne comprend pas et te passe à quelqu’un.

Le truc c’est que beaucoup de gens confondent ce que le robot est censé faire avec ce qu’il fait réellement. Il automatise des échanges répétitifs. Il ne remplace pas une conversation. La nuance est énorme, et c’est exactement là que la plupart des déploiements ratent.

Estelle Ballot le formule assez clairement dans l’épisode :

« Voilà pourquoi on appelle ça un robot : c’est parce que tout simplement, il fait une tâche mécanique, automatique, et il va nous permettre d’automatiser un certain nombre d’éléments, notamment dans ce cas-là, pour guider un utilisateur. »

Guider. Pas convaincre, pas créer de la relation, pas vendre. Guider. Dit comme ça, ça remet les choses à leur place.

Les avantages sont réels : disponibilité 24h/24, tri automatique des demandes, orientation vers la bonne ressource ou la bonne personne. Pour une petite structure qui reçoit des dizaines de questions par jour sur des sujets qui se répètent, c’est du temps récupéré. Beaucoup de temps.

Mais – et c’est une limite qu’on sous-estime – il faut de la donnée pour que ça tourne. Il faut avoir cartographié les questions que posent tes utilisateurs, avoir prévu les scénarios, avoir testé. Et ça, ça prend du temps en amont. L’automatisation ne s’installe pas en une après-midi. (C’est souvent là que ça coince, d’ailleurs.)

L’affaire IKEA : quand l’automatisation marketing devient un labyrinthe

600 000 vues sur un post LinkedIn. 2 000 commentaires. Des chiffres qui font rêver – jusqu’au moment où tu réalises que tu as promis quelque chose à chacune de ces personnes et que tu ne peux pas tenir manuellement.

Mais avant d’en arriver là, Estelle raconte une expérience bien plus modeste, et bien plus instructive : essayer de commander une pièce détachée sur le site IKEA.

« Je répondais à chaque fois que non, je n’avais pas la bonne réponse dans ses propositions ; non, non, non. Il me demandait : Est-ce que vous souhaitez discuter avec une personne humaine ? À cela, je répondais Oui, et dès le moment où je répondais Oui, il me ramenait à la première proposition, et je recommençais tout en boucle. »

C’est exactement le problème. IKEA – une boite avec des moyens considérables et des équipes dédiées – s’est retrouvée avec un robot qui tourne en rond. Ubuesque, dit-elle. Et c’est le mot juste.

Ce genre de boucle, ça détruit la confiance utilisateur en trente secondes. Tu es venu chercher une réponse simple, tu repars énervé, et tu gardes en tête que la marque t’a perdu dans ses propres process. C’est contre-productif à un point que les gens qui déploient ces outils ne mesurent pas toujours correctement.

La leçon concrète qu’elle en tire : testez. Vraiment. Pas juste ‘on a fait une recette de validation interne’. Testez comme un utilisateur qui ne connaît pas votre système, qui fait les mauvaises réponses, qui essaie les chemins de traverse. Parce que sinon, tu déploies quelque chose qui fait exactement l’inverse de ce que tu voulais.

Et puis il y a une question que je me pose souvent sur ces dispositifs : est-ce qu’on teste vraiment les scénarios d’échec, ou seulement les scénarios idéaux ? En général, on teste le chemin heureux. Rarement le chemin cassé.

Les 3 cas où l’automatisation marketing vaut vraiment le coup

Pas pour tout, pas n’importe comment. Estelle Ballot identifie trois moments précis où le robot a une vraie valeur – et où son usage ne détruit pas l’authenticité de la relation.

Premier cas : les tâches sans valeur ajoutée. Si la réponse est toujours la même, si personne ne gagne quoi que ce soit à ce qu’un humain s’en occupe, alors autant automatiser. Horaires d’ouverture, lien de téléchargement, confirmation de réception. Là, le robot est une évidence.

Deuxième cas : le message d’accueil. Sur un réseau social ou sur un site, le premier message est souvent identique pour tout le monde. Dix secondes par personne, ça a l’air nul. Multiplie par mille utilisateurs. Tu viens de passer deux heures et demie à copier-coller la même phrase. Le robot fait ça très bien – à condition que dès qu’une réponse arrive, un humain reprenne la main.

« Dès lors que l’utilisateur répond, pour moi, il faut que ce soit un humain qui reprenne la main parce que sinon, vous allez casser complètement l’authenticité de votre rapport avec votre utilisateur. »

Voilà. La frontière est là. Le robot ouvre, l’humain continue. Pas l’inverse.

Troisième cas – et c’est celui qui m’a le plus intéressé – : l’algorithme. Sur LinkedIn, si tu publies un post avec un ‘hack au commentaire’ (tu demandes aux gens de commenter pour recevoir quelque chose), tu dois répondre à chaque commentaire. L’algorithme voit qu’il y a de la conversation, il pousse le post, ça génère plus de commentaires, tu réponds encore, ça s’emballe. C’est une mécanique que l’automatisation marketing peut amplifier considérablement – à condition de comprendre comment le marketing digital fonctionne en profondeur.

600 000 vues et un robot qui flanche : la leçon Phantom Buster

Grégoire Gambatto – connu comme ‘la star de LinkedIn’, voir l’épisode 40 du Podcast du Marketing – avait donné ses conseils à Estelle pour maximiser la visibilité sur le réseau. Le lendemain de l’épisode, elle publie un post en appliquant les recommandations.

Résultat : 600 000 vues. 2 000 commentaires. En quelques heures.

Chaque commentaire représentait une personne à qui elle avait promis un lien de téléchargement. Hors de question de ne pas tenir la promesse. Mais 2 000 messages manuellement, seule, en temps réel… c’est physiquement impossible.

« Très rapidement, j’ai mis en place un robot pour venir m’aider. Pour tout vous dire, dans ce cas-là, c’était un petit peu extrême, même le robot a flanché. Il buggait très régulièrement. Il n’a pas réussi à me suivre sur les 2 000 messages. »

Même le robot a flanché. C’est une phrase qui dit beaucoup sur ce que l’automatisation marketing peut et ne peut pas absorber. Il y a des seuils. Des limites. Des situations où même les bons outils craquent sous la charge.

L’outil qu’elle mentionne : Phantom Buster. Sans avoir à coder une seule ligne, tu peux configurer des robots qui envoient des messages privés aux personnes ayant commenté un post, extraient des données de profils LinkedIn, likent automatiquement des contenus, ou récupèrent des listes de followers sur Instagram. C’est du scraping et de l’automation packagés dans une interface accessible – ce qui n’empêche pas les bugs en conditions extrêmes.

La recommandation pratique qu’elle en tire est simple : si tu penses que ton post va bien marcher, prépare le robot avant de publier. Pas après. Parce qu’une fois que ça s’emballe, tu n’as pas le temps de configurer quoi que ce soit. La boule de neige, ça ne prévient pas.

Pour aller plus loin sur la stratégie de contenu qui génère ce genre d’emballement, l’épisode sur le growth marketing appliqué au lancement donne des pistes concrètes.

Ce que personne ne dit vraiment sur l’automatisation marketing et le spam

Phantom Buster permet aussi d’extraire les followers d’un compte concurrent sur Instagram, ou de récupérer les profils d’une liste LinkedIn. C’est un outil de veille concurrentielle puissant – tu peux analyser ce que poste un concurrent, qui l’audience, comment ils engagent.

Mais la tentation est là : prendre cette liste et envoyer des messages à toutes ces personnes. Du benchmark concurrentiel bien fait peut glisser très vite vers du spam industriel.

Estelle Ballot est directe là-dessus – et c’est rare qu’on l’entende aussi clairement dans un podcast marketing :

« L’idée, ça n’est pas d’aller spammer ces braves personnes qui n’ont rien demandé, et leur envoyer message sur message alors que ça ne les intéresse pas. Ça n’intéresse personne. Ça n’est pas intéressant pour la personne qui reçoit votre message de spam ; et ça n’est pas intéressant pour vous si vous spammez parce que vous allez être repéré comme spammeur, et vous allez être très rapidement blacklisté. »

Clairement. Et pourtant, combien de comptes LinkedIn envoient chaque semaine des séquences de prospection automatisée à des gens qui n’ont jamais montré le moindre signe d’intérêt ? L’automatisation marketing mal utilisée, c’est la version 2020 du démarchage téléphonique à froid. Personne n’aime ça. Tout le monde le fait quand même.

La limite qu’elle pose est utile : l’automation est pertinente sur des tâches répétitives où tu aurais de toute façon fait la même chose à la main. Elle ne remplace pas une stratégie de relation. Elle ne crée pas de l’engagement là où il n’y en avait pas. Elle amplifie ce qui existe déjà – en bien ou en mal.

Pour les indépendants qui démarrent sur ces sujets, la question de quelle stratégie digitale prioriser se pose avant même de penser aux outils d’automatisation. Sans base solide, les robots ne font qu’accélérer les erreurs.

Authenticité et automatisation : les deux peuvent coexister, mais c’est fragile

Ce qui revient en fil rouge dans tout l’épisode, c’est cette tension entre efficacité et authenticité. L’automatisation marketing fait gagner du temps. Mais les réseaux sociaux – LinkedIn en tête – sont des espaces de relation. Et la relation, ça ne s’automatise pas entièrement sans que ça se voit.

Le curseur, comme elle dit. Tout est question de curseur. Jusqu’où tu vas avec le robot, combien de temps l’utilisateur passe face à lui, à quel moment un humain reprend la main. Ce calibrage-là, il n’y a aucun outil qui te le donne. C’est un jugement éditorial. Une décision de fond sur ce que tu veux que ton audience ressente quand elle interagit avec toi.

Ce qui m’agace dans beaucoup de contenus sur ce sujet, c’est qu’on présente l’automatisation comme un raccourci vers la croissance. Ce n’en est pas un. C’est un outil pour ne pas s’épuiser sur des tâches répétitives – ce qui est déjà énorme – mais ça ne crée pas la relation à ta place. La différence entre les deux, c’est toute la différence entre un message de bienvenue automatique (acceptable) et une conversation entière gérée par un bot (destructeur).

Et pour ceux qui cherchent à structurer leur organisation digitale au-delà des outils, l’épisode sur l’infobésité et la méthode d’organisation pose des bases intéressantes – parce que déployer des robots sans clarté sur ses priorités, c’est juste automatiser le chaos.

Bref. L’automatisation marketing vaut le coup d’être explorée sérieusement. Mais avec une vraie question en amont : est-ce que tu automatises parce que tu n’as pas de valeur ajoutée à apporter là, ou est-ce que tu automatises parce que tu veux éviter le travail de la relation ? La réponse à cette question change tout.

Questions fréquentes

C'est quoi l'automatisation marketing concrètement ? +
L'automatisation marketing désigne l'utilisation de logiciels ou de bots pour exécuter des tâches répétitives à la place d'un humain : envoyer un message de bienvenue, répondre à un commentaire, orienter un utilisateur vers la bonne ressource. Ce n'est pas de l'intelligence artificielle à proprement parler - c'est un système qui lit de la donnée et déclenche une action préprogrammée. Ça marche très bien pour ce que tu ferais de toute façon à la main, toujours de la même façon.
Phantom Buster c'est quoi et comment ça s'utilise pour l'automatisation marketing ? +
Phantom Buster est un outil d'automatisation marketing qui permet de configurer des robots sans coder. Sur LinkedIn, il peut envoyer automatiquement un message privé à toutes les personnes ayant commenté un post, extraire des données de profils, ou liker des contenus. Il fonctionne aussi sur Instagram et Twitter. L'interface est accessible aux non-développeurs, mais les robots peuvent bugger en conditions de fort volume - comme Estelle Ballot l'a vécu avec 2 000 commentaires en quelques heures.
Comment automatiser les réponses aux commentaires LinkedIn ? +
La méthode décrite par Estelle Ballot s'appelle le hack au commentaire : tu publies un post en demandant aux gens de commenter pour recevoir quelque chose (un lien, un document). Dès qu'un commentaire arrive, un robot - configuré via Phantom Buster par exemple - envoie automatiquement le lien en message privé. L'algorithme LinkedIn voit de l'engagement, pousse le post, et la mécanique s'emballe. À condition d'avoir préparé le robot avant de publier, pas après.
Quels sont les risques de l'automatisation marketing sur les réseaux sociaux ? +
Trois risques principaux. Premier risque : le spam. Utiliser des outils d'automatisation pour envoyer des messages non sollicités à des personnes qui n'ont rien demandé, ça conduit au blacklistage. Deuxième risque : la perte d'authenticité. Si tout est automatisé, les utilisateurs le sentent et la relation se dégrade. Troisième risque : les boucles. Un robot mal configuré peut faire tourner un utilisateur en rond sans jamais lui donner de réponse - l'expérience IKEA racontée dans l'épisode en est l'exemple parfait.
L'automatisation marketing est-elle adaptée aux indépendants et petites structures ? +
Oui, à condition de l'utiliser sur des tâches réellement répétitives et sans valeur ajoutée. Messages de bienvenue, envoi de liens promis, tri de demandes récurrentes. Pour une petite structure, le gain de temps peut être significatif. En revanche, automatiser des conversations qui nécessitent une vraie relation humaine, c'est contre-productif. La règle pratique : le robot ouvre, l'humain reprend dès qu'il y a une vraie interaction.
Comment éviter qu'un chatbot ou robot soit perçu comme froid ou agaçant ? +
Deux facteurs principaux. D'abord, la durée d'exposition : plus un utilisateur passe de temps face au robot, plus l'expérience devient froide. Le robot doit orienter rapidement, pas retenir. Ensuite, le paramétrage : un robot mal configuré qui génère des boucles sans fin est bien pire qu'un robot absent. Testez systématiquement tous les scénarios d'échec, pas seulement le parcours idéal.

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