aligner son business avec ses valeurs

Aligner son business avec ses valeurs – Episode 83

Épisode diffusé le 22 juillet 2021 par Estelle Ballot

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Aligner son business avec ses valeurs – ça sonne comme un vœu pieux qu’on entend dans les conférences TEDx. Et pourtant, Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing et ancienne salariée de grands groupes, en a fait une méthode concrète, testée sur elle-même d’abord. Ce qu’elle dit dans cet épisode 83 m’a frappé, pas parce que c’est révolutionnaire, mais parce que c’est honnête. Elle ne vend pas du rêve. Elle part d’un constat assez sombre.

Il y a des gens – beaucoup – qui comptent les jours jusqu’aux congés. Qui vivent le dimanche soir comme une punition. Et qui continuent quand même à se lever le lundi matin, parce que c’est comme ça. Parce qu’il faut bien travailler.

Ce qu’Estelle pose comme question centrale, c’est celle-ci : si on passe plus de temps au travail qu’avec ses enfants, ses amis, son conjoint, comment peut-on être heureux si on déteste ce qu’on fait toute la journée ? La logique est implacable. Et pourtant, on évite soigneusement d’y répondre.

Alors, comment on sort de là ? Comment on fait pour aligner son business avec ses valeurs sans tomber dans les clichés du follow your passion à l’américaine ? C’est exactement ce que cet épisode tente de démêler – avec, au final, une méthode en trois points qui mérite qu’on s’y attarde.

Le dimanche soir comme symptôme

Voilà un indicateur que personne ne met dans ses dashboards RH. Le dimanche soir. La façon dont il tombe. L’estomac qui se serre vers 18h, la série qu’on regarde trop fort pour ne pas penser au lendemain.

Estelle Ballot commence son épisode avec ça, et franchement, c’est le meilleur point d’entrée possible. Pas de statistique sur le taux d’engagement des salariés français (entre 6 et 7% selon Gallup, au passage – c’est parmi les plus bas d’Europe, mais passons). Non. Juste une image que tout le monde reconnaît.

« J’entends souvent des gens dire qu’ils n’aiment pas leur travail et qu’ils le font parce qu’il faut bien travailler mais que franchement ils comptent les jours jusqu’au prochain congé et que les dimanches soirs sont un supplice parce qu’ils annoncent le retour au bureau. Quand on y pense, c’est juste horrible. »

C’est exactement le problème. Horrible, oui. Et banalisé à un point qui devrait nous inquiéter.

Ce qui est intéressant dans la démarche d’Estelle, c’est qu’elle ne fait pas semblant que l’entrepreneuriat est la solution universelle. Elle dit clairement que c’est sa réponse à elle. Après des années de salariat dans des grands groupes – avec de beaux salaires, avec des avantages – elle a quand même sauté. Parce que quelque chose clochait. Pas le salaire. Pas les conditions. L’alignement.

Et ça, c’est une distinction que la plupart des gens ne font pas quand ils décident de passer de salarié à entrepreneur. Ils fuient quelque chose. Ils ne courent pas vers quelque chose. C’est là que ça plante, souvent.

Pourquoi aligner son business avec ses valeurs commence par une seule question

Premier point de la méthode : identifier son pourquoi. Le fameux why de Simon Sinek, que tout le monde cite et que personne ne creuse vraiment (c’est souvent là que ça coince).

Estelle donne une définition qui m’a semblé plus précise que l’habituelle soupe conceptuelle :

« Le pourquoi, c’est ce que votre activité fait pour vous et pas ce que vous vous faites comme activité. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais c’est une distinction qui change tout.

Son pourquoi à elle ? Ses deux enfants, 7 ans et 18 mois au moment de l’épisode. Pouvoir aller les chercher à l’école. Pouvoir tout lâcher s’ils sont malades dans l’heure. Prendre des vacances quand elle veut, pas quand le planning RH le permet. Ce n’est pas un objectif de chiffre d’affaires. Ce n’est pas une mission sociale grandiloquente. C’est un critère de vie quotidienne, concret, mesurable presque.

Et là, aligner son business avec ses valeurs prend un sens très différent de ce qu’on entend d’habitude. Ce n’est pas coller une belle phrase sur sa page About. C’est construire une activité qui, structurellement, rend ce truc possible.

Elle cite d’autres exemples de pourquoi qui m’ont paru sains, justement parce qu’ils sont ordinaires : vouloir vivre à la campagne sans se condamner au chômage. Ne plus avoir de hiérarchie au-dessus de soi. Voyager. Ces pourquoi-là n’ont rien de spectaculaire – et c’est exactement pour ça qu’ils tiennent dans la durée.

Un aparté sur la mode des pourquoi à la sauce Instagram : on voit beaucoup d’entrepreneurs qui se donnent comme mission d’aider un million de personnes ou de faire leur premier million avant 30 ans. Estelle le dit clairement : rien d’interdit là-dedans, mais attention aux pourquoi de façade qui ressemblent à des pourquoi parce qu’on les voit partout. Le vôtre doit être le vôtre. Pas celui du prochain épisode qu’on vous a suggéré d’écouter.

La question pratique reste entière : comment on trouve son pourquoi quand on ne le connaît pas ? Elle dit qu’il faut se poser, gratter, être honnête avec soi-même. Ce n’est pas un exercice de 10 minutes. Et souvent, il faut faire des choix – on ne peut pas avoir 15 pourquoi qui se valent tous. La vie, c’est des arbitrages. Ça aussi, c’est le genre de vérité qu’on n’a pas envie d’entendre mais qui est utile.

Si vous êtes dans cette démarche d’exploration et que la notion de raison d’être au travail vous parle, l’épisode sur l’ikigai du même podcast est un complément intéressant.

Gagner sa vie vs construire sa vie – la nuance qui change la donne

Deuxième pilier pour aligner son business avec ses valeurs : redonner du sens. Attention, je sais que ça sonne creux. Mais Estelle fait une distinction qui m’a retenu.

On nous a appris – école, famille, société – que le but du travail c’est de réussir. Grimper. Montrer qu’on est brillant. Et derrière ça, il y a un objectif implicite : le revenu. On relie automatiquement travail et revenu, comme si l’un ne pouvait pas exister sans l’autre comme finalité.

« Notre objectif pourrait être non pas de gagner sa vie, mais de construire sa vie. »

Ce qui m’agace avec beaucoup de discours entrepreneuriaux, c’est précisément l’inverse : ils remplacent juste l’objectif revenu salarial par l’objectif revenu business. Même logique, emballage différent.

Ce qu’Estelle propose – et c’est là que ça devient intéressant – c’est de traiter le revenu comme un moyen, pas comme un but. Avoir un impact sur d’autres personnes. Laisser quelque chose. Construire quelque chose qui tient au-delà du prochain trimestre fiscal.

Bref, mettre quelque chose de plus grand que soi au cœur de l’activité. Et du coup, le revenu devient l’outil qui finance ce projet – pas le projet lui-même.

Est-ce que ça marche pour tout le monde ? Non. Il y a une limite réelle ici : si vous êtes en mode survie financière, si chaque fin de mois est une lutte, il est très difficile de penser en ces termes. L’alignement des valeurs, c’est aussi un luxe qui suppose une relative stabilité. C’est la concession que l’épisode ne fait pas assez explicitement, selon moi.

Mais quand les conditions le permettent, ce renversement de perspective – le revenu comme moyen, pas comme fin – peut vraiment changer la façon dont on prend ses décisions. Quel client accepter ou refuser. Quelle mission garder ou laisser. Combien de temps travailler.

La clarté ne précède pas l’action – elle en découle

Troisième point, et probablement le plus contre-intuitif : l’importance de l’action. Pas l’action comme antidote à la procrastination, mais l’action comme outil de clarification.

Le raisonnement d’Estelle est simple. On attend souvent d’avoir tout compris, tout planifié, tout aligné dans sa tête avant de bouger. Et c’est exactement ce qui bloque.

« La clarté vient avec l’action. C’est le fait de se mettre en mouvement, de faire des choses, de tenter des choses d’avancer qui va permettre à votre cerveau tout simplement d’appréhender de nouvelles propositions, de nouvelles options. »

Voilà. Ce n’est pas très glamour comme conseil, mais c’est l’un des plus honnêtes que j’aie entendus sur le sujet.

Ce qui m’a frappé, c’est l’aspect opportunités créées par la visibilité. Vous vous lancez sur une première idée – imparfaite, approximative. Le fait de vous rendre visible déclenche des rencontres, des conversations, des propositions que vous n’auriez jamais pu anticiper. Et c’est souvent ces éléments-là, pas votre plan initial, qui finissent par définir votre activité réelle.

C’est une vision de l’entrepreneuriat assez éloignée du business plan en 50 pages. Et ça rejoint ce que j’ai vu chez pas mal de freelances et de fondateurs : tester avant de tout construire est souvent plus efficace que de construire avant de tester.

La difficulté pratique, c’est de définir quelle action. Vers quoi se mettre en mouvement quand on n’a pas encore de direction claire ? Estelle ne détaille pas vraiment ça dans cet épisode – c’est une limite réelle. Elle renvoie à d’autres épisodes, d’autres ressources. Ce qui est cohérent avec une démarche podcast, mais ça laisse le praticien un peu seul face à la première étape concrète.

Si vous êtes dans la phase de démarrage et que vous cherchez par où attaquer, la question du marketing digital par où commencer est souvent la première à résoudre – avant même les grandes questions de sens.

Ce que ça donne en pratique – et ce que la méthode ne dit pas

Récapituler la méthode en trois points est facile. Pourquoi, sens, action. C’est net, c’est mémorisable, ça tient sur un slide.

Mais aligner son business avec ses valeurs dans la durée, c’est autre chose. C’est une discipline quotidienne. Et c’est là que la plupart des discours sur le sujet s’arrêtent – exactement au moment où ça devient difficile.

Ce qu’Estelle dit sur les moments difficiles mérite d’être retenu. Dans toute activité, il y en aura. Des échecs, des périodes plates, des doutes sérieux. Et c’est précisément dans ces moments-là que le pourquoi fait office de GPS de secours. Pas de façon magique. Mais parce que savoir pourquoi on fait quelque chose, vraiment savoir, c’est différent d’avoir une jolie phrase sur un post-it.

Ce qu’elle ne dit pas – et c’est la limite honnête de cet épisode – c’est ce qui se passe quand le pourquoi évolue. Parce que les enfants grandissent. Les envies changent. Ce qui donnait du sens à 35 ans peut sembler creux à 45. L’alignement n’est pas un état stable qu’on atteint une fois pour toutes. C’est un travail de maintenance permanent.

Et puis il y a la peur. Estelle y consacre quelques minutes, en renvoyant vers un épisode avec Alexis Minchella de Tribu Indé sur comment construire sa trajectoire même quand on doute. La peur comme signal positif – le signe qu’on fait quelque chose de différent – c’est une façon de la recadrer qui fonctionne, je trouve. Pas pour l’éliminer. Pour ne pas la laisser décider à votre place.

Ce qui m’a-t-enfin retenu dans cet épisode, c’est son honnêteté sur le fait que créer son entreprise revient à sauter dans le grand bain sans savoir nager. Pas de promesse que ça va bien se passer. Juste : ça peut valoir le coup de sauter quand même. Et là – enfin une formulation qui ne ressemble pas à une plaquette commerciale.

La question que cet épisode pose sans la résoudre

Aligner son business avec ses valeurs, c’est possible. La méthode d’Estelle Ballot est sérieuse, ancrée dans son expérience personnelle, et elle évite les pièges habituels du genre – pas de promesses de richesse rapide, pas de storytelling trop poli.

Mais il reste une question que cet épisode frôle sans vraiment y répondre : comment sait-on qu’on est vraiment aligné – et pas juste qu’on se raconte qu’on l’est ?

Parce que se convaincre qu’on aime ce qu’on fait, c’est aussi une compétence humaine assez développée. On rationalise, on s’adapte, on finit par croire ses propres histoires. Et du coup, le dimanche soir reste le meilleur juge. Pas les belles phrases sur sa mission. Pas le nombre de followers. Juste : est-ce que vous vous levez le lundi avec quelque chose qui ressemble à de l’envie, ou pas ?

C’est peut-être la seule vraie métrique qui compte. Et pour ça, des outils de visualisation pour réussir en tant qu’entrepreneur peuvent aider à clarifier ce qu’on veut vraiment – avant que le lundi matin ne réponde à la place.

Questions fréquentes

Comment aligner son business avec ses valeurs concrètement ? +
La méthode d'Estelle Ballot repose sur trois points : identifier son pourquoi (la raison profonde derrière l'activité, pas juste le revenu), redonner du sens en traitant le revenu comme un moyen plutôt qu'un but, et se mettre en action même sans avoir tout clarifié. La clarté vient avec l'action, pas avant.
C'est quoi le pourquoi en entrepreneuriat ? +
Le pourquoi, c'est ce que votre activité fait pour vous - pas ce que vous faites comme activité. C'est la raison profonde qui vous pousse à vous lever le matin au-delà du simple salaire. Ça peut être la liberté géographique, l'absence de hiérarchie, la disponibilité pour ses enfants. C'est personnel et non négociable.
Faut-il quitter son emploi pour aligner son business avec ses valeurs ? +
Non. Estelle Ballot précise que le pourquoi existe aussi pour les salariés. L'alignement n'est pas réservé aux entrepreneurs. Mais la création d'entreprise offre davantage de leviers pour ajuster ses règles du jeu.
Comment trouver son pourquoi quand on ne sait pas ce qu'on veut ? +
Il faut se poser et gratter honnêtement ce qui compte vraiment. Ce n'est pas un exercice de 10 minutes. Plusieurs éléments vont émerger, mais il faudra faire des choix - on ne peut pas avoir 15 pourquoi qui se valent. Commencer par des actions concrètes aide aussi : la clarté se construit en marchant, pas assis à réfléchir.
Aligner son business avec ses valeurs, ça marche même en période de difficulté financière ? +
C'est là une limite réelle que l'épisode n'aborde pas franchement. Quand la survie financière est en jeu, penser en termes de valeurs et de sens est un luxe difficile. La méthode suppose une relative stabilité. En mode survie, l'urgence est ailleurs.
Comment aligner son business avec ses valeurs quand les valeurs évoluent avec le temps ? +
L'épisode ne répond pas directement à ça - et c'est une vraie limite. L'alignement n'est pas un état stable qu'on atteint une fois. C'est un travail continu. Ce qui donnait du sens à 35 ans peut ne plus en avoir à 45. Revenir régulièrement à la question du pourquoi est nécessaire, pas juste au moment de créer son activité.

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