165 000 vues. Sur un seul post. Pour quelqu’un qui plafonnait à 2 000. L’algorithme linkedin venait de faire son travail – dans le bon sens du terme, pour une fois. Estelle Ballot, la fondatrice du Podcast du Marketing, n’avait rien prévu de tel quand elle a proposé à ses abonnés de commenter pour recevoir un document bonus. Et puis la machine s’est emballée. Trois semaines de commentaires, 1 000 réactions, 500 nouveaux inscrits à sa newsletter. Le problème, c’est qu’elle ne savait pas pourquoi ça avait marché. Et surtout, elle ne savait pas comment recommencer.
Pour répondre à cette question, elle est allée chercher quelqu’un qui, lui, sait exactement ce qu’il fait. Grégoire Gambatto, CEO et cofondateur de Germinal – une boîte de growth qui tourne à 2,3 millions d’euros de chiffre d’affaires après deux ans et demi d’existence – affiche entre 350 000 et 500 000 vues par semaine sur ses posts LinkedIn. Avec des pics à 800 000, voire un million certaines semaines. Ce n’est pas de la chance. C’est du boulot, de la méthode, et une compréhension assez fine de comment fonctionne réellement la plateforme.
Ce qu’il partage dans cet épisode, c’est rare. Pas le discours poli du consultant LinkedIn qui t’explique qu’il faut ‘apporter de la valeur’. Le vrai truc – avec les mécanismes, les erreurs à éviter, et six types de posts qui font vraiment monter les chiffres.
Ce que l’algorithme linkedin déteste vraiment
Commençons par là, parce que la plupart des gens font exactement l’inverse de ce qu’il faudrait. Grégoire est direct :
« L’algorithme de LinkedIn, il déteste les partages. La pire chose que vous puissiez faire, c’est de publier sur votre page entreprise et de partager avec votre compte personnel. Voilà, tout simplement, c’est la pire chose et c’est ce que font 80 % des gens. »
80 %. C’est brutal comme chiffre. Et c’est cohérent avec la logique de la plateforme : LinkedIn veut du contenu original, publié en direct depuis des comptes personnels. Pas des relais, pas des redirections. Du contenu natif.
Et ça va plus loin que le simple partage depuis une page entreprise. Partager le post de quelqu’un d’autre – même pour lui rendre service, même pour amplifier un contenu que tu trouves excellent – c’est contre-productif. Grégoire va jusqu’à dire qu’il vaut mieux copier-coller le texte de quelqu’un et le republier comme si c’était le tien (en citant la source, évidemment) plutôt que d’utiliser le bouton ‘partager’. Ce qui est, avouons-le, assez étrange comme règle. Mais l’algorithme linkedin ne fait pas dans la nuance.
La même logique s’applique aux articles longs format (les vrais articles LinkedIn, pas les posts) : ça représente à peine 5 % de ce qui performe sur la plateforme. Pas que ce soit mort – mais si tu veux comprendre les secrets des posts LinkedIn qui cartonnent vraiment, tu commences par les posts courts à 1 200 caractères, pas par des articles de fond.
La mécanique du snowball : comment l’algorithme linkedin distribue tes posts
Voilà ce que j’aurais voulu qu’on m’explique – enfin, ce que j’aurais voulu comprendre – bien plus tôt. L’algorithme linkedin ne montre pas ton post à tout ton réseau d’un coup. Il teste.
Dans un premier temps, il expose ton contenu à environ 100 personnes. C’est tout. Si l’engagement est moyen, il élargit à 200. S’il est mauvais, il réduit à 50. Et si c’est vraiment bon ? Il passe à 400, puis 1 200, puis 3 000. L’effet boule de neige qu’Estelle décrit – les commentaires qui s’accélèrent sur plusieurs semaines – c’est exactement ce mécanisme en action.
Ce que l’algorithme linkedin mesure concrètement : le temps passé sur ton post (ce qu’on appelle le ‘dwell time’), les commentaires, les likes. Dans cet ordre d’importance à peu près. Si les gens scrollent sans s’arrêter, ton post disparaît. Si ils lisent, cliquent sur ‘voir plus’, commentent – là tu montes.
« Tout votre enjeu sur LinkedIn, c’est de pousser les gens à lire, à liker, à commenter. Si vous faites un post où les gens ne likent pas, ne commentent pas, font autre chose, et ben votre post va tomber dans les oubliettes de LinkedIn. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais l’implication concrète, c’est que le contenu seul ne suffit pas. Un post informatif, bien écrit, hyper pertinent – qui n’incite pas à l’interaction – peut mourir à 1 000 de portée. Et un post qui pose une question clivante sur un sujet secondaire peut exploser à 200 000. C’est inconfortable comme réalité.
Et les liens externes dans tout ça ? Grégoire casse un mythe au passage : non, mettre un lien dans un post ne fait pas baisser la portée. C’est une croyance répandue, mais elle est fausse. Ce qui pénalise, c’est quand les gens cliquent sur le lien sans liker ni commenter – parce que l’algorithme enregistre une sortie sans engagement. La nuance est importante. Pour les stratégies de visibilité sur LinkedIn, c’est un point qui change tout.
Lien en commentaire : la fausse bonne idée
C’est le truc que tout le monde fait. Mettre le lien en commentaire pour ‘ne pas pénaliser la portée’ du post. Et c’est, selon Grégoire, une erreur.
D’abord parce que la prémisse est fausse – on vient de le voir, le lien dans le post ne pénalise pas. Mais surtout parce que beaucoup de gens n’ouvrent jamais les commentaires. Ils lisent le post, ne voient pas le lien, passent à autre chose. Tu perdes des clics. Beaucoup.
Sa recommandation : mets le lien en bas du post, directement. Et enlève la preview automatique (cette image qui s’affiche quand tu colles une URL). Le post reste plus propre, les gens lisent jusqu’au bout, et le lien est visible sans qu’ils aient à aller chercher.
Estelle a elle-même compris ça en direct pendant la conversation. Son post à 165 000 vues ? Au départ, il n’avait pas de lien du tout. Les gens commentaient pour recevoir le document en DM. C’est ça qui a généré les 1 000 commentaires. Elle a ajouté le lien plus tard – quand elle en pouvait plus de répondre à tout le monde (ce qui est humain). Grégoire résume :
« Si tu avais mis un lien tout de suite, les gens ils auraient pas commenté, ils auraient cliqué et ton post tu aurais sans doute fait 10 000 de portée. Mais tu aurais pas eu 500 inscrits, tu en aurais eu 5 000. »
La tension entre engagement et conversion – c’est exactement le problème. Et il n’y a pas de réponse universelle.
Les 6 types de posts qui font bouger l’algorithme linkedin
Grégoire appelle ça des ‘moules’. Pas pour enfermer la créativité – mais parce que si tu veux faire 3 à 5 posts par semaine de façon durable, tu as besoin de structures qui fonctionnent. Voici ce qu’il décrit.
Le post célébration. Tu as recruté ton premier salarié. Tu as atteint ton premier million. Tu as donné un cours à Polytechnique. Tu le dis. Sans chichi. Les gens commentent parce qu’ils sont contents pour toi – ou parce qu’ils sont curieux de savoir comment t’en es arrivé là. Grégoire l’a fait pour son cours à HEC (lui qui avait raté ses concours d’école de commerce) et il s’est pris des messages du genre ‘dis donc, je pensais pas que t’en arriverais là’. Ce qui, quelque part, prouve que ça déclenche quelque chose d’authentique chez les gens.
Le post inspirationnel. Ce que tu as appris. Une erreur que tu as faite. Une prise de conscience. Grégoire cite un post qu’il a écrit ‘à l’arrache’ pendant ses vacances – il avait la flemme, il devait faire ses 3 posts de la semaine – sur le droit à la déconnexion. Une anecdote sur une collaboratrice qui lui avait répondu en 10 minutes alors qu’elle était en congés. Simple. Direct. Humain. Ça a bien marché. (Ce qui m’agace un peu, d’ailleurs – les posts les plus authentiques sont souvent les moins travaillés. Difficile de systématiser ça.)
Le post ‘contenu contre commentaire’. C’est le format qu’Estelle a utilisé. Tu as quelque chose de valeur – une checklist, un template, un document – et tu proposes de l’envoyer à ceux qui commentent. L’algorithme linkedin adore ça parce que les commentaires arrivent vite et en masse. Mais attention : si tu n’utilises que ce format, ta communauté finit par voir clair dans le jeu. Grégoire connaît quelqu’un qui ne fait que ça et dont la croissance stagne – parce que les gens ne s’attachent pas à lui personnellement, ils viennent juste chercher le contenu.
Pour réutiliser son contenu sous différentes formes et l’adapter à ce format, il y a des méthodes concrètes – mais ça demande de l’organisation en amont.
Le post torchon qui brûle. J’aime beaucoup ce nom. C’est le post polémique – sur un sujet qui divise, où tu sais que tu vas prendre des coups, mais où tu assumes ta position. Grégoire a fait ça sur le rachat de Shine, en disant qu’il trouvait dommage que la boîte n’ait pas été plus ambitieuse. Il a oublié de préciser que les fondateurs avaient fait un truc exceptionnel. Il s’est fait détruire dans les commentaires. Et il le reconnaît sans détour :
« J’ai essayé de me faire passer pour un mec important que je ne suis pas, je sais pas. Et euh bref, crise d’ego et euh et après j’ai fait un post pour dire bah pourquoi la concurrence ils sont pas nuls et pourquoi en fait on devrait pas dire ce genre de phrase. »
Le post de la croyance – le truc sur la concurrence – avait déjà été une erreur publique lors d’un live. Il l’a transformé en post de mea culpa. Et ça a bien marché aussi. Ce qui est, je trouve, une leçon plus intéressante que le post original.
Les deux derniers types (les sondages, les recommandations de profil LinkedIn) – Grégoire les déconseille clairement. Les sondages performent mal en termes de portée. Les recommandations de compétences LinkedIn sont une catastrophe algorithmique. Si tu veux valoriser quelqu’un, fais un vrai post qui parle de ce qu’il fait. L’algorithme linkedin traite ça comme du contenu normal – et ça marche beaucoup mieux.
Ce que Grégoire ne dit pas mais qui transpire de partout
Trois ans de publication régulière avant de passer les 150 000 vues sur un seul post. C’est le chiffre qu’il glisse en passant, presque comme une excuse pour relativiser les 165 000 vues d’Estelle qu’elle a atteints en quelques mois. Mais ce chiffre dit quelque chose d’important.
L’algorithme linkedin favorise la régularité. 3 à 5 posts par semaine, ça ne s’improvise pas. Ça demande une vraie ligne éditoriale, un mélange de formats, une capacité à alterner célébration, inspiration, contenu et polémique dosée. Grégoire a une formation de 5 à 6 heures sur le sujet chez Germinal – ce qu’on couvre ici, c’est vraiment la surface.
Ce qui m’a frappé dans cet échange – et c’est rare qu’un CEO d’une boîte en croissance le dise aussi clairement – c’est que la performance LinkedIn est liée à la vulnérabilité assumée. Les posts qui marchent le mieux ne sont pas les plus lisses. Ce sont ceux où tu racontes une erreur, une tension, une contradiction. Les gens s’attachent aux personnes imparfaites, pas aux machines à contenus parfaitement optimisés. Pour aller plus loin sur cette logique de création de contenu et pourquoi ça marche, c’est un épisode entier à lui seul.
Et sa règle d’inbox zéro – répondre à tous ses messages en 24 heures, y compris aux centaines qu’il reçoit quotidiennement – c’est aussi une pièce du puzzle. L’algorithme linkedin mesure le temps que tu passes sur la plateforme, les interactions que tu génères, la réactivité de ta communauté. Si tu ne réponds jamais aux commentaires, tu sabotes toi-même tes posts.
Reste la question que cet épisode ne règle pas complètement : est-ce que ces mécaniques tiennent sur la durée ? L’algorithme linkedin évolue. Ce qui marchait il y a 3 ans pour Grégoire ne marche peut-être plus exactement de la même façon. Les carrousels, par exemple – il en a fait, ça marchait ‘sans plus’, il a arrêté. Le point de référence, c’est toujours ton propre fil d’actualité et tes propres stats. Et pour ceux qui veulent construire une stratégie complète sur d’autres plateformes en parallèle, les logiques de vente via les Stories Instagram ou même hacker l’algorithme TikTok obéissent à des règles similaires – mais pas identiques. Ce qui fonctionne sur une plateforme peut planter complètement sur une autre.











