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Alcool et productivité : mythes et réalités – avec Sylvain Rouget – Episode 269

Épisode diffusé le 13 février 2025 par Estelle Ballot

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La relation entre alcool et productivité est un de ces sujets dont tout le monde parle en off – dans les couloirs après un séminaire, dans les DM après un afterwork – mais que personne ne pose vraiment sur la table. Sylvain Rouget, lui, s’en est fait une spécialité. Il accompagne des cadres et des entrepreneurs qui veulent reprendre le contrôle de leur consommation. Pas les cas extrêmes dont on parle dans les reportages. Les gens comme toi, comme moi – ceux qui bossent à fond, qui font du sport, qui mangent à peu près bien, et qui finissent le weekend avec une bouteille de trop sans vraiment comprendre comment ils en sont arrivés là.

L’épisode 269 du Podcast du Marketing d’Estelle Ballot pose une question que j’aurais du mal à résumer mieux qu’elle ne l’a fait elle-même : est-ce qu’on boit parce qu’on est entrepreneurs, ou est-ce qu’on est moins entrepreneurs à cause de l’alcool ? La réponse – spoiler – c’est les deux. Et c’est là que ça devient intéressant.

Parce que la vraie dissonance, celle que Sylvain Rouget identifie dans sa pratique, c’est pas entre le verre du vendredi soir et la réunion du lundi matin. C’est entre l’image qu’on a de soi – quelqu’un de rigoureux, de contrôlé, de performant – et le fait qu’une substance décide à notre place de notre niveau d’énergie, de notre clarté mentale, de notre humeur le lendemain.

Ce que personne ne te dit sur l’alcool et l’anxiété au travail

Tu connais le scénario. Grosse journée, dossier compliqué, appel tendu avec un client. Le soir, un verre pour décompresser. Sur le moment, ça marche. Le truc, c’est que ça s’arrête là.

Sylvain Rouget l’explique avec une clarté qui m’a un peu dérangé, je vais être honnête :

« Au départ, on boit l’alcool pour se détendre et justement ne plus être anxieux, mais ce qu’il faut savoir, c’est que quelques heures plus tard, notre niveau d’anxiété va être accru par rapport au niveau qu’on avait auparavant. »

C’est exactement le problème. Tu bois pour descendre, et l’alcool remonte la mise quelques heures après.

Estelle Ballot fait le parallèle avec la cigarette – elle a fumé longtemps, elle sait de quoi elle parle. Le mécanisme est identique : la première bouffée détend, mais c’est la cigarette elle-même qui crée le manque qu’elle prétend soulager. L’alcool fonctionne pareil. Machine à réalimenter l’anxiété qu’elle est censée éteindre.

Et pour un entrepreneur ou un cadre dirigeant dont la matière première c’est la clarté d’esprit et la capacité à décider – cette boucle est particulièrement coûteuse. Pas dramatiquement. Insidieusement. Ce sont des micro-décisions moins nettes, des réunions où tu es là mais pas vraiment là, des lundis où tu tournes à 70% sans savoir pourquoi.

La méthode pour se fixer des objectifs que tu as mis en place au 1er janvier ? Elle est déjà sabotée si tu ne prends pas en compte ce paramètre-là.

La dopamine, l’éthanol et le mensonge du cerveau

Voilà la partie que j’aurais aimé entendre à 25 ans. Sylvain Rouget va droit au but :

« L’alcool va générer un shot de dopamine dans notre cerveau. Le cerveau il comprend vite que si on boit un verre d’alcool, bah ça lui fait du bien, il est content, donc il associe les deux. Mais il va pas associer tous les effets qui vont venir plusieurs heures plus tard. »

Donc le cerveau fait une comptabilité tronquée. Il encaisse le plaisir immédiat, il ignore la note d’anxiété, de fatigue et de sommeil cassé qui arrive plus tard. Et logiquement – parce que le cerveau est une machine à optimiser – il va demander des doses de plus en plus importantes pour obtenir le même effet. C’est la tolérance. Classique pour toute substance psychoactive, mais on oublie souvent qu’on parle de la même mécanique ici.

Ce que Sylvain Rouget ajoute – et c’est la partie qui fait tiquer – c’est la nature chimique de l’alcool. De l’éthanol. Du carburant. Pur, c’est un poison mortel. Dilué dans du raisin fermenté, du malt, ou du jus de pomme, notre corps accepte de faire semblant de ne pas le savoir. Jusqu’au moment où il craque – nausée, vomissements – qui sont en réalité son système d’alerte : « vire-moi ça ».

Ça paraît brutal dit comme ça. Et pourtant la première fois que tu as bu, ton corps a réagi exactement de cette façon. On appelle ça « acquérir le goût ». C’est en fait apprendre à tolérer quelque chose que l’organisme rejette naturellement.

(Je ne dis pas ça pour moraliser – je ne suis pas là pour ça. Mais cette information change quelque chose dans la façon dont on perçoit la relation entre alcool et productivité.)

Le profil type qui ne s’y attend pas

Sylvain Rouget ne travaille pas avec des gens en situation d’alcoolisme sévère. Sa clientèle, c’est des cadres, des entrepreneurs, des gens qui contrôlent tout – leurs équipes, leur agenda, leur alimentation, leur sport – et qui ont un angle mort.

« Quand on a l’habitude de tout contrôler, quand on a des équipes, des projets, on a l’habitude de contrôler les choses, et quand on n’arrive pas à contrôler cet aspect de sa vie, ça peut être très très frustrant. »

Et cette frustration, elle est silencieuse. Parce qu’on ne va pas en parler. Admettre qu’on n’arrive pas à gérer sa consommation d’alcool, dans un milieu où l’image de réussite est centrale, c’est se mettre à nu d’une façon que peu de gens sont prêts à assumer.

Le résultat : une dissonance cognitive qui s’installe. Tu fais du triathlon le dimanche matin. Tu prends des compléments. Tu lis les bons livres sur la performance. Et tu bois trop le samedi soir. Ces deux versions de toi coexistent sans jamais se parler. Et le problème avec la dissonance cognitive, c’est qu’elle coûte de l’énergie mentale – même quand tu ne la conscientises pas.

C’est un angle que j’aurais pas forcément relié directement à la performance business. Mais en y réfléchissant, c’est lié à tout ce qu’on traite dans les sujets de syndrome de l’imposteur chez les entrepreneurs – ce sentiment de ne pas être aussi solide qu’on le projette.

Alcool et productivité : pourquoi la volonté ne suffit pas

Voilà le point que Sylvain Rouget défend le plus dans cet épisode, et c’est probablement celui qui va à l’encontre de ce qu’on croit tous.

La logique commune, c’est : tu veux arrêter de boire autant, tu décides, tu tiens. Si tu n’arrives pas à tenir, t’as pas de volonté. T’es faible. T’as pas le mental. Et cette logique – qui s’applique à peu près à tout ce qu’on valorise dans l’entrepreneuriat – plante complètement quand il s’agit de dépendances.

Sylvain Rouget propose autre chose. Pas de la volonté. De la compréhension.

« Une fois qu’on a compris comment l’alcool agissait, et bien tout de suite on a plus envie d’en boire et là la volonté n’intervient plus. C’est un peu comme dans le film Matrix quand on prend la pilule rouge, une fois qu’on a vu l’envers du décor, quand on a vu la matrice, ben on peut plus revenir en arrière. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et en fait, l’idée est solide : si tu comprends vraiment que ce verre ne te détend pas mais crée de l’anxiété différée, que le sommeil que tu penses gagner est en réalité du sommeil de mauvaise qualité, que la dopamine que tu cherches va te coûter plus cher qu’elle ne t’apporte – alors le désir lui-même change.

C’est cognitif, pas moral. Et pour des gens qui ont l’habitude de résoudre des problèmes par la compréhension et l’analyse – des entrepreneurs, des cadres – c’est une approche qui fait sens.

Bref, l’outil n’est pas la résistance. C’est la lucidité.

Le Dry January, vrai outil ou tendance Instagram ?

Estelle Ballot pose la question franchement : est-ce que le Dry January, c’est une mode ou une vraie tendance de fond ? Et Sylvain Rouget est clair là-dessus – peu importe l’origine culturelle (britannique, pas très français, on est d’accord), c’est un outil diagnostique utile.

Pas pour se punir. Pas pour se prouver qu’on est vertueux. Mais pour voir. Juste pour voir ce que ça fait.

Tu dors mieux ? Ton niveau d’énergie au bureau change ? Ton lundi matin ressemble à quoi sans la récupération du weekend ? Ces données, tu ne peux les avoir qu’en supprimant la variable. Et un mois, c’est suffisamment long pour observer quelque chose de réel.

Ce qui est intéressant, c’est que Sylvain Rouget ne plaide pas pour l’abstinence totale par principe. Il pose la question autrement : est-ce que tu contrôles l’alcool, ou est-ce que l’alcool te contrôle ? La réponse – honnêtement – est différente pour chacun. Et le Dry January force cette conversation avec soi-même.

(Le vrai problème du Dry January, selon moi, c’est qu’il repart le 1er février. Mais c’est une autre histoire.)

Si tu veux aller plus loin sur les stratégies de mindset pour entrepreneurs, l’épisode 100 du podcast traite justement des habitudes qui sabotent la performance sans qu’on s’en rende compte.

Ce que ça change vraiment – et ce qu’on ne dit pas assez

La confiance en soi. C’est le bénéfice que Sylvain Rouget mentionne le plus, et c’est aussi le moins attendu dans une conversation sur alcool et productivité.

L’idée : si tu arrives à reprendre le contrôle sur quelque chose que tu pensais incontrôlable, tout le reste devient plus facile à envisager. Pas parce que tu es devenu quelqu’un d’autre. Mais parce que tu as la preuve que tu peux.

Estelle Ballot confirme avec son expérience de la cigarette. Elle a arrêté il y a 15 ans. Et elle se souvient d’un truc précis : elle n’était pas capable de prendre la moindre décision – y compris sortir les poubelles – sans fumer d’abord. L’addiction structurait sa vie sans qu’elle s’en rende compte. S’en libérer a changé quelque chose de fondamental dans son rapport à l’action.

Et Sylvain Rouget ajoute une dimension supplémentaire. Sans la béquille de l’alcool, les problèmes qu’on anesthésiait doivent être regardés en face. Ce qui peut sembler inconfortable est en réalité ce qui débloque. Les situations qu’on supportait mal sans les adresser, on est forcé de les traiter. Et souvent, on les résout.

C’est pas sans rappeler les blocages business qu’on tourne autour pendant des années – type les vrais leviers de croissance qu’on n’active pas parce qu’on regarde ailleurs.

Une limite que j’assume : cet article – et cet épisode – ne s’adresse pas aux situations d’alcoolisme clinique. Sylvain Rouget le dit lui-même, il travaille avec des gens qui veulent reprendre le contrôle, pas avec des pathologies lourdes qui nécessitent un cadre médical. Si tu es dans cette situation, c’est un autre type d’accompagnement qu’il faut.

Mais pour la large majorité des cadres et entrepreneurs qui consomment régulièrement sans y penser – et qui n’ont jamais vraiment fait le lien entre ce verre du soir et leur efficacité du lendemain – cette conversation mérite d’être entendue.

La question que je me pose en relisant mes notes : combien de personnes ont lu des dizaines d’articles sur la productivité, les routines matinales, la méthode GTD, sans jamais se demander si la variable la plus simple à retirer était là, dans le verre posé sur la table le jeudi soir. Probablement beaucoup. Et là où une stratégie digitale solide peut prendre des mois à porter ses fruits, certains changements d’habitude – eux – donnent des résultats en 72 heures. C’est pas rien.

Questions fréquentes

Quel est l'impact de l'alcool sur la productivité au travail ? +
L'alcool dégrade la qualité du sommeil, augmente l'anxiété à moyen terme et réduit la clarté mentale. Pour un cadre ou un entrepreneur, cela se traduit par des lundis à 70%, des décisions moins nettes et une énergie en dents de scie. La relation entre alcool et productivité est directe, même pour des consommations modérées et régulières.
Pourquoi l'alcool augmente l'anxiété alors qu'il est censé détendre ? +
L'alcool génère un pic de dopamine à court terme qui donne une sensation de détente. Mais quelques heures plus tard, le niveau d'anxiété remonte au-dessus du niveau de départ. C'est un mécanisme de rebond neurochimique : le cerveau compense le pic en augmentant l'état d'alerte. À répétition, ce cycle entretient l'anxiété plutôt qu'il ne la soulage.
Alcool et productivité : faut-il arrêter complètement pour voir un effet ? +
Pas nécessairement. L'objectif n'est pas l'abstinence totale par principe mais de reprendre le contrôle conscient de sa consommation. Certaines personnes observent des effets significatifs sur leur énergie et leur sommeil après quelques jours seulement. Le Dry January est un outil utile pour mesurer l'impact réel sur sa performance, sans engagement définitif.
Comment réduire sa consommation d'alcool quand on est entrepreneur ou cadre ? +
Sylvain Rouget recommande de commencer par comprendre le mécanisme de l'alcool sur le cerveau plutôt que de miser sur la volonté pure. Une fois qu'on comprend que l'alcool crée l'anxiété qu'il prétend soulager, et dégrade le sommeil qu'il semble faciliter, le désir lui-même change. Il conseille aussi de commencer par de petits objectifs - une semaine sans alcool - plutôt que des engagements sur 6 mois.
Quel est le lien entre alcool et confiance en soi pour un entrepreneur ? +
Quand on n'arrive pas à contrôler sa consommation d'alcool alors qu'on contrôle tout le reste dans sa vie professionnelle, ça crée une dissonance qui érode l'estime de soi. À l'inverse, reprendre ce contrôle - même partiel - génère un effet boule de neige positif sur la confiance. Les personnes qui y arrivent ont souvent le sentiment que si elles ont réussi ça, elles peuvent réussir d'autres choses qui semblaient difficiles.
Le Dry January est-il efficace pour améliorer ses performances professionnelles ? +
C'est avant tout un outil de diagnostic. Un mois sans alcool permet de mesurer concrètement l'impact sur son énergie, son sommeil et sa clarté mentale au travail. Certaines personnes ne remarquent pas grand chose - ce qui est aussi une information utile. D'autres constatent des changements significatifs dès la deuxième semaine. L'intérêt n'est pas moral : c'est de collecter des données sur sa propre performance.

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