vacances sans culpabilité entrepreneur

16. Et si le secret de ta réussite était… de prendre des vacances sans culpabilité ?

Épisode diffusé le 3 décembre 2024 par Aurélie Gauthey

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Prendre des vacances sans culpabilité entrepreneur – c’est peut-être la compétence la plus difficile à acquérir quand on a quitté le salariat. Plus difficile que trouver ses premiers clients. Plus difficile que de se vendre. Aurélie Gauthey, coach business et créatrice du podcast Née pour impacter, le dit frontalement : pendant ses deux premières années d’entrepreneuriat, elle travaillait depuis les toilettes pendant les repas de famille. Son téléphone à la main, elle faisait semblant d’envoyer des messages à des amis. En Martinique, lors d’une formation business au soleil, elle s’est endormie en plein coaching collectif – et a ronflé. Le genre d’anecdote qu’on ne raconte pas sur LinkedIn.

Ce papier ne va pas te promettre une méthode miracle. Il va décortiquer pourquoi l’incapacité à décrocher coûte bien plus cher que quelques jours de chiffre d’affaires perdus – et ce que ça prend, concrètement, pour changer ça.

La question que personne n’ose poser vraiment

Soyons honnêtes une seconde. Si tu avais travaillé cette semaine de vacances au lieu de la prendre – est-ce que ton business aurait explosé ? Est-ce que tes revenus auraient décollé de façon mesurable ? Aurélie Gauthey pose la question directement à ses auditeurs, et la réponse est presque toujours non.

Le truc c’est que la culpabilité de l’entrepreneur en vacances n’est pas rationnelle. C’est une construction. Trois croyances reviennent en boucle selon elle : «je ne mérite pas de me reposer parce que les résultats ne sont pas là», «j’ai tellement de retard que c’est impossible», «une vraie cheffe d’entreprise ne s’arrête pas».

«Est-ce que si on est 100% honnête toi et moi, si au lieu de prendre une semaine de vacances, cette semaine-là tu serais resté à bosser – est-ce que tu penses sincèrement que ça aurait changé la face du monde, la face de ton business ou de ton chiffre d’affaires ?»

Clairement, non. Mais le cerveau, lui, ne veut pas l’entendre.

Ce qui m’agace dans ce débat, c’est qu’on oppose toujours «travailler» et «se reposer» comme si c’étaient deux états incompatibles. Alors que le repos est une condition du travail. Pas une récompense. Une condition.

Le paradoxe de l’entrepreneur qui «mérite» des vacances sans culpabilité entrepreneur

Quand tu étais salarié, tu prenais tes congés. Sans te poser de questions. La loi te le donnait, tu le prenais. Et tu revenais en forme. Aurélie Gauthey pointe quelque chose d’étrange : le passage à l’entrepreneuriat fait souvent régresser les gens sur ce point précis.

Paradoxalement, le stress d’un business – les charges, les clients, la visibilité, la vente – demande objectivement plus d’énergie que la plupart des postes salariés. Et pourtant, c’est là qu’on arrête de se reposer. (C’est souvent là que ça coince, d’ailleurs, et ça finit en burnout discret dont on ne parle pas.)

«Toi qui gères un business avec tout le stress que ça comprend et l’énergie que ça demande, tu te doutes bien que tu mérites ne serait-ce plus encore que lorsque tu étais salarié. Pourtant à l’époque, ça te choquait pas, tu prenais du plaisir.»

Le burnout entrepreneurial a une spécificité : il est invisible socialement. Personne ne te convoque en RH. Personne ne remarque que tu fonctionnes à 40% de ta capacité depuis six mois. Tu continues à poster, à répondre, à livrer. Et tu t’effondres en silence.

Aurélie décrit avoir attendu 7 ans pour réussir à partir vraiment en vacances sans ordinateur. 7 ans. Et elle est coach business spécialisée dans l’équilibre et la liberté financière. Si même elle a mis tout ce temps – tu peux te lâcher un peu de pression.

Les mécanismes d’autosabotage liés à la peur de réussir jouent souvent dans ce schéma – se reposer, c’est aussi accepter que ça peut bien se passer même quand tu n’es pas là.

Préparer ses vacances : ce que personne ne dit

Tout le monde parle de comment «survivre» aux vacances en tant qu’entrepreneur. Rares sont ceux qui parlent de les préparer en amont. Aurélie distingue deux niveaux de préparation – et cette distinction change tout.

Premier niveau : identifier ce qui est vraiment urgent et ne peut pas attendre. Pas la liste complète de tes tâches. Juste ce qui, si tu ne le fais pas avant de partir, va créer un problème réel à ton retour.

Deuxième niveau : anticiper les deux ou trois actions prioritaires de la reprise. Les écrire avant de partir. Comme ça, le cerveau lâche. Il n’a plus besoin de garder ça en mémoire active pendant les vacances.

«Qu’est-ce que tu dois faire absolument qui est soit une urgence qui ne peut pas attendre cette fameuse semaine, soit qui est très important de faire avant de couper pour ton repos pour que tu te sentes vraiment légère.»

Ca semble basique. Mais la majorité des entrepreneurs partent sans avoir fait cette liste – et du coup leur cerveau ne déconnecte jamais vraiment, il tourne en fond comme un onglet ouvert qu’on n’arrive pas à fermer.

Côté réseaux sociaux (parce que oui, c’est une vraie source d’angoisse), Aurélie propose une solution simple et souvent négligée : recycler les anciens posts qui ont bien fonctionné. Les programmer avant de partir. Pas besoin de créer du nouveau contenu depuis la plage. Tes meilleurs contenus méritent une deuxième vie de toute façon.

Et si tu as une équipe ou une assistante – déléguer la gestion des commentaires et des messages privés, ça s’anticipe. Pas la veille du départ. Dans un moment calme, plusieurs semaines avant.

Le jour off entre le retour et la reprise – le conseil que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt

Celui-là, franchement, je ne l’avais pas entendu formulé comme ça avant. Et pourtant c’est évident une fois qu’on y pense.

Tu rentres d’une semaine de vacances le dimanche soir. Le lundi matin, tu t’installes devant l’ordinateur et tu rattrapes tout ce qui a accumulé. Résultat : en 24 heures, tu as brûlé l’intégralité du bénéfice repos de tes 7 jours. Le stress revient immédiatement. L’énergie redescend. Et tu te demandes pourquoi tu es aussi épuisé «alors que tu viens de rentrer de vacances».

«Tu peux pas passer d’endormie au bord de la plage, à kiffer ta life avec un cocktail mango à la main et limite 2 secondes après enchaîner 10h de travail le lendemain pour avoir cette sensation de rattraper ce retard. En fait, il y a aucun retard.»

La solution d’Aurélie : bloquer un jour – idéalement sans enfants, sans interruptions – entre le retour et la vraie reprise. Une chambre d’hôtel, un espace de coworking, n’importe quel endroit qui n’est pas ta maison avec les lessives qui attendent. Ce jour sert à préparer tranquillement ta rentrée, à trier, à prioriser. Et à continuer à se reposer un peu.

(Ce qui est rare dans les conseils business habituels, c’est qu’on te propose de dépenser de l’argent pour mieux te reposer – et pas pour générer plus de revenus. Le ROI du repos ne rentre pas dans un tableau Excel, et c’est exactement pour ça qu’on l’ignore.)

Ce conseil s’articule bien avec une réflexion plus large sur l’organisation d’un business en solo et la délégation – parce que si tu ne peux pas partir sans que tout s’effondre, c’est peut-être que quelque chose dans ta structure mérite d’être revu.

L’organisation parfaite n’existe pas – et c’est libérateur

«Le point G de l’organisation» – c’est comme ça qu’Aurélie appelle le fantasme qu’ont beaucoup d’entrepreneurs. Trouver le système parfait, la routine idéale, le planning qui tient à toutes les situations. Et s’y accrocher comme si c’était la solution définitive.

Ce que sept ans d’entrepreneuriat lui ont appris : ton organisation aujourd’hui n’est pas celle de demain. Et ce n’est pas un problème. C’est normal.

Ton business évolue. Tu évolues. Tu as peut-être des enfants maintenant que tu n’avais pas quand tu as lancé. Tu as peut-être une équipe. Tes revenus ont changé, tes priorités aussi. L’organisation suit – ou elle casse.

Du coup, la vraie question n’est pas «comment trouver la méthode parfaite ?». C’est «qu’est-ce qui fonctionne pour moi, maintenant, avec là où j’en suis aujourd’hui ?». Et ça change tout à l’état d’esprit.

Aurélie a testé deux approches pour ses propres vacances. La première : travailler uniquement le matin, l’après-midi libre. En théorie. En pratique, son cerveau continuait à tourner l’après-midi sur ce qu’elle n’avait pas fini. Pas de coupure réelle.

La deuxième approche, celle qui a fonctionné : concentrer le travail sur deux jours entiers (par exemple lundi et mardi), puis décrocher complètement les cinq jours suivants. Des blocs. Pas de demi-mesure. Le cerveau sait quand il peut se déposer parce que la frontière est franche.

Et elle ajoute quelque chose que j’ai trouvé pertinent : prévenir son entourage. Pas juste «je travaille le matin». Carrément poser les règles – «lundi et mardi je bosse à fond, mercredi à dimanche je suis là». Ça cadre. Ça évite les interruptions. Et ça responsabilise aussi – tu t’engages vis-à-vis des autres, pas seulement vis-à-vis de toi-même.

Ceux qui travaillent sur leur posture de leader et leur sécurité intérieure reconnaîtront ce mécanisme : poser des limites claires, c’est aussi une forme de leadership – envers son entourage, et envers soi-même.

Le marathon, pas le sprint – et la question qui dérange

Seuls ceux qui tiennent dans le temps réussissent vraiment en entrepreneuriat. Ce n’est pas une citation inspirante de poster LinkedIn. C’est une réalité statistique que les coachs business voient tous les jours.

Et tenir dans le temps, ça suppose de prendre soin de son énergie. De son corps. De sa tête. Les vacances sans culpabilité entrepreneur ne sont pas un luxe pour ceux qui ont «atteint leurs objectifs». Elles font partie du système de survie.

Aurélie formule quelque chose que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, que beaucoup d’entrepreneurs entendent plus tôt : ne pas attendre d’atteindre son objectif de chiffre d’affaires pour être heureuse. Le parcours entier doit être vécu dans le plaisir. Ou alors tu arrives épuisée à destination – si tu y arrives.

«Si tu te dis moi je serai heureuse quand j’aurai X euros de chiffre d’affaires ou X clients, tu vas très mal vivre ton parcours et abandonner voire finir cramée parce que tu seras allée à la course à ton objectif et tu te seras pas respectée dans l’équation.»

Dit comme ça, c’est brutal. Et juste.

La proposition concrète finale d’Aurélie : ouvrir ton agenda maintenant. Bloquer des dates de repos sur les six prochains mois. Et s’engager à ne jamais les enlever – pas pour un client, pas pour une opportunité, pas pour «rattraper du retard». C’est un engagement envers toi-même avant d’être une question d’organisation.

Est-ce que c’est facile ? Non. Est-ce que ça marche dès la première tentative ? Rarement. Elle le dit elle-même – 7 ans pour y arriver vraiment. Mais les cinq jours de vraies vacances après des mois de boulot, quand tu reviens avec une énergie que tu n’avais plus depuis longtemps et des idées que tu n’aurais jamais eues en restant derrière ton écran – ça, ça ne s’explique pas dans un tableau de productivité.

Ceux qui ont tendance à se bloquer par peur de réussir ou d’échouer verront sans doute dans cette incapacité à décrocher un mécanisme familier – rester actif pour ne pas avoir à faire face à ce qui se passe quand on s’arrête. Mais ça, c’est un autre sujet.

Ou peut-être pas si autre que ça, finalement.

Questions fréquentes

Comment prendre des vacances sans culpabilité quand on est entrepreneur ? +
La première étape c'est de préparer ses vacances avant de partir : identifier ce qui est vraiment urgent, anticiper les deux ou trois actions prioritaires à la reprise, et l'écrire. Ça libère le cerveau pendant les vacances. Ensuite, poser des blocs de repos dans l'agenda et s'y tenir comme à un engagement client - pas comme à une option qu'on annule dès qu'il y a une urgence.
Vacances sans culpabilité entrepreneur : combien de jours minimum pour vraiment décrocher ? +
Aurélie Gauthey recommande au minimum 5 jours consécutifs. En dessous, le cerveau ne déconnecte pas vraiment - il reste en veille active. Elle conseille aussi de bloquer un jour off supplémentaire entre le retour de vacances et la vraie reprise, pour ne pas brûler en 24 heures le bénéfice de toute la semaine de repos.
Est-ce que travailler le matin en vacances est une bonne stratégie ? +
Pas forcément. Aurélie Gauthey a testé cette approche et ça n'a pas fonctionné pour elle : même l'après-midi libre, son cerveau continuait à tourner sur le travail du matin. Elle préfère concentrer le travail sur deux jours entiers, puis décrocher complètement les jours suivants. Des blocs francs plutôt que des demi-journées hybrides.
Comment gérer les réseaux sociaux pendant ses vacances d'entrepreneur ? +
Deux options concrètes : recycler et programmer d'anciens posts qui ont bien fonctionné, ou déléguer la gestion des commentaires et messages à une assistante ou une community manager. Dans les deux cas, ça s'anticipe - pas la veille du départ.
Faut-il emporter son ordinateur en vacances quand on est freelance ? +
Aurélie Gauthey déconseille clairement d'emporter son ordinateur. Elle propose à la place un bloc-note pour noter les idées qui arrivent. Le téléphone crée trop de tentation - réseaux, emails, plateformes. Le bloc-note isole la prise de notes du reste.
Pourquoi les entrepreneurs culpabilisent-ils autant de prendre des vacances ? +
Plusieurs croyances limitantes sont en jeu : l'idée qu'on ne mérite pas de se reposer tant que les résultats ne sont pas là, la peur que tout s'effondre en l'absence, et une confusion entre activité permanente et performance réelle. Aurélie Gauthey pointe aussi l'ironie : les entrepreneurs gèrent souvent plus de stress que dans leur poste salarié, mais ont arrêté de prendre les congés qu'ils prenaient sans se poser de questions avant.

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