Le syndrome de l’imposteur ne disparaît pas quand on réussit. C’est là-dedans que réside le vrai piège. Aurélie Gauthey, coach business et fondatrice de l’Académie des Entrepreneurs d’Impact, l’a dit sans détour dans son podcast : que tu fasses 0 euro ou 50 000 euros par mois, que tu aies 10 entreprises ou que tu sois conférencière internationale, tu le ressentiras. Tout le long. Sans exception.
Ce syndrome de l’imposteur, ce petit bruit de fond qui te demande «mais qui suis-je pour parler de ça ?», n’est pas un signe que tu es moins bonne que les autres. C’est un signe que tu avances. Que tu crées quelque chose de nouveau. Et c’est exactement pour ça qu’il faut en parler autrement qu’avec des injonctions vagues à «croire en soi».
Aurélie Gauthey a bâti un business de coaching reconnu – avec des clientes qui payent des offres à plus de 7 000 euros – en apprenant à négocier avec ce syndrome plutôt qu’à l’étouffer. Ce qu’elle partage dans cet épisode, c’est pas de la psychologie positive à deux balles. C’est du vécu, avec des anecdotes précises, des chiffres réels, et une franchise qui pique.
Alors, est-ce que le syndrome de l’imposteur est vraiment inévitable ? Et si oui, qu’est-ce qu’on fait avec ?
Le syndrome de l’imposteur frappe les meilleurs, pas les débutants
Ce qui m’a arrêté dans cet épisode, c’est une phrase en apparence banale. Aurélie parle des entrepreneurs qu’elle côtoie – des gens avec des audiences de plusieurs dizaines de milliers d’abonnés, des revenus à six chiffres, des scènes de conférence à 400 personnes. Et elle dit :
«Le nombre de fois où j’ai senti des syndromes de l’imposteur sur des gens peut-être que tu suis et que tu entre parenthèses idolâtre, tu serais vraiment surprise.»
C’est exactement le problème. On imagine que ce syndrome disparaît avec le succès. Or, il se reconfigure. Il change de forme.
Au départ, tu te demandes si tu es légitime pour lancer ton activité. Ensuite, tu te demandes si tu es légitime pour augmenter tes tarifs. Puis pour attirer une clientèle plus avancée. Puis pour faire une conférence devant 400 personnes. Le syndrome de l’imposteur n’est pas un état de départ qu’on quitte. C’est un compagnon de route qui réapparaît à chaque palier.
Aurélie le nomme. Elle l’appelle «le petit Georges». Ce rat qui mouline dans la tête, là pour te protéger – mais qui te freine en réalité. Et comprendre ça, comprendre que Georges reviendra à chaque fois que tu feras quelque chose de nouveau, c’est déjà une forme de soulagement.
Mais bon, nommer le truc ne suffit pas à s’en débarrasser.
Quand l’extérieur te voit légitime avant toi
Deux anecdotes dans cet épisode m’ont frappé par leur précision. Pas des généralités sur la confiance en soi. Des moments réels, avec des détails qui prouvent que c’est du vécu.
La première : Aurélie est invitée sur la scène de Femmes d’influence Magazine pour sa toute première conférence. Elle qui n’avait fait que des ateliers devant 10 ou 20 personnes maximum se retrouve face à 400 femmes entrepreneurs, sur une plateforme à plusieurs millions d’abonnés. Elle dit clairement : elle ne se sentait pas légitime. Du tout.
«Par contre, l’extérieur a estimé que je l’étais. L’extérieur c’est les dirigeantes de la plateforme, la coach reconnue qui m’a envoyé l’invitation et toutes les femmes entrepreneurs qui étaient dans la salle m’ont applaudi, ont fait des autographes, ont pris des photos, m’ont remercié.»
Voilà. Le décalage entre la perception intérieure et la perception extérieure est souvent abyssal.
La deuxième anecdote est encore plus précise. Aurélie crée en une seule journée une offre VIP à 7 777 euros (elle aime le 7, c’est assumé). Elle est confiante à 80%. Arrive l’appel découverte avec une cliente potentielle. Celle-ci regarde les deux offres – la formule à 3 000 euros et la VIP – et dit sans hésiter qu’elle veut le meilleur.
«Et bien là sur le coup, j’ai eu un instant d’arrêt. Malgré que je croyais en cette offre, il y a une part de moi au moment où elle m’a dit ‘c’est ça que je veux’… je me suis dit ‘mais elle est sûre d’elle’.»
Elle a créé l’offre en une journée. Elle se sentait imposteur parce que le succès était venu «trop vite». La cliente, elle, s’en foutait complètement. Ce qui compte ici – et c’est le truc qu’on rate souvent – c’est que le syndrome de l’imposteur parle de toi. Pas de ta valeur réelle aux yeux de l’autre.
C’est aussi le moment où tu réalises que l’autosabotage et la peur de réussir sont souvent les deux faces d’une même pièce.
Les deux fausses solutions qui ne règlent rien
Aurélie est honnête sur ce qu’elle a fait elle-même au départ. Et ce qu’elle décrit ressemble à ce que font beaucoup d’entrepreneurs pour tenter de «légitimer» leur activité.
Premier réflexe : ingurgiter des connaissances. Des milliers d’heures de podcasts, de YouTube, de livres, de formations – pour se sentir enfin «assez solide» pour démarrer. Elle ne le renie pas. Elle dit que dans son cas, son cerveau de HPI adorait ça. Mais elle reconnaît que ce n’est pas la solution.
Parce que la légitimité ne vient pas d’un stock de savoir. Elle vient de l’expérience accumulée avec des clients réels.
Deuxième réflexe : accumuler des outils. Et là, elle est directe :
«Tes clients s’en tapent royal que tu arrives avec une mallette de 52 outils. Ce qu’ils viennent chercher, c’est une transformation même si demain tu utilises uniquement le coaching, ça leur va très bien.»
Dit comme ça, ça a l’air simple. Et pourtant, elle décrit des clientes qui se forment à l’astrologie, à la cartomancie, à des dizaines de méthodes – pour accompagner sur la perte de poids. Le décalage est réel. L’anxiété de légitimité pousse vers l’accumulation, pas vers la pertinence.
L’analogie du plombier qu’elle glisse ici est bonne : quand ta machine à laver fuit, tu veux qu’elle refonctionne. Pas un inventaire des outils utilisés. (C’est bête, mais c’est exactement ce qu’on oublie quand on est en mode «je dois me former à tout avant de commencer».)
Nuance importante, quand même : se former est nécessaire. Le problème, c’est quand la formation devient un substitut à l’action. Et Aurélie ajoute une pique que j’ai trouvée juste – certaines clientes investissent des milliers d’euros en outils et en thérapies, mais pas un centime pour apprendre à trouver des clients. Sans client, les outils ne servent à rien.
Sur ce terrain-là, les exercices concrets pour dépasser ses blocages valent souvent plus que six mois de formations théoriques.
La vraie mécanique du syndrome de l’imposteur – et comment il disparaît
Voici ce qu’Aurélie explique, et qui change vraiment la façon d’aborder le truc : le syndrome de l’imposteur disparaît à l’action. Pas avant. Jamais avant.
Elle prend l’exemple de son offre à 7 777 euros. Première cliente qui achète – Georges est encore là, un peu. Deuxième, troisième, quatrième. Et quand elle arrive à une dizaine de clientes, avec des résultats réels, là Georges «va se coucher dans son petit lit». Le mécanisme est mécanique : tu passes à l’action, tu accumules des preuves, le doute se résorbe.
Et puis quelque chose de nouveau arrive – créer un podcast, par exemple. Et Georges revient. «Il en existe déjà un millier, qu’est-ce que le mien va apporter ?» Mais tu reviens plus vite à toi-même parce que tu connais déjà le schéma.
Ce cycle – nouveau projet, panique, action, preuve, stabilisation – c’est la réalité de l’entrepreneuriat. Ce n’est pas quelque chose à supprimer. C’est quelque chose à reconnaître et à traverser plus vite.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu entendre quand je débutais dans ce secteur – c’est exactement ça : le syndrome de l’imposteur n’est pas un signal d’alarme. C’est un signal de croissance.
Et la posture qui suit naturellement, c’est celle d’un CEO qui assume sa place – ce qu’Aurélie développe dans un autre registre quand elle parle de sécurité intérieure et posture de leader.
10 pas d’avance – et pourquoi diplômes et certifications sont une fausse piste
Un des points les plus tranchants de l’épisode : personne ne te demande tes diplômes.
Aurélie dit n’avoir jamais vu, dans toute sa carrière de coach business, une seule cliente demander le pedigree académique de son accompagnante. Et elle renverse la question : est-ce que toi-même, quand tu as acheté un coaching ou une formation, tu as demandé les certifications ?
La réponse est presque toujours non. Ce qu’on cherche, c’est quelqu’un qui a vécu ce qu’on vit. Qui comprend. Qui est passé par là.
C’est ce qu’elle appelle «avoir 10 pas d’avance». Tu n’es pas plus avancée que tout le monde. Tu es plus avancée que ta cliente idéale – celle qui cherche exactement ce que tu as déjà traversé. Et c’est suffisant. Largement.
Il y a un argument qu’elle formule d’une façon qui pique un peu :
… pendant qu’on se regarde le nombril, bah on les laisse en souffrance. On les laisse dans leur problématique alors qu’ils rêvent de trouver une solution. Donc ils vont acheter chez tes concurrents.
C’est brutal. Et c’est honnête. Le syndrome de l’imposteur n’est pas seulement un frein pour toi. C’est un frein pour tes futurs clients. Ceux qui ont besoin de ce que tu peux apporter, maintenant, et qui iront ailleurs parce que tu n’as pas osé.
Franchement, la plupart des entrepreneurs que je croise passent à côté de cette perspective. On cadre le syndrome de l’imposteur comme un problème personnel. Mais c’est aussi un problème de service rendu – ou pas rendu.
Et d’ailleurs, se comparer à la concurrence dans ces moments-là est probablement la pire chose à faire.
La méthode concrète pour ne pas rester bloqué sur ses tarifs
Un conseil pratique qu’Aurélie donne, et qui sort du discours habituel sur la confiance en soi : fixe un tarif imparfait, avec une limite de temps.
Pas «augmente tes tarifs quand tu te sentiras prête» – parce que ce moment n’arrive jamais si on attend un signal intérieur. À la place : définis un nombre exact de clients à ce tarif, et passe au tarif suivant quand tu as atteint ce nombre.
Exemple concret qu’elle donne : programme à 3 000 euros, 10 clientes, point. Ensuite on augmente. Entre-temps, tu accumules des témoignages, tu affines ton accompagnement, tu constates les résultats. Et là, le syndrome de l’imposteur n’a plus grand-chose à manger.
C’est «partir parfaitement imparfaite», comme elle dit. Lancer sans être prête à 100%, mais avec un cadre qui force l’évolution plutôt que l’immobilisme.
- Fixer un tarif cohérent avec ton niveau actuel – pas ton niveau rêvé
- Définir un nombre précis de clients à ce tarif
- Augmenter dès ce nombre atteint, sans négocier avec Georges
Ce n’est pas révolutionnaire sur le papier. Mais c’est une des rares méthodes qui contourne le problème de fond : on n’augmente pas ses tarifs parce qu’on attend de se sentir légitime. On se sentira légitime après avoir augmenté – et encaissé.
Cette dynamique entre croyances, blocages et passage à l’action, elle rejoint directement ce qu’explore Aurélie sur les croyances limitantes qui freinent les entrepreneurs. Deux épisodes à écouter ensemble.











