La surcharge mentale entrepreneur ne ressemble pas à ce qu’on imagine. Ce n’est pas juste une to-do list trop longue. C’est plus insidieux que ça – c’est cette sensation d’avoir tout fait sans rien avancé, de finir la journée épuisée et pourtant incapable de citer trois choses concrètes accomplies. Aurélie Gauthey, coach business et fondatrice de Née pour Impacter, y a mis un nom : la surcharge invisible. Et franchement, c’est la formulation la plus honnête que j’aie entendue sur le sujet depuis un moment.
Elle parle depuis l’expérience brute. Pas depuis un framework PowerPoint. Elle a travaillé 7 jours sur 7, convaincu son entourage que « ça irait mieux après le lancement », puis s’est retrouvée à mettre son déodorant au frigo. (Oui. Ça arrive. Et non, c’est pas drôle quand tu le vis.) Aujourd’hui elle travaille 3 à 4 jours par semaine. Le même business. Plus de résultats.
Ce premier épisode de sa mini-série pose une question simple : est-ce que tu es occupée ou productive ? La réponse est rarement celle qu’on croit.
Ce que la surcharge mentale entrepreneur cache vraiment
Le piège classique, c’est de croire que la surcharge mentale entrepreneur arrive quand on a objectivement trop de boulot. Trop de clients, trop de projets, trop de deadlines. Mais Aurélie Gauthey retourne le problème : la vraie surcharge, c’est la dispersion de l’attention, pas le volume de travail.
Quatre mécanismes précis créent cet état. Le multitâche, d’abord – commencer dix choses sans en finir aucune. Elle prend l’exemple de ses bracelets en pierres de lithothérapie : elle commence un collier, voit d’autres pierres qui l’attirent, bifurque vers un bracelet, abandonne le collier. Même schéma dans le business : tu travailles sur une offre, une idée de contenu surgit, tu lâches l’offre. Résultat : deux demi-projets qui dorment.
Ensuite les urgences qui surgissent toutes les cinq minutes. Un Slack mal configuré, un WhatsApp, une notification – et ton attention passe d’un sujet à l’autre sans que tu aies décidé quoi que ce soit. Ce ne sont pas des interruptions exceptionnelles. Elles sont devenues le fond sonore permanent du travail.
Les micro-distractions viennent ensuite : les enfants, les emails, les stories à publier. Et enfin, cette to-do list qui grossit à mesure qu’on coche des cases. (Ce dernier point me fascine toujours. Comment une liste peut-elle s’allonger pendant qu’on travaille dessus ? C’est pourtant ce que vivent la plupart des entrepreneurs que je croise.)
Ce que ce cocktail produit dans le cerveau, c’est de la fatigue cognitive pure. Un cerveau qui saute d’une tâche à l’autre toutes les cinq minutes n’entre jamais en mode concentration profonde. Il reste en surface. Il consomme de l’énergie sans produire de profondeur.
Occupée versus productive : le gouffre que personne ne mesure
Trente minutes de méditation sabotées par des pensées business. C’est comme ça qu’Aurélie Gauthey décrit son cerveau avant qu’elle change ses habitudes :
« Quand je voulais faire une méditation, je commençais en visualisant une scène de liberté par exemple au bord de la plage et 2 secondes après, je pensais complètement à autre chose de mon business ou dans ma vie, je n’arrivais pas à aller au bout de mes visualisations parce que on a habitué notre cerveau à être dans une hyperactivité. »
Ce n’est pas un problème de discipline. C’est un cerveau recâblé par des années de scrolling, de notifications et de multitâche permanent.
Et ça crée quelque chose de pervers dans le rapport au travail. Tu te sens active – tu l’es vraiment, objectivement – mais les projets qui comptent n’avancent pas. Aurélie Gauthey utilise une image qui colle : tu es dans un mode « allume-feu » plutôt que « bâtisseuse ». Tu passes ta journée à éteindre des incendies mineurs sans jamais poser une seule brique de quelque chose de durable.
La confusion entre activité intense et productivité réelle a aussi une dimension sociale qu’elle pointe sans détour :
« C’est aussi la culpabilité de l’entourage, de la famille, de ta famille proche, éloignée, tes amis de je dois montrer que je travaille beaucoup parce que si j’ai pas encore les résultats que j’ai annoncé, ils vont se dire mais tu en es toujours au même stade. »
Voilà. C’est exactement le problème. On brasse pour prouver, pas pour avancer. Et du coup on patine – son image de la voiture dans la boue en cinquième vitesse, ça claque.
Ce n’est pas une question de volonté ou d’organisation. C’est une question de charge mentale qui sature le cerveau jusqu’à court-circuiter le jugement sur ce qui compte vraiment.
La surcharge mentale entrepreneur détruit plus que la productivité
Ça pompe l’énergie physique. C’est là que le truc devient sérieux.
Aurélie Gauthey cite cette entrepreneur qui lui disait : « J’ai l’impression de perdre la tête. Je prends mon déodorant et je vais le mettre au frigo. » Ce genre d’anecdote fait sourire, mais elle indique un état réel – épuisement cognitif chronique, incapacité à mémoriser les actions en cours, perte de la capacité d’attention sur 30 secondes.
Elle l’a vécu aussi. Elle travaillait obsessionnellement, 7 jours sur 7, persuadée que son « cerveau HPI atypique » lui permettait de gérer dix choses en même temps. Elle en était fière. Elle le disait à tout le monde.
« Quand j’ai commencé à fonctionner autrement, je me suis rendu compte que notamment, tu le sais si tu me suis depuis longtemps, je suis passée de 7 jours de travail où je travaillais H24, j’étais obsédée par mon business, à aujourd’hui 3 à parfois 4 jours par semaine. »
Trois à quatre jours. Pas en sacrifiant ses revenus – en coupant ce qui n’avancait pas vraiment.
Ce que ça coûte au-delà du travail, c’est la présence. Tu es avec tes enfants mais tu penses au travail. Tu es avec des amis mais tu passes mentalement en revue ta liste de tâches. Tu es au bureau mais tu rêves d’une semaine sans notifications. Tu n’es jamais vraiment là où tu es – ce que les psys appellent le « mind wandering » chronique et ce que Aurélie Gauthey appelle simplement « être perdu ».
Et l’issue logique, c’est le burnout. Ou l’envie de tout balancer. Elle l’a eu : « J’aurais juste envie de partir sur une île, j’ai envie qu’on ait plus d’attente, j’ai envie qu’on me demande plus rien. » Ce n’est pas de la paresse. C’est un cerveau à bout qui envoie un signal d’urgence.
Ce point rejoint d’ailleurs ce qu’elle explore dans un autre épisode sur la vraie raison du manque de résultats – la dispersion est souvent en tête de liste.
Identifier sa propre surcharge mentale entrepreneur : les signaux à surveiller
Pas de checklist universelle ici. Aurélie Gauthey est claire là-dessus : ce qu’elle a mis en place ne fonctionnera pas forcément pour toi, parce que « je peux te donner les meilleurs conseils au monde mais moi c’est pas parce que j’ai une énergie loup qui se lève très tôt le matin à 5h-6h que tu as cette énergie-là ».
Ce qu’elle propose en premier, c’est l’observation brute. Prendre une journée, noter où tu es vraiment productive, où tu pars en vrille. Quelles interruptions t’épuisent réellement versus celles que tu absorbes bien. À quels moments ta concentration s’effondre.
Elle ajoute quelque chose d’intéressant : les patterns cycliques. Pour elle, les deux jours avant ses règles, elle « part complètement en cacahuète dans sa tête ». La pleine lune aussi l’impacte. (Tu peux trouver ça ésotérique ou totalement concret selon ton angle – mais l’idée de fond est solide : il y a des moments prévisibles où ton cerveau est moins disponible, et les ignorer coûte cher.)
Dix mille onglets ouverts sur ton ordinateur. C’est son signal d’alarme personnel. Quand elle voit ça, elle sait qu’elle est en train de disperser son énergie en temps réel. Et elle revient à une question simple : quelle est l’action qui va me permettre de générer plus de visibilité, plus d’impact, plus de vente – maintenant, pas dans trois heures ?
Ce retour au concret – ce qu’elle appelle « ancrage » – c’est ce qui coupe le circuit de la surcharge mentale entrepreneur avant qu’elle s’installe vraiment. Plutôt que de culpabiliser d’avoir dérivé, tu te recentres sur l’action suivante.
La question que je pose souvent aux entrepreneurs que j’interroge : est-ce que tu fais beaucoup de contenu mais tu proposes rarement ton offre directement ? Aurélie Gauthey met le doigt là-dessus avec une précision chirurgicale :
« Tu vas créer des centaines, des milliers de posts de contenu sur les réseaux sociaux mais sans jamais réellement, régulièrement proposer la vente de prendre ton offre, d’avoir un appel avec toi. »
C’est dit. Et c’est souvent là que ça coince – énorme activité visible, zéro conversion, épuisement total.
Sortir du cercle vicieux : ce qui fonctionne vraiment
Elle a instauré des blocs de temps inviolables. Ses matinées sont dédiées à la création – enregistrement d’épisodes, tournage vidéo, développement d’offres. Pas de Slack. Pas de réseaux sociaux. Pas de demandes externes.
« Je ne suis pas une distributrice de 5 minutes » – cette phrase m’a arrêté. C’est une posture, pas juste une règle d’agenda. Ça dit quelque chose sur la valeur accordée à son propre temps de concentration. Et c’est probablement ce qui change tout.
Elle a aussi mis en place des rituels de fin de journée pour couper entre le travail et la vie personnelle. Pas parce que c’est une tendance bien-être – parce que sans ça, le cerveau ne sait pas quand arrêter. Il continue de tourner en fond, même quand tu es physiquement ailleurs.
Est-ce que ça marche pour tout le monde exactement comme elle le décrit ? Clairement non. Elle le dit elle-même : elle retombe parfois dans ses anciens schémas – quand elle est stressée, quand il y a un lancement, quand les énergies sont difficiles. La différence, c’est qu’elle les repère maintenant au lieu de les subir pendant trois semaines.
Ce qui ressemble de près à ce qu’elle décrit dans son approche sur la méthode des 90 jours pour travailler avec focus – la logique est la même : réduire le champ d’action pour augmenter l’impact réel.
Et pour celles qui veulent aller plus loin dans leur organisation, elle a aussi travaillé sur comment alléger ce qui alourdit pour scaler vraiment – parce que la surcharge mentale entrepreneur ne se traite pas qu’en ajoutant des rituels. Parfois, il faut supprimer.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on lui dise plus tôt
Ce qui m’agace dans les discours sur la productivité, c’est qu’ils rajoutent toujours une couche. Un outil supplémentaire, une méthode de plus, un système à implémenter. Aurélie Gauthey fait l’inverse : elle enlève.
Elle est passée de 7 jours à 3-4 jours. Elle a arrêté d’ouvrir les communications le matin. Elle a décidé que si elle est fatiguée un lundi, elle ne travaille pas. Ce sont des retraits, pas des ajouts.
Et ça, dans le monde du coaching business qui vend l’hyperproductivité comme un idéal, c’est une position réelle. Pas révolutionnaire dans le sens marketing du terme – mais rare dans la pratique concrète.
La limite que j’assume : tout ça suppose un business qui tourne déjà suffisamment pour se permettre de travailler moins. Quelqu’un qui démarre, qui a besoin de chaque heure pour construire ses premières ventes – le discours « travaille 3 jours » peut sonner creux. Aurélie Gauthey a mis des années à arriver là. Et elle a investi, selon ses mots, plus de 195 000 euros dans des masterminds et formations pour y arriver.
Ce n’est pas un raccourci. C’est une destination.
La question qui reste ouverte : est-ce que la surcharge mentale entrepreneur est d’abord un problème d’organisation, ou un problème de rapport à la valeur de son propre temps ? Parce que les deux ne se traitent pas pareil. Et retrouver de l’énergie dans son business passe parfois par une question plus profonde que le planning.











