Se comparer aux autres entrepreneurs, on le fait toutes et tous – souvent sans s’en rendre compte, souvent à 2h du matin en scrollant des comptes Instagram qui donnent l’impression que tout le monde avance plus vite, mieux, avec plus de monde derrière eux. Aurélie Gauthey, coach business et conférencière à l’origine du mouvement Née pour Impacter, a passé un épisode entier de son podcast à démolir cette illusion avec une honnêteté qui m’a, franchement, un peu déstabilisé.
Pas de checklist en 7 points. Pas de framework à trois lettres. Juste deux histoires vraies – une conférence improvisée devant 400 personnes, et une rencontre au bord d’un lac dans un mastermind – qui disent quelque chose de beaucoup plus dur sur ce que les réseaux nous font croire.
Ce qui m’a frappé, c’est la structure de son raisonnement. Elle ne dit pas ‘arrête de te comparer parce que c’est mal’. Elle dit : tu te compares à des métriques qui ne mesurent pas ce que tu crois mesurer. Et là, la conversation devient intéressante.
La boulimie d’Instagram, ou comment se comparer aux autres entrepreneurs détruit six mois de travail
Au tout début de son activité – il y a sept ans maintenant – Aurélie s’abonne en masse à tous les comptes de coaches business qui opèrent dans son secteur. Ce qu’elle décrit ensuite, c’est une forme de dissociation douce.
« Tu sais ce petit truc que tu fais un petit peu tous les jours et qui vient au fur et à mesure te bouffer le cerveau sans que tu t’en rendes compte. J’avais passé plus de 2 heures à regarder tous les comptes un à un. Tu sais, je m’étais un peu mis en mode apnée. »
Voilà. Deux heures. Sans s’en rendre compte.
Elle fait une comparaison avec la boulimie – elle dit avoir un rapport compliqué à l’alimentation depuis des années – et c’est cette image qui reste : la tête dans le paquet de chips, le paquet vide, et une angoisse dans la gorge qui remplace la faim. Ce n’est pas une métaphore de développement personnel soignée. C’est une description clinique d’un comportement compulsif appliqué aux réseaux sociaux.
Le résultat concret ? Elle avançait au ralenti sur son propre business pendant ces périodes. Pas légèrement au ralenti – vraiment au ralenti. Et elle trouvait que tout ce que faisaient ses concurrentes était plus pertinent, mieux construit, plus légitime que ce qu’elle faisait elle. Ce cercle-là, la peur de réussir et l’auto-sabotage qui s’ensuivent, c’est un classique que beaucoup d’entrepreneurs reconnaîtront.
Ce qui m’agace dans la façon dont on parle habituellement de ce sujet, c’est qu’on donne des conseils de surface : ‘désabonne-toi’, ‘limite ton temps d’écran’, ‘pratique la gratitude’. Aurélie ne dit pas ça. Elle dit que ça a duré six mois, que c’était douloureux, et qu’elle en est sortie non pas grâce à une technique mais grâce à un déclic brutal – une lueur de génie, dit-elle – qui lui a fait réaliser qu’elle était en train de se maltraiter.
400 entrepreneurs fatigués dans le froid, et une phrase qui a tout changé
Neuf mois après ses débuts, Aurélie reçoit un coup de téléphone. Une conférencière lui propose de monter sur scène pour Femmes d’Influence Magazine, devant 400 entrepreneurs. Dans un mois. Elle n’a jamais fait de conférence de sa vie.
Sa réponse ? Elle dit oui immédiatement. Elle raccroche. Et là, la panique.
« J’ai accepté, j’ai raccroché le téléphone et là, je me suis dit : t’es pas dans la merde. Comment tu vas faire ? Tu ne l’as jamais fait. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais la mécanique qu’elle décrit derrière – accepter d’abord, apprendre ensuite, s’améliorer en multipliant les expériences – c’est exactement l’inverse de ce que fait quelqu’un paralysé par la comparaison. La comparaison, ça pousse à attendre d’être ‘assez bon’ avant de se lancer. Aurélie fait le contraire.
Le jour J. 8h30 du matin. Une salle de 400 personnes qui ont attendu plus d’une heure dans le froid. Des visages fermés. Et elle passe en premier – ce qui, rétrospectivement, lui sauvera la mise, parce qu’elle n’aura pas le temps de regarder comment font les autres avant elle.
Son corps se tétanise. Elle parle d’une envie de vomir sur les talons de l’animatrice (je cite). Et là, une phrase surgit – qu’elle répète encore à ses clientes aujourd’hui :
« Oui, je serai peut-être imparfaite, mais si je peux aider au moins une personne à changer de vie et en prenant du plaisir, j’ai réussi ma journée. »
Ce déplacement d’attention – de ‘comment je vais être perçue’ à ‘qui je vais impacter’ – c’est probablement le conseil le plus actionnable de tout l’épisode. Et il arrive dans un contexte de panique totale, pas dans une séance de méditation.
La conférence est un succès. Elle fait des blagues, donne des punchlines, repart avec des applaudissements et des témoignages. Elle reviendra plus de 70 fois sur scène depuis. Et elle admet elle-même qu’elle était arrivée ‘les mains dans les poches’ – sans ebooks, sans cadeaux, sans préparation visuelle – quand les autres conférencières avaient tout préparé dans les moindres détails.
La leçon du mastermind, ou pourquoi se comparer aux autres entrepreneurs sur les abonnés est une erreur de calcul
Deux ans plus tard. 2020. Aurélie intègre un mastermind avec des entrepreneurs à succès. Et la comparaison revient – différemment, mais tout aussi violemment.
Une participante a une communauté de 100 000 abonnés. Aurélie a 10 000 fois moins (elle le dit elle-même, dans une hyperbole assumée). Et pendant des mois, elle se fixe sur cette métrique. Elle se dit qu’elle est ‘au démarrage’, que cette femme ‘a craqué un code’, qu’elle-même ‘n’est peut-être pas assez intéressante’.
Trois à quatre mois après, lors d’une session de hot seats – un format où chacun expose sa problématique au groupe – elle voit cette femme au bord d’un lac, les larmes aux yeux. Elle s’approche. Et ce qu’elle entend la fait tomber de dix étages.
« Ça faisait déjà à peu près 1 an et demi que je te suivais. Je te suivais un peu de loin et honnêtement, j’ai toujours cherché à savoir comment tu faisais pour avoir des résultats pareils, pour réussir à faire des challenges en 4 jours de 200, 300, 400K. »
La fille qu’Aurélie enviait l’enviait en retour. Pendant des mois. En parallèle.
Et la réalité chiffrée derrière ? Aurélie générait le triple du chiffre d’affaires de cette entrepreneur – avec cent fois moins d’abonnés. La communauté visible ne disait rien du business réel. Ce décalage entre les apparences du business en ligne et les vraies métriques est exactement le genre de chose que personne ne documente vraiment.
Elles ont fini par en rire. Un fou rire nerveux, dit Aurélie. Un ‘what the fuck’ collectif. Puis les larmes, parce qu’elle réalise ce qu’elle s’est infligé pendant ces mois – elle qui dit avoir une blessure d’abandon profonde, et qui s’est abandonnée elle-même pour courir après des apparences auxquelles elle ne croit même pas.
Ce moment-là, c’est la clé de l’épisode. Pas le conseil. Pas la méthode. Le moment où deux entrepreneurs réalisent qu’elles ont gaspillé de l’énergie mentale à s’envier mutuellement sur des métriques qui ne mesuraient pas ce qu’elles croyaient mesurer.
Ta zone de génie n’a pas besoin d’être validée par un taux de croissance Instagram
Ce qu’Aurélie Gauthey fait avec cette notion de ‘zone de génie’, c’est concrètement de renverser la logique de la comparaison. Plutôt que de partir de ce que les autres ont – les abonnés, les lancements visibles, les ebooks bien packagés – elle part de ce qui, chez toi, produit des résultats sans que tu aies l’impression de forcer.
Sa zone à elle ? Vendre en quatre jours via des challenges. Faire 200K, 300K, 400K sur ce format. Pas 1 million d’abonnés. Pas les plus beaux visuels. Pas les ebooks les plus structurés. Un format précis, maîtrisé, répété. (Et clairement, il y a des gens qui voudraient ce résultat-là, et qui scrollent ses concurrentes avec de beaux comptes en se disant qu’elles ‘ont craqué un code’.)
L’exercice qu’elle propose est simple – peut-être trop simple pour qu’on lui fasse confiance au premier abord. Faire une liste de tes forces. Demander à tes clientes, tes proches, tes amis : ‘en quoi je t’ai aidé, qu’est-ce que tu vois chez moi que je ne vois pas’. Récolter ces données. S’en servir comme boussole plutôt que de regarder les métriques des autres.
Ce n’est pas révolutionnaire comme conseil. Mais le contexte dans lequel elle le donne – après deux histoires vraies, deux moments de honte et de prise de conscience – lui donne un poids différent de la même phrase sortie d’un article généraliste. Et c’est précisément ce que les paliers de succès en entrepreneuriat révèlent : on avance moins en copiant les autres qu’en clarifiant ce qui fonctionne spécifiquement pour soi.
Mais bon – soyons honnêtes – ça ne règle pas tout. Aurélie elle-même le dit : elle a ‘récidivé’ deux ans après sa première prise de conscience. La comparaison ne disparaît pas avec un déclic. Elle revient, sous d’autres formes, dans d’autres contextes (un mastermind avec des chiffres étalés sur la table, par exemple). Ce qu’on peut faire, c’est raccourcir le temps qu’on passe dedans.
Se comparer aux autres entrepreneurs : ce que ça coûte vraiment
Personne ne calcule vraiment ce coût-là. On mesure le temps passé sur Instagram, parfois. Mais pas l’énergie mentale détournée du vrai travail. Pas les décisions qu’on ne prend pas parce qu’on attend d’être ‘assez bon’. Pas les opportunités qu’on refuse parce qu’on n’a pas encore le profil qu’on s’imagine devoir avoir.
Aurélie a accepté la conférence sans jamais en avoir fait une seule. Elle avait un mois pour apprendre. Elle y est allée ‘les mains dans les poches’ par rapport aux autres intervenantes. Et c’est elle dont les gens se souviennent. Ce n’est pas un argument pour se lancer sans préparation – c’est un argument pour ne pas laisser la comparaison devenir un prétexte au blocage.
Ce qu’on voit des autres – sur les réseaux, dans les masterminds, dans les webinaires – c’est du chapitre 45. Aurélie utilise cette image depuis sept ans sur scène : ‘Ton chapitre 1 n’est pas le chapitre 45 d’une autre’. Derrière chaque compte avec 100 000 abonnés, il y a des investissements qu’on ne voit pas, des échecs qu’on ne montre pas, des années de travail compressées dans un feed soigné. Et parfois, un chiffre d’affaires qui ne ressemble pas du tout à ce que les abonnés laissent imaginer.
La vraie question que pose cet épisode – et qu’Aurélie ne formule pas explicitement mais qui traverse tout son propos – c’est : de quoi exactement as-tu besoin pour avancer ? Des preuves que tu es meilleure que les autres ? Ou des preuves que ta façon de faire produit des résultats réels pour tes clientes ? Ces deux questions ne mènent pas au même endroit. Et la question qui débloque vraiment les paliers, dans la plupart des cas, c’est la deuxième.
Une limite que j’assume : tout ce qu’Aurélie décrit fonctionne dans un contexte où tu as déjà une offre, des clientes, des retours. Si tu es au tout début – zéro client, zéro feedback – l’exercice ‘identifie ta zone de génie’ est plus difficile à faire. Elle parle surtout à des entrepreneurs qui ont déjà quelques mois ou quelques années de recul. Pour les autres, la comparaison reste peut-être une façon (certes douloureuse) d’apprendre ce qui existe sur le marché, en attendant d’avoir ses propres données.
Mais pour ceux qui ont déjà des résultats et qui continuent quand même à se comparer – comme Aurélie au bord de ce lac, générant le triple de la femme qu’elle enviait – l’épisode dit quelque chose d’essentiel : arrête de te comparer aux autres entrepreneurs sur des métriques qui ne mesurent pas ton business. Mesure ce qui est mesurable. Et si tu veux mesurer quelque chose sur Instagram, mesure le chiffre d’affaires que ça génère, pas le nombre de cœurs.
Aurélie Gauthey – qui a aussi écrit un livre bestseller sur ce parcours entrepreneurial – conclut avec une image qui reste. Elle dit qu’elle met ses chaussons sous le lit exprès, pour devoir se mettre à genoux chaque matin et remercier pour ce qu’elle a. Pas une question de religion, précise-t-elle. Une question de recalibrer l’attention sur ce qui existe déjà, plutôt que sur ce qui manque comparé aux autres.
Et si tu veux aller plus loin sur les mécaniques concrètes qui permettent de scaler ton business sans te comparer aux autres, il y a des ressources disponibles en description de l’épisode original. Mais avant ça – peut-être juste se demander : à qui tu te compares en ce moment, et qu’est-ce que tu ne sais pas sur elle ?











