La méthode des 90 jours, tu en as probablement entendu parler. Peut-être que tu as même essayé un truc dans ce genre – un trimestre de ‘focus’, des objectifs notés quelque part, un agenda qu’on ouvre le 1er janvier avec de bonnes intentions. Et puis la vie reprend. Et trois mois plus tard, t’as avancé sur dix sujets différents, bouclé aucun. Aurélie Gauthey, entrepreneur et coach, a mis un nom et surtout une mécanique très concrète sur ce phénomène qu’elle résume en quatre mots : boulimique de formation, anorexique d’action.
Ce qui est intéressant dans ce qu’elle raconte, c’est pas la méthode en elle-même – l’idée de se concentrer sur un seul objectif par trimestre, franchement, ça existe depuis des années. Ce qui est intéressant, c’est la façon dont elle a failli ne jamais l’appliquer elle-même.
Parce qu’Aurélie Gauthey, c’est pas une coach qui parle depuis un bureau. Elle a fait plus de 70 scènes – le Grand Rex, l’Apollo théâtre, des événements Femmes d’influence. Elle anime un mastermind payant appelé Manifest Limity. Elle sait de quoi elle parle quand elle dit qu’on peut avoir une activité qui tourne et rester bloqué sur les mêmes sujets depuis des années.
Le sujet qui revenait chez elle ? L’art oratoire. Des années à vouloir s’y former. Des contacts jamais relancés. Des rendez-vous qui tombent à l’eau. Et finalement, rien.
La méthode des 90 jours, elle l’a appliquée d’abord au sujet le plus inattendu : son sommeil. Et c’est là que ça devient vraiment intéressant.
Pourquoi on rate ses objectifs – sans manquer de motivation
Posons le diagnostic franchement. La plupart des gens qui n’avancent pas sur leurs objectifs ne manquent pas d’envie. Ils manquent de concentration. Pas au sens TDAH – au sens stratégique du terme.
Aurélie Gauthey donne un exemple qui va parler à n’importe qui :
« Moi à un moment donné mon envie c’était vraiment de développer l’art oratoire donc de pouvoir améliorer mes conférences lorsque je suis sur scène… Et puis chaque année, je me dis bah tiens, je vais investir sur ce sujet. Donc j’ai commencé à vouloir chercher un professionnel pour m’accompagner, je suis en contact 1, je suis en contact 2, l’autre me répond pas, l’autre faut que je le relance, puis on prend un rendez-vous, puis hop, la vie elle me balaye avec des nouvelles choses qui arrivent, puis j’oublie. »
Tu reconnais le pattern. Moi oui. C’est ce que j’appelle l’intention chronique – tu veux faire quelque chose depuis suffisamment longtemps pour que ça soit devenu une partie de ton identité, mais jamais assez urgent pour que tu bloques du temps dessus.
Le problème n’est pas l’ambition. Le problème, c’est la dispersion qui ressemble à de l’ambition. Vouloir perdre du poids, mieux dormir, apprendre l’immobilier, lancer une chaîne YouTube, tout ça en même temps – c’est pas un plan, c’est une liste de souhaits. Et les listes de souhaits, ça prend la poussière.
Ce que la vraie cause des blocages en business a souvent en commun avec les blocages personnels, c’est exactement ça : pas un problème de compétence, un problème d’allocation de ressources – et surtout d’attention.
La roue de la vie comme outil de diagnostic, pas comme exercice de développement perso
Fin janvier 2025. Aurélie Gauthey se pose avec sa roue de la vie – un outil qu’elle utilise déjà dans ses accompagnements clients, avec une version adaptée au business appelée ‘roue du business’.
Huit domaines : santé, amour et couple, carrière et travail, développement personnel et spirituel, environnement et lieu de vie, famille et vie sociale, finances, loisirs et plaisir. Une note de 0 à 10 sur chacun. Sans tricher.
Ce qui ressort ? Deux zones dans le rouge : la santé (notamment le sommeil, un problème qui dure depuis vingt ans) et l’environnement de vie (une maison achetée avec enthousiasme, devenue rapidement un boulet logistique).
Ce que j’apprécie dans l’approche, c’est ce qu’elle ne fait pas avec cet outil. Elle n’essaie pas de tout corriger simultanément. Elle ne cherche pas le 10/10 partout – elle est explicite là-dessus :
« J’ai du mal à croire que sincèrement, si on se pose les vraies questions, si on est en amour avec soi même, si on se respecte, si on est qui on doit être véritablement… j’ai du mal à croire qu’on ait du 10 sur 10 partout. Il y a des périodes où je serai bien ici, moins ici. Ça s’appelle la vie. »
Voilà. La roue de la vie n’est pas un tableau de bord qu’il faut amener au vert. C’est un radar pour identifier où mettre son énergie ce trimestre. Nuance importante, surtout pour les entrepreneurs qui ont tendance à vouloir tout fixer en même temps (et c’est souvent là que ça coince).
La méthode des 90 jours appliquée – ce qui change vraiment par rapport à un plan d’action classique
La mécanique centrale de la méthode des 90 jours est moins spectaculaire que son résultat. Mais c’est justement pour ça qu’elle tient dans le temps.
Un trimestre. Un seul domaine prioritaire. Des créneaux bloqués dans l’agenda – non négociables. Des actions concrètes dans ces créneaux, pas des intentions.
Aurélie Gauthey a appliqué ça à son sommeil. Voici ce que ça a donné concrètement :
- Identifier une experte sur la santé du sommeil via son réseau et les réseaux sociaux
Ensuite, elle a acheté l’accompagnement. Bloqué des créneaux spécifiques dans son agenda pour suivre la formation. Utilisé ces créneaux pour noter ses progrès – ce qui avance, ce qui résiste. Pas de to-do list théorique. Un rendez-vous fixe avec elle-même sur le seul sujet qui compte ce trimestre.
En deux mois – elle le dit au moment de l’enregistrement – sa note sur la santé est passée de 2 à 5 sur 10. Sur un problème de sommeil qui traînait depuis deux décennies. Ce n’est pas de la magie. C’est du temps alloué à quelque chose de précis, de façon répétée, sans se faire déborder par le reste.
« J’ai mis tout mon focus sur la santé puis là tu vois, j’étais à deux sur ma roue ici et là je suis en train d’augmenter, je suis arrivée facilement à 5 en 2 mois. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Et c’est le problème – parce que la simplicité donne l’impression qu’on sait déjà. Mais savoir et faire, c’est pas la même chose, et c’est précisément là que la méthode des 90 jours joue son rôle.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu comprendre plus tôt – c’est que bloquer du temps dans un agenda, ce n’est pas de l’organisation. C’est de la priorisation rendue visible. La différence est énorme en pratique.
Si tu hésites encore sur comment choisir une formation ou un accompagnement qui vaut vraiment le coup, la logique est la même : ça ne sert à rien d’investir si t’as pas bloqué le temps pour le suivre.
L’effet domino que personne ne te montre dans les tutos productivité
Ce que la méthode des 90 jours produit d’intéressant, c’est pas juste l’objectif atteint. C’est ce que l’objectif atteint débloque ailleurs.
Aurélie Gauthey a vendu sa maison. Un an de vente en standby, un prix revu à la baisse, et une décision prise enfin. Ce qui a suivi – et c’est là que le récit devient presque trop bien ficelé pour être cru, sauf que c’est ce qu’elle raconte – c’est qu’en vendant la maison, elle a trouvé un appartement en quelques jours. Un appartement qu’elle cherchait depuis deux ans avant d’acheter la maison.
Et ce changement de lieu de vie, il va mécaniquement faire bouger d’autres curseurs sur sa roue : vie sociale (ses amis habitent loin, trop loin pour un café impromptu), loisirs, peut-être même carrière (plus proche d’une grande ville, plus d’opportunités).
« Quand tu mets ton focus au bon endroit, il peut te faire améliorer d’autres parts dans ta vie. C’est parce que j’améliore mon environnement qu’il augmente ma vie sociale, mes plaisirs, mes loisirs… ça peut augmenter plein d’autres choses. »
C’est exactement le problème avec les approches ‘tout en même temps’. Elles ratent les effets de cascade. En travaillant sur un seul domaine bien choisi – celui qui est le plus en tension dans ta vie en ce moment – tu crées une réaction en chaîne que tu n’aurais pas obtenue en grattant 10% partout.
Ce n’est pas un argument mystique. C’est de la physique élémentaire appliquée à l’organisation personnelle : la même énergie concentrée sur un point fait plus que dispersée sur dix.
La question, du coup, c’est : est-ce que tu sais quel est ton point de levier en ce moment ? Pas le truc le plus urgent. Le truc dont le mouvement va entraîner le reste.
méthode des 90 jours – ce que ça demande vraiment (et où ça peut planter)
Soyons honnêtes. La méthode des 90 jours n’est pas une recette miracle. Il y a des conditions pour qu’elle tienne.
Première condition : accepter de laisser tomber les autres objectifs pendant un trimestre. Pas les abandonner – les mettre en file d’attente. C’est là que la plupart craquent. On a l’impression de régresser, de ne pas traiter des trucs importants. C’est inconfortable. Et cette inconfort est précisément le signe qu’on est en train de faire le bon choix.
Deuxième condition : les créneaux bloqués doivent être non négociables. Pas ‘si possible’. Pas ‘quand j’aurai le temps’. Bloqués. Comme un rendez-vous client qu’on ne déplace pas. Aurélie Gauthey donne un exemple précis : tous les lundis matin de 10h à midi, consacrés à la santé et au sommeil. C’est ce niveau de concrétude qui fait la différence.
Troisième condition – et c’est la nuance qu’elle glisse presque en passant – la vie reste la vie. Un trimestre où tu focalises sur ta visibilité YouTube peut très bien être un trimestre où ton couple traverse une période difficile. Ça ne veut pas dire que la méthode échoue. Ça veut dire que tu es humain.
Ce que j’agace dans beaucoup de frameworks productivité, c’est qu’ils présentent des systèmes parfaits pour des vies parfaites. Là au moins, elle est claire : t’auras jamais tous tes indicateurs au vert en même temps. L’objectif n’est pas l’équilibre parfait – c’est le mouvement délibéré.
Et ça, combiné à une réflexion sur ce qu’on garde et ce qu’on élimine pour scaler, ça donne une approche qui tient vraiment dans la durée.
Appliquer la méthode des 90 jours à son business – pas seulement à sa vie perso
Aurélie Gauthey l’applique aussi dans ses accompagnements business, notamment dans son mastermind Manifest Limity. La logique est identique, les domaines changent.
Dans la roue du business qu’elle utilise avec ses clientes, on regarde ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins, on note de 0 à 10. Et on choisit l’un des points faibles – un seul – pour le trimestre à venir.
Elle donne un exemple concret : vouloir développer sa chaîne YouTube. Avec la méthode des 90 jours, ça donne quoi en pratique ? Trouver quelqu’un qui comprend l’algorithme YouTube. Déléguer les vignettes à quelqu’un qui sait faire. Bloquer un créneau hebdomadaire pour tourner les vidéos. Déléguer le montage. Et uniquement ça – pendant trois mois.
Le résultat attendu n’est pas juste ‘plus d’abonnés’. C’est une chaîne qui génère des prospects qualifiés, qui augmente la rétention client, qui libère du temps parce que la visibilité tourne toute seule. Un objectif business bien choisi avec la méthode des 90 jours peut faire bouger trois ou quatre autres indicateurs de la roue du business – et c’est ça l’intérêt.
C’est d’ailleurs exactement ce qu’explore la question de structurer sa croissance sans s’épuiser – le focus trimestriel est l’une des réponses les plus robustes à ce problème.
Mais bon – reste la question du prochain trimestre. Aurélie Gauthey annonce le sien : les investissements. Épargne, revenus passifs, sécurité financière. Un sujet qu’elle reportait depuis un moment. La méthode des 90 jours, c’est aussi ça : une file d’attente ordonnée plutôt qu’une liste de regrets.
Ce qui m’intéresse, et que l’épisode laisse un peu ouvert : comment on choisit l’objectif du trimestre suivant ? Est-ce qu’on suit mécaniquement le point le plus bas de la roue, ou est-ce qu’il y a une logique de séquence – travailler d’abord ce qui débloque le reste ? Parce que si briser son plafond de verre passe par une certaine clarté sur ses priorités, le choix de l’objectif trimestriel est lui-même une compétence à construire.











