Le marketing collaboratif a rapporté 3,1 millions d’euros à une seule personne – en 5 éditions d’un événement en ligne. Geneviève Gauvin, québécoise aux cheveux roses installée au coeur de l’entrepreneuriat francophone européen, ne vend pas du rêve quand elle balance ce chiffre. Elle décrit une mécanique. Celle du Bundle Ka-Ching, son événement signature qui a réuni jusqu’à 17 000 participants, construit sur une idée simple : on grandit plus vite ensemble que seul.
Ce qui est intéressant dans ce qu’elle dit – et qu’on entend rarement aussi clairement – c’est que le marketing collaboratif n’est pas une tactique de croissance rapide. C’est une philosophie qui tient à une conviction : la confiance ne s’achète pas, elle se partage. Et dans un marché saturé d’experts qui disent tous la même chose, emprunter la confiance de quelqu’un d’autre, c’est du bon sens, pas de la triche.
Aurélie Gauthey l’a reçue dans le podcast Née pour Impacter pour un épisode de 82 minutes sur la collaboration comme stratégie business. J’ai écouté. J’ai pris des notes. Et franchement, il y a des choses là-dedans que j’aurais aimé qu’on me dise en 2015 quand je couvrais les premières vagues d’infopreneurs français.
Pourquoi le marketing collaboratif est devenu vital – et pas juste tendance
Depuis 2020, le nombre d’infopreneurs, de coachs, d’experts en ligne a explosé. Geneviève Gauvin l’observe depuis 2013 côté anglophone, depuis 2018 côté francophone. Elle voit le résultat direct : les audiences ne savent plus à qui faire confiance.
« On parle tous des mêmes choses. Instagram a été disséqué dans tous les angles possibles, LinkedIn pareil. Il y a pas grand-chose qui se réinvente. Par contre, ce qui est plus unique à créer, c’est toujours des collaborations. »
Exactement. Et c’est là que le raisonnement devient intéressant.
Quand deux experts collaborent, ils ne mettent pas juste leurs audiences en commun. Ils mutualisent le lien de confiance qu’ils ont chacun bâti avec leur communauté. Pour l’audience, c’est un signal fort : si cette personne en qui j’ai confiance travaille avec untel, untel mérite mon attention. C’est du marketing collaboratif dans sa forme la plus pure – une validation croisée qui court-circuite les objections.
Elle cite l’exemple du film Barbie en 2023. Les Crocs Barbie, les événements Barbie, les collaborations partout. Deux marques qui mélangent leur essence pour créer un produit unique, collector, avec une rareté intrinsèque. (Ce que j’aurais pas pensé à comparer avec des sommets en ligne, mais c’est exactement ça en fait.)
Et il y a un troisième facteur qu’elle mentionne en passant mais qui mérite d’être souligné : la saturation publicitaire. Combiner les budgets pub de deux experts, c’est accéder à une portée que ni l’un ni l’autre n’aurait seul. Ce n’est pas de la synergie dans le sens bullshit du terme. C’est de l’arithmétique.
Ce que personne ne dit sur le marketing collaboratif à grande échelle
65 experts réunis sur une même plateforme. 17 000 inscrits. 9 mois de préparation parfois. Quand Geneviève Gauvin parle de ses sommets, les chiffres impressionnent. Mais ce qu’elle dit ensuite est plus révélateur que les chiffres.
« Quand on arrive à créer un gros spectacle, il faut qu’on anticipe les besoins de nos partenaires. Est-ce que c’est quels genre de média qui est le mieux pour eux ? Comment est-ce que je peux leur fournir pour que ça soit plus facile pour qu’au final ils aient moins besoin de se creuser la tête pour avoir plus d’énergie pour en faire la promotion. »
Ce que j’entends là, c’est une conception du marketing collaboratif qui est fondamentalement asymétrique dans l’effort – et intentionnellement. L’organisatrice travaille plus, pour que les panélistes travaillent moins, pour qu’ils convertissent mieux.
Sa méthode opérationnelle est simple. Quand elle coordonne 30 panélistes, elle ne gère pas 30 conversations individuelles. Un formulaire, une newsletter dédiée, des rappels systématiques, des dates partagées en amont. Elle appelle ça de la protection d’agenda. Moi j’appelle ça de la gestion de projet – mais la distinction entre les deux révèle quelque chose : elle ne se pense pas comme une marketeuse qui orchestre, elle se pense comme quelqu’un qui prend soin d’un collectif.
Et c’est là que la personnalité entre dans la stratégie. Elle a fait 13 ans de compétition de hip-hop en troupe. Du théâtre en groupe. Elle dit qu’elle n’a jamais aimé la compétition individuelle, que les jeux coopératifs lui correspondent. Ce n’est pas une anecdote – c’est la clé de lecture de tout son modèle business. La question, du coup, c’est : est-ce que le marketing collaboratif fonctionne pour tout le monde, ou seulement pour ceux qui ont cette psychologie-là ?
Trois formats de collaboration qui ne demandent pas 9 mois de travail
C’est Aurélie Gauthey qui pose le frein à ce moment de la conversation, et elle a raison de le faire. La majorité des gens qui écoutent ce genre d’épisode ne vont pas organiser un sommet à 17 000 inscrits dans les six prochains mois.
Geneviève Gauvin identifie trois formats accessibles :
- La co-création d’un produit ou webinaire avec un affilié qui en assure la promotion – partage des efforts, partage des revenus
Il y a aussi le bundle à deux : chacun apporte son offre existante, on crée un package combiné, on croise les listes. Moins de création, plus de marketing. Et enfin – et c’est souvent oublié – le contenu gratuit en collaboration : un live Instagram croisé, une interview podcast, un article co-signé. Aucun chiffre d’affaires direct, mais un accès à l’audience de l’autre qui vaut parfois plus qu’une campagne pub.
Ce podcast en est lui-même l’exemple. Aurélie reçoit Geneviève. Geneviève a parlé des challenges sur le podcast d’Aurélie au préalable. Échange de visibilité, partage de confiance. C’est du marketing collaboratif dans sa version la plus épurée – et la moins coûteuse en temps.
Si tu veux comprendre comment trouver le modèle qui te correspond vraiment avant de te lancer dans des collaborations tous azimuts, c’est une question préalable qui mérite d’être posée honnêtement.
Le marketing collaboratif comme miroir de qui tu es vraiment
Voilà ce que j’ai trouvé le plus tranchant dans cet épisode. Aurélie Gauthey fait une observation que Geneviève Gauvin ne contredit pas : les modèles de business qu’on choisit reflètent presque toujours ce qu’on aimait faire gamin.
« Ça vient rappeler de qui vous étiez plus jeune dans vos sports, dans vos valeurs, est-ce que vous aimez devant, derrière sur la scène, dans les coulisses ? Souvent c’est très révélateur de nos modèles de vente au final. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais la plupart des entrepreneurs que je connais ont passé des années à copier des modèles qui marchaient pour d’autres – challenges, masterclasses, tunnels – avant de réaliser que ça ne les correspondait pas du tout.
Geneviève Gauvin a 12 ans de recul là-dessus. Elle a commencé en anglais en 2013 avec un podcast sur le nomadisme digital en couple – projet qu’elle qualifie elle-même de spaghettis sur un mur. C’est en 2018, avec le podcast Les Vraies Affaires en français, qu’elle a trouvé son format : interviewer des gens, explorer des modèles différents, créer de la scène collective. Le marketing collaboratif n’est pas arrivé comme une stratégie. Il est arrivé comme la conséquence naturelle de qui elle est.
Ce qui m’agace dans beaucoup de contenus sur le marketing d’affiliation, c’est qu’on parle de taux de commission et de tracking pixels avant de parler de ça. Avant de choisir ses partenaires, il faut savoir si tu es quelqu’un qui s’épanouit dans la co-construction ou si tu es quelqu’un qui a besoin de contrôle total sur son produit. Les deux sont valides. Choisir l’audace et l’intuition plutôt que les conseils extérieurs s’applique aussi ici : ce n’est pas parce que le marketing collaboratif marche pour Geneviève Gauvin qu’il marche pour toi.
Choisir ses partenaires : la partie objective et la partie qui ne l’est pas
La question des critères de sélection arrive à la fin de la transcription disponible – et Geneviève Gauvin commence à y répondre en distinguant une partie personnelle et une partie objective. La transcription s’arrête là. Ce qui est frustrant, parce que c’est exactement la partie qui intéresse le plus.
Mais ce qu’on a déjà suffit à construire quelque chose. Sur la partie personnelle : est-ce que les valeurs s’alignent ? Pas dans le sens vague du terme, dans le sens concret – est-ce que cette personne traite ses clients comme tu traites les tiens ? Est-ce que son rapport à l’argent, à la visibilité, à la transparence est compatible avec le tien ?
Geneviève Gauvin mentionne quelque chose de révélateur sur sa propre réputation : son audience est à 75% européenne et française, malgré un accent québécois assumé et une image de marque très colorée – cheveux roses, ongles longs, discours cash sur l’argent et l’abondance. Des choses qu’on lui a dit n’être « pas très communes » dans l’espace francophone européen. Elle s’en fiche. Et c’est précisément cette cohérence entre ce qu’elle projette et ce qu’elle défend qui attire les collaborateurs qui lui ressemblent.
Sur la maturité émotionnelle – un point qu’elle soulève et que je trouve sous-estimé dans toutes les conversations sur le marketing collaboratif : travailler avec beaucoup d’humains sur des projets longs, ça travaille la patience. Pas la patience au sens zen du terme. La patience opérationnelle – anticiper les rythmes différents, ne pas réagir quand quelqu’un livre en retard, comprendre que tout le monde n’a pas d’assistant pour gérer ses deadlines.
« C’est maintenant que je réagis moins à certains comportements parce que je suis comme « ah, je sais exactement qu’est-ce qui s’est passé » ou j’ai mis en place certains mécanismes ou stratégies pour que ça arrive pas du tout. »
Ça, c’est douze ans d’expérience condensés en une phrase. Et personne ne te le dit au début.
C’est d’ailleurs souvent là que ça plante dans les premières collaborations : on choisit quelqu’un pour ses chiffres ou sa notoriété, sans vérifier si on peut bosser ensemble humainement. Le marketing collaboratif demande une compatibilité opérationnelle autant qu’une compatibilité d’image. Le pouvoir des mots dans les relations professionnelles joue un rôle central dans cette dynamique – une collaboration qui déraille commence presque toujours par un malentendu de communication, pas par un désaccord stratégique.
L’introversion cachée des gens très visibles
Un aparté qui vaut son pesant d’or dans cet épisode – et qui n’a rien à voir avec le marketing collaboratif en surface, mais tout à voir en profondeur.
Aurélie pose une question non prévue : comment Geneviève se sent quand elle arrive dans une salle pleine de monde où elle n’est pas la conférencière ? La réponse est sans détour.
« Si c’était moi qu’il faudrait que j’aille parler aux autres personnes puis leur dire « salut, on peut-tu parler genre enchanter », ça me vira à l’envers. Je me sens pas bien, puis je suis comme « non, les gens ils vont penser quoi ? » Puis je retombe dans toutes mes patterns de qu’est-ce que les gens vont dire. »
Ce que ça dit sur le marketing collaboratif, c’est que la structure d’une collaboration bien construite – sommets, bundles, podcasts croisés – résout un problème d’introversion autant qu’un problème de croissance. Quand les gens viennent te voir parce que tu as créé la scène, tu n’as plus à briser la glace. C’est la scène qui travaille pour toi.
Et ça explique aussi pourquoi elle anticipe autant les besoins de ses partenaires : quelqu’un qui sait ce que ça coûte émotionnellement de se mettre en avant va naturellement réduire les frictions pour les autres. Ce n’est pas de l’altruisme pur. C’est de l’empathie appliquée à la stratégie.
Ce rapport complexe entre visibilité assumée et sensibilité réelle est un fil rouge de beaucoup d’entrepreneures que j’observe. La peur d’être vue et le perfectionnisme peuvent bloquer des collaborations avant même qu’elles commencent – si tu te reconnais là-dedans, c’est un angle à creuser avant de te demander quel format de collaboration choisir.
Mais il y a une limite réelle au modèle qu’elle décrit, et je vais l’assumer : le marketing collaboratif tel que Geneviève Gauvin le pratique demande un actif préalable. Une liste email existante, une audience construite, une réputation dans un écosystème. Pour quelqu’un qui démarre à zéro, la question n’est pas « avec qui collaborer » mais « comment construire assez de crédibilité pour que quelqu’un veuille collaborer avec moi ». C’est un angle mort de l’épisode – mais un angle mort honnête à nommer.
Pour ceux qui stagnent et cherchent à franchir un palier, les vraies raisons d’un plafond de croissance financière éclairent souvent pourquoi les collaborations ne décollent pas – et ce n’est presque jamais une question de stratégie en premier lieu.
Le marketing collaboratif ne remplace pas un positionnement solide. Il l’amplifie. Ce n’est pas la même chose.











