gestion émotionnelle entrepreneur

56. Garder le cap quand tout part en vrille : gestion émotionnelle, stress & décisions difficiles d’une entrepreneure

Épisode diffusé le 22 avril 2025 par Aurélie Gauthey

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La gestion émotionnelle entrepreneur – ce truc dont tout le monde parle et que personne ne montre vraiment – Aurélie Gauthey l’a exposée en pleine lumière dans un épisode de podcast enregistré le soir même, depuis son canapé, encore sous le choc d’une journée qui l’avait roulée dessus. Pas reconstituée le lendemain. Pas reformulée pour que ce soit présentable. En direct, avec la voix qui vacille et les phrases qui partent dans tous les sens.

C’est ça qui est intéressant. Pas la méthode. Pas les trois étapes pour rebondir. La réalité brute d’une cheffe d’entreprise qui gère une équipe, des clientes, des lancements, et qui, un mardi soir à 19h42, se retrouve à scroller Instagram en comparant sa fatigue à la façade zen des autres coachs.

Aurélie Gauthey, c’est huit ans de business, un accompagnement qui tourne, une communauté Telegram de plus de 500 personnes, et un diplôme de la liberté décerné par 40 entrepreneurs. Elle n’est pas débutante. Et c’est précisément pour ça que son témoignage casse quelque chose.

Parce que l’idée qu’à un certain niveau de maturité on ne vacille plus – c’est un mensonge confortable. Et cette journée-là l’a prouvé.

La journée qui devait être parfaite

Tout avait commencé comme un bon épisode de podcast de croissance. Aurélie avait annoncé deux jours avant sur son canal Telegram qu’elle allait passer une super journée – une pulsation trimestrielle avec son bras droit, ce format de revue complète où on passe en revue les pôles de l’entreprise, les urgences, la vision, les projets long terme.

Elle était prête. Impatiente. Elle avait des idées.

Neuf heures du matin, la réunion commence. Elle devait finir à midi. Elle s’est terminée à 13h30.

« Une chose en entraînant une autre, je me suis retrouvée avec des nouvelles moins agréables sur certaines choses, des doutes, des gros imprévus. Et là je me disais : waouh, qu’est-ce qui se passe ? »

Ce qui me frappe là-dedans, c’est la vitesse à laquelle une journée structurée peut se transformer en avalanche. Pas un problème. Plusieurs, en cascade, qui s’alimentent les uns les autres.

Après la pulsation : une cliente en mentoring sur son offre de vente. Puis un rendez-vous avec les coachs de son accompagnement. Des décisions à prendre. Des membres d’équipe à prévenir. Des changements de dernière minute. Un challenge qui se prépare. Une masterclass cet été. Le challenge de septembre.

Elle a arrêté à 18h30 – elle qui finit normalement à 16h30. Et elle décrit ce qu’elle ressent à ce moment-là d’une façon que j’aurais pas trouvée moi-même :

« J’avais la tête qui tourne comme si j’avais bu de l’alcool. Je buvais avant mais je me suis arrêtée depuis mes 20 ans. C’est vraiment une sensation très étrange. »

L’ivresse mentale. Sans alcool. C’est ça le surcharge cognitive – et la gestion émotionnelle entrepreneur commence là, à ce moment précis où le cerveau envoie le signal que le seuil est atteint.

Ce que font les mains quand la tête lâche

Voilà la partie la plus honnête de l’épisode. Et de loin la plus utile pour comprendre la gestion émotionnelle entrepreneur dans ce qu’elle a de concret.

Aurélie s’assoit sur son canapé. Elle a pris une douche pour se recentrer. Et là, au lieu de couper, elle commence à trifouiller. C’est le mot qu’elle utilise – trifouiller.

« Je me suis assise, j’ai commencé à regarder toutes mes todo list. Ah puis ça je l’ai déjà fait, et puis ça il faut que je le fasse, puis ça je l’ai pas fait. Je me suis mis à regarder mon agenda avec tous mes rendez-vous. Je me suis mis à regarder les réseaux sociaux. Ça c’est le truc à pas faire. »

Vingt minutes à sauter de Snap à Instagram, d’Instagram à YouTube. À regarder les stories. À se comparer.

Ce comportement – cette compulsion à tout vérifier quand l’énergie est au sol – c’est pas un manque de discipline. C’est une réponse classique au stress non évacué. Le cerveau cherche du contrôle là où il n’y en a plus. Du coup il vérifie. Il scanne. Il compare. Et il aggrave.

(C’est exactement pour ça que la comparaison sur les réseaux sociaux fait autant de dégâts dans ces moments-là – on voit la façade des autres, jamais leur 19h42 à eux.)

Le truc, c’est qu’Aurélie s’en rend compte en temps réel. Elle se voit faire. Et c’est cette conscience – pas la discipline, pas la méthode – qui lui fait poser le téléphone et enregistrer l’audio.

La décision de ne pas décider

Un des trucs les plus contre-intuitifs qu’elle dit dans cet épisode – et franchement, la plupart des entrepreneurs passent à côté – c’est que la vraie décision ce soir-là, c’était de ne pas décider.

Pas parce qu’elle avait le luxe d’attendre. Parce qu’elle avait assez de recul pour comprendre que travailler dans une énergie déstabilisée, c’est partir d’un espace pourri.

Sa semaine était blindée. Le lendemain : deux interviews, un épisode de podcast, une masterclass avec ses clientes de l’Académie, deux séances de mentoring individuel. Mercredi : pulsation complète, zéro slot libre. Jeudi : intervention chez le dentiste. Vendredi : idem, hors course.

Elle regarde ce calendrier et elle ne panique pas. Elle tranche :

Ce n’est pas une question de vie ou de mort. Ce n’est jamais une question de vie ou de mort. Et travailler ce soir dans cet état reviendrait à empirer les problèmes, pas à les résoudre.

Cette posture – couper délibérément plutôt que forcer – c’est ce qui distingue la gestion émotionnelle entrepreneur mature de la réaction instinctive. Et ça s’apprend. En huit ans de business, selon elle. Pas avant.

(Ce qui pose une vraie question : est-ce qu’on peut accélérer ce apprentissage, ou est-ce que certaines choses ne s’intègrent qu’avec le temps et les cicatrices ?)

La cheffe d’entreprise et la femme – deux émotionnels à gérer en même temps

Il y a un moment dans l’épisode où Aurélie dit quelque chose que j’ai relu deux fois.

Elle décrit avoir dû prendre des décisions difficiles ce jour-là – prévenir des membres d’équipe, trancher sur des changements pas prévus. Et elle explique le double flux émotionnel que ça génère :

« Il faut gérer ton émotionnel de femme. Il faut gérer l’émotionnel du chef d’entreprise qui se dit ça c’est pas possible, qu’est-ce qu’on va faire là. Il faut gérer l’émotionnel de ton équipe. Il faut trouver des solutions, il faut passer à l’action, il faut être rapide. »

Et après, dans les heures qui suivent, elle se retrouve à vérifier Slack toutes les cinq minutes. Est-ce que la personne a répondu. Qu’est-ce qu’elle va penser. Comment elle va prendre la nouvelle.

C’est ça, l’hypersensibilité en contexte entrepreneurial. Pas juste être touché par les choses – être touché par les réactions des autres à tes décisions. Ce double niveau de charge émotionnelle, c’est épuisant d’une façon que les frameworks de management ne captent pas.

Elle le dit clairement : à un moment donné, il faut dissocier. Pas anesthésier. Dissocier. Se mettre dans la posture de cheffe d’entreprise – factuelle, decisionnelle – tout en restant aussi humaine que possible dans la façon de l’annoncer.

Et ensuite – et c’est là que beaucoup craquent – accepter que les personnes réagiront comme elles réagiront. Parce que si demain l’entreprise a des problèmes, c’est ni l’équipe ni les clientes ni les copines qui viendront changer ça. C’est elle.

Cette lucidité-là, elle ne s’invente pas. Elle se construit – souvent dans des paliers de croissance qui ressemblent à du chaos de l’extérieur.

La gestion émotionnelle entrepreneur ne ressemble pas à ce qu’on vous vend

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu lire dans un article il y a dix ans – c’est que la gestion émotionnelle entrepreneur n’est pas une compétence qu’on acquiert une fois pour toutes.

C’est pas un état stable. C’est une pratique quotidienne, qui vacille, qui régresse, qui reprend.

Aurélie a huit ans de business. Un accompagnement structuré. Une équipe. Et elle se retrouve quand même à scroller Instagram en se comparant à des gens peut-être en train de vivre leur pire semaine derrière des stories parfaites.

Ce qui a changé en huit ans, c’est pas qu’elle ne vacille plus. C’est qu’elle se voit vaciller plus vite. Et qu’elle sait quoi faire avec ça.

Concrètement, ce soir-là, le protocole était simple – presque banal : finir l’audio. Cuisiner tranquillement. Regarder Marie au premier regard en commentant avec ses copines. Allumer des bougies et un feu de cheminée. Mettre de la musique.

Pas méditer. Pas journaliser. Pas faire une liste de gratitude. Juste – sortir de la tête et mettre quelque chose qui nourrit.

Ça, c’est la gestion émotionnelle entrepreneur dans sa version honnête. Pas la version Instagram.

Et le lendemain matin, elle avait des interviews et une autre énergie. Pas parce qu’elle avait résolu quoi que ce soit. Parce qu’elle avait arrêté d’essayer de tout résoudre le soir même.

Ce que ça dit sur le rapport à l’authenticité en business

Il y a un aparté dans l’épisode que j’ai trouvé plus révélateur que le reste. Aurélie explique qu’elle avait d’abord eu l’intention de réenregistrer le lendemain ce qu’elle avait vécu – pour que ce soit plus posé, plus propre, plus transmissible.

Et elle a décidé de ne pas le faire.

Pas par défi ou pour performer la vulnérabilité. Parce que réenregistrer une émotion après qu’elle soit passée, c’est déjà la trahir. L’authenticité – la vraie – c’est pas choisir d’être vulnérable. C’est arrêter de corriger.

Depuis un an, elle dit qu’elle a basculé dans une logique différente : plus « qu’est-ce qu’il faut faire pour que ce soit bien », mais « qu’est-ce qui me nourrit et qu’est-ce que j’ai envie de transmettre ». Plus de posts formatés sur les réseaux. Que des stories et des contenus forts qu’elle a envie de partager.

C’est une posture qu’on observe chez des entrepreneurs qui ont dépassé le stade de la croissance forcée – et qui rejoint ce qu’elle explorait déjà dans les coulisses sans filtre de son quotidien de CEO. Clairement, ça ne s’improvise pas. Et ça ne fonctionne que si le business tourne déjà – elle est la première à le dire.

Mais il y a quelque chose de libérateur dans l’idée qu’après huit ans, on peut arrêter de se demander si c’est marketing ou pas. Et juste – transmettre ce qui est juste.

C’est d’ailleurs ce qui donne envie d’aller plus loin sur la question de la liberté incarnée versus la prison dorée que beaucoup construisent sans s’en rendre compte.

Ce qu’on peut retenir – sans faire semblant que c’est simple

Aucune liste en trois points ici. Ce serait trahir l’épisode.

Mais il y a des choses concrètes qui ressortent de cette journée racontée en temps réel, et qui concernent la gestion émotionnelle entrepreneur dans ce qu’elle a de moins théorique :

  • L’ivresse mentale – cette sensation de tête qui tourne sans alcool – c’est un signal physiologique réel. Pas une métaphore. Quand il arrive, continuer à travailler ne résout rien et coûte beaucoup.

Reconnaître ses propres comportements de stress – trifouiller, scroller, vérifier Slack en boucle – c’est plus utile que n’importe quelle technique de régulation. Parce qu’on ne peut pas interrompre ce qu’on ne voit pas.

La dissociation entre la femme et la cheffe d’entreprise – pas pour anesthésier, mais pour décider – c’est une compétence. Elle s’apprend. Elle prend du temps. Et elle ne supprime pas l’hypersensibilité, elle lui donne un cadre.

Couper délibérément, même quand la semaine est blindée et que les problèmes ne sont pas résolus, c’est souvent la décision la plus stratégique. Partir d’un espace pourri – comme elle dit – ne produit que des décisions de mauvaise qualité.

Et enfin – ce point-là est sous-estimé – permettre aux autres de réagir comme ils réagissent sans en faire une urgence personnelle. C’est peut-être la partie la plus dure de la gestion émotionnelle entrepreneur pour les profils hypersensibles. Et la plus nécessaire.

Est-ce que ça se résume en une méthode ? Non. Est-ce que ça se travaille dans un accompagnement structuré ? Probablement – et c’est exactement le genre de terrain qu’explore aussi la question de l’auto-sabotage et des peurs de réussir, qui souvent se cachent derrière les tempêtes émotionnelles.

Ce soir-là, Aurélie Gauthey a allumé ses bougies et regardé sa télé. Le lendemain, elle avait des interviews. La gestion émotionnelle entrepreneur, des fois, ça ressemble à ça.

Questions fréquentes

Comment gérer ses émotions quand on est entrepreneur et que tout part en vrille ? +
La gestion émotionnelle entrepreneur ne repose pas sur une méthode en trois étapes. Elle commence par reconnaître ses propres signaux de saturation - l'ivresse mentale, le réflexe de tout vérifier, le scrolling compulsif. Une fois ces comportements identifiés, la décision la plus efficace est souvent de couper délibérément : ne pas travailler dans un état émotionnel dégradé, même si la semaine est chargée. Les décisions prises depuis un espace épuisé coûtent plus cher que celles reportées au lendemain.
Est-ce normal de se sentir débordée émotionnellement même après plusieurs années de business ? +
Oui, complètement. Aurélie Gauthey, qui a huit ans d'entrepreneuriat derrière elle, décrit une journée de surcharge émotionnelle intense dans cet épisode. Ce qui change avec l'expérience, ce n'est pas l'absence de tempêtes - c'est la capacité à les repérer plus vite et à s'arrêter avant d'aggraver la situation.
Comment prendre des décisions difficiles dans son entreprise sans se laisser submerger par l'émotion ? +
La gestion émotionnelle entrepreneur dans le contexte des décisions difficiles passe par ce qu'Aurélie appelle la posture de cheffe d'entreprise : distinguer la femme (qui ressent, qui a peur d'être mal perçue) de la dirigeante (qui doit trancher pour la santé du business). Ça ne supprime pas l'empathie - ça l'encadre. Et ça implique d'accepter que les autres réagiront comme ils réagiront.
Faut-il montrer ses émotions quand on est entrepreneur ou coach sur les réseaux sociaux ? +
Pas forcément tout montrer - mais ne pas tout corriger non plus. Aurélie distingue l'authenticité performée (filmer sa vulnérabilité pour l'effet) de l'authenticité réelle (ne pas réécrire ce qu'on a vécu pour le rendre plus présentable). Sur les réseaux, elle a choisi de ne partager que ce qui la nourrit vraiment - pas de format imposé, pas de fréquence forcée.
Quels sont les signes physiques du surmenage émotionnel chez un entrepreneur ? +
Aurélie décrit une sensation d'ivresse mentale - tête qui tourne, impression de ne plus être ancrée - sans avoir consommé d'alcool. C'est un signal corporel réel de surcharge cognitive et émotionnelle. D'autres signes : incapacité à prioriser, comportements compulsifs comme vérifier ses mails ou ses réseaux en boucle, et difficulté à finir une tâche sans en commencer trois autres.
Comment la gestion émotionnelle entrepreneur s'améliore-t-elle avec le temps ? +
Elle s'améliore principalement par la conscience de soi - apprendre à se voir dans ses comportements de stress avant qu'ils s'aggravent. Selon Aurélie, ce travail sur la sécurité intérieure lui a pris plusieurs années. Ce n'est pas linéaire : les tempêtes reviennent, mais l'écart entre le déclenchement et la décision de couper se réduit progressivement.

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