L’entrepreneuriat féminin authentique a un problème. Pas un problème de visibilité, pas un problème de stratégie. Un problème de cases. Aurélie Gauthey, 41 ans, fondatrice du podcast et mouvement Née pour impacter, a mis 24 ans à formuler exactement ça – et le 21 octobre 2025, elle a déposé une marque pour le dire haut et fort.
Ce que j’ai trouvé intéressant dans cette heure de live, c’est pas le lancement en lui-même. C’est ce qui se joue en dessous. Une femme qui a connu la rue à 17 ans, après des violences conjugales, qui génère aujourd’hui plus de 4 millions d’euros de chiffre d’affaires, et qui passe une matinée à pleurer parce qu’elle réalise qu’elle construisait encore depuis un lieu de combat. Pas de victoire. De combat.
Et du coup – enfin, c’est ma lecture – le mouvement Liberté Indécente n’est pas vraiment un programme coaching. C’est une thèse sur ce qui coince dans les accompagnements entrepreneuriaux actuels.
Ce que personne ne dit sur l’entre-deux de l’entrepreneuriat féminin authentique
Voilà le diagnostic qu’Aurélie pose avec une précision chirurgicale : il existe des programmes pour les débutantes, et des masterminds à 10 000, 20 000, 30 000 euros pour les entrepreneuses aguerries. Entre les deux, c’est le vide.
Tu fais déjà 3 000, 5 000, peut-être 10 000 euros par mois. Tu n’es plus une débutante. Mais tu n’as pas non plus 20 000 euros à sortir pour un mastermind d’élite où tu ne seras pas coachée par la mentor elle-même, juste par ses assistantes. Et tu te retrouves seule face à des vidéos de formation que tu n’arrives plus à regarder.
«Je générais déjà 3 à 5000 € par mois et j’étais dans des espaces où j’étais seule face à des heures de vidéos sans fin et je savais pas ce que je devais choisir comme modèle. Je devais tout décider toute seule sans mouvement, sans miroir, sans vrai retour.»
C’est exactement le problème. Et franchement, ça décrit l’expérience de la majorité des entrepreneuses qui passent leur premier palier.
Ce que j’ai noté, c’est que cette critique n’est pas nouvelle dans le secteur. Mais Aurélie y ajoute une couche que les autres évitent soigneusement : le problème n’est pas juste structurel, il est identitaire. Les espaces existants t’obligent à choisir entre être stratégique ou être intuitive, entre être ambitieuse ou être en paix. Entre le Yin et le Yang, comme elle dit. Et si tu veux être les deux – et que tu le revendiques – tu passes pour quelqu’un de trop compliqué. Tu déranges.
Sur les signaux d’épuisement liés aux modèles de vente, Aurélie avait déjà posé des bases similaires. Ici, elle va plus loin.
De la rue au mouvement : ce que la trajectoire d’Aurélie Gauthey change à l’équation
17 ans. Restaurant du Cœur. Violences conjugales dans la famille. Le genre d’origine qu’on évite de mentionner dans les bios LinkedIn.
Aurélie ne l’évite pas. Elle en fait le cœur de son positionnement – mais pas de la façon victimaire qu’on voit souvent dans le marketing émotionnel. Ce qui est intéressant, c’est sa relecture de ce parcours :
«En réalité, j’étais encore dans un espèce de combat pour prouver que malgré la rue, j’étais vivante. Et liberté indécente, bah c’est celui qui me redonne un élan mais pas l’élan du combat.»
Dit comme ça, ça a l’air simple. Ça l’est pas du tout.
Ce shift – passer de l’élan du combat à l’élan de la liberté – c’est ce qu’elle appelle «lâcher les loyautés invisibles». Ces croyances enfouies : il faut travailler dur, il faut prouver, il faut mériter, je dois contrôler. Des programmes hérités qui tournent en arrière-plan et qui façonnent silencieusement les décisions business.
Elle a investi près de 200 000 euros dans des masterminds et formations depuis ses débuts (c’est elle qui le dit, et ça donne le vertige). Et ce qu’elle a compris, c’est que le ROI de ces investissements était sabordé par ces loyautés invisibles – pas par un manque de stratégie. Tu peux avoir la meilleure méthode de lancement du marché. Si tu la déploies depuis un lieu de peur ou de compensation, les résultats ne suivront pas.
La question que ça pose – et que je me pose aussi – c’est : à quel moment le travail intérieur précède le travail business, et à quel moment il devient une façon d’éviter le business ? Frontière floue.
Liberté Indécente : l’entrepreneuriat féminin authentique à 297 euros par mois
C’est là que ça devient vraiment subversif.
Dans le live, elle provoque son audience sur le prix. Les gens proposent 5 000 euros, 12 500 euros, 15 000 euros. Et elle annonce : 297 euros par mois, sans engagement.
«Vous savez pourquoi on m’a dit de pas le faire ? D’autres entrepreneurs m’ont dit Aurélie, c’est pas bon pour ton entreprise de faire ça. Je vais vous laisser la liberté de venir ou de partir quand vous voulez.»
Voilà. Le marché du coaching haut de gamme fonctionne sur l’enfermement contractuel. Tu signes pour 6 mois, 12 mois. Le sans-engagement est quasi inexistant au-dessus de 200 euros mensuels. Aurélie casse ça volontairement – et on lui a dit que c’était une erreur commerciale.
Ce qui est intéressant dans ce choix : il est cohérent avec la proposition de valeur. Tu vends la liberté, tu vends à l’abonnement libre. C’est du business construit sur l’intuition plutôt que sur les règles du marché. Le risque est réel – le taux de churn peut être brutal sur ce modèle – mais l’alignement est parfait.
Concrètement, ce que comprend l’offre : une séance hebdomadaire de coaching collectif animée par Aurélie elle-même (pas ses assistantes), un atelier mensuel d’1h30 avec une experte externe sur des thématiques variées (organisation, rapport à l’argent, prise de parole, branding…), un salon privé entre membres, et des rencontres en présentiel chaque trimestre. La première à Montpellier, fin novembre 2025.
Le programme est réservé aux entrepreneuses qui ont déjà des clientes et du chiffre d’affaires. Sur candidature. Pas de débutantes, pas de personnes qui font un million non plus. L’entre-deux revendiqué.
Quand l’entrepreneuriat féminin authentique rencontre le marketing émotionnel
Soyons honnêtes deux secondes.
Ce live est un lancement. Un vrai lancement commercial, avec ses codes : le storytelling personnel poussé, l’urgence implicite, les «oui» demandés dans le chat, les questions ouvertes («à votre avis, quel est le prix ?»). Aurélie maîtrise ces techniques, elle les enseigne depuis des années.
Ce que je refuse de faire, c’est de résumer ça à «du marketing émotionnel». Parce que le fond tient. L’analyse du marché tient. Le pricing cassé tient. Et surtout – ce qui m’a arrêté dans la transcription – la lucidité sur ses propres mécanismes tient.
Elle parle de ses clientes qui viennent lui dire qu’elles ont un problème de page de vente, et elle répond que ce n’est pas ça le vrai blocage. C’est qu’elles ne s’autorisent pas à briller plus grand. (Ce qui est rare dans le secteur – la plupart des coachs restent sur le symptôme parce que c’est plus simple à traiter et à facturer.)
La limite que j’aurais tendance à pointer : cette promesse de «tu n’as plus à choisir, tu peux être tout» est séduisante, mais elle peut aussi devenir une forme d’excuse pour ne pas faire les arbitrages douloureux que demande la croissance. Être atypique et multipotentielle, c’est réel. Mais parfois, la dispersion se cache derrière la revendication d’identité complexe. Et ça, le programme ne semble pas l’adresser directement.
Sur la posture de leader et la sécurité intérieure, elle avait d’ailleurs eu des formulations plus nuancées sur ce point.
L’entrepreneuriat féminin authentique ne se construit pas sur la performance
Ce qui ressort le plus du live – et c’est là où je pense qu’Aurélie touche quelque chose de réel – c’est cette fatigue du toujours plus.
Elle décrit une trajectoire que beaucoup d’entrepreneuses reconnaîtront : tu t’es lancée pour être libre, gérer ton temps, profiter de ta vie. Et trois ans plus tard, tu manges devant ton écran, tu culpabilises d’être avec ta famille parce que tu penses au travail, et tu culpabilises d’être au travail parce que tu penses à ta famille.
«Tu te culpabilises de pas être avec ta famille. Et quand tu es en off, tu ne penses qu’au travail parce qu’aujourd’hui tu es encore attachée à des loyautés invisibles.»
C’est précis. Trop précis pour être uniquement du copywriting.
Le mouvement Liberté Indécente fait le pari que la croissance business et la légèreté ne sont pas incompatibles – que tu peux signer plus de clientes, générer plus de revenus, créer plus d’impact, sans forcer et sans t’épuiser. La formule est belle. Le défi, c’est qu’elle demande un changement d’identité profond, pas juste une nouvelle stratégie de contenu.
Et un changement d’identité, ça prend du temps. Souvent plus que ce qu’on annonce dans un lancement. Les résultats les plus intéressants de ce type de programme se voient à 18 mois, pas à 3. Ce qu’on ne dit jamais dans les lives de lancement.
Sur ce que ça implique de revenir aux fondations quand tu fais déjà des millions, Aurélie avait été plus directe sur la durée réelle du processus.
Un modèle qui bouscule l’entrepreneuriat féminin authentique en francophonie
Trois ans de podcast, un bestseller, 4 millions générés, 200 000 euros investis en formation. Ce sont les données que pose Aurélie comme socle de crédibilité. Elles sont vérifiables – ou en tout cas, personne dans le secteur ne les conteste publiquement.
Ce qu’elle construit avec Liberté Indécente ressemble à un hybride que le marché francophone n’avait pas encore vu : la profondeur d’accompagnement d’un coaching individuel (elle coache elle-même, chaque semaine), la dynamique de groupe d’un mastermind, les rencontres en présentiel d’une communauté physique, le tout à un tarif mensuel sans engagement qui rendrait n’importe quel business coach classique blême.
Le modèle est risqué. Mais cohérent. Et dans un marché du coaching saturé par des programmes à 997 euros avec 47 modules vidéo que personne ne regarde jusqu’au bout – l’entrepreneuriat féminin authentique mérite peut-être mieux que ça.
La question que je pose, et que je laisse ouverte : est-ce que l’audace du prix à 297 euros attire vraiment les entrepreneuses qui ont les épaules pour bénéficier de ce type d’accompagnement ? Ou est-ce que le tarif bas filtre dans le mauvais sens, en écartant celles qui n’investissent que ce qu’elles valorisent vraiment ?
Ce que tu peux faire tout de suite, si ce positionnement te parle : regarder aussi ce qu’elle dit sur les blocages cachés derrière le perfectionnisme, et comment l’espace d’abondance se construit réellement. Les deux épisodes posent des fondations à ce que Liberté Indécente propose de construire ensemble.











