entrepreneuriat féminin authentique

LIBERTÉ INDÉCENTE : Atypique , multipotentielle, sensible… Et si tu n’étais pas faite pour rentrer dans une case ?

Épisode diffusé le 15 octobre 2025 par Aurélie Gauthey

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L’entrepreneuriat féminin authentique, ca fait des années qu’on en parle. Et pourtant, Aurélie Gauthey – mentor business depuis 2017, 4000 entrepreneurs accompagnées – pose un diagnostic qui gratte : la plupart des femmes qui réussissent aujourd’hui l’ont fait en se divisant. En choisissant une version acceptable d’elles-mêmes. En appliquant des templates, des modèles de vente, des stratégies pensées pour quelqu’un d’autre. Et quelque part en chemin, elles se sont éteintes un peu.

Dans un épisode de son podcast Née Pour Impacter, elle lance ce qu’elle appelle le mouvement Liberté Indécente. Neuf mois de conception en coulisses. Un pari clair : on peut être performance et slow, visionnaire et ancrée, ambitieuse et vulnérable – sans avoir à trancher. Ce papier n’est pas un résumé de l’épisode. C’est une tentative de comprendre ce que ce discours dit sur l’état réel du coaching business féminin en 2025.

Ce que les chiffres d’Aurélie Gauthey ne disent pas

Quatre mille entrepreneurs. Huit ans. Ce sont les deux chiffres qu’elle pose d’entrée, comme un contrepoint à ce qu’elle va ensuite raconter. Parce que le paradoxe est là, et il est intéressant : elle a généré des résultats concrets pour des centaines de clientes, et c’est précisément ça qui lui a permis de voir le problème.

Le problème, c’est pas le chiffre d’affaires. C’est ce qu’il cache.

Tu avances, tu lances, tu gères, tu sautes du coca, tu tiens et parfois sans même t’en rendre compte, tu t’éteins un peu à certains endroits. Tu t’oublies à certains endroits. Mais pourquoi j’ai créé tout ça ? Parfois, je ne sais plus.

Cette phrase-là, c’est pas du copywriting. C’est trop précis pour ça, trop inconfortable.

Ce qu’elle décrit – cette entrepreneuse qui a des clients, du chiffre, des formations suivies, et qui pourtant ne vibre plus – correspond à quelque chose de réel que j’ai vu plusieurs fois dans des profils que j’ai interviewés pour des médias spécialisés. Des femmes qui ont construit quelque chose de solide sur des bases qui ne leur ressemblaient pas vraiment. Et qui s’en rendent compte trop tard, quand le modèle commence à craquer.

La question c’est : est-ce que ce constat suffit à justifier un nouveau mouvement ? Ou est-ce qu’on est en train de mettre du vocabulaire spirituel sur un problème de positionnement marketing ?

Le vrai grief contre l’entrepreneuriat féminin authentique tel qu’il se pratique

Aurélie Gauthey fait un truc rare dans cet épisode : elle s’attaque à son propre secteur. L’entrepreneuriat féminin authentique, selon elle, s’est enfermé entre deux extrêmes qui finissent tous les deux par trahir les femmes qui y participent.

D’un côté, la performance à tout prix. Les chiffres, les lancements, les records de CA mis en avant comme preuves de valeur. De l’autre, le slow business – ce mot qu’on voit partout depuis 2022 – qui peut finir par étouffer de vraies ambitions sous un discours de légèreté forcée.

Ce slow qui parfois vient étouffer tes véritables ambitions, vient étouffer ce que tu veux partager au monde parce que non, il faut rester flow.

Voilà. C’est exactement le problème.

Ce qu’elle pointe, c’est que les deux camps ont en commun de proposer un moule. Performance ou slow, t’as quand même à choisir ton camp. Et les femmes qui ne rentrent dans aucun des deux – les multipotentielles, comme elle les appelle, celles qui veulent à la fois l’impact et le calme, l’ambition et la douceur – se retrouvent à appliquer des systèmes conçus pour des profils qu’elles ne sont pas.

Ca, c’est une vraie observation. (Et c’est rarement dit aussi directement dans un espace où on vend aussi un accompagnement, ce qui mérite d’être noté.)

L’épuisement face aux modèles de vente qui marchent pour les autres est un signal clair que le problème n’est pas d’effort, mais d’alignement. Aurélie Gauthey le dit autrement, mais c’est la même mécanique.

Multipotentielle : concept flou ou diagnostic utile ?

Le mot revient une dizaine de fois dans l’épisode. Multipotentielle. Je vais être honnête : la première fois que je l’ai entendu dans des podcasts business féminins, j’ai levé les yeux au ciel. Ca sonnait comme une façon élégante de dire « je ne sais pas me spécialiser ».

Mais l’usage qu’en fait Aurélie Gauthey est plus précis que ça.

Ce qu’elle décrit, c’est pas l’incapacité à choisir. C’est le refus légitime de s’amputer d’une partie de soi pour correspondre à un archétype de cheffe d’entreprise. La visionnaire qui doit aussi être stratège. La sensible qui doit être puissante. L’intuitive qui doit documenter ses décisions dans des tableaux Excel.

Tu es autant sensible que rebelle, autant spirituel que concrète, autant visionnaire que terre à terre, autant intuitive que stratège, autant douceur que puissance, autant ombre que lumière.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais ce qu’elle touche là, c’est quelque chose que les frameworks classiques du coaching business ne savent pas quoi faire. La plupart des méthodes fonctionnent par segmentation : identifie ton avatar, parle à un seul type de client, construis une offre claire. Mais si la fondatrice elle-même ne rentre pas dans une case, comment est-ce qu’elle construit quelque chose de cohérent ?

La réponse de Liberté Indécente, c’est : peut-être que la cohérence ne vient pas de la simplicité. Peut-être qu’elle vient de la vérité.

Reste à voir si ça se traduit en méthode concrète ou si ça reste au niveau du manifeste. C’est la limite que je vais pas esquiver.

entrepreneuriat féminin authentique : ce que « créer depuis son intuition » veut dire en pratique

C’est là que je deviens plus prudent. Pas sceptique – prudent.

Aurélie Gauthey parle de créer « depuis son intuition et son rythme », de « stratégie au service de la vie », de se « recalibrer à son message ». C’est du vocabulaire qui peut vouloir dire beaucoup de choses ou pas grand-chose selon comment c’est utilisé.

Dans le contexte de l’épisode, voici ce que j’ai compris de concret. Liberté Indécente ne propose pas une formation de plus – elle le dit explicitement. L’idée, c’est un espace de recalibrage pour des entrepreneurs qui ont déjà des clients, déjà du chiffre, mais qui sentent que leur modèle ne leur correspond plus. Pas un retour aux bases. Plutôt un travail sur l’identité de l’offre et du message, en partant de qui est vraiment la fondatrice.

Ca ressemble à ce que font certains consultants en positionnement, mais avec une couche de travail intérieur qui dépasse le pur marketing. (Ce qui peut être une vraie valeur ajoutée ou un prétexte pour éviter les questions dures sur la stratégie. Les deux sont possibles.)

Ce qui m’a arrêté, c’est cette formulation :

La réussite se mesure uniquement à la vérité de ce qu’on crée. La croissance pour moi se fait en respectant son énergie. L’argent devient un levier de liberté, pas une preuve de valeur.

La dernière phrase est bonne. Vraiment. « L’argent comme levier de liberté, pas comme preuve de valeur » – c’est une rupture réelle avec le discours dominant du coaching business qui, pendant des années, a vendu le chiffre d’affaires comme validation identitaire.

Mais « la réussite se mesure uniquement à la vérité » – ça, je suis moins convaincu. La vérité sans résultats mesurables, c’est du confort narratif. Les deux ne s’excluent pas, mais les mettre en opposition crée un faux choix.

Le réalignement business même après 4 millions de CA montre que les fondations identitaires restent un chantier permanent, peu importe les chiffres.

Quand le discours de l’authenticité devient lui-même un template

Il y a une tension dans cet épisode qu’Aurélie Gauthey ne résout pas complètement – et je pense qu’elle en est consciente.

Elle critique les contenus lissés, les trends, les « il faut être propre ». Et dans le même épisode, elle utilise des formules très construites, des anaphores répétées (« combien de temps encore… »), un arc narratif classique du lancement de mouvement. Ce n’est pas un reproche – c’est une observation.

Parce que le paradoxe de l’authenticité en marketing, c’est ça : dès qu’elle devient un positionnement, elle obéit aux mêmes lois que les autres positionnements. Elle se codifie. Elle se templétise. Elle finit par ressembler à ce qu’elle voulait remplacer.

Ca n’invalide pas ce qu’elle dit. Mais ça mérite d’être posé.

La posture de leader et la sécurité intérieure dont elle parle dans d’autres épisodes – c’est justement ce qui permet de naviguer cette tension sans s’y perdre. Mais ce n’est pas automatique.

Ce qui m’agace un peu dans cet espace, c’est que l’injonction à « être soi » peut devenir aussi prescriptive que les normes qu’elle prétend remplacer. « Tu dois être authentique » est une contradiction dans les termes si c’est quelqu’un d’autre qui te dit comment faire.

L’équilibre entre intuition et conseils extérieurs est peut-être là : pas rejeter les méthodes en bloc, mais les filtrer par le prisme de ce qu’on est vraiment.

Ce que ce mouvement dit sur l’état du marché en 2025

Neuf mois de travail en coulisses pour lancer Liberté Indécente. Ce chiffre-là m’a intéressé autant que le reste.

Ca dit quelque chose sur le marché : les lancements express de formations en 6 semaines commencent à sentir le réchauffé. Les audiences sont plus méfiantes. Les femmes entrepreneurs qui ont déjà dépensé 5000, 10 000, 15 000 euros en formations et coaching savent reconnaître un pitch de vente habillé en manifeste.

Ce que Liberté Indécente tente – que ca marche ou non – c’est de proposer un espace qui ne ressemble pas à une formation. Pas de vidéos à rallonge, pas de checklist. Un mouvement, avec ce que ca implique de diffus, de moins mesurable, et potentiellement de plus durable.

C’est risqué commercialement. Et c’est peut-être pour ca que ca a pris 9 mois.

La question des blocages cachés derrière le perfectionnisme revient souvent dans ce type de projets longs à construire – l’exigence de faire quelque chose qui corresponde vraiment, plutôt que quelque chose qui se vende vite.

Est-ce que ca va « révolutionner l’entrepreneuriat féminin en francophonie », comme elle l’affirme ? Probablement pas à ce niveau de formulation. Mais est-ce qu’il y a quelque chose de réel dans le diagnostic – cette dichotomie performance vs slow qui étouffe les profils complexes – et dans la tentative de créer un espace tiers ? Ca, oui. Clairement.

La vraie question, c’est ce que les 4000 clientes qui ont déjà travaillé avec Aurélie Gauthey vont faire de cet espace. Parce que la preuve d’un mouvement, c’est jamais la soirée de lancement.

Questions fréquentes

C'est quoi l'entrepreneuriat féminin authentique selon Aurélie Gauthey ? +
Pour Aurélie Gauthey, l'entrepreneuriat féminin authentique ne consiste pas à suivre un modèle de communication ou de vente pré-établi. C'est créer un business à partir de qui on est vraiment - avec toutes ses contradictions, sa complexité, ses multiples facettes - sans avoir à choisir entre ambition et douceur, performance et lenteur. Elle insiste sur le fait que les femmes multipotentielles ont tendance à appliquer des systèmes conçus pour des profils différents des leurs, ce qui génère épuisement et perte de sens.
Le mouvement Liberté Indécente est-il une formation ? +
Non, Aurélie Gauthey distingue clairement Liberté Indécente d'une formation classique. Elle le décrit comme un espace de recalibrage - pas de vidéos à rallonge, pas de checklist - destiné à des entrepreneurs qui ont déjà des résultats mais qui veulent se réaligner avec leur identité profonde et leur message. Neuf mois de conception ont précédé le lancement.
Qu'est-ce qu'une femme multipotentielle en entrepreneuriat ? +
Dans le contexte du podcast Née Pour Impacter, une femme multipotentielle est une entrepreneuse qui ne rentre pas dans une seule case : à la fois visionnaire et ancrée dans le concret, intuitive et stratège, ambitieuse et sensible. Le terme ne désigne pas l'incapacité à choisir, mais le refus de s'amputer d'une partie de soi pour correspondre à un archétype de dirigeante.
Comment créer un business aligné avec ses valeurs sans sacrifier la performance ? +
C'est précisément la tension que Liberté Indécente tente d'adresser. Aurélie Gauthey propose que la stratégie n'a de sens que si elle est au service de l'énergie et de l'équilibre de la fondatrice. Ca ne veut pas dire renoncer à la croissance - ca veut dire ne pas construire cette croissance sur un modèle qui vous éloigne de ce que vous êtes.
entrepreneuriat féminin authentique : c'est quoi le piège du slow business ? +
Selon Aurélie Gauthey, le slow business - populaire depuis quelques années - peut devenir un nouveau moule aussi contraignant que la performance à tout prix. En imposant l'injonction au flow et à la légèreté, il finit parfois par étouffer de vraies ambitions. L'entrepreneuriat féminin authentique ne serait ni l'un ni l'autre, mais la capacité à être les deux selon ses besoins réels.
A qui s'adresse le mouvement Liberté Indécente ? +
Aux femmes entrepreneurs qui ont déjà un business en activité - des clients, du chiffre d'affaires, des formations suivies - mais qui sentent un décalage entre ce qu'elles ont construit et ce qu'elles sont vraiment. Pas aux débutantes. Aurélie Gauthey parle explicitement de celles qui ont réussi dans la force et qui veulent maintenant créer avec plus de légèreté et de vérité.

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