Choisir une formation en ligne, c’est peut-être la décision la plus sous-estimée qu’un entrepreneur prend dans son activité. Pas le choix du nom de domaine. Pas le logo. Pas la couleur de la charte graphique. L’investissement dans l’accompagnement – coach, mentor, consultant – c’est là que les entreprises décollent ou que les comptes bancaires s’évaporent en silence.
Aurélie Gauthey le sait. La fondatrice de Née pour Impacter a été, selon ses propres mots, «échaudée plusieurs fois» en faisant de mauvais investissements. Épisode 114 de son podcast, 26 minutes où elle dézingue les réflexes classiques des entrepreneurs face à une page de vente bien fichue. Ce qui m’a frappé en écoutant, c’est qu’elle ne donne pas de liste magique. Elle donne du concret arraché à ses propres erreurs.
Et franchement, la plupart des articles sur le sujet passent complètement à côté de ce point-là.
Le piège du coach Instagram : expertise sur le bon sujet
Voilà le scénario classique. Tu suis quelqu’un sur Instagram depuis six mois. Les réels sont parfaits, l’énergie est contagieuse, la promesse tient sur une slide. Et cette personne vend justement une formation sur – tiens donc – faire de beaux réels sur Instagram.
Sauf que ton vrai problème, c’est que tu ne vends pas tes offres. Pas que tes vidéos soient moches.
«Ta vraie problématique, c’est que tu n’as pas de système de vente prédictible, authentique, humain qui te ressemble pour te dire je sais exactement quoi faire pour vendre mes offres. Ta vraie problématique, elle se situe ici.»
C’est exactement le problème. Et c’est plus vicieux qu’il n’y paraît, parce que le coach en question n’est pas forcément de mauvaise foi – il vend ce qu’il sait vendre, pas ce dont tu as besoin.
Aurélie Gauthey pousse la logique encore plus loin avec un exemple qui m’a scotché : des entrepreneurs qui envisagent d’investir dans une formation YouTube alors que leur Instagram ne décolle pas. «Tu vas pas investir dans une formation pour développer un autre réseau social si déjà le premier tu le connais pas assez.» Rajouter de la charge à une fondation qui ne tient pas, c’est pas une stratégie. C’est de la procrastination déguisée en action.
La question à se poser avant de choisir une formation en ligne – la vraie, pas la version édulcorée – c’est : est-ce que ce coach est expert du problème que j’ai aujourd’hui ? Pas demain. Pas dans six mois quand j’aurai enfin réglé le truc d’avant. Aujourd’hui.
Ce que personne ne dit sur le coaching : voir la personne coacher en direct
Non négociable. C’est le terme qu’elle utilise, et je comprends pourquoi.
Payer quelqu’un pour te coacher sans jamais l’avoir vu coacher, c’est recruter un cuisinier en lisant son CV sans goûter un seul plat. Le site peut être magnifique. Les témoignages peuvent être réels. Le copywriting peut être irréprochable. Ça ne dit absolument rien sur ce qui se passe dans la salle – ou dans le call – au moment où ça compte.
«C’est quand même incroyable et ça me semble toujours aussi fou de se dire que je vais payer une coach pour qu’elle me coach mais je ne l’ai jamais vue coacher, je dois faire confiance à ses beaux réels ou beaux posts sur les réseaux.»
Voilà. Dit comme ça, c’est évident. Pourtant combien font exactement ça.
Ce qu’elle cherche, c’est des prises de conscience instantanées. En regardant le coach interagir avec quelqu’un d’autre – dans un live, un podcast, un extrait de session – est-ce que les réponses font tilt ? Est-ce que ça bouscule quelque chose ? Parce que si même en observateur tu t’ennuies ou tu restes de marbre, imagine en séance individuelle.
(Et c’est souvent là que ça coince : les entrepreneurs attendent le bon moment pour regarder un live gratuit, mais ce live gratuit est précisément la seule vraie donnée objective dont ils disposent pour décider.)
Elle donne aussi un conseil pratique que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt : si tu hésites entre plusieurs accompagnements, va voir des coachs business en mode diagnostic. Expose ta situation. Demande ce dont tu as besoin. Leurs réponses vont t’en apprendre autant sur leur méthode que sur ton business. Et si la réponse ressemble toujours beaucoup à ce qu’ils vendent, tu as ta réponse aussi.
Coach, consultant ou mentor : choisir une formation en ligne selon le bon format
Trois mots souvent utilisés comme synonymes. Ils ne le sont pas.
La distinction qu’Aurélie Gauthey fait est simple et utile – même si elle est la première à dire qu’elle a hyper simplifié. La coach t’amène à trouver tes propres solutions depuis l’intérieur. La consultante analyse ton fonctionnement et te donne des solutions concrètes. La mentore t’inspire par son parcours, ses échecs, ses résultats.
Son anecdote sur son premier investissement, il y a six ans, est instructive. Elle arrive en séance avec sa page de vente. Elle cherche du concret, des conseils, un regard extérieur. La réponse de la coach :
«Écoute Aurélie, je pense que tu es capable de beaucoup plus. Moi ce que je te propose, c’est d’aller chercher véritablement à l’intérieur de toi, comment tu pourrais rendre cette page encore plus irrésistible.»
Elle s’est pris dix étages dans la figure. Et je la comprends.
Le coaching introspectif a sa place – sur les relations, les blocages, les croyances limitantes. Mais quand tu ne sais pas encore comment construire une offre ou qui est ton client idéal, «cherche en toi» c’est une réponse qui coûte cher. Littéralement. Ce qu’elle préconise, c’est un mélange des trois postures. Quelqu’un qui ouvre de nouvelles possibilités que tu n’imaginais pas (mentor), qui te donne des solutions concrètes (consultant), et qui te laisse ensuite aller chercher comment les appliquer à ta réalité (coach). Si tu stagne à un certain palier de revenus, c’est souvent parce que l’accompagnement dont tu as bénéficié n’était que d’un seul type.
Adhérer à la façon de penser – et pas juste au résultat affiché
60 000 euros. C’est le genre de chiffre qui apparaît dans certaines promesses de coaching haut de gamme. Et c’est aussi le genre de chiffre qui peut complètement parasiter ton jugement si tu n’as pas clarifié ce que tu veux vraiment construire.
Aurélie Gauthey est cash là-dessus : elle suit des entrepreneurs qu’elle trouve inspirants, dont elle n’achètera jamais la formation. Parce que leur vision de la réussite ne correspond pas à la sienne. Certains parlent de racheter des entreprises, d’en revendre d’autres. D’autres sont dans un mode «50 000 en 10 étapes, travaille jour et nuit». Elle donne l’exemple d’une coach qui atteignait ses objectifs de revenus mais décrivait ses crises d’angoisse, ses enfermements, sa difficulté à vivre tout ça.
«Honnêtement, ça me vend pas du rêve.» Et elle a raison de l’assumer.
Ce qui est intéressant, c’est que cette question des valeurs va au-delà de l’éthique générale. C’est une question de cohérence pédagogique. Si tu veux construire un business qui respecte ton équilibre de vie, investir chez quelqu’un dont toute la stratégie est fondée sur le sacrifice permanent, c’est s’infliger six mois de dissonance cognitive. Les conseils seront peut-être excellents en théorie. Mais ils ne te correspondront pas, donc tu ne les appliqueras pas. Ou tu les appliqueras mal parce qu’une partie de toi résiste.
La pédagogie aussi, ça compte. Elle est très visuelle, très concrète, «1 2 3 4 pas à pas». Elle a investi dans des programmes où l’intervenant commençait par expliquer l’historique du concept depuis ses origines. Ça lui a «gonflé». (Ce qui est rare à admettre publiquement, mais franchement honnête.) Ta pédagogie préférée correspond souvent à celle de ton client idéal – ce n’est pas un hasard si le marketing lent et le marketing de performance attirent des profils très différents.
L’énergie comme critère de sélection : ce que peu d’entrepreneurs osent dire
Dernier critère. Et le plus difficile à articuler sans passer pour quelqu’un qui fait des choix au feeling.
Ce n’est pas du feeling. C’est de l’observation.
Ce qu’Aurélie Gauthey cherche dans un accompagnement – business ou personnel – c’est quelqu’un qui va aller là où elle ne veut pas aller. Quelqu’un qui n’a pas peur de son ego. Elle raconte une séance avec sa psy, experte des profils HPI/HPE, qui lui a lâché en pleine séance : «C’est bon, tu as l’intention d’arrêter de te mentir ou on continue à faire semblant ?»
«Là j’ai éclaté de rire et je lui ai dit merci. Et là elle me dit je suis désolée, je suis peut-être un peu directe. Je lui dis mais en fait pas du tout. Moi, je veux quelqu’un qui vienne me mettre le nez dans le caca parce que c’est ça qui fait réussir pour moi.»
C’est une donnée d’auto-connaissance, pas une règle universelle. Elle le dit clairement : «dans mon énergie, dans mon fonctionnement.» Certains ont besoin d’un espace plus doux pour avancer. Mais en tout cas, la question se pose : est-ce que cette personne va te bousculer ou te conforter ?
Quelqu’un qui te dit en permanence «c’est super, continue» sans jamais pointer les angles morts, c’est confortable. Et c’est exactement ce qui te fera stagner. Ce qu’elle préconise – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise clairement – c’est une alliance : quelqu’un qui sait célébrer ce qui fonctionne ET qui ose te montrer où tu te mens à toi-même.
Bref. Le match énergétique n’est pas un luxe de développement personnel. C’est un filtre de sélection aussi valide que les références ou les résultats affichés. Et si quelqu’un dont tu écoutes les podcasts ou les lives depuis des mois t’ennuie à moitié, ce n’est pas une question de contenu – c’est peut-être juste que ce n’est pas ta personne. Si tu travailles sur les blocages liés à la vente de tes offres, par exemple, le style de ton accompagnant va peser autant que sa méthode.
Ce qu’elle fait elle-même – et pourquoi c’est cohérent
Un point que j’ai trouvé intéressant, et qui dépasse la liste de critères.
Aurélie Gauthey coache en public. Des lives, des sessions gratuites, du contenu où elle montre exactement comment elle travaille. Pas pour être généreuse dans l’abstrait. Parce que c’est la seule façon de laisser sa communauté décider si elle est la bonne personne pour elles – ou pas.
«Soit oh mon Dieu, elle, je la veux absolument pas comme coach parce qu’elle est trop cash, trop directe, trop structurée. Ou à l’inverse qu’elle se disent waouh, je veux absolument travailler avec Aurélie.» Dans un cas comme dans l’autre, elle est 100% OK. C’est une posture de coach mature : accepter de ne pas correspondre à tout le monde pour mieux correspondre à ceux qui sont faits pour travailler avec toi.
Et c’est là la vraie limite de cet épisode – ou plutôt la nuance qu’elle n’approfondit pas vraiment : choisir une formation en ligne selon ces critères suppose d’avoir déjà une bonne clarté sur qui tu es, ce que tu veux, et où tu en es dans ton business. Si tu démarres de zéro avec très peu de repères sur ton client idéal ou ton positionnement, même les meilleurs critères de sélection peuvent être difficiles à appliquer. Dans ce cas, commencer par un bilan intérieur n’est pas une procrastination – c’est un prérequis.
Mais bon. L’épisode existe pour ça : prévenir les erreurs coûteuses. Et en 26 minutes, elle en dit plus que certains programmes de formation entiers sur le sujet. Le reste – décider où investir concrètement, à quel moment, avec quelle somme – ça, c’est ton travail. Personne ne peut le faire à ta place, et méfie-toi de celui qui te dit le contraire. Si tu veux aller plus loin sur les blocages liés à l’argent et aux investissements, c’est un autre chantier entier.











