charge mentale entrepreneur

69. Ta charge mentale et ton cerveau saturé étouffent ton intuition : comment t’en libérer

Épisode diffusé le 10 juin 2025 par Aurélie Gauthey

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

La charge mentale entrepreneur ne ressemble pas à ce qu’on imagine. Ce n’est pas la fatigue du boulot mal fait. C’est l’accumulation de cinq formations en parallèle, de vingt newsletters jamais lues, d’un podcast en voiture, d’un YouTube pendant la vaisselle – et au bout du compte, zéro décision prise. Aurélie Gauthey, coach business et créatrice du podcast Née pour Impacter, a un mot pour ça : boulimie de formation. Et son diagnostic est assez brutal pour qu’on s’y arrête.

Elle l’a vécu elle-même. Enceinte dans la salle de bain, podcasts dans les oreilles en faisant les courses, formations empilées les unes sur les autres. «Une machine de guerre», dit-elle. Et pourtant – c’est là que ça devient intéressant – elle passait à l’action à 90 %. Le problème n’était pas l’inaction. C’était que l’action était pilotée de l’extérieur, pas de l’intérieur.

Ce qu’elle décrit dans cet épisode de dix-huit minutes, c’est un mécanisme que je vois partout dans l’écosystème des solopreneurs et des entrepreneures en ligne. On consomme pour ne pas avoir à choisir. On écoute encore un conseil pour retarder le moment de s’y mettre vraiment. Et pendant ce temps, l’intuition – ce truc qu’on ne sait pas bien nommer mais qui sait exactement ce qu’il faut faire – s’étouffe sous le bruit.

Boulimie de formation : quand le savoir devient une fuite

Quatre ou cinq formations simultanées. C’est ce qu’Aurélie Gauthey s’imposait à une époque. Et elle ne présente pas ça comme une fierté – plutôt comme un aveu. Parce que le problème avec la boulimie de formation, c’est qu’elle ressemble exactement à du sérieux. Tu prends des notes. Tu as des favoris. Tu as un Notion bien rangé avec des modules à finir.

Mais le disque dur mental, lui, n’a plus de place libre.

«Tu n’as plus d’espace libre dans ton disque dur mental pour pouvoir venir ressentir profondément ton intuition. Est-ce que toi tu désires développer de cette façon ? Ou est-ce que tu rentres dans un mode petite fille sage, bonne élève qui fait tout ce qu’on lui dit.»

C’est exactement le problème. Et je trouve que la métaphore du disque dur dit quelque chose que les discours sur le «slow business» ne disent pas : ce n’est pas une question de rythme. C’est une question de capacité de traitement.

La charge mentale entrepreneur se nourrit d’une illusion précise : celle que plus d’informations égale plus de clarté. Or c’est l’inverse. Chaque nouveau conseil entrant crée une nouvelle option, une nouvelle comparaison possible, une nouvelle source de doute. Et le cerveau – qui déteste l’incertitude – interprète ça comme un problème à résoudre, pas comme une ressource.

Aurélie le formule d’une façon que j’aurais voulu entendre dix ans plus tôt : les conseils ne sont pas mauvais. Ils sont juste pas adaptés au moment où tu en es. Déléguer, c’est un excellent conseil. Mais si tu démarres et que tu l’entends maintenant, tu viens de remplir ton espace mental d’une priorité qui n’est pas la tienne. Pendant ce temps, ta vraie priorité – trouver tes premiers clients – attend.

L’objet brillant syndrome, ou comment Instagram te vole ta charge mentale entrepreneur

Voilà un scénario concret qu’elle décrit, et qui sonne juste à 100 %.

Tu es en train de travailler sur ton message, ton identité de marque, ce truc profond et un peu inconfortable qui demande du silence pour émerger. Et là tu ouvres Instagram. Un live d’une autre coach business. Elle explique pourquoi lancer un podcast est indispensable en 2025. Et toi – parce que tu y pensais depuis longtemps, parce que l’idée fait sens – tu lâches ce sur quoi tu travaillais pour commencer à noter le nom de ton futur podcast.

«Tu vas courir soit acheter cette mini formation de cette coach, soit tu vas te dire OK, ça marche, allez, je me mets en action. Tu vas commencer à écrire tout ton plan, quel est le nom que je vais donner à mon podcast et puis il sortira quel jour, puis là tu rentres dans des comment faire ci, comment faire ça…»

Et voilà. La semaine suivante, une autre coach génère 50 000 € avec des newsletters. Les papillons dans les yeux, et le projet podcast déjà à moitié oublié.

Ce que décrit Aurélie ici – et elle le nomme avec précision – c’est l’«objet brillant syndrome». La tendance à être aspiré par chaque nouvelle opportunité qui brille, non pas parce qu’elle correspond à là où tu en es, mais parce qu’elle déclenche de l’excitation. Et l’excitation, c’est plus agréable que le travail lent et invisible de construction de son identité de marque. (C’est aussi pour ça que les réseaux sociaux sont si efficaces pour capter l’attention des entrepreneurs.)

La vraie cause du manque de résultats chez beaucoup d’entrepreneures n’est pas le manque de talent ou de travail. C’est la dispersion chronique, alimentée par une surconsommation de contenu jamais digéré.

Pourquoi la charge mentale entrepreneur tue l’intuition (pas juste la productivité)

Ce point-là, je l’ai trouvé le plus intéressant – et le moins souvent traité dans les articles sur la surcharge cognitive.

On parle beaucoup de productivité. De focus. De deep work. Mais Aurélie Gauthey ne parle pas de ça. Elle parle d’intuition. Et c’est une distinction qui change tout.

La productivité, c’est faire plus en moins de temps. L’intuition, c’est savoir – sans forcément pouvoir expliquer pourquoi – quelle direction est juste pour toi. Et selon elle, la charge mentale entrepreneur étouffe précisément cette capacité-là. Quand ton cerveau est en mode réception permanente – podcasts, newsletters, lives, conseils gratuits sur les réseaux – il ne sait plus faire la différence entre ce qui vient de lui et ce qui vient de l’extérieur.

«On n’arrive plus à voir parce qu’on s’est enfermé, bloqué dans des schémas de ce qu’on entend à l’extérieur. Ça étouffe ta créativité, ton intuition, ça étouffe notre liberté personnelle liée à nos valeurs profondes de création à partir de soi.»

Dit comme ça, ça paraît presque évident. Mais je connais trop d’entrepreneurs qui confondent la vitesse d’absorption d’informations avec la clarté stratégique. Ce n’est pas la même chose. Du tout.

Il y a un truc qu’elle mentionne en passant et qui mérite qu’on s’y arrête : les premières choses qu’elle a allégées dans sa vie pour passer d’une femme «défétiste» à une «femme leader», ce sont les informations anxiogènes, les discussions avec des gens négatifs, et les contenus dramatiques des réseaux. Pas ses formations. Pas ses clients. Le bruit ambiant. Et ça, c’est une forme de charge mentale entrepreneur dont on parle encore moins – celle qui vient de la consommation passive, pas de la consommation active de contenu business.

Pour aller plus loin sur ce travail de reconnexion à soi, l’épisode sur se mettre en priorité en tant qu’entrepreneur donne des clés concrètes sur ce changement de posture.

Se désabonner : le conseil contre-intuitif qui marche

Concrètement, qu’est-ce qu’elle conseille ? La réponse va peut-être décevoir ceux qui cherchent un système à sept étapes.

Se désabonner. De tout.

Pas de façon permanente – elle insiste là-dessus, parce qu’elle sait que ça va déclencher de la panique. Mais pendant un trimestre minimum. Le temps de voir ce que ça fait à l’espace intérieur, à la sécurité, à l’intuition. Et garder, au maximum, une ou deux sources. Pas cinq. Pas trois. Une ou deux.

Sa méthode pour choisir lesquelles garder est simple – peut-être trop, mais elle a le mérite d’être actionnable. Elle cherche quelqu’un qui partage ses valeurs (humain, liberté, plaisir, franchise). Quelqu’un qui est «cent pas devant elle» – qui a déjà obtenu ce qu’elle veut obtenir. Et quelqu’un qu’elle voit coacher en direct, pas juste publier du contenu poli.

Ce dernier critère, franchement, c’est le plus dur à trouver. Tout le monde fait des podcasts et des newsletters. Beaucoup moins de gens se mettent en situation de coaching live, là où on voit vraiment comment ils pensent et ce qu’ils ont réellement dans le ventre. (Et c’est souvent là que la différence entre un vrai praticien et un agrégateur de contenus se révèle.)

Il y a une concession qu’elle fait, et je lui en donne crédit : elle reconnaît qu’au démarrage, quand on ne connaît pas du tout un modèle, écouter les conseils d’un expert est utile. Ses clientes qui réussissent le mieux commencent par appliquer les bases – étape 1, étape 2, étape 3 – avant d’y ajouter leurs propres «épices». Ce n’est pas «fais ce qu’on te dit sans réfléchir». C’est «donne-toi les moyens d’évaluer avant de personnaliser». Nuance réelle.

Sur la question de comment choisir une formation ou un coach sans gaspiller son budget, un épisode entier a été dédié à cette question – avec des critères très proches de ceux qu’Aurélie décrit ici.

Le vide, cette chose que personne ne veut vraiment

Et là on arrive à la partie que j’aurais tendance à sous-estimer si je n’avais pas lu jusqu’au bout.

Elle dit que l’humain n’aime pas le vide. Et qu’au moment où tu vas te désabonner de tout ce bruit, une panique va s’installer. Pas une panique dramatique – plutôt cette légère inconfort de ne pas savoir quoi écouter dans la voiture. Ce silence un peu dérangeant quand tu fais la vaisselle sans rien dans les oreilles.

Sa recommandation : identifier dès maintenant ce que tu vas mettre dans ces espaces libres. Pas d’autres podcasts. Pas d’autres formations. Le piano. La peinture. La marche. La musique sans paroles. Ou juste – et c’est peut-être le plus contre-culturel – rien. Les oiseaux. Le silence.

Ce n’est pas du wellness marketing. Ou si c’est du wellness marketing, c’est au moins du wellness marketing honnête, parce qu’elle dit clairement que ça peut créer de l’inconfort avant de créer de l’espace.

Ce que ça touche – et c’est la pièce que je trouve la plus juste de tout cet épisode – c’est que la charge mentale entrepreneur n’est pas qu’un problème de quantité d’informations. C’est un problème de rapport au silence. Et si tu n’as jamais appris à tolérer le vide, la désintoxication informationnelle va être aussi inconfortable que n’importe quel sevrage.

Il y a un lien direct entre cet espace mental retrouvé et la capacité à travailler avec une vraie méthode de focus sur 90 jours – sans se disperser sur dix projets à la fois. Les deux sujets se tiennent.

Ce que cet épisode dit sans le dire vraiment

Quelques mots sur le fond, parce que je pense qu’il y a quelque chose d’important qui mérite d’être nommé.

Aurélie Gauthey est coach. Elle vend des accompagnements. Et dans cet épisode, elle conseille explicitement de se désabonner de tout le monde – y compris d’elle – pour se concentrer. Elle dit même : «même si ça serait une erreur vitale et dramatique de désabonner de moi» avant d’ajouter «je plaisante». Ce n’est pas anodin. C’est une position qui lui coûte potentiellement des abonnés, et elle la tient quand même.

Ça ne veut pas dire que ses arguments sont neutres – elle parle aussi de ses programmes, de ses espaces de mastermind, de son Instagram coaching du mardi. Mais le fond du propos tient indépendamment du contexte commercial. Et le fond du propos, c’est que la charge mentale entrepreneur est un problème systémique, pas individuel. Tout l’écosystème du coaching en ligne a intérêt à ce que tu consommes plus – plus de contenus gratuits, plus de formations, plus de challenges. Le conseil de consommer moins est donc, dans ce contexte, assez rare pour être noté.

Reste la question ouverte – et elle ne la résout pas entièrement – de comment distinguer les conseils «pas encore adaptés» des conseils «jamais adaptés». Parce que parfois, si tu n’as pas encore lancé ton podcast dans deux ans, le problème n’est peut-être pas que tu n’étais pas prête. C’est peut-être que tu ne voulais pas vraiment le lancer. Et ça, ce n’est pas un problème de charge mentale. C’est un problème de clarté sur ce que tu veux construire.

Sur ce sujet, les épisodes sur la perte de sens en business et sur comment retrouver de l’énergie et du plaisir dans son activité poussent cette réflexion plus loin.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la charge mentale entrepreneur et comment la reconnaître ? +
La charge mentale entrepreneur, c'est l'accumulation invisible de tout ce qu'on consomme sans digérer : formations en cours, newsletters non lues, podcasts en boucle, conseils de coaches suivis en parallèle. On la reconnaît quand on a beaucoup appris mais qu'on ne sait plus quoi faire en premier, ou quand chaque nouveau contenu crée de la confusion plutôt que de la clarté. Aurélie Gauthey décrit ça comme un disque dur mental sans espace libre - incapable de faire tourner quoi que ce soit correctement.
Combien de coachs ou de sources de contenu faut-il suivre quand on est entrepreneur ? +
Aurélie Gauthey recommande maximum une à deux sources en dehors de la formation principale dans laquelle on est engagé. Le critère n'est pas la qualité des autres - c'est la capacité à vraiment implémenter ce qu'on apprend. Trop de voix différentes crée de la dispersion, pas de la richesse.
La charge mentale entrepreneur bloque-t-elle vraiment l'intuition ? +
C'est l'argument central de cet épisode. Quand le cerveau est en réception permanente - podcasts, réseaux sociaux, conseils gratuits - il n'arrive plus à distinguer ce qui vient de lui de ce qui vient de l'extérieur. L'intuition, cette capacité à savoir quelle direction est juste pour soi sans forcément pouvoir l'expliquer, s'étouffe sous le bruit. Le silence n'est pas du vide improductif. C'est le condition pour que l'intuition puisse s'exprimer.
Comment se désintoxiquer du trop-plein de contenu business ? +
La méthode proposée est radicale mais temporaire : se désabonner de tout pendant au moins un trimestre. Garder une ou deux sources maximum. Identifier à l'avance ce qu'on va mettre dans les espaces libres créés - pas d'autres contenus, mais des activités qui nourrissent (musique, marche, peinture). Et accepter l'inconfort du vide les premières semaines.
Comment choisir les bons conseils quand on est entrepreneur débutant ? +
Le piège des conseils gratuits sur les réseaux, c'est qu'ils sont souvent bons - mais pas nécessairement adaptés à là où tu en es. Écouter comment déléguer quand tu cherches encore tes premiers clients, ou comment créer une formation complète quand tu es en phase de beta-test, c'est remplir son espace mental de priorités décalées. La règle : les conseils doivent correspondre à ton étape réelle, pas à l'étape à laquelle tu voudrais être.
Est-ce que réduire sa charge mentale entrepreneur suffit pour passer à l'action ? +
Pas automatiquement. Aurélie Gauthey le dit clairement : ses clientes qui réussissent le mieux sont celles qui appliquent d'abord les bases - étape par étape - avant d'y ajouter leur propre identité. Libérer son espace mental est une condition nécessaire, pas suffisante. Il faut encore choisir une direction et s'y tenir le temps qu'elle produise des résultats.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat