arrêter les réseaux sociaux

20. Quand les réseaux sociaux ne font plus rêver : j’arrête !

Épisode diffusé le 17 décembre 2024 par Aurélie Gauthey

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

Arrêter les réseaux sociaux quand on est entrepreneur et coach business depuis 7 ans, avec une communauté bâtie sur six plateformes en simultané – c’est le genre de décision qui fait tiquer. Aurélie Gauthey, mentor business et fondatrice de Né pour impacter, l’a pourtant formulée à voix haute, d’abord entre amis en Espagne, puis dans un épisode de podcast enregistré juste après une réunion de deux heures qui l’avait mise dans tous ses états. Pas de structure. Pas de plan. Juste une urgence à dire quelque chose pendant que c’était encore chaud.

Ce qui est intéressant dans ce qu’elle raconte, c’est pas le fait d’arrêter. C’est pourquoi elle continuait malgré tout.

Quand arrêter les réseaux sociaux devient une obsession récurrente

Il y a quatre ans, première vague de doute. Aurélie gère six plateformes seule – LinkedIn, YouTube, Facebook perso, Facebook pro, groupe Facebook, Instagram. À l’époque (elle insiste là-dessus, et c’est important pour comprendre le contexte), les standards du secteur demandaient cinq à dix posts par jour. Pas par semaine. Par jour.

Le chiffre d’affaires, lui, ne venait pas vraiment des réseaux. Il venait des challenges – un modèle de vente où 75% des clients arrivaient via la publicité payante et ne la connaissaient pas la veille. Du coup, la question s’était posée une première fois : à quoi servent vraiment ces comptes ?

Elle avait répondu comme tout le monde répond : à la vitrine. Et elle avait recruté des community managers. Deux, trois, quatre. Ça n’avait jamais vraiment marché.

« Je me reconnaissais pas, je trouvais ça mou, je trouvais ça planplan et j’étais pas du tout satisfaite de ce qu’il en était. »

Ce que ça dit sur le personal branding, c’est brutal : déléguer son image à quelqu’un qui exécute des briefs, c’est souvent produire une version édulcorée de soi-même. Et l’audience, elle, le sent.

Quatre ans plus tard, le doute revient. Même constat, formulé différemment : trois heures par mois passées à corriger des posts, donner des idées de visuels, valider des maquettes. Pour un résultat qu’elle juge toujours aussi peu satisfaisant. La question d’arrêter les réseaux sociaux se repose – mais cette fois, quelque chose va changer dans la façon d’y répondre.

Le vrai problème, c’est pas les réseaux – c’est les posts

Nuance importante, et Aurélie la formule clairement au fil de l’épisode : elle ne veut pas arrêter les réseaux sociaux dans leur ensemble. Ce qu’elle vomit (son mot), ce sont les posts. Les contenus planifiés, anticipés, calibrés.

« Ce qui me ce qui m’a donné envie d’arrêter, c’est les posts, les posts, j’en peux plus, je vomis les posts. C’est les stories, les lives, là vous me voyez, j’aime ça. »

Là, je trouve que c’est une distinction que beaucoup d’entrepreneurs passent complètement à côté. On parle d’arrêter les réseaux sociaux comme si c’était un bloc monolithique – soit t’es dessus, soit t’es pas dessus. Alors qu’en fait, la question c’est : quelle forme de présence te correspond ?

Les stories et les lives, c’est spontané, incarné, non scriptable. C’est exactement ce qui correspond au positionnement d’Aurélie – une communication de proximité, presque intime, qui rappelle l’esprit dans lequel elle a écrit son livre. Les posts formatés, eux, c’est l’inverse : du contenu préfabriqué qui ressemble à tous les autres comptes du secteur. Et c’est précisément ce point qui lui insupportait. Faire comme tout le monde. Publier les mêmes accroches, les mêmes visuels pastel, les mêmes calls-to-action.

Sur la question de stratégie de contenu et fréquence de publication, les pratiques évoluent – mais la pression de produire du volume reste entière pour beaucoup d’entrepreneurs.

Un recrutement qui ressemblait à autre chose qu’un recrutement

C’est là que l’épisode bascule vers quelque chose de plus inattendu. Aurélie est en train de faire le bilan de son équipe, de reprendre – selon ses mots – sa posture de leader. Elle met fin à une collaboration qui fonctionnait en mode train-train : l’assistante exécutait les idées, validait les visuels, postait. Correct. Pas suffisant.

Elle ouvre un recrutement pour un poste de gestionnaire réseaux. Et tombe sur un profil qui ne correspond pas à ce qu’elle cherchait.

Un homme. Profil stratégique, pas opérationnel. Deux à quatre fois le tarif des autres candidats. Et une médium lui avait dit, six mois plus tôt, qu’un homme plus jeune, voyageur, allait débarquer pour tout bousculer. (Je mets ça là sans commentaire. C’est dans la transcription, ça fait partie de la façon dont elle prend ses décisions, c’est donc pertinent pour comprendre le personnage.)

En entretien, ce candidat pose une condition claire :

« Moi, ce qui est hyper important, c’est qu’on me fasse 100% confiance, que je gère tout. »

Et là, Aurélie raconte le truc avec une honnêteté assez rare : elle a ri nerveusement. Parce qu’elle est quelqu’un qui contrôle tout – et elle sait pourquoi. Traumatisme de perte, abandon à 17 ans, rue avec son père. Quand on n’a pas contrôlé, on a failli ne pas survivre. Ce genre de câblage ne se désactive pas avec un simple recadrage cognitif.

Pourtant, elle dit oui. Et elle l’explique non pas comme une décision rationnelle, mais comme un alignement : elle était au bon endroit dans son évolution pour recevoir ce type de proposition sans la rejeter. Même réunion, même candidat, six mois plus tôt – elle n’aurait pas pu.

Ce que ça veut dire, concrètement, d’avoir un A player en face de soi

Le concept d’A player circule beaucoup dans les cercles entrepreneuriaux (parfois jusqu’à l’écœurement), mais Aurélie lui donne un sens très concret. Un A player, dans son vocabulaire, c’est quelqu’un qui n’exécute pas – qui propose. Qui arrive avec une vision, des idées que tu n’aurais pas eues, et qui te demande de lui faire confiance plutôt que de te demander quoi faire.

La différence avec un exécutant, c’est la charge mentale. Un exécutant te libère du temps de production mais pas de la réflexion – tu restes le chef de projet de ta propre communication. Un A player prend le projet entier. Et ça coûte, clairement : elle parle du double, du triple, parfois du quadruple du tarif standard.

Pour ceux qui réfléchissent à gagner du temps sur leur création de contenu, la question du profil recruté est souvent plus déterminante que l’outil ou la méthode.

Ce matin-là – le matin de l’enregistrement de l’épisode – Aurélie sort d’une première réunion de deux heures avec ce nouveau collaborateur. Il lui a présenté sa stratégie. Elle a écouté. Et, apparemment, elle était en accord sur l’essentiel. TikTok compris – elle qui pensait que c’était un réseau pour les jeunes et que ça n’avait rien à voir avec sa cible.

arrêter les réseaux sociaux : ce que ce n’est pas (et pour qui ce conseil ne s’applique pas)

Il faut lui reconnaître ça : à la fin de l’épisode, Aurélie prend soin de poser un disclaimer que beaucoup d’entrepreneurs oublient quand ils partagent leur propre évolution.

Vouloir arrêter les réseaux sociaux – ou du moins réduire drastiquement leur présence – c’est une décision qui s’applique à son contexte précis. Sept ans de business. 80% du chiffre d’affaires déjà apporté par un système indépendant des réseaux. Une communauté existante. Des ressources pour payer un profil senior.

Si tu démarres, c’est une autre histoire. Les réseaux sociaux restent une vitrine indispensable pour construire une audience de zéro, créer de la confiance, tester son positionnement. Elle l’a fait pendant quatre ans seule, sur six plateformes, à dix posts par jour. C’est ce socle qui lui donne aujourd’hui la liberté d’en faire moins.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu lire dans ce type de témoignage – c’est exactement cette nuance-là. Trop souvent, les entrepreneurs établis partagent leurs arbitrages comme s’ils étaient universels. Aurélie, elle, prend la peine de contextualiser. C’est pas si courant.

Sur la question du marketing d’influence et de visibilité, le débat sur ce qui appartient à l’organique versus au payant revient régulièrement – et les réponses varient énormément selon la maturité du business.

La confiance comme KPI – et pourquoi c’est sérieux

Ce qui m’a arrêté dans cet épisode, c’est la façon dont Aurélie finit par redéfinir ce que signifie le succès pour elle à ce stade.

Pas les résultats de la nouvelle stratégie. Pas les metrics TikTok dans six mois. Pas le taux d’engagement sur les nouveaux posts.

Le fait d’avoir dit à quelqu’un qu’elle ne connaissait pas : je te donne les clés de mon image. Fais-moi encore plus belle – pas en effaçant ce que je voulais cacher, mais en montrant ce que je n’osais pas montrer.

« Rends-moi encore plus belle non pas dans l’esthétique, mais rends-moi encore plus belle dans n’enlève rien des parts de qui je suis. N’enlève pas les parts que moi j’aurais voulu enlever parce que c’est pas assez si, c’est pas assez ça. »

C’est une définition du personal branding que je n’entends pas souvent formulée comme ça. Habituellement, on parle de cohérence de message, de ligne éditoriale, de territoire de marque. Là, c’est autre chose : c’est accepter que la version la plus authentique de soi soit aussi la version la plus bancable – et déléguer à quelqu’un d’autre le soin de la révéler.

Arrêter les réseaux sociaux au sens où elle l’entend, c’est peut-être surtout arrêter de se gérer soi-même comme un template. Et commencer à s’appuyer sur quelqu’un qui voit ce qu’on ne voit plus à force de se regarder dans le miroir depuis sept ans.

Est-ce que ça marchera ? Elle dit elle-même qu’elle n’en sait rien. Deux mois ou dix ans avec ce collaborateur – les deux options sont sur la table. Mais ce mouvement-là, cette ouverture, elle le pose comme une victoire en soi. Indépendamment de ce qui suit.

Ce qui est intéressant pour ceux qui réfléchissent à leur stratégie de monétisation de contenu et personal branding, c’est que la question de la délégation de son image se pose toujours trop tard – ou trop tôt. Rarement au bon moment. Et le bon moment, selon Aurélie, c’est quand on est suffisamment ancré dans sa posture pour ne pas avoir besoin de tout contrôler pour se sentir en sécurité.

Mais bon. Il faudra attendre les prochains épisodes pour savoir ce que ça donne en pratique.

Questions fréquentes

Pourquoi une entrepreneuse décide d'arrêter les réseaux sociaux après 7 ans ? +
Quand l'essentiel du chiffre d'affaires vient d'un autre système - ici des challenges financés par la publicité payante - la valeur marginale des posts organiques diminue. Aurélie Gauthey générait déjà 80% de ses revenus indépendamment des réseaux. Ce n'est pas un caprice : c'est un arbitrage que peu d'entrepreneurs peuvent se permettre avant d'avoir construit ce socle.
Arrêter les réseaux sociaux, c'est réaliste pour un entrepreneur qui débute ? +
Non. Aurélie Gauthey elle-même le dit explicitement dans l'épisode : pour quelqu'un qui commence, les réseaux sociaux restent une vitrine indispensable. Elle a géré six plateformes seule pendant quatre ans avant d'envisager de réduire sa présence. La décision d'arrêter les réseaux sociaux - ou de déléguer entièrement - n'a de sens qu'une fois le business stabilisé.
Quelle différence entre un community manager classique et un A player pour gérer ses réseaux ? +
Un community manager exécute des briefs : il publie, répond, formate. Un A player arrive avec une stratégie propre et demande une autonomie totale. Le coût est souvent deux à quatre fois supérieur. Mais la différence clé, c'est la charge mentale : avec un exécutant, l'entrepreneur reste chef de projet de sa propre communication. Avec un A player, il peut vraiment se concentrer sur sa zone de génie.
Comment déléguer son image sur les réseaux sans perdre son authenticité ? +
C'est précisément la tension au cœur de l'épisode. Aurélie Gauthey a essayé plusieurs community managers sans succès - elle ne se reconnaissait pas dans les contenus produits. Ce qui a changé : recruter quelqu'un avec une vision stratégique réelle, capable de révéler une version amplifiée de sa personnalité plutôt que d'en produire une version édulcorée.
Faut-il être sur TikTok quand on cible des femmes entrepreneures ? +
Aurélie Gauthey pensait que non - jusqu'à ce que son nouveau responsable communication lui présente une stratégie convaincante. La plateforme dépasse largement le public adolescent qu'on lui associe. La vraie question n'est pas l'âge de l'audience mais le type de contenu : TikTok favorise précisément le format spontané, incarné, non scripté qu'elle préfère aux posts formatés.
Comment savoir si on est prêt à arrêter les réseaux sociaux ou à les déléguer complètement ? +
Selon ce que décrit Aurélie Gauthey, deux conditions semblent nécessaires : avoir un système de revenus qui ne dépend pas de l'organique, et être suffisamment ancré dans sa posture de leader pour ne pas avoir besoin de tout contrôler. Elle note elle-même que la même proposition, six mois plus tôt, aurait reçu un refus. Le timing interne compte autant que la situation financière.

Épisodes similaires

  • Branding & Réseaux Sociaux