L’amour de soi entrepreneur – ce truc qu’on met en dernier sur la liste, juste après les relances clients, le contenu de la semaine et la comptabilité du trimestre. Aurélie Gauthey, coach business et fondatrice de Née Pour Impacter, a enregistré cet épisode debout dans son jardin, un bouquet de lilas fraîchement coupé à la main, sans notes, sans script. Juste l’envie de raconter quelque chose qui venait de se passer. Et franchement, c’est souvent comme ça que les meilleurs épisodes arrivent.
Ce qu’elle raconte, c’est pas une technique. C’est pas un framework en cinq étapes. C’est une série de petits moments – une conférence au Grand Rex, un rendez-vous annulé au dernier moment, une cliente qui se rend malade pour quelqu’un qui fait 60% de son travail – qui dessinent quelque chose de beaucoup plus grand : la transformation d’une femme qui s’oubliait systématiquement en une femme qui se choisit. Et ce glissement-là, il a des conséquences directes sur la façon dont elle gère son business.
Ce qui m’a frappé dans cet épisode, c’est qu’il y a aucun moment où Aurélie dit ‘voici la méthode’. Tout passe par le récit. Par l’anecdote. Par ce moment de gêne potentielle qu’elle aurait pu éviter – et qu’elle a choisi de vivre autrement. C’est de la pédagogie par l’exemple, et c’est beaucoup plus difficile à faire que d’aligner des bullet points.
La bonne élève qui s’assoit à la mauvaise place
Il y a deux mois, Aurélie se rend à une conférence au Grand Rex. Elle le dit elle-même : elle sort rarement en présentiel. Mais une amie organisatrice, un élan de soutien, et la voilà dans la salle. Elle sympathise avec un entrepreneur timide – elle, extravertie totale, robe verte, énergie débordante – et au moment de trouver une place, quelque chose se passe.
L’homme s’attendait naturellement à ce qu’elle s’assoie à côté de lui. La logique sociale dit : tu as passé quarante-cinq minutes avec quelqu’un, tu t’installes à côté. La ‘bonne élève’ – c’est le terme qu’elle utilise – aurait suivi cette logique sans même se poser la question.
« La bonne élève se serait dit : je suis avec cet homme qui me suit, je peux pas le laisser seul maintenant qu’on a discuté. Mais moi j’ai envie de connecter avec d’autres personnes. J’ai juste suivi mon intuition. »
Elle part dans l’autre sens. Elle choisit le siège 7 – son chiffre porte-bonheur – dans une rangée au hasard. Et là, la vie fait son truc.
L’homme qui s’installe à côté d’elle dans cette rangée, c’est quelqu’un avec qui elle avait échangé deux ou trois jours avant sur les réseaux. Un expert en prise de parole en public, une rencontre qu’elle cherchait depuis un moment. La salle était quasiment vide. Son chiffre porte-bonheur à lui : le 8. Siège 8, rangée quelconque dans un amphithéâtre de 300 à 400 places.
Est-ce que c’est de la chance ? De l’intuition ? Un biais de confirmation bien emballé ? (La question se pose, honnêtement.) Mais ce qui compte dans l’histoire, c’est pas le chiffre 7 et le chiffre 8. C’est la décision initiale. Partir de ce qu’elle ressentait, pas de ce qu’on attendait d’elle.
Quand l’amour de soi entrepreneur change la gestion du temps
Quinze jours plus tard, le rendez-vous avec ce coach en art oratoire est planifié. Une date férie, Paris, un parc. Et ce matin-là, une amie décale son anniversaire au même jour.
Ancienne Aurélie : elle empile. Elle gère. Elle arrive au coaching épuisée, la tête déjà à l’anniversaire, ou elle file à l’anniversaire après en trainant la fatigue. Elle honore les deux rendez-vous en n’étant vraiment présente dans aucun.
L’amour de soi entrepreneur – la version qu’elle incarne maintenant – ça ressemble à ça :
- Demander au coach ce que la séance va impliquer concrètement, pour pouvoir décider en connaissance de cause
Et une fois qu’il lui explique – deux à trois heures de travail profond, de marche, d’exploration de ses ambitions – elle lui dit clairement que la date n’est plus juste. Pas pour elle. Pas pour lui non plus, parce qu’il va y mettre de l’intention et que la moitié de son cerveau sera ailleurs.
« En temps normal, la femme que j’étais il y a encore quelques années elle aurait empilé, elle aurait empilé des couches, des couches de rendez-vous, des couches de il faut plaire, des couches de il faut que je maintienne ce rendez-vous parce qu’on avait convenu. Mais là, j’ai arrêté les il faut, les empilages et les injonctions. »
Dit comme ça, ça paraît simple. Et c’est là que ça coince pour la plupart des entrepreneures – parce que dans leur tête, annuler une semaine avant c’est du manque de respect, pas de l’amour pour soi.
Ce qui est intéressant dans la réponse du coach, c’est qu’il n’a pas dit ‘c’est nul, j’avais préparé’. Il a dit : on ira où tu voudras, quand tu te sentiras bien. Parce que, comme elle le note elle-même, quand tu es en face des bonnes personnes, le lâcher prise devient une évidence. (C’est pas toujours le cas, et c’est ça la vraie variable.)
Pour aller plus loin sur ce lien entre gestion émotionnelle et décisions difficiles en tant qu’entrepreneurE, un autre épisode de Née Pour Impacter creuse cette question sous un angle complémentaire.
La distributrice de 5 minutes – ou comment les limites protègent tout le monde
30 000 abonnés. C’est la taille de la communauté d’Aurélie sur l’ensemble de ses réseaux. Et avec ça, une réalité quotidienne que beaucoup d’experts en ligne connaissent : les messages qui commencent par ‘c’est juste une question rapide’.
Pendant longtemps, répondre à ces demandes passait pour de la générosité. Du service. De l’authenticité. En réalité – et Aurélie le formule de façon assez tranchante – c’était une façon de se vider progressivement pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec les intérêts de la personne en face.
« En réalité, c’est pas bon pour la cliente parce que juste une question, c’est pas vrai. Il faut aller regarder tout l’ensemble pour avoir une bonne réponse et pas donner juste une réponse vite fait. En plus, la réponse vite fait, il y en a pas une. »
Voilà. La limite posée n’est pas de l’égoïsme déguisé. C’est de la rigueur professionnelle.
Mais il y a quelque chose de plus profond là-dedans. Elle parle d’accumulation. Si tu additionnes toutes les fois où tu as dit oui à quelqu’un qui te demandait un conseil gratuit, à la voisine qui a besoin qu’on lui cherche son colis parce que ‘tu travailles de chez toi de toute façon’, à la personne qui veut juste un appel de 5 minutes – tu comprends vite que c’est pas 5 minutes. C’est ta journée. C’est ta semaine. C’est le burnout qui arrive en douce, six mois plus tard, sans prévenir.
L’amour de soi entrepreneur dans ce contexte, c’est pas de dire non par principe. C’est de comprendre que le oui par défaut coûte quelque chose – à toi, et souvent à l’autre aussi. Sur les 7 vérités cash du business en ligne, cette question des limites revient d’ailleurs en filigrane dans plusieurs des points abordés.
La patronne qui se rend malade pour la mauvaise personne
Dans son mastermind, Aurélie reçoit régulièrement des entrepreneures qui n’arrivent pas à se séparer d’un membre de leur équipe. Et la pattern est toujours la même.
La chef d’entreprise ne dort plus. Elle pense à ça en permanence. Pendant ce temps, la personne qui fait 60% de son travail – c’est le chiffre qu’elle cite, 40% du travail qui n’est simplement pas fait – dort probablement très bien.
Et dans la conversation de coaching, la patronne parle de ‘la pauvre’. La pauvre qui va se retrouver sans travail. La pauvre qui va mal le prendre. Pas une fois elle parle d’elle-même comme si elle comptait dans l’équation.
Ce passage m’a rappelé quelque chose que j’entends souvent chez les freelances aussi : on s’identifie tellement à ‘quelqu’un de sympa et de fiable’ qu’on confond les valeurs de loyauté avec l’obligation de se sacrifier. C’est pas pareil. Aurélie le dit clairement : la loyauté et le respect de l’autre, oui – mais tant que c’est juste pour soi aussi.
La question qu’elle pose dans ces situations : par amour pour toi, qu’est-ce qui serait juste ? Pas ‘qu’est-ce qui serait gentil’, pas ‘qu’est-ce qui ferait plaisir à tout le monde’. Juste. Pour toi.
C’est une question qui désamorce l’auto-sabotage à la source, avant même que les comportements d’évitement s’installent. Parce que l’auto-sabotage, dans beaucoup de cas, c’est exactement ça : s’occuper du problème des autres pour ne pas avoir à résoudre le sien.
Ce que l’amour de soi entrepreneur change concrètement au business
Trois décisions concrètes ressortent de cet épisode. Pas des mantras. Des choix opérationnels avec des conséquences réelles.
Première décision : faire confiance à l’intuition avant la logique sociale. Choisir la rangée qui te parle, le rendez-vous qui a du sens, la date qui te respecte – même si ça dérange la cohérence apparente de la situation. Résultat : Aurélie rencontre exactement la bonne personne au bon moment parce qu’elle n’a pas suivi la trajectoire attendue.
Deuxième décision : arrêter d’empiler. Travailler 3 ou 4 jours au lieu de 7, laisser des espaces de respiration, refuser de mettre deux rendez-vous importants dans la même journée quand les deux méritent mieux que ça. C’est pas de la paresse – c’est de la stratégie. Sur la structuration de sa croissance sans s’épuiser, d’autres épisodes détaillent comment mettre ça en place concrètement.
Troisième décision : poser les limites énergétiques avant que ce soit urgent. Pas quand tu es déjà à bout. Pas quand le client est déjà énervé. Avant. Par amour pour toi – et la formule revient comme un mantra tout au long de l’épisode, mais sans jamais sonner creux parce qu’elle est toujours ancrée dans un exemple précis.
Et là je dois être honnête : tout ça paraît évident dit comme ça. La difficulté, c’est que ces décisions se prennent dans des moments de pression sociale réelle – quand quelqu’un te regarde en attendant que tu t’assoies à côté de lui, quand un coach a préparé ta session, quand une cliente te demande juste une réponse rapide. L’amour de soi entrepreneur dans ces instants-là, c’est musculaire. Ça se travaille. Et Aurélie le reconnaît elle-même : ça fait à peine un an que ce réflexe est vraiment installé chez elle.
Un post-it et une question qui change tout
Ce qu’elle propose à la fin de l’épisode, c’est d’une simplicité presque déstabilisante.
Écrire quelque part – sur le téléphone, sur un post-it, sur le miroir – les quatre mots : par amour pour moi. Et avant chaque décision, chaque engagement, chaque réponse à une demande externe, se poser la question : est-ce que ça me respecte en priorité ?
« À toutes les fois où tu t’es abandonné par peur d’être abandonné. À toutes les fois où tu t’es oublié par peur de ne pas être aimé. Par amour pour toi. Prends du temps et de l’espace. Fais confiance en la vie. »
Est-ce que ça marche pour tout le monde ? Probablement pas. Il y a des situations où les contraintes externes sont réelles et non négociables – et le ‘par amour pour moi’ ne règle pas un loyer en retard ou un client qui part. Aurélie le sait, elle accompagne des femmes dans des situations financières concrètes, pas dans des retraites de pleine conscience. Mais ce qu’elle dit – et c’est là où l’approche devient intéressante pour le business – c’est que la plupart des décisions qu’on croit contraintes ne le sont pas vraiment. On s’oblige. On s’impose. Et on appelle ça du sérieux professionnel.
Sur les blocages qui freinent les résultats, ce mécanisme d’auto-obligation revient d’ailleurs comme l’une des vraies raisons pour lesquelles beaucoup d’entrepreneures stagnent – pas le manque de stratégie, pas le mauvais produit, mais l’épuisement silencieux de se trahir en permanence.
L’amour de soi entrepreneur n’est pas une posture de développement personnel déconnectée du réel. Dans la bouche d’Aurélie Gauthey – quelqu’un qui parle chiffres d’affaires, mastermind, acquisition – c’est la condition de base pour durer. Pour prendre les bonnes décisions. Pour être vraiment là, dans les bons rendez-vous, avec les bonnes personnes. Et pour ne pas finir à se rendre malade pour quelqu’un qui fait 60% de son travail.
Est-ce que c’est plus facile à dire quand on a une communauté de 30 000 personnes et un terrain où on coupe des lilas ? Oui, clairement. Mais la question reste entière pour les autres.











