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#59 : E-Retail Marketing > 5 étapes pour performer

Épisode diffusé le 24 mai 2021 par Bannouze : Le podcast du marketing digital !

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Le retail marketing digital représente aujourd’hui un marché de 50 à 60 milliards de dollars aux États-Unis – et Amazon en capte environ 15. Le reste ? Il est réparti sur des dizaines de plateformes que la plupart des marques ignorent encore. Lawrence Taylor, président de Retail4Brands et vieux de la vieille du digital depuis 18 ans, l’a dit sans détour dans le podcast Bannouze : on est en train de vivre la troisième révolution de l’e-commerce. Et cette fois, ce sont les marques FMCG – Danone, L’Oréal, Unilever – qui sont aux premières loges, elles qui n’avaient jamais eu accès direct au consommateur final. La question n’est plus de savoir si elles doivent y aller. C’est de comprendre pourquoi la plupart se plantent dès le départ.

La troisième révolution que personne n’attendait

Deux révolutions ont déjà redessiné l’e-commerce. La première, c’était la distribution – Amazon aux États-Unis, Pixmania et Vente-Privée en France. La deuxième, le e-commerce de service : voyage, télécoms, tout ce qui décolle au début des années 2000. Et là on arrive sur quelque chose de différent.

Le retail marketing digital, dans sa version actuelle, c’est la publicité sur les moteurs de recherche que sont devenus les sites de retail. Pas une métaphore. Une réalité mesurable : 63 % des recherches produits commencent sur Amazon. Google a toujours plus de volume brut, mais quand quelqu’un cherche un micro, une poêle ou un fond de teint, il tape sur Amazon. Pas sur Google.

Ce qu’apporte cette troisième révolution, c’est la relation directe avec le consommateur final pour des marques qui n’y avaient jamais accès. Un fabricant de yaourts ne savait pas qui achetait ses produits. Aujourd’hui, même intermédiée par Amazon ou Leclerc.fr, cette donnée existe – et elle change tout dans la façon de piloter un retour sur investissement.

Pour aller plus loin sur comment les retailers physiques et digitaux se rejoignent, la transition phygitale est un enjeu que les marques FMCG ne peuvent plus éviter.

Pêche au filet contre pêche au harpon : le vrai changement de comportement

C’est la comparaison qui m’a le plus frappé dans cet épisode. Dans un supermarché physique, le consommateur entre pour nourrir sa famille pendant une semaine. Il fait sa liste, il rôde dans les rayons, il repère une promo. C’est de la pêche au filet : tu captures des gens qui passent par là.

« Quand tu vas aller chez les pure players et encore plus loin chez Amazon, le comportement de l’utilisateur, il est différent. Il veut répondre à un besoin mais un besoin qui est beaucoup plus isolé, beaucoup plus précis. C’est plutôt de la pêche au harpon. »

Voilà. Et c’est exactement là que le retail marketing à l’ancienne se casse la figure.

Le stop rayon, les bannières de catégorie, les formats non natifs qu’on a simplement transposés du physique au digital – ça ne colle plus avec un utilisateur qui arrive sur Amazon avec une intention ultra-précise. Il cherche « micro podcast USB cardioïde » pas « micro ». Du coup, tout le modèle publicitaire doit se recalibrer autour de cette intention granulaire. Et c’est exactement ce qu’Amazon a compris avant tout le monde.

Les formats du retail marketing digital sur Amazon – ce que personne ne t’explique clairement

81 % du chiffre d’affaires de la régie Amazon vient du on-site. C’est le premier chiffre à avoir en tête. Trois formats dominent.

Sponsor Product : les quatre ou cinq premières positions quand tu tapes une requête. Format natif, quasi indiscernable des résultats organiques. C’est le coeur du réacteur.

Sponsor Brands : un format plus visible, plus proche du stop rayon – il fait la promo de la marque, pas d’un produit isolé. Utile pour la notoriété, moins pour la conversion directe.

Sponsor Display : les formats qui s’insèrent sur les fiches produits, en « alternatives » ou « produits similaires ». C’est là que tu peux grignoter des parts à tes concurrents directement sur leur fiche.

Et ensuite, le off-site. C’est là que ça devient vraiment intéressant pour les marques qui veulent sortir de l’écosystème Amazon tout en s’appuyant sur sa donnée. Amazon dispose de sa propre DSP – une plateforme programmatique qui capitalise sur une donnée shopper d’une précision rare : loggée, comportementale, et surtout basée sur des achats réels. Pas des intentions. Des actes.

« Si je sais que quelqu’un est en train d’acheter un micro, je peux lui servir de la publicité sur Amazon et en dehors. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais il y a une règle que Lawrence précise et que beaucoup ratent : si ton produit est vendu sur Amazon, toute la publicité – même off-site – doit renvoyer vers Amazon. Tu ne peux pas utiliser la data Amazon pour rediriger vers ton site. Exception : les catégories qu’Amazon ne vend pas, comme l’automobile, la banque ou l’assurance.

Pour comprendre la logique du retail media dans son ensemble, ce tour d’horizon du retail media donne le contexte plus large.

Amazon comme moteur de recherche – le parallèle Google que tout le monde fait mal

Oui, Amazon ressemble à Google. Référencement naturel, référencement payant, qualité du contenu qui influence le positionnement organique. Mais il y a une différence de taille que Lawrence souligne et qui change la stratégie.

Sur Amazon, la publicité payante booste directement tes résultats organiques. Pourquoi ? Parce que l’algorithme mesure le volume de ventes. Plus tu vends grâce à la pub, plus ton « quality score » interne augmente, plus tu remontes en organique. C’était encore plus vrai il y a deux ans – Amazon a un peu revu sa copie depuis – mais la mécanique reste là.

« Une grosse partie des ingénieurs qui sont derrière la solution publicitaire d’Amazon, ils sont passés chez Google avant. Donc oui, tu vas retrouver les mêmes codes. »

Ce qui m’agace dans la plupart des comparaisons qu’on lit sur le sujet, c’est qu’elles s’arrêtent là. Elles oublient le truc vraiment différenciant : le trafic externe. Un clic qui vient de l’extérieur d’Amazon – via l’affiliation, un blog, un comparateur – a trois fois plus de valeur algorithmique qu’un clic interne. Amazon adore ce que ses utilisateurs ne génèrent pas eux-mêmes. Et ça, c’est une opportunité énorme pour les marques qui ont des partenaires éditoriaux ou une stratégie d’affiliation active. (Ce qui est rare dans le secteur FMCG, soit dit en passant.)

En termes de ROI brut, Lawrence cite des chiffres que je n’entends plus sur Google depuis longtemps : des ROI de 4 à 5 sur des mots clés génériques. Sur Google Search aujourd’hui, hors mots clés marque, c’est quasi mort.

Si tu veux structurer une vraie stratégie de vente sur la plateforme, ce guide des étapes pour commercialiser son produit sur Amazon va plus loin sur l’aspect opérationnel.

Choisir sa marketplace – Amazon n’est pas toujours la bonne réponse

Amazon, c’est la plateforme universelle. Généraliste, internationale, avec le niveau de solution publicitaire le plus avancé du marché. Mais elle a une limite : l’ultra-frais, le frais en France (à une exception près, le partenariat Monoprix). Du coup, pour des marques food comme Danone ou un acteur de grande conso, Leclerc.fr, Carrefour.fr ou Intermarché sont incontournables.

Sauf que ces plateformes ne sont pas au même niveau. Carrefour est le plus avancé sur le off-site, avec une solution programmatique qui date – ils ont été parmi les premiers à créer une régie permettant de toucher leurs encartés en dehors de leur propre site. Leclerc, lui, reste uniquement on-site pour l’instant. Intermarché, c’est encore flou – pas vraiment de régie propre, même si des opportunités existent.

Pour des verticales spécifiques, la logique change. Bricolage, tu vas sur ManoMano. Informatique et électronique, Cdiscount et la Fnac ont un héritage et une part de marché qui comptent. Mode en pan-européen, Zalando et ASOS s’imposent. Et si tu cherches la croissance internationale avec un seul levier, Amazon plus eBay reste le combo le plus évident.

Ce qui structure le choix, au fond, c’est deux variables : la part de marché relative de chaque plateforme sur ta catégorie, et le niveau de maturité de leur offre publicitaire. Tout le reste – l’image, la « cohérence de marque » et tout ce genre de considérations – vient après.

Les 5 étapes pour ne pas brûler son budget en retail marketing digital

C’est la partie où Lawrence est le plus concret – et la plus utile, franchement. Parce que l’erreur classique, celle qu’il décrit comme « trop souvent » observée, c’est la marque qui dit « j’accélère sur Amazon, je mets de la pub » sans avoir fait le travail en amont.

Étape 1 : L’organisation. Les bons talents avec les bons KPI – pas des KPI de notoriété, des KPI d’e-business mesurables en temps réel. Et les bons partenaires technologiques ou stratégiques dès le départ.

Étape 2 : La distribution et la logistique. Là, ça peut faire très mal. Amazon impose des contraintes de livraison précises. Si tu les rates de façon répétée, les pénalités peuvent atteindre 2 % de ton chiffre d’affaires total. Et au bout du compte, tu peux être déréférencé. Ce n’est pas une menace vague.

Étape 3 : Les 3P. Produit, Prix, Promotion (au sens tarifs, pas publicité). Est-ce que tu as le bon assortiment ? Est-ce que ta politique de prix tient face à la concurrence ? Est-ce que tes offres promotionnelles sont calibrées pour le contexte digital ?

Étape 4 : L’expérience client. Avis consommateurs – leur nombre et leur qualité influencent directement l’algorithme. Fiches produits optimisées SEO avec des images adaptées au mobile. (Parce que sur un petit écran, une image mal cadrée, c’est une vente perdue.)

Étape 5, et seulement là : la publicité. Si ton produit est en rupture de stock, si tes fiches sont mal renseignées, si tu n’as pas d’avis – Amazon ne diffusera pas ta pub correctement de toute façon. Et tu vas surinvestir pour des résultats nuls.

Concernant les outils technologiques – intégrateurs de flux, PIM, connecteurs ERP – Lawrence est clair : si tu gères une seule plateforme, tu peux t’en passer au début. Dès que tu veux scaler sur plusieurs marketplaces, c’est non négociable. Et même en mono-plateforme, ces outils te donnent un pilotage du business que tu n’as pas à la main.

La gestion des ruptures de stock, d’ailleurs, est un problème à part entière – certaines marques ont trouvé des approches créatives pour continuer à vendre même en rupture, ce qui rejoint exactement ce que Lawrence décrit ici.

Google, Amazon et la logistique – le vrai avantage concurrentiel qu’on ne peut pas acheter

La question qui clôt l’épisode est peut-être la plus intéressante. Google a lancé des initiatives marketplace. Facebook aussi. Pourquoi ça ne décolle pas ?

La logistique. C’est tout.

Lawrence raconte qu’il était en retard pour l’enregistrement du podcast ce matin-là – il aurait pu commander son micro, le recevoir entre 19h et 22h le soir même, voire plus tôt avec Prime Now. Cette promesse-là, ni Google ni Meta ne peuvent la tenir aujourd’hui. Et cette confiance dans la livraison, c’est la première expérience concrète que le consommateur a avec son produit.

« Tant que tu as pas cette logistique… si Google doit investir quelque chose, bah ils pourraient mettre un gros ticket le jour où ils veulent bouger sur le commerce, ils mettront un gros ticket pour acheter un logisticien. »

C’est exactement le problème. L’interface peut être plus belle, le moteur de recherche plus pertinent – si la livraison est incertaine, le consommateur revient sur Amazon. Et la dynamique mobile renforce encore ça : sur smartphone, on va directement à l’app, pas au moteur de recherche. Google comme porte d’entrée vers Amazon, c’est en train de disparaître.

Et le retail marketing digital, dans ce contexte, c’est en fait une discipline qui se rapproche beaucoup plus du search marketing que du display traditionnel. Avec une couche logistique en dessous qui conditionne tout le reste – et que les marques ne maîtrisent pas.

Ce qui soulève une question que Lawrence n’aborde pas directement : est-ce que les marques FMCG ont vraiment les moyens humains et organisationnels de gérer tout ça en interne ? Ou est-ce qu’on va vers une externalisation massive de ce nouveau canal, comme ça s’est passé avec le search en 2005 ?

Pour les marques qui se posent aussi la question de la monétisation et de la distribution digitale au sens large, comprendre les bases de l’affiliation reste un prérequis souvent négligé avant de se lancer sur les marketplaces.

Questions fréquentes

C'est quoi le retail marketing digital concrètement ? +
Le retail marketing digital, c'est la publicité et le référencement sur les plateformes de vente en ligne - Amazon, Cdiscount, Leclerc.fr, Carrefour.fr. Ces sites sont devenus des moteurs de recherche à part entière : 63 % des recherches produits commencent sur Amazon. Du coup, les marques doivent y gérer un SEO et un SEA propres, distincts de Google.
Quels sont les formats publicitaires disponibles sur Amazon ? +
Trois formats principaux : Sponsor Product (résultats natifs en haut de page), Sponsor Brands (mise en avant de la marque, format plus visible), et Sponsor Display (formats sur les fiches produits concurrentes). En parallèle, Amazon propose un DSP pour acheter de la publicité programmatique en dehors d'Amazon, en s'appuyant sur sa donnée shopper.
Le retail marketing digital est-il réservé aux marques qui vendent sur Amazon ? +
Non. Via le DSP d'Amazon, n'importe quelle marque peut activer la donnée shopper Amazon en dehors de la plateforme - même sans vendre sur Amazon. En revanche, si tes produits sont vendus sur Amazon, toute la publicité doit rediriger vers Amazon, pas vers ton site propre.
Comment bien débuter en retail marketing digital sur Amazon sans gaspiller son budget ? +
Lawrence Taylor insiste sur l'ordre des priorités : d'abord la logistique et le stock, ensuite les 3P (produit, prix, promotion tarifaire), puis l'expérience client (avis, fiches SEO, images mobile). La publicité arrive en dernier. Activer des campagnes sur un produit en rupture de stock ou avec des fiches incomplètes, c'est brûler son budget sans retour.
Amazon et Google, c'est vraiment la même chose pour le référencement produit ? +
En grande partie oui - les mêmes ingénieurs ont souvent conçu les deux systèmes. Mais Amazon a une particularité : la publicité payante booste les résultats organiques, parce que l'algorithme mesure le volume de ventes réelles. Et le trafic externe - affiliation, blogs - a trois fois plus de valeur algorithmique que le trafic interne généré par la pub.
Quelles marketplaces choisir en dehors d'Amazon pour son retail marketing digital ? +
Ça dépend de la catégorie et des objectifs. Bricolage : ManoMano. Informatique et électronique : Cdiscount et la Fnac. Mode en Europe : Zalando et ASOS. Alimentaire en France : Carrefour.fr est le plus avancé sur le off-site, Leclerc reste en on-site uniquement. Pour une stratégie pan-européenne, Amazon plus eBay reste le combo de base.

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