no code marketing

#49 : Outils > La vague NoCode, quels impacts pour le marketing digital?

Épisode diffusé le 5 octobre 2020 par Bannouze : Le podcast du marketing digital !

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Le no code marketing, c’est le genre de sujet dont tout le monde parle sans vraiment savoir de quoi il s’agit. Shubham Sharma, lui, sait. Ancien développeur, fondateur de la chaîne YouTube Digital Wink, il a passé des années à coder avant de basculer côté marketing – et il a une thèse claire : le marketeur qui ne maîtrise pas deux ou trois outils no code aujourd’hui, il se coupe les bras tout seul.

Dans un épisode du podcast Banouz, il a posé les bases. Pas de pitch produit, pas de liste exhaustive d’outils à télécharger. Une vision. Et c’est cette vision qui m’a arrêté.

Parce que le truc, c’est que la plupart des marketeurs que je croise ont déjà du no code dans leurs mains – ils ne le savent pas. Typeform, c’est du no code. Mailchimp avec ses automations visuelles, c’est du no code. WordPress, le dinosaure bien-aimé des CMO, c’est du no code depuis 2003. Le mot est nouveau. La réalité, beaucoup moins.

Ce qui change, en revanche – et c’est là que ça devient intéressant – c’est la profondeur de ce qu’on peut construire sans écrire une seule ligne.

WordPress était déjà du no code (on s’en était juste pas rendu compte)

Shubham Sharma commence par démystifier. Le terme « no code » est, selon lui, principalement une affaire de marketing. Un mot-valise pratique pour ranger une catégorie d’outils qui existaient déjà sous d’autres noms.

« Le no code c’est en fait une manière de faire des produits ou de faire une production quelle qu’elle soit dans le monde informatique par une interface simplifiée. Alors ça c’est la définition classique Wikipédia. »

Dit comme ça, c’est presque décevant. Mais il continue, et c’est là que ça se corse.

Dreamweaver – ceux qui ont connu les années 2000 en agence se souviennent – c’était du no code. Le drag-and-drop pour créer des sites, sans toucher au HTML. WordPress ensuite, qui a permis à des millions de non-développeurs de publier du contenu. Puis Typeform, puis Mailchimp, puis une vague entière d’outils qui ont grignoté les prérogatives des développeurs.

Ce que le no code marketing représente aujourd’hui, c’est simplement l’étape suivante de cette logique. Mais l’étape est franchement grande. On parle de créer des applications mobiles complètes, des CRM sur mesure, des automatisations complexes entre douzaines d’outils – le tout sans ouvrir un terminal.

Shubham pointe quelque chose que j’ai rarement entendu formulé aussi directement : la pénurie de développeurs a accéléré tout ça. Les devs qualifiés ne voulaient plus faire du code « bas de gamme » – vérifier qu’un email est un email, générer un formulaire de contact. Alors ils ont créé des outils pour que d’autres le fassent à leur place. Et ces autres, ce sont les marketeurs.

Quatre outils de no code marketing, quatre usages concrets

Shubham ne fait pas dans le théorique. Il donne des exemples. Quatre, précisément. Je les reprends ici parce qu’ils illustrent mieux que n’importe quelle définition ce que le no code marketing change dans le quotidien d’une équipe.

Zapier. C’est sa priorité absolue pour tout marketeur. Il l’appelle « la colle entre toutes mes applications ».

« Par exemple, demain je mets un Typeform sur mon site internet et derrière, je mets une séquence d’emailing avec Mailchimp par exemple. Et bien avec Zapier, je vais pouvoir une fois qu’un formulaire a été rempli, le mettre automatiquement dans ma séquence Mailchimp, lui donner tous les paramètres et toutes les informations qui ont été mis dans le Typeform pour que Mailchimp s’en servent pour pouvoir potentiellement faire de la segmentation, potentiellement faire de la personnalisation. »

C’est exactement le problème. Ce genre de connexion, avant, tu attendais deux semaines que le dev ait du temps. Maintenant, tu le fais toi-même en une après-midi.

Adalo. Pour créer des applications mobiles. Il prend l’exemple d’un clone de La Fourchette – un truc qui aurait coûté des dizaines de milliers d’euros à développer from scratch. Sur Adalo, tu pars d’un template, tu l’adaptes, tu le lances. 80% des besoins couverts, il dit. (Ce qui laisse quand même 20% à gérer, mais on y reviendra.)

Airtable. Le cas Airtable est fascinant parce que l’outil résiste à toute catégorie simple. Ce n’est pas un tableur. Ce n’est pas une base de données. C’est les deux, avec une interface qui permet de basculer entre vue calendrier, vue liste, vue Kanban – et de connecter tout ça à des automatisations qui génèrent des factures dès qu’un contact entre dans la base. Pour un indépendant ou une petite équipe marketing, c’est un gain de temps absurde.

Notion. Le dernier exemple est le plus contre-intuitif. Tout le monde voit Notion comme un outil de prise de notes. Shubham le qualifie de no code parce qu’un clic suffit à transformer n’importe quel document en page web publique, accessible via URL. « On fait clic droit partager sur le web et on a une URL Notion qu’on peut cliquer qu’on peut mettre sur notre blog. » Pas d’hébergement, pas de CMS, pas de déploiement. Juste un lien.

Ce qui m’a frappé dans cette liste, c’est l’absence totale d’outils exotiques. Pas un seul truc que vous n’avez jamais entendu. Zapier, Airtable, Notion – vous les avez probablement en onglet ouvert en ce moment. La question n’est pas de connaître ces outils. C’est de les interconnecter.

Le vrai sujet : quand le no code marketing libère le marketeur

Shubham Sharma a une formule que j’ai trouvée juste. Il parle de « full stack marketeur » – ou « technical marketeur ». Ce n’est pas un développeur. Ce n’est pas un geek. C’est un marketeur qui a arrêté de dire « je peux pas faire ça, c’est technique ».

« Quand on travaille sur le web, on ne peut plus dire qu’on ne sait pas ce que c’est qu’un nom de domaine, on ne peut plus dire qu’on ne sait pas ce que c’est qu’un cookie, on ne peut plus dire on ne sait pas publier une page web en fait en 2020. »

Voilà. C’est dit.

Dans ma pratique, je vois deux types de marketeurs. Ceux qui attendent le dev pour tout – pour changer un bouton, pour ajouter un champ dans un formulaire, pour lancer une landing page. Et ceux qui, avec Zapier et deux heures de patience, ont déjà bouclé leur funnel avant que le ticket Jira soit assigné.

La différence entre ces deux profils ne tient pas à l’intelligence. Elle tient à la volonté d’apprendre deux ou trois outils en profondeur – vraiment en profondeur, pas juste créer un compte et regarder une vidéo de 10 minutes. Ce que le no code marketing rend possible, c’est cette autonomie-là. La capacité de tester une hypothèse sans dépendre de personne.

Et pour ceux qui explorent aussi les mécaniques du growth hacking, le no code est une évidence : itérer vite, sans friction technique, c’est exactement ce dont on a besoin.

Internet homogène : le no code tue-t-il la créativité ?

La question a été posée dans l’épisode, et elle est légitime. Si tout le monde utilise les mêmes templates Webflow, les mêmes blocs ClickFunnels, les mêmes interfaces Adalo – est-ce qu’on finit avec un web générique où tout se ressemble ?

Shubham répond honnêtement. Oui, il y a ce risque. ClickFunnels, il le dit clairement : « c’est très moche, c’est très similaire, tout le monde utilise le même. » Mais il nuance aussitôt : ce qui rend les sites pareils, ce n’est pas l’outil. C’est l’absence de vision produit et d’UX thinking chez celui qui l’utilise.

Un développeur créatif sur Webflow ou Editor X – le nouveau produit de Wix qui a complètement changé la perception de la marque – peut construire des expériences visuelles que même un studio web avec budget ne ferait pas mieux. La contrainte n’est pas l’outil. C’est la personne derrière.

C’est une nuance importante. Le no code marketing ne remplace pas le jugement esthétique ou la stratégie. Il retire l’obstacle technique entre l’idée et sa mise en oeuvre. Ce qui reste – la qualité de l’idée – c’est toujours ton problème.

Et franchement, la plupart passent à côté de ça. Ils pensent que l’outil va compenser le manque de vision. Il ne le fait pas. Jamais.

Comment s’y mettre sans se noyer dans 400 outils

Le marché no code, Shubham l’évoque via le Martech Landscape – ce schéma annuel qui recense les outils marketing disponibles, et qui ressemble à une carte de métro dessinée par quelqu’un sous amphétamines (cherchez « Martech State 2020 », vous verrez). Des milliers d’outils. Catégorisés, sous-catégorisés, re-catégorisés.

Face à ça, sa recommandation est simple. Pas une liste à parcourir. Un process en trois étapes.

  • Essai : créer un compte avec une adresse email temporaire, explorer l’interface, se faire un avis – pas plus de quelques heures.

Puis l’implémentation sur un vrai cas – une hypothèse précise, un KPI à vérifier, trois semaines de test. Pas trois mois. Trois semaines. Et si ça ne valide pas l’hypothèse, on lâche sans état d’âme.

L’adoption enfin – si l’outil a prouvé sa valeur sur le cas test, on l’intègre dans le workflow permanent. Sinon, il rejoint le cimetière des freemiums inutilisés.

Ce qu’il ajoute, et c’est ce que personne ne fait : tenir un Excel (ou un Airtable, évidemment) de suivi. Quel outil, pour quel besoin, pendant combien de temps, résultat. C’est la différence entre une veille tech sérieuse et une collection de comptes créés à 23h après avoir vu un tweet.

Pour les indépendants qui jonglent avec plusieurs casquettes, cette approche rejoint des questions plus larges – notamment comment fixer ses tarifs en freelance quand on monte en compétences techniques et qu’on devient ce fameux profil « full stack ».

no code marketing : la limite qu’on ne dit pas assez

Parce que ce serait trop simple si tout était rose.

Shubham l’a dit en passant, et j’aurais voulu qu’il y passe plus de temps : Adalo couvre 80% des besoins. Pas 100. Et ce 20% restant – les fonctionnalités custom, les logiques complexes, les intégrations propriétaires – c’est souvent là que ça coince pour de vrai.

Le no code marketing est extraordinairement puissant pour les cas standard. Formulaire + emailing + segmentation + notification Slack : Zapier gère. CRM visuel avec factures auto-générées : Airtable gère. Application mobile clone d’un service existant : Adalo gère.

Mais dès que le besoin devient spécifique – une logique métier particulière, une intégration avec un ERP maison, une compliance réglementaire pointue – le no code trouve ses limites. Et là, soit tu bidouilles pendant des semaines, soit tu appelles un développeur. Autant le savoir dès le début.

Ce que le no code marketing change vraiment, ce n’est pas qu’on n’a plus besoin de devs. C’est qu’on a besoin de devs pour des choses qui méritent vraiment leur expertise – pas pour coller un formulaire à un CRM.

C’est une évolution que certains rapprochent de celle qu’on observe plus largement avec l’IA et son impact sur le métier de marketeur : pas une substitution, une reconfiguration des compétences nécessaires.

Ce que Shubham Sharma dit vraiment aux marketeurs

Sous les démonstrations d’outils et les exemples concrets, il y a un message plus dur dans ce que dit Shubham.

« quand on bosse aujourd’hui même aujourd’hui dans des start-up ou dans des boîtes normales, le nombre de fois où le marketeur est bridé parce qu’il ne sait pas utiliser la technique, c’est incroyable, c’est ça devient cinq fois par jour à chaque fois il se dit ‘Ah mais je peux pas faire ça parce que c’est technique.' »

Cinq fois par jour. C’est le chiffre qui reste.

Et ce que j’entends là-dedans – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai démarré – c’est que la barrière technique n’est plus une excuse valable. Elle l’était en 2010. Elle ne l’est plus. Les outils existent, ils sont accessibles, la plupart ont un freemium généreux et une communauté de tutoriels sur YouTube.

Ce qui empêche les marketeurs de franchir le pas, c’est principalement la peur de se tromper d’outil et d’avoir perdu du temps. C’est là que la méthode de Shubham – hypothèse, trois semaines, go/no-go – est vraiment utile. Elle transforme l’exploration en expérimentation structurée. Et l’expérimentation structurée, c’est quelque chose que les marketeurs connaissent bien – c’est juste du raisonnement growth appliqué à l’adoption d’outils.

Reste une question que l’épisode n’a pas vraiment tranchée : est-ce que le profil « full stack marketeur » va devenir une norme, ou rester un avantage concurrentiel pour ceux qui l’ont ? En 2020, c’était clairement un différenciateur. Aujourd’hui…

Mais ça, c’est un autre article. Ou un autre épisode de podcast. Shubham Sharma est sur LinkedIn et sur YouTube – la question de l’évolution des compétences digitales mérite qu’on le suive de près.

Questions fréquentes

C'est quoi le no code marketing concrètement ? +
Le no code marketing, c'est l'utilisation d'outils visuels - sans écrire de code - pour créer des automatisations, des applications, des CRM ou des sites web. Zapier, Airtable, Webflow ou Notion en sont les exemples les plus courants. Pour un marketeur, ça signifie pouvoir connecter ses outils, automatiser des séquences email, ou lancer une landing page sans dépendre d'un développeur.
Quels sont les meilleurs outils no code pour les marketeurs ? +
Zapier est souvent cité en premier : il connecte toutes vos applications entre elles. Airtable remplace avantageusement un CRM classique avec ses vues multiples. Webflow et Editor X permettent de créer des sites visuellement sophistiqués. Notion peut servir de CMS léger. Et Adalo pour créer des applications mobiles sans développeur.
Le no code marketing peut-il vraiment remplacer un développeur ? +
Partiellement. Les outils no code couvrent environ 80% des besoins courants d'une équipe marketing : formulaires, automatisations, CRM, landing pages, applications simples. Mais dès que la logique métier devient complexe ou que des intégrations très spécifiques sont nécessaires, les limites apparaissent. Le no code redirige le développeur vers ce qui mérite vraiment son expertise.
Comment apprendre le no code marketing quand on est débutant ? +
Shubham Sharma conseille une approche en trois étapes : essai libre avec une adresse email temporaire pour explorer l'outil, implémentation sur un cas réel avec une hypothèse précise et trois semaines de test, puis adoption si les résultats valident le besoin. Inutile de se former sur tout - il vaut mieux maîtriser deux ou trois outils en profondeur que d'en connaître vingt superficiellement.
no code marketing : est-ce que ça marche pour les indépendants et freelances ? +
Particulièrement bien, justement. Un indépendant peut construire avec Airtable un CRM + outil de facturation + calendrier de rendez-vous entièrement automatisé. Zapier connecte ce CRM à son emailing et ses notifications. Le tout sans budget développement. C'est peut-être le profil qui gagne le plus à maîtriser ces outils.
Qu'est-ce qu'un full stack marketeur ? +
C'est le terme que Shubham Sharma utilise pour désigner un marketeur qui maîtrise suffisamment les outils techniques pour ne plus être bloqué par la technique au quotidien. Il ne code pas. Mais il sait connecter ses outils, publier une page web, automatiser une séquence, analyser des données - sans attendre de l'aide. En 2024, c'est de moins en moins un profil rare, de plus en plus une attente implicite.

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