licenciements tech 2023

#90 Marché > L’année 2023 les licenciements, les recrutements … le digital devient-il un secteur comme les autres ?

Épisode diffusé le 8 novembre 2023 par Bannouze : Le podcast du marketing digital !

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Vitesse

Les licenciements tech 2023 ne sont pas tombés du ciel le 14 avril 2022 – même si cette date, celle du rachat de Twitter par Elon Musk, ressemble de plus en plus à un tournant qu’on n’a pas vraiment vu venir. Guillaume Rostan, CMO de Liligo.fr et président de la French Tech Barcelone depuis quatre ans, l’analyse avec une franchise qui tranche avec les discours habituels du secteur. Pour lui, ce qui se passe depuis 18 mois n’est pas une crise. C’est un retour à la normale. Et ça, c’est peut-être plus inconfortable à entendre qu’un simple plan social.

Le 14 avril 2022, la tech a vu quelqu’un virer 80 % d’une boîte – et la boîte a continué à tourner

Musk débarque chez Twitter. Il coupe les équipes à la tronçonneuse – 80 % des effectifs selon certaines estimations. La modération part en fumée, les annonceurs fuient, les trolls reviennent en force. Mais la plateforme, elle, tourne encore. C’est ce détail-là qui a tout changé.

Dans le podcast Bannouze, Laurent pose la question directement : est-ce que ce rachat n’a pas, en fait, donné une permission collective à l’ensemble de l’industrie ? Typeform vire 30 % de ses équipes après une levée de 200 millions. Ledger annonce 12 % de réductions alors qu’il vient de lever 100 millions. Facebook, Google, Amazon – la liste des licenciements tech 2023 ressemble à un bottin.

« Tu pouvais virer 50 % de ta boîte, ta boîte elle tourne. Alors bien sûr, on va pas parler de la modération qui est presque un euphémisme sur Twitter, la fuite des annonceurs et cetera. Mais finalement la plateforme, elle marche, tu vois, elle fonctionne. »

Voilà. C’est dit. Et une fois que c’est dit, difficile de faire semblant de ne pas l’avoir entendu.

Ce qui s’est passé ensuite, c’est mécanique. Les fonds qui avaient financé des valorisations à 40 ou 50 fois la recurring revenue ont commencé à demander des comptes. La croissance par tête de pipe ne suivait plus. Et les boîtes qui avaient levé sur des multiples délirants se sont retrouvées dans un étau : continuer à croître ET tendre vers la rentabilité en même temps. Impossible sans couper dans les effectifs.

Trop d’argent gratuit, des recrutements sans lien avec la rentabilité – les licenciements tech 2023 étaient écrits

Revenons un peu en arrière. 2020-2021, taux zéro, afflux de capitaux, fonds en compétition féroce pour les mêmes deals. Guillaume Rostan donne une anecdote personnelle (ce genre de témoignage direct, c’est exactement ce qui manque dans 90 % des analyses publiées sur le sujet) :

« J’ai une des boîtes dans lesquelles j’ai investi qui avait fin 2021 une très belle valorisation, une très belle boîte et même le type quand il nous annonçait ça, il disait « Je pensais pas arriver à lever autant aussi vite, ça s’est fait en 3 semaines ». Et je pense que c’était l’un des derniers, c’était le chant du signe. »

Le chant du cygne. Dit comme ça, ça a l’air presque poétique pour ce qui était en réalité une bulle en train de se dégonfler au ralenti.

Le problème central – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise clairement à l’époque – c’est que les recrutements n’étaient pas liés à un indice de rentabilité. Pas de vision P&L. Pas de lien direct entre une embauche et un impact mesurable sur le business. Quand tu n’as pas à être rentable, tu peux virtuellement recruter n’importe qui tant que l’argent rentre. Et l’argent rentrait.

Guillaume dirige aussi une activité de CFO à temps partagé. Il voit les tableaux de bord, les vraies lignes de compte. Sa conclusion sur les licenciements tech 2023 est tranchante : ce n’est pas une purge, c’est un réajustement comptable. Ultra mécanique. Et dans ce contexte, certains marchés comme le modèle SaaS ont particulièrement souffert de ce décalage entre valorisation et réalité opérationnelle.

Deux marchés en un – ceux qui ont trop levé et ceux qui ont levé raisonnablement

Pas de dichotomie simple, pas de carte noire et blanche. Mais quand même une ligne de fracture nette.

D’un côté, les boîtes dont on entend parler – les vocales, les médiatisées, celles qui ont levé 200, 300, 500 millions sur des stories de croissance explosive. Typeform, Ledger, Noco, Easy Work. Elles licencient parce qu’elles n’ont pas d’autre choix : leur valorisation repose sur des projections que le marché ne finance plus.

De l’autre, celles qui ont levé raisonnablement – ou qui ont bootstrappé. Et là, quelque chose d’intéressant se passe : les licenciements tech 2023 des premières créent une opportunité pour les secondes. Des profils seniors, solides, qui se retrouvent sur le marché. Des gens que ces boîtes plus petites n’auraient jamais pu attirer en 2021.

Guillaume le voit directement depuis Barcelone. Son écosystème local – celui de la French Tech catalane, qu’on connaît moins que Paris mais qui compte quelques boîtes sérieuses – a absorbé une partie de ces talents. (Ce qui n’est pas anodin : Barcelone attire depuis quelques années des profils tech européens qui cherchent une alternative à Londres ou Berlin.) Si tu veux comprendre comment ce type d’écosystème se construit à l’international, le développement à l’international a déjà été creusé dans un épisode précédent.

On a trop glorifié les licornes. On a mis le focus sur les levées à 100, 200, 300 millions. On a passé des semaines entières à célébrer des valorisations délirantes. Et pendant ce temps, des PME digitales solides, profitables, à croissance organique – on les regardait à peine.

Le retour au bureau, le télétravail, et tout ce qu’on n’a pas encore réglé

Fin 2023, un autre débat traverse les équipes tech. Les GAFA sifflent la fin de la récréation. Amazon, Apple, Google – tous poussent pour un retour au bureau. « Happy Friday » est officiellement terminé.

Guillaume est honnête là-dessus : il observe une fracture entre les petites structures en croissance (peu de télétravail, équipes soudées, besoin de vitesse d’exécution) et les grands groupes où le retour en présentiel crée une ambiance… étrange.

« Quand je retourne dans notre bureau qui est un gros siège social, il y a plus d’ambiance et tu arrives, tu t’installes à un endroit, tu entends des gens hurler devant leur ordinateur parce qu’ils hurlent par Internet devant des gens qui devraient être assis à côté d’eux. »

C’est exactement le problème. Le bureau vide à moitié, les réunions en hybride impossible, les open spaces qui ressemblent à des call centers – personne n’a trouvé la formule.

Sa position personnelle ? Les humains sont des animaux sociaux. Le présentiel va revenir – pas exactement comme avant, mais il va revenir. Pas dans 6 mois, pas de force. Mais il reviendra. Je suis à moitié convaincu par cet argument : il suffit d’observer comment les licenciements tech 2023 ont repositionné le rapport de force employeur/employé. Quand le marché se tend, les « divas qui réclamaient des sommes folles pour aller bosser à Bali » – sa formulation, pas la mienne – trouvent moins d’oreilles attentives.

La question des 25-26 ans reste ouverte. Ceux qui ont intégré le marché du travail avec le télétravail comme norme. Est-ce qu’on peut vraiment leur imposer un retour à des codes d’avant-Covid ? Guillaume avoue ne pas savoir. Et cette honnêteté-là vaut tous les discours RH bien polis.

Freelance, slashing, hyper-spécialisation – comment les licenciements tech 2023 accélèrent une recomposition profonde

Dans le fond, ce dont parle Guillaume, c’est d’une mutation structurelle du marché du travail digital. Pas juste des plans sociaux. Une recomposition.

Le freelancing progresse. Pas le freelancing subi, celui qui arrive après un licenciement faute de mieux – mais un freelancing choisi, expert, multi-clients. Il prend l’exemple du SEO (terrain qu’il connaît bien) : des boîtes qui n’ont pas besoin d’un profil full-time, mais qui ont besoin d’une expertise pointue sur des missions définies. D’ailleurs, cette tendance à l’hyper-spécialisation des compétences, on en avait déjà parlé dans l’épisode sur la vague NoCode et ses impacts pour le marketing digital.

Et puis il y a le « slashing » – ce truc que les nouvelles générations ont intégré comme une évidence et que les boîtes ne savent pas encore vraiment gérer. Avoir un job principal et un side project. Pas forcément un side revenu. Un side projet. La nuance est importante.

Ce qui m’agace dans cette conversation – et Guillaume l’effleure sans vraiment aller au bout – c’est que les boîtes en croissance rapide demandent 200 % à leurs équipes en échange de stock-options peut-être, un jour, si l’exit se passe bien. Et en même temps, elles savent que leurs meilleurs éléments ont des projets à côté, des identités professionnelles multiples. Comment tu crées un vrai sentiment d’appartenance dans ces conditions ? Personne ne répond vraiment à cette question. Et pour comprendre comment les équipes croissance en startup fonctionnent concrètement, l’épisode dédié au growth hacking donne un éclairage utile.

Il y a aussi un sujet que Guillaume mentionne en passant et qui mériterait un épisode entier : le « secondaire ». Ces tours de table où les fondateurs vendent une partie de leurs actions pour faire du cash out. Un alignement d’intérêts qui devient une divergence d’intérêts – entre la boîte à long terme et l’intérêt personnel du fondateur à encaisser pendant que la valorisation est haute. Tiger, SoftBank, les grands fonds ont servi de contreparties à ces opérations. Avec les résultats qu’on connaît.

L’IA arrive – mais les licenciements tech 2023 sont déjà là, eux

Impossible de conclure sans parler d’intelligence artificielle. Guillaume y revient lui-même, presque malgré lui.

Sa position est nuancée – ce qui est rare dans un débat qui tend vers les extrêmes. D’un côté, ceux qui disent « c’est juste du texte automatique, ça changera pas grand-chose ». De l’autre, ceux qui prédisent la fin de l’emploi tel qu’on le connaît. Guillaume est ni l’un ni l’autre.

« La seule chose qui change par rapport à l’apparition de l’automobile, de la radio même de la machine à vapeur, c’est la rapidité avec laquelle quand même ça va changer. Ça change les trucs en 10 ans, c’est énorme. »

Dix ans. C’est à la fois long et terriblement court. Surtout quand on cumule – comme il le note – Covid, guerre en Ukraine, licenciements tech 2023 et IA dans la même séquence historique. On vit des moments que, dit-il, on n’avait « pas le sentiment d’avoir vécu avant ». Et lui qui a connu l’affiliation quand elle avait 2 ans d’existence, les débuts de la French Tech et ses premières batailles, dit ne pas avoir d’aversion au changement. C’est peut-être pour ça que son regard est biaisé – il le reconnaît lui-même. Ceux qui ont l’IA sous un angle plus précis du marketing trouveront matière à réflexion dans l’épisode sur l’IA et le marketeur augmenté.

Ce qu’il prédit : une transformation par le bas. Pas les grands groupes « franchouillards » qui vont réorganiser leurs 5 000 postes du jour au lendemain. Plutôt les petites boîtes, agiles, qui vont intégrer ces outils et recomposer leurs équipes autour. Les licenciements tech 2023 ne sont peut-être que le début d’une séquence bien plus longue.

Et les gens qui arrivent aujourd’hui sur le marché – les seniors licenciés de Typeform ou Ledger, les juniors qui voulaient être « infopreneurs » – que vont-ils devenir dans ce contexte ? C’est la vraie question. Celle que le marché, pour l’instant, ne sait pas encore répondre.

Questions fréquentes

Pourquoi y a-t-il eu autant de licenciements tech en 2023 ? +
Les licenciements tech 2023 sont la conséquence directe d'une bulle de valorisation qui s'est dégonflée entre 2021 et 2022. Les startups avaient levé des fonds à des multiples délirants (40 à 50 fois leur recurring revenue) sans obligation d'être rentables. Quand le financement s'est asséché et que les investisseurs ont demandé de la rentabilité, les boîtes n'ont eu d'autre choix que de couper dans les effectifs pour améliorer leurs ratios. C'est ultra mécanique, comme le dit Guillaume Rostan, CMO de Liligo.fr.
Est-ce que le secteur tech est en train de devenir un secteur comme les autres ? +
C'est exactement la question posée dans cet épisode. Pour Guillaume Rostan, les licenciements tech 2023 marquent un retour à une certaine normalité après des années d'euphorie financière. La tech perd son statut d'exception - celle où les boîtes pouvaient recruter massivement sans lien avec la rentabilité. Ça ne veut pas dire que le secteur stagne, mais que la croissance sera plus organique, plus mesurée.
Quelles boîtes tech ont licencié en 2023 ? +
Parmi les cas emblématiques mentionnés : Typeform (30 % des effectifs après une levée de 200 millions d'euros), Ledger (12 % de réductions d'effectif malgré une levée récente de 100 millions), et de nombreuses autres startups françaises et européennes. Les licenciements tech 2023 ont aussi touché les GAFA - Facebook, Google, Amazon - qui ont tous annoncé des plans de réduction significatifs.
Le télétravail va-t-il disparaître après les licenciements massifs dans la tech ? +
Pas disparaître, mais se repositionner. Le rapport de force a changé. Quand le marché de l'emploi se tend, les entreprises reprennent la main. Les GAFA poussent pour un retour au bureau. Les petites startups en croissance n'ont souvent jamais vraiment adopté le full remote. Mais forcer les 25-30 ans qui ont intégré le télétravail comme norme reste une équation non résolue.
Comment les licenciements tech 2023 vont-ils accélérer le freelancing ? +
Les licenciements tech 2023 libèrent des profils seniors experts sur le marché. En parallèle, les boîtes qui recrutent cherchent à maîtriser leurs coûts fixes. Le freelancing expert - un profil pointu, multi-clients, intervenant sur des missions définies - répond à cette double dynamique. Guillaume Rostan prend l'exemple du SEO : une expertise que peu de boîtes ont vraiment besoin en full-time, mais dont beaucoup ont besoin ponctuellement.
Quel est l'impact de l'intelligence artificielle sur les recrutements tech ? +
L'IA va transformer les métiers, mais sur un horizon de 10 ans selon Guillaume Rostan - pas du jour au lendemain. La transformation passera d'abord par les petites structures agiles, pas par les grands groupes. Ce qui change, c'est la vitesse : là où la machine à vapeur ou l'automobile ont pris des décennies à recomposer le marché du travail, l'IA pourrait le faire en une décennie. Les licenciements tech 2023 pourraient n'être qu'un avant-goût.

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