impact apple mail privacy protection emailing

#63 : Emailing > L’impact des mesures d’Apple sur les campagnes d’emailing

Épisode diffusé le 14 décembre 2021 par Bannouze : Le podcast du marketing digital !

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L’impact apple mail privacy protection emailing a pris tout le monde par surprise – ou presque. En septembre 2021, Apple active Mail Privacy Protection sur iOS 15 et, en quelques semaines, près de 98 % des utilisateurs de l’application Mail cliquent sur ‘Protéger mon activité Mail’. Pas parce qu’ils comprennent ce que ça change pour les marketeurs. Juste parce qu’on ne refuse pas une protection quand Apple vous la propose avec ce wording-là. Qui va cliquer sur ‘Non merci, espionnez-moi’ ?

Moncef Frigui, product manager chez Sendinblue – leader français du marketing digital – a travaillé sur ce sujet dès l’annonce d’Apple, avant même le lancement officiel d’iOS 15. Dans un épisode du podcast Bannouze, il détaille ce que cette mise à jour change concrètement, les chiffres observés sur les premières semaines, et les quatre ajustements que les équipes emailing doivent faire maintenant. Ce n’est pas du catastrophisme. C’est un état des lieux brutal.

Et le vrai sujet – celui qu’on évite souvent – c’est que l’email n’est plus ce canal tranquille qui vivait sa vie pendant que le display brûlait. C’est fini.

Ce que fait vraiment Apple avec votre pixel de tracking

Revenons aux bases. En temps normal, quand vous envoyez un email via une plateforme comme Sendinblue, un pixel invisible – transparent, 1×1 pixel – est intégré dans le contenu du message. Quand le destinataire ouvre l’email, ce pixel se charge. La plateforme reçoit l’information : ouvert, à telle heure, depuis telle IP, sur tel device.

C’est comme ça que le taux d’ouverture existe. C’est comme ça que les triggers de marketing automation se déclenchent – ‘si ouverture sans clic dans 48h, renvoi avec autre objet’. Simple, efficace, et visiblement trop simple pour Apple.

Avec Mail Privacy Protection, Apple place ses propres proxies qui vont charger ces pixels – dans tous les cas, que l’email soit ouvert ou non par l’utilisateur réel. Le moment du chargement ? Aléatoire. La conséquence ? Tu reçois l’information ‘ouvert’ mais tu ne sais absolument pas si c’est vrai.

Apple va placer déjà des pixels qui vont loader dans tous les cas. C’est-à-dire que le mail soit envoyé ou pas ouvert pardon ou pas – bah nous on reçoit l’information. D’un proxy qui a fait ce chargement. Et donc ça empêche complètement de savoir d’une manière certaine si le mail a été ouvert pour de vrai ou pas.

Voilà. Le taux d’ouverture devient une fiction pour la portion Apple de votre base.

Ce qui m’agace dans cette histoire, c’est le wording utilisé par Apple. ‘Protéger mon activité Mail.’ C’est agressif comme formulation. Qui va refuser ? Moncef le dit lui-même avec un euphémisme poli : c’est ‘un peu agressif’. En vrai, c’est du dark pattern inversé – on pousse l’utilisateur vers l’option qui détruit vos métriques, et on appelle ça de la protection. Apple joue un jeu, et ce jeu a des conséquences très concrètes sur vos campagnes emailing et vos KPIs.

Les chiffres des premières semaines – et ce qu’ils cachent

Moncef partage des données arrêtées au 1er novembre 2021, soit quelques semaines après le lancement d’iOS 15. Trois chiffres retiennent l’attention.

Premier chiffre : 98 %. C’est la proportion d’utilisateurs qui activent Mail Privacy Protection quand ils passent sur iOS 15. Seuls 2,6 % refusent. Autrement dit, si votre base contient des utilisateurs Apple Mail, vous pouvez considérer que la quasi-totalité sera concernée à terme.

Deuxième chiffre : 34-35 %. C’est le taux d’adoption d’iOS 15 observé à cette période – contre 60 % pour iOS 14 au même stade après sa sortie. L’adoption est plus lente. Ça ne veut pas dire que le problème est mineur – ça veut dire qu’il va monter progressivement, et que vous avez encore une fenêtre pour vous adapter. Courte.

Troisième chiffre : 10 %. C’est la part des ouvertures provenant des proxies Apple dans les données Sendinblue à ce moment-là. Et ce pourcentage a tendance à baisser les weekends.

C’est un taux qui a tendance à baisser les weekends. Je sais pas encore comment l’interpréter mais c’est une hypothèse – les gens lisent moins leurs emails le weekend.

Honnêtement, je ne sais pas non plus. Mais ce détail révèle quelque chose d’important : même les proxies Apple ont des patterns comportementaux. Ce sont des machines, mais elles tournent selon des logiques qu’on commence à peine à cartographier.

Ce qui est sûr, c’est que 10 % aujourd’hui devient 40 % demain quand l’adoption d’iOS 15 rejoint celle d’iOS 14. Et là, votre taux d’ouverture est une donnée qu’on ne peut plus utiliser pour piloter.

L’email rejoint le display – et c’est pas un compliment

Il y a une analogie dans la conversation entre Moncef et Laurent qui mérite qu’on s’y arrête. Laurent, l’animateur, vient du monde du display et du programmatique. Et il le dit franchement : on se retrouve exactement dans la même situation que ce qu’on a vécu avec ITP d’Apple sur les navigateurs et le blocage des cookies tiers.

En display, quand Apple a commencé à bloquer agressivement les cookies sur Safari avec Intelligent Tracking Prevention, les équipes programmatiques ont créé des ‘buckets’ : les audiences Apple d’un côté – inciblables ou vendues en low cost – et le reste d’un autre côté. C’est l’email qui prend ce chemin maintenant.

Et franchement, c’est une bonne analogie. L’email avait une réputation de canal stable, mesurable, prévisible. Pendant que le display brûlait sous les RGPD, les adblockers et les restrictions Apple, l’email faisait tranquillement son travail. Ce n’est plus le cas. L’impact apple mail privacy protection emailing ramène ce canal dans le même régime d’incertitude que les autres.

Moncef nuance – et cette nuance est importante :

D’un côté évidemment on est content de ce type de mesures. C’est plus pour l’utilisateur final. Ça permet de choisir si on veut être traqué ou pas, choisir si on veut du contenu personnalisé ou pas. D’un point de vue protection des données personnelles c’est vraiment un bon point.

C’est exactement le problème. Moncef a raison sur le fond. Mais être content de perdre vos métriques d’un point de vue éthique ne compense pas le fait qu’il faut quand même piloter vos campagnes avec quelque chose.

Et il reste une zone grise que peu de gens mentionnent : Apple brouille le taux d’ouverture, mais continue d’utiliser le même user agent unique. Ce user agent donne encore des informations sur le type de device, une localisation approximative (à 50 km près – pas votre adresse, rassurez-vous). La question que pose Moncef : et si Apple change aussi son user agent dans une prochaine mise à jour ? Là, ce serait une autre conversation. Pour l’instant, le paysage de l’email marketing reste navigable – mais avec une carte qui se rétrécit.

impact apple mail privacy protection emailing : ce que Sendinblue a changé en production

Sendinblue n’a pas attendu de voir comment ça tournait. Moncef décrit une approche en deux temps, anticipée avant le lancement d’iOS 15.

Premier temps : le jour J. Dès la sortie d’iOS 15, Sendinblue sort une release qui exclut les proxies Apple des calculs de taux d’ouverture dans les workflows d’automation. Plus question d’utiliser ces fausses ouvertures pour déclencher un trigger. Elles sont également exclues de la détection de spam. Ce sont des données contaminées – on les isole.

Deuxième temps : le taux d’ouverture estimé. C’est la partie la plus intéressante techniquement. Plutôt que d’afficher un taux gonflé (si on intègre les proxies) ou un taux réduit (si on les exclut brutalement), Sendinblue calcule un taux estimé. Le raisonnement :

  • On part du principe que les utilisateurs d’Apple Mail ont les mêmes habitudes d’ouverture que les autres utilisateurs

On mesure le taux d’ouverture sur la population qu’on peut encore suivre. On applique ce taux à l’ensemble de la base, y compris les utilisateurs Apple opaques. Le résultat – et c’est là que ça devient concret – est suffisamment proche de la réalité pour qu’il n’y ait pas eu de ‘avant/après’ visible dans les tableaux de bord des clients.

C’est vraiment très très proche. Et donc on n’a pas eu besoin d’appliquer un facteur de correction spécifique à ce sujet.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais derrière, il y a une décision de product management qui mérite d’être notée : ne pas laisser les clients avec des métriques erronées sans les prévenir, ne pas créer de rupture artificielle dans les courbes. C’est de la gestion de la donnée sous contrainte – ce qui est, finalement, ce que tout le secteur va devoir apprendre à faire.

Une limite que je dois mentionner : cette approche repose sur une hypothèse – que les utilisateurs Apple Mail se comportent comme les autres. Si votre base Apple est structurellement différente (une audience très mobile, très engagée, ou au contraire très passive), l’estimation peut dériver. Moncef ne le dit pas explicitement, mais c’est une vraie limite.

Quatre ajustements concrets pour ne pas rater ses campagnes

Trois actions, dit Moncef. Puis il s’arrête et ajoute une quatrième. C’est souvent dans ces ajouts spontanés qu’on trouve l’essentiel.

Un : analyser son audience avant de paniquer. Si votre base est principalement desktop et Gmail, l’impact apple mail privacy protection emailing sur vous est marginal. Vous pouvez continuer à piloter au taux d’ouverture. Segmenter d’abord, adapter ensuite. C’est ce que les bons gestionnaires de mailing list font en permanence.

Deux : changer les triggers dans vos workflows automation. Remplacer ‘ouverture sans clic’ par des triggers basés sur le clic, le taux de désinscription, ou l’absence d’engagement réel. Le clic n’est pas bloqué par Apple. C’est votre nouvelle boussole.

Trois : travailler la qualité du contenu. Ouvrir un mail sans cliquer, sans lire, sans passer du temps dedans – ça n’a jamais été de l’engagement. L’impact apple mail privacy protection emailing force à regarder en face ce que le taux d’ouverture cachait parfois : des emails qu’on ouvre et qu’on ferme en deux secondes. La technique pour écrire des emails qui font cliquer est une compétence à part entière – pas très éloignée du copywriting persuasif qu’on applique aux pages de vente.

Quatre – celui qu’il a ajouté spontanément : l’optin. Le consentement. Quand quelqu’un s’inscrit à votre liste parce qu’il veut vraiment ce que vous proposez, il clique. Il lit. Il reste. Le problème de taux d’ouverture devient moins critique quand votre base est constituée de gens qui ont une vraie raison d’être là. C’est la même logique que le bon lead magnet : attirer les bonnes personnes, pas le maximum de personnes.

Ce qui m’a frappé dans cette conversation, c’est que ces quatre points ne sont pas des réponses à Apple. Ce sont des pratiques d’emailing saines qu’on aurait dû appliquer depuis le début. Apple n’a pas créé le problème – il a juste rendu visible ce qu’on pouvait ignorer tant que le taux d’ouverture gonflait les ego et les tableaux de bord.

Mais bon, facile à dire quand on n’a pas des reportings mensuels à défendre devant un COMEX qui veut ses pourcentages en vert.

La vraie question qui reste ouverte : est-ce qu’Apple s’arrête là ? Moncef pense que non. Mail Privacy Protection ressemble à une étape, pas à un point final. Ce canal qu’on croyait stable est maintenant dans la même dynamique que tout le reste du digital – et les équipes qui l’ont compris en 2021 ont une longueur d’avance sur celles qui attendent la prochaine mise à jour pour réagir.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Apple Mail Privacy Protection et quel est son impact sur l'emailing ? +
Mail Privacy Protection est une fonctionnalité introduite avec iOS 15 qui empêche les expéditeurs d'emails de savoir si un message a été ouvert par un utilisateur Apple Mail. Apple charge les pixels de tracking via ses propres proxies, de façon aléatoire, que l'email soit ouvert ou non. Résultat : le taux d'ouverture devient non fiable pour les utilisateurs de l'application Mail d'Apple. L'impact apple mail privacy protection emailing est direct - les triggers d'automation basés sur les ouvertures ne fonctionnent plus correctement pour cette portion de votre base.
Combien d'utilisateurs activent Mail Privacy Protection sur iOS 15 ? +
Selon les données de Sendinblue arrêtées début novembre 2021, environ 97,4 % des utilisateurs passant sur iOS 15 activent Mail Privacy Protection. Seuls 2,6 % refusent. Le wording d'Apple - 'Protéger mon activité Mail' - ne laisse pas vraiment le choix psychologiquement.
Comment adapter ses campagnes emailing face à l'impact apple mail privacy protection emailing ? +
Quatre ajustements principaux : analyser d'abord si votre audience est vraiment concernée (base desktop Gmail = peu d'impact), remplacer les triggers d'ouverture par des triggers de clic dans vos workflows automation, travailler la qualité du contenu pour générer de vrais clics, et soigner la qualité de l'optin pour avoir une base réellement engagée.
Le taux d'ouverture est-il encore utilisable avec iOS 15 ? +
Partiellement. Pour les utilisateurs non-Apple Mail, oui. Pour les utilisateurs Apple Mail, non - les données sont contaminées par les proxies. Des plateformes comme Sendinblue proposent un taux d'ouverture estimé en appliquant le comportement des utilisateurs traçables à l'ensemble de la base, y compris la portion Apple opaque.
Le clic dans les emails est-il bloqué par Apple comme le taux d'ouverture ? +
Non. Apple Mail Privacy Protection ne bloque pas le tracking des clics. Le clic reste la métrique fiable pour mesurer l'engagement réel. C'est pourquoi les experts recommandent de reconstruire les workflows d'automation autour du clic plutôt que de l'ouverture.
Est-ce qu'Apple va aller plus loin dans ses restrictions sur l'emailing ? +
C'est la question ouverte du secteur. Moncef Frigui de Sendinblue évoque notamment un possible changement du user agent Apple, qui fournirait encore quelques informations techniques aujourd'hui. Si Apple modifie cet élément dans une prochaine version, l'impact apple mail privacy protection emailing serait encore plus marqué. La prudence s'impose.

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