trop d'idées entrepreneur

7. Le danger d’avoir trop d’idées

Épisode diffusé le 8 mars 2019 par TheBBoost

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Quand on parle de trop d’idées entrepreneur, on imagine rarement un problème. Une richesse, plutôt. Une chance. Et pourtant – c’est exactement ce qu’Aline, fondatrice du blog et podcast The BBoost, décrit comme « le danger » qui plombe les créatifs les plus ambitieux. Elle gère trois business en parallèle depuis Paris, s’est exilée à New York début 2019 pour en monter un quatrième, et elle le dit sans romantisme aucun : avoir trop d’idées en même temps, c’est souvent le meilleur moyen de ne rien finir.

Ce qui m’a frappé dans cet épisode du BBoost, c’est qu’elle ne donne pas une méthode en 5 étapes. Elle raconte. Elle se raconte. La petite fille qui court dans un champ de pâquerettes, qui ramasse une fleur puis une autre, puis laisse tomber les premières pour courir vers les nouvelles. C’est une image simple – trop simple pour être dans un deck de consultant – et pourtant elle résume exactement ce que vivent des milliers d’entrepreneurs chaque matin.

Alors j’ai relu la transcription plusieurs fois. Pas pour en faire un résumé. Pour essayer de comprendre ce qu’elle touche vraiment, là où ça fait mal, là où la plupart des articles SEO passent à côté.

Le vrai problème avec trop d’idées entrepreneur, c’est que ça ressemble à de la richesse

Ça commence toujours pareil. Tu te réveilles, t’as une idée. Pas une idée vague – une vraie, avec déjà le nom de domaine dans la tête, les visuels, la communauté, le premier produit. Aline décrit exactement ça :

« Quand je me réveille à 7h30 le matin, des fois j’ai une nouvelle idée business et tout de suite, ça s’affole dans ma tête. Tout de suite, je commence déjà à imaginer comment ça pourrait se passer la vente, quel produit je vais vendre, les visuels à quoi ressemblerait le site internet. »

Oui. C’est exactement ça.

Le truc c’est que cette emballe mentale, elle est addictive. Chaque nouvelle idée déclenche un pic dopamine. Tu n’as pas encore fait le travail, mais t’as déjà le sentiment de réussir. C’est un peu comme regarder des photos de vacances avant de partir – le plaisir est réel, mais il n’est pas le bon.

Et du coup, les entrepreneurs créatifs passent une partie de leur temps à générer des idées, une autre partie à s’enthousiasmer dessus, et une portion de plus en plus petite à bosser sur ce qu’ils ont déjà. C’est mécanique. Pas une question de mauvaise volonté.

Ce qui m’agace dans la manière dont ce sujet est traité en général, c’est qu’on présente ça comme un défaut de caractère. Un problème de discipline. Alors qu’en fait, c’est souvent le signe d’une intelligence curieuse qui n’a pas encore trouvé son canal. Nuance importante. Mais Aline va plus loin que ça – et c’est là où elle devient vraiment intéressante.

Ce que tu envies, c’est la réussite – pas l’idée

Il y a un moment dans l’épisode où elle dit quelque chose que j’aurais voulu entendre il y a dix ans – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise clairement – c’est que la plupart du temps, quand on s’emballe sur une nouvelle idée, on n’envie pas l’idée. On envie le résultat de quelqu’un d’autre.

« Ce que vous voulez, ce que vous enviez, ce qui vous fait vibrer, c’est la réussite et la reconnaissance que cette personne elle a parce qu’en tant qu’être humain, on a tous envie de reconnaissance. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais c’est une distinction qui change tout.

Tu vois une créatrice qui cartonne sur YouTube, des millions de vues, une formation à 3 000 euros sold out en 48 heures. Et tu te dis : je vais faire pareil. Sauf que ce que tu veux, c’est pas forcément créer des formations. C’est être reconnue. C’est que ton travail compte. Et ça, tu peux l’obtenir par plein de chemins – pas forcément le même que le sien.

C’est particulièrement vrai pour ceux qui débutent. Aline le pointe clairement : quand on n’a pas encore sa patte, son pourquoi, son élément différenciateur, on a tendance à regarder ce qui marche autour et à vouloir le dupliquer. Le problème, c’est qu’on finit par courir après 50 réussites différentes au lieu de construire la sienne.

Sur ce point, pourquoi votre idée n’a pas d’importance explore une idée complémentaire : c’est rarement l’originalité de l’idée qui fait la différence. C’est l’exécution. La persistance. Deux notions qui reviennent en boucle dans cet épisode du BBoost.

Celui qui réussit, c’est pas celui qui a la meilleure idée

Voilà la phrase centrale de l’épisode. Celle qui résume tout.

« Celui qui réussit, ce n’est pas celui qui a la meilleure idée, qui a la bonne idée. Celui qui réussit, c’est celui qui a une idée précise, une idée nichée et qui persévère là-dedans et donne tout ce qu’il a. Tout le temps sans s’arrêter, sans partir ailleurs. »

C’est pas ce qu’on veut entendre. Clairement.

On préfèrerait qu’il y ait un algorithme, une méthode pour trouver THE idée – celle qui va tout débloquer. Aline utilise une métaphore que j’ai trouvé efficace : des câbles. Tu en as 50. Il y a une seule prise. Toutes les idées peuvent allumer l’ampoule – à condition d’en choisir une, de tirer le câble, de le démêler, de le brancher. Pas en prenant tous les câbles à la fois.

Et là, elle touche à quelque chose d’important sur la temporalité. Trois semaines sur une idée, c’est rien. Même pas un test sérieux. Elle parle d’un an, d’un an et demi, parfois deux ou trois ans avant que quelque chose commence à vraiment marcher. Ce qui implique, entre autres, d’accepter que pendant ce temps-là, d’autres idées vont passer. Et de les laisser passer.

Ça, c’est la partie difficile. Pas l’idée du focus en soi. Le deuil de toutes les idées qu’on choisit de ne pas poursuivre. Le secret des entrepreneurs qui durent tourne souvent autour de cette capacité à renoncer – pas à abandonner, à renoncer activement à ce qui divise l’attention.

Quand trop d’idées entrepreneur paralyse plus qu’il ne stimule

Parlons de la paralysie.

Aline ne le dit pas avec ce mot, mais elle décrit exactement ça : la situation où t’as tellement d’idées que tu ne sais pas par quoi commencer, du coup tu commences rien, du coup tu te sens nulle, du coup t’as peur d’être « mal foutue », du coup tu penses que le problème c’est toi. Cercle classique.

Le problème avec trop d’idées entrepreneur dans cette configuration, c’est qu’on interprète l’abondance comme un symptôme d’incapacité. « Je ne me concentre sur rien parce que je suis incapable de me concentrer. » Alors que c’est souvent l’inverse : on est incapable de se concentrer parce qu’on n’a pas encore fait le choix actif de fermer des portes.

« Si vous êtes coincé dans une pièce avec 50 000 portes ouvertes, vous allez pas avancer. Si vous fermez les 49 999 portes restantes et que vous en choisissez une pour avancer, vous allez pouvoir débouler dans la prochaine pièce. »

L’image est bonne. Trop de possibilités ouvertes simultanément, c’est de la friction pure. Tu dépenses ton énergie à maintenir les options ouvertes, pas à avancer dans une direction.

Et ça vaut pour les réseaux sociaux aussi, elle le précise : tu peux pas lancer en même temps un Instagram, un Facebook, un Snapchat, un Pinterest, un podcast et une chaîne YouTube. Tu seras partout à 20%, nulle part à 100%. Et 20% de présence sur six canaux, ça ne vaut pas 100% sur un seul – ni en termes d’audience, ni en termes d’énergie.

Si tu veux creuser l’aspect gestion de l’attention dans le quotidien, cette technique pour gérer 10 000 onglets ouverts parle d’un problème très concret qui est souvent le symptôme physique de cette dispersion mentale.

Ce que « se concentrer » veut vraiment dire – et pourquoi c’est plus dur qu’il n’y paraît

Focus. Le mot revient une vingtaine de fois dans cet épisode. Mais se concentrer sur une seule chose, ça veut pas dire faire une chose et ignorer le reste. Ça veut dire construire une hiérarchie claire et la respecter même quand une nouvelle idée brillante te tombe dessus à 7h30 du matin.

Aline le dit elle-même : elle gère trois business actuellement (pas un, pas deux, trois). Elle en montait un quatrième depuis New York au moment de l’enregistrement. Mais elle le dit avec une précision importante – gérer un business, c’est faisable. Deux, c’est chaud. Trois, c’est possible à condition de sacrifier à peu près tout le reste.

Sa propre formule : célibataire, pas de vie sociale intense, agenda béton. Ce n’est pas un modèle à copier. C’est une honnêteté rare sur ce que le multi-business coûte vraiment. Et ça change la question : pas « comment faire plusieurs choses à la fois » mais « combien de choses je veux vraiment porter, et à quel prix ? »

C’est là où la notion de persévérance prend un sens différent. Ce n’est pas juste « continue même quand c’est dur ». C’est « reste dans la même direction même quand une autre direction semble plus excitante ». Ce qui est beaucoup plus difficile, parce que les nouvelles idées ont toujours l’avantage de ne pas avoir encore de problèmes visibles.

Pour les créateurs qui jonglent avec l’énergie disponible et les moments de creux, continuer à avancer quand on n’a plus d’énergie touche à ce moment précis – celui où l’idée numéro 2 devient tentante non pas parce qu’elle est meilleure, mais parce que l’idée numéro 1 vient d’entrer dans sa phase ingrate.

L’entrepreneuriat n’est pas un sprint – mais personne ne t’explique ce que c’est vraiment

Marathon. Le mot revient.

Et franchement, la plupart des articles sur le sujet s’arrêtent là. « L’entrepreneuriat c’est un marathon, pas un sprint. » Merci, très utile. Aline va un peu plus loin quand elle dit qu’elle donne rendez-vous dans deux ans à tous ceux qui émergent aujourd’hui en mode rocket business.

Ce qu’elle sous-entend : la majorité aura disparu. Pas parce qu’ils n’avaient pas de bonnes idées. Parce qu’ils n’ont pas tenu. Parce que la quinzième semaine sans résultat probant, ils ont pivoté vers la nouvelle idée brillante. Et reproduit exactement le même schéma.

C’est brutal. Et c’est vrai.

La persévérance dans ce contexte, c’est pas une qualité morale. C’est une stratégie. La seule qui fonctionne réellement sur la durée. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut jamais changer de direction – mais qu’on le fait après avoir vraiment travaillé une piste, pas après trois semaines parce qu’une autre semble plus prometteuse.

Pour aller plus loin sur les bases à poser avant de se lancer, les 5 choses à faire quand on crée son entreprise donne un cadre concret sur les premiers pas – ceux qui évitent justement de se disperser dès le départ.

Le problème avec trop d’idées entrepreneur, au fond, c’est moins un problème de créativité que de décision. Décider vraiment. Pas « je vais essayer ça ». Décider et fermer les portes derrière soi. Pas définitivement – si ça ne marche vraiment pas, on rebrousse chemin, elle le dit. Mais fermer quand même. Parce qu’une porte entr’ouverte, ça prend de l’énergie à maintenir.

Est-ce que tout le monde peut y arriver ? Probablement pas de la même façon. La limite réelle de cette approche, c’est qu’elle suppose de pouvoir identifier quelle idée mérite qu’on y consacre un an ou deux. Et ça, c’est souvent le vrai problème de départ – pas la concentration, mais le discernement.

Questions fréquentes

Comment gérer trop d'idées entrepreneur sans se disperser ? +
Le point de départ, c'est d'accepter que toutes les idées ne méritent pas d'être poursuivies en même temps. Aline du BBoost recommande une règle simple : choisir une seule idée, lui consacrer au minimum un an de travail réel, et ne pas changer de cap avant d'avoir vraiment épuisé les possibilités. Ce n'est pas sexy à entendre, mais c'est la seule approche qui produit des résultats durables.
Trop d'idées entrepreneur : est-ce un signe de créativité ou un problème ? +
Les deux, selon le moment. Avoir de nombreuses idées est une qualité réelle - mais si elle n'est pas canalisée, elle devient un frein. La dispersion empêche la persévérance, et c'est la persévérance qui fait la différence, pas la qualité de l'idée de départ.
Combien de temps faut-il travailler sur une idée avant de la juger ? +
Selon Aline, trois semaines ne suffisent pas. Elle parle d'un an minimum, souvent un an et demi à deux ans, avant que les résultats commencent à être visibles. Changer d'idée avant ce délai, c'est reproduire exactement le même schéma d'échec sur la nouvelle idée.
Comment choisir entre plusieurs idées de business ? +
Aline propose une distinction utile : identifier ce qu'on envie vraiment. Souvent, on n'envie pas l'idée d'un concurrent - on envie sa réussite et sa reconnaissance. Une fois cette distinction faite, on peut choisir l'idée qui correspond à ses propres valeurs et compétences, pas à la copie d'un modèle admiré.
Peut-on gérer plusieurs business en même temps ? +
Techniquement oui. Aline en gère trois. Mais elle est très directe sur le coût réel : vie sociale réduite, vie de couple sacrifiée, agenda ultra-contraint. Deux business simultanés, c'est possible pour beaucoup. Trois, c'est réservé à ceux qui ont organisé toute leur vie autour de ça.
Pourquoi se concentrer sur un seul réseau social quand on débute ? +
Être présent sur six canaux à 20% ne vaut pas une présence à 100% sur un seul. Les algorithmes récompensent la régularité et la profondeur d'engagement, pas la dispersion. Une fois qu'un canal fonctionne vraiment et qu'un système est en place, on peut envisager le suivant.

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