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Le secret des entrepreneurs – Episode 4

Épisode diffusé le 4 avril 2019 par Estelle Ballot

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Le mindset entrepreneur – ce truc qu’on entend partout et qu’on comprend rarement vraiment – c’est peut-être la seule variable qui sépare ceux qui lancent de ceux qui restent à réfléchir. Estelle Ballot, créatrice du Podcast du Marketing, a posé quelque chose de dérangeant dans son épisode 4 : aucun entrepreneur qui réussit ne se demande comment sortir du lot. Leur cerveau n’est juste pas câblé comme ça. Quand j’ai entendu ça, j’ai failli passer à l’épisode suivant. Et puis j’ai réalisé que c’était exactement le genre de vérité qu’on préfère ignorer.

On vit dans un internet à un milliard de blogs, trois milliards d’inscrits sur les réseaux sociaux, quatre millions de recherches Google par minute. Ces chiffres ne sont pas là pour faire peur – ils sont là pour expliquer pourquoi la plupart des gens s’épuisent à chercher la bonne technique plutôt que de travailler sur ce qui conditionne tout le reste. Le mindset entrepreneur, c’est ce reste.

Ce que j’ai voulu faire ici, c’est pas un résumé de l’épisode. C’est prendre les quatre stratégies qu’Estelle pose et les confronter à ce que j’observe depuis quinze ans à couvrir des boîtes qui démarrent et des boîtes qui plantent. Parfois elles plantent pour les mêmes raisons qu’elles auraient pu décoller.

Ce que le mindset entrepreneur change vraiment (pas ce qu’on croit)

La question qu’on pose le plus souvent aux journalistes tech et marketing, c’est : quelle est LA technique pour se différencier ? Le bon réseau social, la bonne séquence d’emails, le bon tunnel. Et la réponse honnête – celle que personne ne veut entendre – c’est que la technique ne compense pas un état d’esprit défaillant.

Estelle Ballot est directe là-dessus :

Vous aurez beau mettre tout ça en place, vous aurez beau suivre pas à pas toutes les techniques marketing du monde, si vous n’adoptez pas l’état d’esprit entrepreneur, ce qu’on appelle en anglais le mindset, tout ça, c’est peine perdue.

Voilà. Dit une fois, ça suffit.

Ce qui m’agace dans le discours habituel sur le mindset entrepreneur, c’est qu’il dérive vite vers du développement personnel déconnecté de la réalité business. Ici, c’est différent. La thèse d’Estelle est précise : ceux qui réussissent ne se posent pas la question de savoir s’ils vont émerger. Ils foncent, et on les voit parce qu’ils foncent. C’est circulaire, mais c’est juste.

Notre société, elle, n’encourage pas à créer. Les discours ambiants – une entreprise sur deux ferme dans sa première année, la France c’est pas un pays pour ça – créent un filtre mental avant même qu’on ait ouvert son premier compte en banque professionnel. Du coup, le terrain est libre pour ceux qui n’en ont rien à faire de ce filtre.

La visualisation n’est pas du développement personnel – c’est de la physiologie

Un slalom géant à la télé. Le skieur ferme les yeux, la tête bouge – en avant, sur le côté, il se baisse, se penche. Il visualise chaque piquet avant de chausser ses skis. Estelle utilise cette image pour poser quelque chose de plus sérieux qu’il n’y paraît.

Elle cite une étude sur deux groupes de sportifs de niveau équivalent. Premier groupe : une semaine d’entraînement physique classique. Deuxième groupe : une semaine de visualisation uniquement, zéro terrain. Résultat à la fin de la semaine :

Aucune différence entre les deux équipes, exactement le même niveau de progression. Qu’ils se soient entraînés physiquement ou mentalement, ça leur a apporté strictement le même résultat.

C’est le genre de donnée qui devrait remettre en question pas mal de to-do lists entrepreneuriales.

Ce que ça veut dire concrètement pour le mindset entrepreneur, c’est que se voir réussir – vraiment, pas juste se dire que ce serait bien – active les mêmes mécanismes cognitifs que le faire. L’esprit ne distingue pas toujours le réel du simulé avec précision. Les grands sportifs le savent depuis les années 80. Les entrepreneurs qui cartonnent, eux, appliquent ça souvent sans le nommer.

(Et non, je ne parle pas de vision board ou de law of attraction – ce serait trop simple et trop faux. Je parle de la façon dont l’état mental conditionne les décisions qu’on prend en temps réel, les opportunités qu’on saisit ou qu’on laisse filer.)

Si tu veux aller plus loin sur les fondations mentales avant de te lancer, l’épisode sur les premières choses à faire quand on crée son entreprise pose des bases complémentaires à ça.

4 stratégies pour construire un mindset entrepreneur – sans les bullshit habituels

Estelle structure son épisode autour de quatre stratégies. Je vais les reprendre, mais je vais pas les lister en bullet points symétriques parce que ce serait exactement le genre d’article que je ferme après dix secondes.

La détermination sans faille, ça ressemble à quoi vraiment ? Pas à quelqu’un qui sourit tout le temps et ne doute jamais. Ça ressemble à quelqu’un qui tombe, qui note ce qui n’a pas marché, et qui recommence – différemment. Un milliard de blogs. Deux cent mille sites marchands rien qu’en France, avec une croissance de dix pour cent par an. Dans ce contexte, la détermination n’est pas une qualité morale. C’est une stratégie de survie.

Aller au bout des choses – c’est la stratégie que personne ne respecte, moi y compris à mes débuts. Le réflexe naturel de l’entrepreneur en phase de lancement, c’est de regarder partout : le nouveau réseau social qui monte, le fournisseur qui propose une fonctionnalité inédite, la technique que quelqu’un a testée et qui déchire. Estelle l’admet elle-même : « Moi la première. » Ce qui distingue les focalisés des dispersés, c’est pas l’intelligence. C’est la capacité à choisir une direction et à lui donner le temps d’exister avant de conclure que ça ne marche pas.

Pour les aspects plus opérationnels de l’organisation quand on démarre – parce que le mindset entrepreneur seul ne paie pas les factures – l’épisode sur la gestion du temps pour entrepreneur est une lecture utile.

Faire ses propres traces – c’est la stratégie la plus contradictoire des quatre, et c’est pour ça qu’elle est intéressante. S’inspirer de ceux qui réussissent, oui. Copier leurs techniques, oui, au début. Mais à un moment, si tu fais exactement comme tes concurrents, tu leur cours après au mieux. La liberté créative n’est pas un luxe réservé aux boîtes qui ont déjà tout prouvé. C’est ce qui crée l’écart.

Et puis la quatrième stratégie – parler vrai – mérite qu’on s’y arrête séparément.

Personal branding : pourquoi le lisse ne marche plus (et n’a probablement jamais marché)

Les comptes Instagram des « mamans parfaites » – Estelle prend cet exemple et il cible juste. Tout va bien, tout est beau, les enfants ne font jamais de crises. On sait tous que c’est faux. Et pourtant des milliers de créateurs de contenu reproduisent ce modèle dans leur communication d’entreprise, convaincus que montrer du positif attire du positif.

Le truc, c’est que ce n’est pas du positif qu’on cherche sur les réseaux sociaux. C’est de la proximité.

La raison pour laquelle au départ on a aimé les réseaux sociaux, ce qui nous a tous rendu accro, c’est qu’on avait envie de mieux connaître les personnes qu’on suivait. On avait envie de rentrer un peu dans leur quotidien.

C’est exactement le problème. On a confondu l’outil avec son usage, et l’usage avec l’aspiration profonde des gens qui s’y connectent.

Estelle suit Kelly Slater depuis les débuts d’Instagram. Pas parce qu’il vend quelque chose. Parce qu’elle a l’impression de le connaître. Ce sentiment – artificiel mais réel dans ses effets – c’est ce que le personal branding authentique peut créer. Et c’est aux antipodes du lisse.

Montrer ses failles ne veut pas dire casser le moral de son audience ou livrer des confessions de 2h du matin. Ça veut dire : j’ai connu ce par quoi tu passes, voilà ce que j’ai fait. Ce type de récit est – et c’est mon avis, pas celui d’une étude – mille fois plus déclencheur de confiance que n’importe quelle promesse parfaitement formulée.

(C’est d’ailleurs ce qui rend les podcasts plus puissants que la plupart des articles de blog en termes de connexion. La voix porte l’imperfection naturellement. Le texte, lui, doit la simuler – et c’est nettement plus difficile.)

Sur la question des revenus et de ce qu’on peut raisonnablement construire avec une audience engagée, l’épisode sur les sources de revenus pour entrepreneur donne des pistes concrètes et complémentaires.

Le mindset entrepreneur face à la saturation : ce qu’Estelle ne dit pas explicitement

Trois milliards de personnes sur les réseaux sociaux. Un milliard de blogs. Quatre millions de recherches Google par minute. Ces chiffres, Estelle les pose pour contextualiser la difficulté – pas pour décourager. Mais il y a quelque chose qu’elle ne dit pas explicitement et que j’ai envie d’ajouter ici.

La saturation ne touche pas tout le monde de la même façon. Elle touche ceux qui cherchent à exister dans la masse. Ceux qui ont un point de vue – une voix reconnaissable, une position assumée, une façon de traiter un sujet qui n’appartient qu’à eux – naviguent différemment. Pas plus facilement, forcément. Mais différemment.

C’est là que le mindset entrepreneur rejoint la stratégie concrète. Parce qu’avoir un point de vue assumé demande exactement le type de confiance qu’Estelle décrit : agir comme si tu avais déjà réussi, pas par arrogance, mais parce que cette posture intérieure change ce que tu oses dire, ce que tu oses publier, ce que tu oses refuser.

Estelle formule ça avec une franchise que j’apprécie :

Faites comme si, parce que c’est exactement ce que font ceux qui réussissent. Ils y croient, ils s’y voient. C’est aussi bête que ça – pour que ça marche, il faut le visualiser, il faut s’y croire.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et c’est justement pour ça que presque personne ne le fait vraiment.

La limite de cette approche – et je vais l’assumer clairement parce qu’un article qui ne nuance jamais est un article inutile – c’est qu’elle peut glisser vers une forme de déni de réalité. « Foncer sans se poser de questions » fonctionne quand la direction est juste. Quand elle ne l’est pas, la détermination sans remise en question peut t’emmener très loin dans la mauvaise direction. Le mindset entrepreneur ne remplace pas l’analyse. Il la précède et la suit. C’est une condition nécessaire, pas suffisante.

Si ton business ne décolle pas malgré tout ça, les 7 questions à se poser quand son business stagne sont un point de départ plus honnête que la plupart des diagnostics habituels.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais dû entendre plus tôt

Quinze ans à couvrir le marketing et la tech, à interviewer des fondateurs qui ont levé des millions et d’autres qui ont construit quelque chose de solide avec rien. Ce qui revient systématiquement – et que les articles sur le mindset entrepreneur ne disent jamais clairement – c’est que l’état d’esprit ne se travaille pas dans l’abstrait.

Il se travaille dans l’action. Dans le premier article publié alors qu’on le trouve mauvais. Dans la première prestation facturée alors qu’on n’est pas sûr de valoir ce prix. Dans le premier refus qu’on essuie et après lequel on décide d’envoyer quand même la prochaine proposition.

Estelle Ballot a lancé son podcast depuis un mois au moment de cet épisode. Elle parle de mindset entrepreneur sans l’avoir théorisé pendant dix ans dans un bureau. Elle le parle depuis le terrain. Et c’est exactement pour ça que ça sonne vrai.

Et pour ceux qui se demandent si tout ça tient la route sur le long terme – si le positif seul suffit à construire quelque chose de durable – la réponse courte est non. Mais sans lui, les techniques ne servent à rien. C’est l’ordre des facteurs qui change le résultat.

La semaine suivante dans le podcast, Estelle attaque le SEO et comment faire en sorte que Google aime ton site. Pour ceux qui veulent aussi comprendre comment se positionner en termes de tarifs sans se brader – un truc directement lié à la confiance en soi qu’on vient de passer à disséquer – l’épisode sur comment fixer ses tarifs est une suite logique à celui-ci.

Mais bon – si tu n’as pas encore bossé ton état d’esprit, les bons tarifs ne t’aideront pas non plus.

Questions fréquentes

C'est quoi exactement le mindset entrepreneur ? +
Le mindset entrepreneur, c'est un état d'esprit qui conditionne la façon dont on perçoit les obstacles, les opportunités et sa propre légitimité. Concrètement, ça se traduit par une tendance à agir plutôt qu'à attendre d'avoir toutes les certitudes. Ce n'est pas une qualité innée - c'est quelque chose qui se construit dans l'action, souvent en commençant par de petits pas qu'on n'a pas encore envie de faire.
Comment développer un mindset entrepreneur quand on doute de soi ? +
Estelle Ballot propose une approche concrète : agir comme si vous aviez déjà réussi. Pas dans le sens d'une arrogance affichée, mais dans le sens d'une posture intérieure qui conditionne vos décisions. La visualisation, documentée dans des études sur le sport de haut niveau, joue un rôle réel dans la progression - mentale ou physique, la différence de résultat est quasi nulle. Le doute ne disparaît pas, mais il cesse d'être le critère principal qui guide l'action.
Le mindset entrepreneur suffit-il pour réussir son business ? +
Non. C'est une condition nécessaire mais pas suffisante. Sans un état d'esprit adapté, les meilleures techniques marketing ne donnent rien. Mais l'inverse est vrai aussi : foncer sans analyser ce qui marche ou non peut vous emmener loin dans la mauvaise direction. Le mindset entrepreneur prépare le terrain pour que les stratégies aient une chance de fonctionner - il ne les remplace pas.
Pourquoi la plupart des entrepreneurs se perdent au démarrage ? +
La principale raison, selon Estelle Ballot, c'est la dispersion. Il existe des milliers de choses à faire quand on démarre - chaque nouvelle plateforme, chaque nouvelle technique, chaque nouvel outil semble urgent. Le réflexe naturel est de vouloir tout tester. C'est épuisant et inefficace. La clé est de choisir une direction, de lui donner le temps d'exister, et de changer seulement si on a vraiment les données pour conclure que ça ne fonctionne pas.
Le personal branding authentique, ça veut dire quoi concrètement ? +
Ça veut dire montrer qui vous êtes vraiment, y compris vos failles, sans pour autant livrer tous les détails de votre vie privée. L'idée est simple : les gens cherchent de la proximité sur les réseaux sociaux, pas de la perfection. Montrer qu'on a traversé les mêmes difficultés que son audience - et qu'on a trouvé des solutions - est bien plus inspirant qu'une façade lisse. Le vrai crée de la confiance. Le parfait crée de la distance.
Quelle est la différence entre visualisation et pensée positive naïve ? +
La visualisation telle que la décrit Estelle Ballot - et telle qu'elle est pratiquée par les sportifs de haut niveau - est une répétition mentale précise et détaillée d'actions à accomplir. Ce n'est pas se dire 'ça va bien se passer'. C'est simuler mentalement chaque étape, chaque mouvement, chaque décision, jusqu'à ce que le cerveau ait parcouru le chemin avant même de le faire physiquement. Une étude citée dans l'épisode montre que deux groupes de sportifs - l'un entraîné physiquement, l'autre uniquement par visualisation - progressent au même niveau sur une semaine.

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