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5 choses à faire quand on crée son entreprise – Episode 1

Épisode diffusé le 14 mars 2019 par Estelle Ballot

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Quand on parle de créer son entreprise, tout le monde a un conseil. Délègue. Externalise. Concentre-toi sur ton cœur de métier. Sauf que ce discours-là – aussi bien intentionné soit-il – peut te coûter cher si tu l’appliques trop tôt et trop vite. Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing, l’a appris à ses dépens lors de son premier lancement. Et ce qu’elle en tire est franchement plus utile que la plupart des guides de création d’entreprise qu’on trouve en ligne.

La réalité qu’elle décrit dans ce premier épisode, c’est celle de l’étouffement. Pas métaphorique. Concret. Des millions de choses en tête, une incapacité à prioriser, des heures perdues à apprendre des trucs qui auraient dû prendre dix minutes. Et au bout du compte, des projets qui n’avancent pas, une culpabilité qui s’installe, un cerveau qui tourne en rond.

Ce qu’elle propose – et c’est là que ça devient intéressant – c’est pas une liste de tâches à cocher. C’est une philosophie de survie pour les premiers mois. Cinq domaines sur lesquels tu n’as pas le droit de lâcher prise, même si quelqu’un te propose de les prendre en charge. Même si c’est tentant. Surtout si c’est tentant.

Alors voilà ce que j’ai retenu de cette conversation. Et pourquoi je pense que c’est plus subversif qu’il n’y paraît.

La stratégie, c’est le seul truc qu’on ne peut pas déléguer quand on veut créer son entreprise

Estelle est directe là-dessus. On peut confier le logo à un designer, les relations presse à une agence, le code à un dev. Mais la direction – où tu vas, pourquoi tu y vas, comment ta marque parle à ses clients – ça, personne ne peut le faire à ta place.

« La stratégie, c’est se poser des questions du type : que faites-vous ? Pourquoi vous le faites et où vous voulez aller ? Menez la réflexion sur ce qui est votre client idéal, quelle est votre marque et comment la personnifier. »

Ce qui m’a frappé, c’est la mise en garde qui suit. Confier le lancement d’un produit à une agence, de A à Z, c’est prendre le risque de « lancer le produit de l’entreprise lambda ». Un beau produit. Mais un produit avec un message qui sonne faux, qui n’est pas authentique. Elle a raison. Et c’est souvent exactement ce qui se passe.

Pour construire cette stratégie, elle donne trois pistes. Trouver des sources d’inspiration qui ouvrent le champ des possibles – livres, blogs, podcasts. Se former, parce qu’investir sur soi, c’est investir sur le socle de tout le reste. Et chercher ce qu’elle appelle « l’effet miroir » : une personne de confiance, un proche ou un coach, capable de jouer l’avocat du diable.

Ce troisième point, franchement, c’est celui que la plupart ignorent. On est tellement dans notre projet qu’on ne voit plus les angles morts. Et les questions qu’on refuse de se poser sont souvent celles qui font la différence entre un lancement qui accroche et un beau projet qui reste dans un tiroir.

Ton ton de marque, tu ne peux pas l’inventer à distance

Deuxième chose à ne pas déléguer trop tôt : la voix de ta marque. La façon dont elle parle. L’impression qu’elle laisse.

Estelle cite une vérité sur le cerveau humain que les neurosciences confirment depuis des années : on se souvient des émotions, pas des faits. Deux jours après une première rencontre, tu ne te rappelles plus exactement ce qui s’est dit. Mais tu sais très bien ce que tu as ressenti. C’est pareil pour une marque.

« Ce n’est pas pour rien qu’on appelle ça une impression. C’est imprimé. »

Voilà. Trois mots. Et ça résume tout ce qu’on passe des heures à expliquer en atelier de branding.

La « copie » – le contenu écrit, les textes – c’est le vecteur principal de cette personnalité de marque. Et là, elle dit quelque chose que beaucoup de créateurs d’activité ne veulent pas entendre : il faut écrire soi-même, au moins au début. Pas parce que tu es forcément le meilleur rédacteur. Mais parce que si tu n’as pas une idée très claire de ton ton, de ce que tu attends, tu seras incapable de briefer quelqu’un correctement.

(Et c’est souvent là que ça coince : on paye une rédactrice, on est déçu du résultat, on comprend pas pourquoi, et au fond la réponse c’est qu’on avait rien à lui donner de solide.)

Elle ajoute un argument SEO un peu brutal mais réel : Google est avant tout un outil d’analyse de texte. L’algorithme est gourmand. Pour être visible, il faut écrire beaucoup et régulièrement. Et ça, une machine externe qui ne connaît pas ta marque ne peut pas le faire pour toi – pas vraiment.

Le site web : fais-le toi-même, même si c’est moche

Troisième domaine. Et là, c’est presque contre-intuitif pour quelqu’un qui n’est pas technique.

L’argument d’Estelle n’est pas « c’est simple, tout le monde peut le faire ». C’est plus fin que ça. Quand tu lances ton activité, tu ne sais pas encore ce que ton audience a besoin de trouver sur ton site. Tu ne sais pas ce qui va marcher. Donc si tu confies la création du site à un professionnel dès le départ, tu vas l’orienter mal. Tu vas lui faire faire et défaire. Et lui, il te facture au temps passé.

« Mon conseil, c’est de créer la première version de votre site vous-même. Faites quelque chose de simple, inspirez-vous des sites que vous aimez qui marchent et simplifiez ce qui peut l’être. Pas besoin d’être parfait, il faut être efficace. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et en fait ça l’est – à condition d’accepter que la v1 ne soit pas la version finale.

Elle cite WordPress comme son outil de prédilection (et précise, avec un humour sec, qu’elle n’a aucun contrat de sponsoring avec eux). Shopify et Prestashop sont aussi mentionnés. Tous proposent des templates – des modèles de pages qui fonctionnent déjà. L’idée c’est d’utiliser ces structures pour apprendre : apprendre ce qu’on peut faire facilement, apprendre ce qui marche pour son audience. Et une fois qu’on sait ça, on peut aller voir un développeur avec des attentes précises. Ce qui change tout pour le budget.

Pour les questions d’organisation et de gestion du temps que ça implique, d’ailleurs, il y a des méthodes concrètes qui peuvent aider – mais on y reviendra.

La pub Facebook : plonge dedans avant de payer quelqu’un

Quatrième domaine. Et c’est là qu’Estelle fait une distinction importante que beaucoup ratent.

Internet a démocratisé la publicité. Avant, une pub TV coûtait une fortune et touchait des gens qui s’en fichaient complètement de ton produit. Aujourd’hui, tu peux lancer une campagne ultra-ciblée pour quelques euros. C’est réel. Mais le vrai argument pour le faire toi-même au départ, c’est pas l’argent. C’est la compréhension.

Estelle est claire : si tu délègues la pub à une agence sans avoir jamais mis les mains dedans, tu vas dépenser de l’argent sans rien comprendre de ce qui lui arrive. Tu ne pourras pas challenger l’agence, poser les bonnes questions, fixer des objectifs qui ont du sens.

« L’agence ne doit pas seulement mettre en place votre pub, ça vous pouvez le faire, elle doit propulser votre marque plus loin. Elle doit apporter un plus que seul un spécialiste connaît. »

C’est exactement le problème. Beaucoup de créateurs d’activité se retrouvent clients passifs d’une agence qu’ils ne comprennent pas. Et une agence qui n’est pas challengée, ça tourne en mode pilote automatique.

Elle recommande de commencer par Facebook plutôt que Google. La raison est pragmatique : sur Facebook, pas de budget minimum, pas besoin d’un site avec beaucoup de trafic, pas besoin d’une page avec des milliers de followers. Une photo prise avec ton téléphone, un filtre, éventuellement un montage sur Canva. Et des résultats quantifiables assez vite. Google Ads, c’est plus puissant mais ça demande un volume de données – et donc un budget – que la plupart des entrepreneurs qui démarrent n’ont pas.

(Ce qui est rare dans le secteur : qu’on te dise franchement que Google n’est pas forcément le bon premier terrain de jeu. La plupart des guides te le vendent comme une évidence.)

Et pour comprendre comment attirer des clients engagés avant même de payer pour de la publicité, il y a des approches qui méritent d’être explorées en parallèle.

Suivre ses chiffres : pas pour se stresser, pour piloter

Cinquième et dernière chose à garder pour soi. Et Estelle assume directement qu’elle n’est pas fan des chiffres. Ce qui rend son plaidoyer pour le suivi des métriques encore plus crédible.

Le piège classique : rester le nez rivé sur le solde du compte en banque. C’est stressant, c’est inefficace, et ça ne t’apprend rien sur ce qui fonctionne ou pas.

Sa distinction est utile. Il y a les chiffres de résultats – dépenses, recettes, marge – qui te donnent une photo à un instant T. Et il y a les indicateurs de pilotage – trafic du site, taux de conversion, composition des sources de visite – qui t’expliquent pourquoi tu es là où tu es et ce qu’il faut ajuster.

Pour créer son entreprise et la piloter vraiment, elle conseille de commencer simple. Le nombre de visites dans le mois, l’évolution par rapport au mois précédent. Au fur et à mesure, on rentre dans le détail. Est-ce que le trafic vient de Google, de la pub, d’une recommandation directe ? Quelle source convertit le mieux ? Pourquoi ? Ce sont ces questions-là qui font avancer – pas le chiffre du compte.

Et pour se voir avancer, elle glisse une idée pratique dès le début de l’épisode : le calendrier perpétuel affiché au mur. Un objectif par semaine. Pas plus de trois tâches par jour. L’idée c’est de laisser de la place à l’imprévu – et de l’imprévu, il y en a toujours quand on est en train de créer son entreprise. Cette philosophie d’organisation rejoint d’ailleurs ce qu’on retrouve dans les méthodes de bilan et de planification pour entrepreneurs qui veulent avancer de façon alignée.

Ce que tout ça dit vraiment sur créer son entreprise

Relis les cinq domaines. Stratégie. Ton de marque. Site web. Pub en ligne. Chiffres. Ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils sont tous liés à la compréhension – pas à l’exécution.

Estelle ne dit pas que tu dois devenir expert en développement web ou en achat média. Elle dit que tu dois comprendre suffisamment ces sujets pour pouvoir piloter ceux qui les feront pour toi ensuite. Ce qu’elle appelle – et l’expression est juste – « se mettre dans la position du boss ».

Et ça change quelque chose de concret dans la relation avec les prestataires. Quelqu’un qui sait de quoi il parle, ça ne se prend pas pour une petite créatrice qui découvre. Ça pose des objectifs. Ça challenge les résultats. Ça sait quand l’agence fait du travail correct et quand elle fait vraiment la différence.

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à couvrir ces sujets – c’est que la délégation efficace n’est pas une question de budget. C’est une question de maturité sur ce qu’on délègue. Et cette maturité, elle ne vient qu’en ayant fait.

Pour aller plus loin sur la question des tarifs et du positionnement financier quand on construit son activité, il y a des angles qui complètent bien ce cadre de départ.

Mais la vraie question qui reste en suspens après cet épisode : combien de temps on garde la main sur ces cinq domaines avant de commencer à déléguer ? Estelle ne le dit pas. Et c’est peut-être volontaire.

Questions fréquentes

Quelles sont les premières choses à faire quand on veut créer son entreprise ? +
Selon Estelle Ballot du Podcast du Marketing, cinq domaines ne doivent pas être délégués trop tôt : la stratégie de marque, le ton de communication, la création du site web, la publicité en ligne (notamment Facebook), et le suivi des chiffres clés. L'idée n'est pas de tout faire soi-même indéfiniment, mais de comprendre ces sujets suffisamment pour pouvoir piloter efficacement ceux qui les prendront en charge ensuite.
Faut-il créer son site web soi-même quand on crée son entreprise ? +
Au démarrage, oui. Pas parce que c'est simple, mais parce qu'au lancement on ne sait pas encore précisément ce que son audience a besoin de trouver. Confier le site à un professionnel trop tôt, c'est l'orienter mal et voir le budget exploser. Des outils comme WordPress, Shopify ou Prestashop proposent des templates fonctionnels pour commencer sans compétences techniques.
Pourquoi commencer la publicité sur Facebook plutôt que sur Google ? +
Facebook ne demande pas de budget minimum, pas de trafic existant sur le site, et la prise en main est plus accessible. Google Ads est plus puissant mais son algorithme a besoin de données - donc d'un budget conséquent sur la durée - pour être vraiment efficace. Pour quelqu'un qui commence, Facebook offre des résultats quantifiables rapidement avec un investissement limité.
Comment créer son entreprise en s'organisant efficacement dès le départ ? +
Estelle Ballot recommande un système simple : un objectif par semaine, pas plus de trois tâches par jour. Le calendrier perpétuel - un calendrier sans date ni mois fixe, affiché au mur - permet d'avoir une vue globale sur la semaine sans se noyer dans une liste interminable. L'idée centrale : laisser de la place à l'imprévu, qui est inévitable.
Peut-on créer son entreprise sans maîtriser la stratégie marketing ? +
Non - et c'est le point le plus ferme d'Estelle Ballot. On peut externaliser l'opérationnel, mais pas la direction. Confier toute la stratégie à une agence, c'est risquer de lancer un produit générique, sans connexion réelle avec sa marque. La stratégie se construit avec des sources d'inspiration, de la formation, et idéalement un regard extérieur critique.
Quels chiffres suivre quand on vient de créer son entreprise ? +
Commencer simple : nombre de visites mensuelles sur le site et évolution par rapport au mois précédent. Ensuite, rentrer dans le détail : d'où vient le trafic (Google, pub, direct), quel canal convertit le mieux. Les chiffres financiers de base - dépenses, recettes, marge - sont indispensables mais insuffisants seuls : ils donnent une photo, pas une explication.

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