Du rêve de liberté à la prison dorée de l’entrepreneuriat
Le parcours de nombreux entrepreneurs commence par une quête de liberté, mais se transforme souvent en une course effrénée où le temps manque cruellement. C’est une histoire que connaît bien Olivier Roland, entrepreneur, blogueur et auteur à succès. Avant de voir son livre « Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études » affiché dans le métro parisien, il a lui-même connu cette phase paradoxale.
Olivier explique : « J’ai créé ma boîte à 19 ans. C’était génial, une expérience extraordinaire pendant plusieurs années. Le truc c’est qu’au bout de quelques années, j’en ai quand même eu marre d’avoir un énorme déséquilibre dans ma vie parce que comme beaucoup d’entrepreneurs, je travaillais 60-70 heures par semaine. »
Cette situation, bien que financièrement confortable, l’a conduit à une prise de conscience brutale. « Je me suis rendu compte qu’en fait, cette boîte que j’avais créée pour devenir libre, c’était ma seule source de revenus, je voyais pas comment la vendre, je voyais pas comment diminuer mon temps de travail sans mettre en péril la rentabilité de l’entreprise… Et je me suis dit ‘Waouh ! En fait, je me suis créé ma propre prison’. » Cette quête d’une solution pour sortir de l’opérationnel de son entreprise l’a mené vers des lectures qui allaient radicalement changer sa vision.
La lecture comme électrochoc : comment deux livres ont tout changé
Pour Olivier Roland, la plus grosse erreur de sa carrière a été de ne pas lire de livres pratiques pendant les huit premières années. C’est la découverte de deux ouvrages majeurs qui a marqué le début de sa transformation et lui a fourni les clés pour systématiser son business.
« La semaine de 4 heures » : la première illumination
Le premier choc fut la lecture du livre de Tim Ferriss, « La semaine de 4 heures ». Olivier raconte : « Quand j’ai découvert la semaine de 4 heures, ça a été waouh, l’illumination, parce que je me dis mais c’est ça que je cherche depuis tant de temps. Ça y est, j’ai enfin la solution. Ça a eu vraiment un impact extrêmement fort sur moi ce livre. » Contrairement à beaucoup qui l’ont découvert en voulant se lancer, Olivier, comme Tim Ferriss lui-même, avait déjà un business et cherchait à s’en extraire.
« The E-Myth » : comprendre la différence entre créer un job et systématiser son business
Le deuxième électrochoc est venu avec « The E-Myth » de Michael Gerber. « Là bam, deuxième baffe énorme sur la joue gauche parce que dans The E-Myth, Michael Gerber, il décrivait exactement le problème dans lequel j’étais. » Ce livre met en lumière une distinction fondamentale : la plupart des gens ne créent pas un business, mais leur propre job. Olivier réalise alors qu’il n’est pas seul et qu’il existe des solutions structurées pour résoudre son problème. Le concept central du livre est d’envisager sa boîte, même petite, comme le prototype d’un réseau de franchise. Cela force à penser « système », à documenter les processus et à rendre l’entreprise moins dépendante de son créateur.
Mettre en place des procédures en entreprise : le guide pratique
Fort de ses nouvelles connaissances, Olivier a commencé à mettre en place des actions concrètes. La pierre angulaire de sa nouvelle approche fut la création et la documentation systématique des procédures en entreprise. Une démarche qui peut sembler fastidieuse mais qui est, en réalité, libératrice.
L’erreur fondamentale : transmettre le savoir uniquement à l’oral
Olivier pointe une erreur commune : « La plupart des entrepreneurs encore aujourd’hui transmettent leur savoir exactement comme les chasseurs-cueilleurs de l’époque préhistorique, c’est-à-dire uniquement par oral. » Cette méthode de transmission a de nombreux défauts : l’information est volatile, sujette à l’oubli et aux interprétations, et elle rend le détenteur du savoir (souvent le dirigeant) indispensable.
Une méthode simple pour commencer à documenter les processus
Pour contrer cela, Olivier a adopté une méthode d’une simplicité redoutable. « Aujourd’hui c’est tellement facile d’enregistrer son écran avec des logiciels comme Camtasia. Un truc très simple que les entrepreneurs peuvent faire, c’est qu’à chaque fois que tu expliques quelque chose à quelqu’un sur comment il doit faire quelque chose sur un écran, tu enregistres. »
Le processus est le suivant :
- Enregistrer l’explication : L’entrepreneur enregistre son écran en expliquant la tâche. Cela ne prend pas plus de temps qu’une explication orale classique.
- Créer une procédure écrite : Il demande ensuite à l’employé de regarder la vidéo et d’en faire une procédure écrite.
- Stocker les deux formats : La vidéo et le document texte sont conservés ensemble, par exemple sur Dropbox. La vidéo sert de démonstration visuelle, tandis que le texte permet de retrouver rapidement une information précise.
« D’un seul coup, tu as le savoir qui n’est plus seulement dans ton cerveau mais qui est aussi disponible dans le cloud pour tout le monde », résume Olivier. Cette simple habitude permet d’améliorer l’efficacité de son entreprise de manière spectaculaire.
Le management par les process pour gérer les erreurs et s’améliorer
L’un des plus grands avantages d’un management par les process est la clarté qu’il apporte lors de la gestion des erreurs. Olivier l’explique ainsi : « Quand une erreur est faite, tu n’as que deux possibilités. Soit la personne n’a pas suivi le process et c’est indiscutable parce que voilà, c’est documenté. Soit c’est le process qui est un problème. Et dans ce cas-là, c’est génial parce que tu modifies le process et le problème ne se reproduit plus. »
Cette approche dépersonnalise l’erreur et la transforme en une opportunité d’amélioration continue. Le système évolue et devient de plus en plus robuste, permettant d’atteindre une efficience que la seule transmission orale ne peut égaler.
Comment optimiser le travail en équipe grâce aux checklists et à la culture d’entreprise
Avoir des procédures documentées est une première étape cruciale. Mais comment s’assurer qu’elles sont suivies et qu’elles restent pertinentes ? Cela passe par des outils simples comme les checklists et par une culture d’entreprise qui encourage la rigueur et l’amélioration.
Le pouvoir des checklists pour réduire les erreurs au travail
Même avec une procédure, il est humain d’oublier une étape. Pour pallier cela, Olivier recommande l’utilisation des checklists. Il prend des exemples dans des domaines où l’erreur n’est pas permise : « Exemple la NASA, pour les astronautes quand ils font des sorties dans l’espace, il y a des tas d’étapes super compliquées, il faut pas en louper… ils ont des checklists, c’est pas compliqué, ils checkent. »
Le même principe s’applique aux pilotes d’avion qui suivent des checklists rigoureuses avant chaque décollage. Dans un contexte d’entreprise, décomposer une procédure complexe en une série de cases à cocher assure que rien n’est oublié, même les petits détails qui peuvent avoir de grandes conséquences.
Qui est responsable de maintenir les procédures à jour ?
Une procédure n’est utile que si elle est à jour. Plutôt que de centraliser cette responsabilité, Olivier préconise de la déléguer. « Moi je donne ça aux employés ou aux prestataires qui sont le plus concernés par la procédure en question. »
Il est également essentiel d’instaurer une culture où les collaborateurs se sentent légitimes de proposer des améliorations. « Tu dois aussi inciter les gens qui travaillent pour toi à t’envoyer des feedbacks, à te proposer des changements de process, c’est important. » Une nouvelle version du processus peut alors être testée sur une période donnée avant d’être validée, garantissant que l’organisation reste agile et efficiente.
Déléguer efficacement, même la créativité : le cas d’une chaîne YouTube
On pourrait penser que cette approche par les process s’applique mal aux activités créatives. Pourtant, Olivier Roland démontre le contraire avec la gestion de sa propre chaîne YouTube, un business largement basé sur le contenu.
Automatiser son business en ligne : l’exemple de la post-production vidéo
Le processus de production vidéo d’Olivier est un modèle d’efficacité et de délégation. « Aujourd’hui, je peux te faire une vidéo qui dure 5 minutes, ça va peut-être me prendre allez 7 minutes en tout et pour tout avec l’idée et le tournage. » Une fois la vidéo tournée, il la dépose dans le cloud et le reste est entièrement pris en charge par son équipe via un outil de gestion comme Asana.
Le monteur s’occupe du montage, un assistant prépare la vidéo sur YouTube (tags, description générique, fiches), un autre membre de l’équipe ajoute une description unique et des tags spécifiques. Olivier n’intervient qu’au début pour donner le titre et à la toute fin pour une vérification rapide et la planification. La quasi-totalité du processus est déléguée.
Le défi : comment déléguer la création de contenu en amont ?
Si la post-production est facilement systématisable, qu’en est-il de la recherche d’idées et de l’écriture, des tâches éminemment créatives ? C’est un défi que beaucoup de créateurs de contenu rencontrent. Olivier suggère de s’inspirer d’autres industries. « Il y a énormément d’œuvres artistiques aujourd’hui très connues qui sont le fruit d’une collaboration. Je pense justement aux séries télé. »
Le modèle de la « writer’s room », où un showrunner dirige une équipe d’auteurs pour brainstormer, développer des concepts et écrire des scripts, est une piste intéressante. Il prouve qu’il est possible de structurer un processus créatif collaboratif tout en conservant une vision cohérente. Appliquer ce modèle à la création de vidéos YouTube est une voie à explorer pour ceux qui cherchent à déléguer davantage.
La stratégie pour écrire un best-seller et toucher le grand public
Le succès d’Olivier Roland ne se limite pas à ses business en ligne. Son livre « Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études » a été un best-seller, lui permettant de sortir du « ghetto du milieu web marketing ». Cette réussite repose sur une stratégie claire.
Pourquoi choisir un éditeur traditionnel plutôt que l’autoédition ?
Le choix de passer par un éditeur traditionnel peut surprendre, surtout quand on connaît la différence de royalties. Olivier le confirme, l’aspect financier n’est pas la motivation première. « L’indice bien sûr que ce n’est pas pour gagner de l’argent. » Alors pourquoi ce choix ? Pour la portée et l’autorité. Un éditeur traditionnel offre un réseau de distribution et une crédibilité qui permettent de toucher un public beaucoup plus large, bien au-delà de sa communauté existante. C’est un investissement en notoriété.
Les techniques marketing pour fédérer une communauté autour d’un livre
Le succès d’un livre, même avec un éditeur, dépend énormément du marketing orchestré par l’auteur. Il s’agit de « fédérer sa communauté » et de « créer une vision autour du produit ». En impliquant son audience bien en amont, en partageant les coulisses de l’écriture et en créant une attente, un auteur peut transformer un simple lancement en un véritable événement, assurant ainsi le succès de son ouvrage.
Questions fréquentes sur la mise en place de procédures en entreprise
Pourquoi est-il crucial de créer des procédures en entreprise ?
Créer des procédures est crucial pour transformer un simple ‘job’ en un véritable ‘business’ qui peut fonctionner sans son créateur. Cela permet de gagner en liberté, d’assurer la constance de la qualité et de rendre l’entreprise plus efficace et moins dépendante d’une seule personne.
« La plupart des entrepreneurs créent leur boîte pour devenir libre, alors qu’en fait, ils créent leur prison. […] la grosse différence, c’est que la plupart des gens créent leur job plutôt que de créer un business. »
Comment commencer à documenter les processus simplement ?
La méthode la plus simple est d’enregistrer son écran à chaque fois que l’on explique une tâche à un collaborateur. Cette vidéo sert de base, et le collaborateur peut ensuite la retranscrire sous forme de procédure écrite. C’est une approche qui ne demande quasiment aucun temps supplémentaire.
« À chaque fois que tu expliques quelque chose à quelqu’un sur comment il doit faire quelque chose sur un écran, tu enregistres. Ça te prend pas plus de temps que si tu devais le faire sans. »
Qui doit être responsable de la mise à jour des procédures ?
La responsabilité de la maintenance des procédures doit être confiée aux personnes qui les utilisent le plus au quotidien. Cela garantit qu’elles restent pratiques et à jour, et responsabilise l’équipe dans l’amélioration continue des processus.
« Moi je donne ça aux employés ou aux prestataires qui sont le plus concernés par la procédure en question. »
Comment les checklists peuvent-elles réduire les erreurs au travail ?
Les checklists décomposent une procédure complexe en une série d’étapes simples à cocher. Elles agissent comme un garde-fou contre l’oubli humain, même pour des tâches répétitives, en s’assurant qu’aucune étape critique n’est manquée, à l’instar des pilotes d’avion ou des astronautes de la NASA.
« Même avec les checklist, on peut encore faire des erreurs. Donc c’est aussi ce que je veux dire par rapport à ce que tu me dis, c’est que tu peux pas éliminer complètement les erreurs, mais ça permet quand même de les réduire fortement. »
Est-il possible de déléguer des tâches créatives ?
Oui, bien qu’il s’agisse d’un défi plus complexe. Il faut s’inspirer de modèles collaboratifs comme les salles d’auteurs de séries TV, où un leader donne une vision et une équipe de créatifs contribue à la développer. Cela demande une forte intégration de l’équipe et un processus de brainstorming et de feedback bien structuré.
« Il y a énormément d’œuvres artistiques aujourd’hui très connues qui sont le fruit d’une collaboration. Ah, je pense justement aux séries télé. »
Quelle est la différence entre créer son job et créer un business ?
Créer son job signifie être au centre de toutes les opérations, rendant l’entreprise dépendante de sa présence constante. Créer un business, c’est mettre en place des systèmes et des procédures qui permettent à l’entreprise de fonctionner et de croître de manière autonome, libérant ainsi du temps pour l’entrepreneur.
« La plupart des gens créent leur job plutôt que de créer un business. Et c’est complètement différent. »
Pourquoi publier un livre avec un éditeur si ce n’est pas pour l’argent ?
Publier avec un éditeur traditionnel est une stratégie visant à accroître sa notoriété et à toucher un public beaucoup plus large que sa propre communauté. La distribution en librairie et le sceau de crédibilité de l’éditeur permettent de propager un message bien au-delà de la sphère habituelle de l’auteur.
« Pourquoi écrire un livre chez un éditeur traditionnel ? L’indice bien sûr que ce n’est pas pour gagner de l’argent. »
Comment gérer une erreur : la faute de l’employé ou du processus ?
Avec un management basé sur les process, il n’y a que deux scénarios. Soit l’employé n’a pas suivi la procédure documentée, et l’erreur lui est directement imputable. Soit il a suivi la procédure et l’erreur s’est quand même produite, ce qui signifie que le processus lui-même est défaillant et doit être amélioré.
« Quand une erreur est faite, tu n’as que deux possibilités. Soit la personne n’a pas suivi le process et c’est indiscutable […] Soit c’est le process qui est un problème. Et dans ce cas-là, c’est génial parce que tu modifies le process et le problème ne se reproduit plus. »




