Au-delà de la spéculation : la véritable opportunité crypto pour les entrepreneurs
Le sujet des cryptomonnaies est aujourd’hui saturé de bruit. D’un côté, les médias traditionnels nous alertent sur la volatilité des prix et l’associent à des activités criminelles, nous incitant à la méfiance. De l’autre, des promoteurs nous vendent la promesse d’une richesse rapide, expliquant que le Bitcoin va atteindre des sommets et qu’il faut acheter la dernière altcoin pour faire un ‘fois 1000’.
Personnellement, cette approche spéculative ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie de passer mes journées à suivre des cours ou à écouter des analystes dont la seule crédibilité est souvent d’avoir investi tôt par chance. Mais au-delà de ce bruit, une transformation profonde de notre économie est en train de se dessiner. Et si notre économie se transforme, cela signifie que de nouvelles opportunités, aujourd’hui imprévisibles, vont s’ouvrir pour les entrepreneurs qui ont une fibre marketing.
L’analogie avec les débuts d’internet : la vraie promesse de la blockchain
La clé pour comprendre le potentiel est de regarder en arrière. Un ami m’a fait une remarque qui a complètement changé ma perspective : « aujourd’hui c’est de la spéculation et nous on peut pas faire grand-chose parce qu’on n’est pas assez technique. Mais si tu regardes l’internet en 92, c’était juste un truc ultra pointu et si tu étais pas un chercheur, ça avait pas un grand intérêt ». Au final, cette infrastructure complexe est devenue une opportunité énorme sur laquelle n’importe qui avec des compétences en entrepreneuriat pouvait construire un business.
J’ai alors compris que la véritable opportunité crypto réside ici. D’ici 3, 5 ou 8 ans, des outils comme WordPress ou YouTube pour internet apparaîtront pour la blockchain. Ils permettront à des entrepreneurs non techniques de construire des entreprises sur cette nouvelle infrastructure. C’est pour explorer cette vision que j’ai invité Adli Takkal Bataille, un spécialiste qui a misé toute sa carrière sur cette transformation.
Adli Takkal Bataille : de la littérature à l’expertise crypto
Adli Takkal Bataille n’est pas un développeur ou un financier de formation. Son parcours illustre parfaitement que la clé d’entrée dans cet univers est avant tout intellectuelle.
Un parcours atypique guidé par la curiosité
« Moi avant tout je dirais que je suis un curieux, c’est ça qui m’a amené à Bitcoin », explique Adli. Venu d’une prépa lettres, avec une formation en latin et en grec, il est tombé sur un article en 2013 qui a piqué sa curiosité. « Je me suis dit punaise, il y a quelque chose. »
Ce qui amène les gens à Bitcoin, selon lui, ce sont deux choses : « accepter de remettre en cause ses représentations habituelles et être curieux ». C’est cette démarche qui l’a poussé à créer un blog francophone pour combler le manque de contenu, puis à organiser des rencontres et des conférences, devenant une figure centrale de l’écosystème.
La naissance d’une communauté : le Cercle du Coin
Face à un écosystème décentralisé et dispersé, Adli a co-fondé Le Cercle du Coin, la première association francophone sur les cryptomonnaies. L’objectif était multiple : « créer une interface entre le monde extérieur au sujet et le monde intérieur ». L’association sert de point de contact pour les journalistes et les politiques, tout en créant de la cohésion et en soutenant des initiatives.
Le but est de « réunir tous ces gens-là qui finalement sont derrière un même étendard qui sont l’attrait pour ces nouvelles techno ». En rassemblant des profils très variés, des simples enthousiastes à des conseillers d’État, l’association a pu peser dans le débat public et faire évoluer les mentalités en France.
Comprendre la technologie blockchain : pourquoi le token est essentiel
L’un des combats menés par Le Cercle du Coin a été de lutter contre une idée reçue qui a dominé le discours institutionnel pendant plusieurs années : la possibilité d’une ‘blockchain sans Bitcoin’.
Le mythe de la ‘blockchain sans token’
Pendant une période, la mode était de rejeter Bitcoin, jugé ‘sulfureux’, tout en louant sa technologie sous-jacente, la blockchain. « On voyait de la blockchain partout. Alors que finalement si on considère juste la blockchain, c’est un concept creux et c’est un concept vieux surtout », rappelle Adli. L’idée de chaîner des données de manière cryptographique n’est pas nouvelle.
Cette narrative, poussée par des articles comme celui de The Economist titré ‘The Trust Machine’, visait à récupérer la technologie sans son aspect politique et dérangeant. « Comme Bitcoin est un peu touchy et gênant, on va dire que la blockchain est incroyable. »
Le rôle crucial des ‘incentives’ et du token
Adli insiste sur le fait que la véritable innovation de Satoshi Nakamoto n’est pas la blockchain seule, mais l’ensemble des technologies qui fonctionnent de concert, avec au centre, le token. « L’innovation c’est vraiment d’avoir un ensemble de techno qui marchent ensemble et qui permettent d’avoir un token et de valoriser en fait le réseau en lui-même. »
Ce token, comme le Bitcoin, est ce qui garantit l’indépendance et la sécurité du réseau. « La force de Bitcoin, c’est son indépendance et son indépendance, c’est parce qu’il y a une valorisation du token qui va rémunérer des gens pour entretenir le réseau. » Sans cette incitation économique, le système devient centralisé et corruptible. « Les incentives, la motivation est extrêmement importante dans tous ces systèmes décentralisés parce que s’il y a plus de motivation, il y a plus de système. »
La convergence des intérêts au cœur du réseau
Le génie du système Bitcoin réside dans l’alignement des intérêts de tous les participants. « Tout le monde est aligné sur les mêmes intérêts, celui que qui est que Bitcoin garde sa valeur voir prenne de la valeur et marche bien. »
Tenter d’attaquer le réseau en accumulant une grande puissance de calcul serait contre-productif. L’attaquant détruirait la valeur de l’actif même qu’il cherche à contrôler. C’est cette convergence d’intérêts qui rend « totalement inintéressant d’essayer de tricher au sein de ce système ».
Les défis techniques et l’évolution du protocole Bitcoin
Comme toute technologie naissante, Bitcoin fait face à des critiques sur ses limitations techniques, notamment sa capacité à gérer un grand nombre de transactions, un enjeu connu sous le nom de ‘scalabilité’.
Le trilemme de la blockchain : décentralisation, sécurité et scalabilité
Adli explique qu’il existe un compromis constant entre trois propriétés, théorisé comme le ‘trilemme de la blockchain’ : la décentralisation, la sécurité et la scalabilité (la capacité de mise à l’échelle). « Il y a toujours un point d’équilibre entre ces trois qui tendra plus ou moins d’un côté ou de l’autre. » Bitcoin a historiquement privilégié la décentralisation et la sécurité au détriment de la scalabilité, ce qui a causé des engorgements du réseau.
Des critiques similaires à celles des débuts d’internet
Ces critiques ne sont pas nouvelles et rappellent étrangement les débuts d’Internet. « C’est le même reproche qu’on faisait à internet à ses débuts. Combien de prophètes ont dit que internet ne pourrait jamais être une autoroute de l’information parce que les tuyaux sont trop petits ? » L’histoire se répète : des experts techniques de l’époque affirmaient qu’il n’y aurait jamais assez de bande passante pour les images ou la vidéo.
Bitcoin, comme Internet, est un protocole conçu pour évoluer. « Il faut arrêter de parler de Bitcoin il y a 10 ans. Il faut parler du Bitcoin de maintenant et il a extrêmement changé. Il y a même pas 10 % je crois du code original dans le code de Bitcoin actuel. »
Les solutions de scalabilité en développement
Pour résoudre ce défi, la communauté Bitcoin développe des solutions dites de ‘seconde couche’. L’idée est de ne pas enregistrer toutes les transactions sur la blockchain principale. « L’idée qui a été choisie, c’est de se dire n’essayons pas d’avoir toutes les transactions sur le réseau. Servons-nous du réseau et de sa blockchain pour faire des transactions ailleurs. »
Cela fonctionne un peu comme une chambre de compensation. Des transactions peuvent avoir lieu en dehors de la chaîne principale, de manière quasi-instantanée et à faible coût, puis les soldes finaux sont consolidés sur la blockchain Bitcoin périodiquement. C’est le principe du Lightning Network, une technologie encore à ses débuts mais qui promet de rendre les paiements en Bitcoin viables à grande échelle.
Le paysage réglementaire des crypto-actifs en France et aux États-Unis
L’adoption massive dépend aussi de la clarté réglementaire. Sur ce point, les approches diffèrent grandement entre les pays.
La position encore floue de la France
Au moment de notre conversation, la France n’avait pas encore statué précisément sur la nature juridique de Bitcoin. « En France, pour l’instant on n’a pas encore statué sur ce qu’était Bitcoin précisément. Ça demeure un peu dans le flou. » Cette incertitude a longtemps freiné l’écosystème, même si les choses évoluent, notamment avec l’émergence d’un cadre pour les ‘crypto-actifs’.
La vision américaine : la distinction entre ‘securities’ et protocoles décentralisés
Les États-Unis ont adopté une position plus rapide et plus tranchée. « Ils ont été beaucoup plus radicaux et rapides qu’en France et ça fait un bon bout de temps qu’ils disent que tous les tokens sont des securities. » Un ‘security’ est un titre financier lié à un sous-jacent, comme une action représentant une entreprise.
La plupart des tokens issus des ICO (Initial Coin Offerings) sont donc considérés comme des levées de fonds pour une entreprise et tombent sous la régulation de la SEC. Cependant, les régulateurs américains ont fait une distinction cruciale pour Bitcoin et, plus récemment, pour Ethereum, qu’ils ne considèrent pas comme des ‘securities’. La raison ? « Ils considèrent qu’il y a assez de décentralisation et pas un acteur précis qui en tire des profits. » Un protocole comme Bitcoin est agnostique : « il favorise personne. Chacun peut l’utiliser comme il veut ». Cette distinction est fondamentale pour l’avenir des cryptomonnaies, car elle sépare les protocoles d’infrastructure ouverts des projets d’entreprise centralisés.
FAQ : Vos questions sur l’opportunité crypto
1. La crypto est-elle uniquement destinée à la spéculation ?
Non, la spéculation n’est qu’un aspect visible. La véritable opportunité des cryptomonnaies réside dans la création d’une nouvelle infrastructure économique sur laquelle des entrepreneurs pourront bâtir les entreprises de demain, de la même manière qu’ils l’ont fait sur Internet.
« En revanche, il y a vraiment quelque chose qui est en train de se passer avec les cryptomonnaies et c’est l’idée que ça va transformer notre économie et que si notre économie se transforme, ça veut dire qu’il va y avoir plein de nouvelles opportunités qui sont aujourd’hui imprévisibles qui vont s’ouvrir et dans laquelle quelqu’un qui est un entrepreneur qui a une fibre marketing, va pouvoir s’engouffrer. »
2. Faut-il être un expert technique pour entreprendre dans le secteur de la blockchain ?
Non, pas nécessairement. À l’image d’Internet où des outils comme WordPress ont simplifié la création de sites web, des solutions similaires émergeront pour la blockchain. Les compétences entrepreneuriales et marketing seront tout aussi cruciales que les compétences techniques.
« Si vous voulez construire une entreprise qui se fonde sur la blockchain en 2018, il faut quand même avoir des sérieuses connaissances en matière de développement… mais au fil du temps, il est arrivé des outils comme WordPress… qui permettent à n’importe qui d’utiliser cette infrastructure… et de construire un business au-dessus même sans avoir les compétences techniques. »
3. Qu’est-ce que le mythe de la ‘blockchain sans bitcoin’ ?
C’est l’idée, populaire il y a quelques années, qu’on pouvait utiliser la technologie de registre distribué (la blockchain) sans le jeton natif (le token, comme Bitcoin). Cette vision est erronée car le token est essentiel pour créer les incitations économiques qui assurent la sécurité et la décentralisation du réseau.
« Si on considère juste la blockchain, c’est un concept creux et c’est un concept vieux surtout… L’innovation c’est vraiment d’avoir un ensemble de techno qui marchent ensemble et qui permettent d’avoir un token et de valoriser en fait le réseau en lui-même. »
4. Pourquoi les incitations économiques (incentives) sont-elles si importantes pour un réseau décentralisé ?
Dans un système sans autorité centrale, les incitations économiques (la rémunération via le token du réseau) sont le mécanisme qui motive des milliers d’acteurs indépendants à collaborer pour maintenir, vérifier et sécuriser le réseau. Sans elles, le système ne peut pas fonctionner de manière autonome et sécurisée.
« La force de Bitcoin, c’est son indépendance et son indépendance, c’est parce qu’il y a une valorisation du token qui va rémunérer des gens pour… entretenir le réseau, le mettre à jour, le vérifier et cetera. Il y a un incentive. Les incentives, la motivation est extrêmement importante dans tous ces systèmes décentralisés. »
5. Comment Bitcoin résout-il ses problèmes de scalabilité ?
Bitcoin aborde la scalabilité via des solutions de ‘seconde couche’ comme le Lightning Network. L’idée est de ne pas enregistrer chaque petite transaction sur la blockchain principale, mais de les traiter sur un réseau parallèle plus rapide, puis de consolider les résultats sur la chaîne principale, à la manière d’une chambre de compensation.
« L’idée c’est de dire on va il y a plein d’endroits où on va on va exporter les transactions et de temps en temps on revient dans la chaîne Bitcoin pour remettre les soldes à jour de tout le monde. »
6. Quelle est la différence entre Bitcoin et un token d’ICO selon les régulateurs ?
Les régulateurs, notamment aux États-Unis, tendent à considérer les tokens d’ICO comme des ‘securities’ (titres financiers) car ils sont émis par une entreprise centrale dans le cadre d’une levée de fonds. Bitcoin, en revanche, est perçu comme un protocole décentralisé sans entité centrale identifiable, ce qui le place dans une catégorie juridique différente.
« La majorité des ICO vont être vont produire des tokens qui vont être extrêmement rattachés à une entreprise… La logique finalement d’un token qui serait vraiment pas une security, c’est qu’il soit agnostique. C’est-à-dire ? Et c’est Bitcoin est agnostique. Ben il est il va il favorise personne. »
7. La technologie Bitcoin est-elle figée ou évolue-t-elle ?
Bitcoin est un protocole en constante évolution. Son code a été massivement modifié depuis sa création pour améliorer sa sécurité, son efficacité et ses fonctionnalités. Il est faux de le considérer comme une technologie statique ; il continue de s’adapter pour relever de nouveaux défis.
« Bitcoin comme internet, c’est un protocole, c’est fait pour évoluer… il faut parler du du Bitcoin de maintenant et il a extrêmement changé. il y a même plus il y a même pas 10 % je crois du code original dans le code de Bitcoin actuel. »
8. Quel est le rôle d’une association comme Le Cercle du Coin ?
Une telle association vise à fédérer les acteurs d’un écosystème dispersé, à produire de l’information et de la documentation, à organiser des événements pour la vulgarisation, et à servir d’interface crédible entre la communauté crypto et les institutions externes comme les médias ou les régulateurs.
« Le but très important qui était celui de de créer une interface entre le monde extérieur au sujet et le monde intérieur… ça serait pas mal d’avoir un entre deux sur lequel ben des journalistes pourraient aller taper, des politiques et cetera. »




