D’influenceur voyage à coach en branding : les coulisses d’une reconversion professionnelle
L’invité du jour est Alex, un créateur de contenu aux multiples facettes. Connu comme un youtubeur avec plus de 104 000 abonnés et 12 millions de vues, il est aussi podcasteur avec des émissions comme « Je t’emmène en voyage » et « Entre potes ». Alex a été l’un des pionniers en France sur le créneau de l’influence voyage, transformant sa passion pour les voyages en une carrière florissante. Il a été l’un des plus gros influenceurs dans ce domaine, vivant ce que beaucoup considéreraient comme un job de rêve : être payé pour explorer des destinations paradisiaques. Pourtant, il a pris une décision radicale : tout quitter pour devenir coach en branding. Dans cette discussion, nous explorons les rouages de l’influence voyage, les secrets derrière la création de vidéos captivantes, le business model qui le soutient, mais surtout, la réflexion profonde qui mène à une reconversion professionnelle aussi courageuse.
Les défis du travail à la maison : quand le confinement exacerbe les travers de l’entrepreneur
La période de confinement a mis en lumière une réalité que de nombreux entrepreneurs connaissent bien : la frontière floue entre travail et vie personnelle. Alex, bien que se considérant comme un « grand privilégié » avec son jardin à Annecy, admet que cette situation a un effet particulier. « Ça me fait travailler, vu que je ne peux pas sortir en fait je suis à fond dans les projets et au lieu de me mettre au diapason de la planète qui est de ralentir, j’ai l’impression que je vais un peu à contre-courant. » Cette immersion totale dans le travail, si elle peut sembler bénéfique à court terme, cache des dangers.
La difficulté de déconnecter et le risque de surmenage
Le principal défi pour l’entrepreneur qui travaille de chez lui est la déconnexion. Comme le souligne Alex, cette situation « exacerbe les défauts de l’entrepreneuriat ». La passion pour son travail se transforme facilement en une incapacité à s’arrêter. « Le problème c’est qu’on aime tellement notre travail et que ça nous passionne tellement et que surtout quand tu es chez toi et que ton travail est chez toi, en fait c’est comme si tu vivais au bureau. » L’absence de la routine physique du trajet pour rentrer chez soi supprime un mécanisme de césure essentiel. Sans ce sas de décompression, le cerveau reste en mode « travail », même le soir. « À long terme ça peut être aussi nocif, je pense », conclut Alex. Cette absence de séparation nette est une porte ouverte vers l’épuisement et le burnout de l’entrepreneur.
Mettre en place des stratégies pour un meilleur équilibre vie pro vie perso
Face à cette fusion potentiellement toxique, comment retrouver un semblant de séparation ? La clé réside dans la mise en place de systèmes et de rituels conscients pour tromper son cerveau et recréer des frontières artificielles.
L’importance du mouvement pour créer une césure
Pour Alex, la solution passe par l’action physique. « J’ai remarqué que ce qui me permettait de casser ça et de faire une césure, c’est du mouvement, c’est une action. » Simplement se dire « j’arrête » et s’asseoir sur le canapé ne suffit pas. Le cerveau continue de tourner. L’action doit être différenciante : « poser l’ordi, me changer, foutre mes baskets ou aller dans le jardin et c’est ça qui me fait vraiment sortir du mode Robocop travail. » Ce rituel physique envoie un signal clair au cerveau : la journée de travail est terminée.
Le conditionnement pavlovien pour la productivité : le pouvoir des espaces dédiés
L’idée est de devenir son propre « chien de Pavlov », en se conditionnant pour être productif mais aussi pour se détendre. L’une des techniques les plus efficaces est la séparation des espaces. Même dans un petit appartement, il est possible de dédier un lieu unique au travail. « J’avais en gros la table à manger, personne n’avait jamais mangé sur cette table. C’était là où je bosse et je me mets là-dessus pour bosser et quand je suis dessus je bosse. » Cette association mentale entre un lieu et une activité renforce la concentration pendant les heures de travail et facilite la déconnexion en dehors. L’idéal étant bien sûr d’avoir une pièce, voire un appartement séparé, comme je le fais maintenant, pour créer une « séparation absolue entre les deux ».
Créer des barrières mentales avec des outils séparés
Le conditionnement s’étend aussi aux outils. Utiliser le même ordinateur pour le travail et les loisirs est un piège. Alex l’a bien compris : « quand je dois le rallumer [mon ordi de travail pour une série], il y a tout le côté émotionnel, en fait la charge émotionnelle et mentale qui se rouvre avec mon ordi et j’aime pas du tout ça. » La simple vue de l’interface de travail peut réactiver le stress et les préoccupations professionnelles. La solution ? Avoir des appareils distincts ou, à défaut, des profils utilisateurs différents sur le même ordinateur. Un profil « travail » avec tous les logiciels et comptes professionnels, et un profil « perso » ou « invité » vierge de toute sollicitation. « Si j’ouvre par erreur ma boîte Gmail et que je vois tous les emails que j’ai, bah c’est dead », car le cycle de la réponse et de la charge mentale est immédiatement réenclenché.
Techniques et astuces pour mieux se concentrer au travail
Au-delà de la séparation des espaces, d’autres techniques permettent d’optimiser sa concentration et de structurer sa journée pour rester productif en télétravail.
Changer de lieu pour changer de tâche
Alex utilise une méthode de « micro-lieux » pour rythmer sa journée et conditionner son cerveau. « À chaque tâche différente, d’une thématique différente, je change de lieu. » Passer de son bureau pour les e-mails, à un fauteuil pour les réseaux sociaux, puis à la table de la cuisine pour la création de contenu. « Le fait en fait de faire une action en mouvement et de me mettre dans un autre lieu, mon cerveau, j’arrive à le conditionner. » Ce simple changement physique aide à faire le « switch » mental entre deux tâches et à être plus efficace, évitant ainsi de rester mentalement bloqué sur l’activité précédente.
L’impact des habitudes : de la tenue vestimentaire à la musique
Nos habitudes, même les plus anodines, peuvent jouer un rôle majeur dans notre conditionnement. S’habiller pour travailler, même chez soi, est une astuce connue. « Moi je sais que si je m’habille pas inconsciemment je démarre pas ma journée quoi », confie Alex. Pour d’autres, comme l’auteur Ryan Holiday, cela peut être d’écouter une chanson en boucle pour se mettre en « mode écriture ». Ces rituels, aussi étranges soient-ils, créent des ancrages psychologiques qui signalent au cerveau qu’il est temps de se concentrer.
La musique de concentration : placebo ou révolution ?
Dans la quête d’outils pour améliorer la concentration au travail, Alex a découvert des applications comme Brain.fm. « C’est des sites ou des applis qui te balancent une musique de concentration et ça a été étudié en laboratoire où tu as des fréquences que nous on peut pas percevoir à l’oreille sauf que ton cerveau les perçoit. » Selon lui, ces fréquences le plongent artificiellement dans un état de « deep work ». « Putain mais quand je mets ça je ressors 1 heure, 1h30 après… c’est magique. » Bien que l’on puisse s’interroger sur l’effet placebo, l’important est que cela fonctionne pour lui, lui permettant de canaliser sa concentration qu’il décrit lui-même comme celle « d’un écureuil ».
Le grand débat : multitasking contre single-tasking
La discussion révèle deux approches diamétralement opposées de la productivité. Alex se décrit comme un « écureuil » qui fait « 40 000 trucs à la fois », tandis que je confesse être à l’opposé : incapable de jongler avec plusieurs projets.
La force et la faiblesse d’être mono-tâche
Ma propre expérience illustre le concept de « The One Thing » : se concentrer sur une seule chose à la fois. « Ma grande force, c’est ma grande faiblesse », dis-je. Cette capacité à me concentrer intensément sur une tâche m’a permis de réaliser des projets d’envergure, comme écrire un livre, mais elle a un coût. « J’étais incapable d’écrire un livre et à la fois mener de front la création de contenu. » Le moindre projet supplémentaire devient un « poids mental démesuré ». Gérer plusieurs projets en parallèle m’ajoute beaucoup d’anxiété. Cette approche mono-tâche, bien qu’efficace pour avancer en profondeur sur un sujet, limite la capacité à mener plusieurs initiatives de front.
Les dangers cachés du multitasking et du side project
Alex, lui, vit l’expérience inverse. Le multitasking, autrefois valorisé, peut être « ultra dangereux ». Il partage le sentiment de fatigue et le manque d’accomplissement qui en découle : « Quand tu fais pleins de choses en même temps, il y a un côté qui peut être très dangereux, c’est ce côté dévalorisant parce que ton cerveau n’a pas l’impression d’avancer. » Sans cette satisfaction, la motivation s’érode. Cela pose aussi la question de la mode du « side project ». Pour moi, un projet parallèle est source de stress intense dès que d’autres personnes sont impliquées et attendent un retour. « Très rapidement j’ai l’impression d’être submergé. » Je me retiens donc de lancer de nouveaux projets par peur de cette surcharge mentale.
Trouver l’organisation de travail qui vous correspond
Il n’existe pas de méthode universelle. La clé est de comprendre son propre fonctionnement pour construire un système qui maximise son efficacité et minimise son stress.
Le « batching » : la solution pour le cerveau mono-tâche
Pour concilier mon besoin de concentration unique avec la nécessité de gérer différentes activités, j’utilise la technique du « batching ». « La manière dont je suis capable d’enregistrer aujourd’hui ce podcast, c’est que je bloque une semaine. Et cette semaine, c’est la semaine où je fais le podcast. » En dédiant des blocs de temps exclusifs à une seule activité, j’évite le sentiment d’interruption constante et l’anxiété liée au changement de contexte. Les projets sont traités de manière successive plutôt que parallèle. « Quand je l’ai fini, je l’ai fini et je passe à autre chose. »
Accepter sa nature pour trouver sa propre méthode
En fin de compte, la leçon la plus importante est d’arrêter de se battre contre sa propre nature. Alex rêve de ma capacité à me concentrer, tandis que j’aimerais parfois pouvoir mieux « multitasker ». « Je serais prudent de ne pas te forcer sur un truc qui est contraire à ta nature », je conseille. Il est plus productif de s’appuyer sur ses forces naturelles et de construire un système autour d’elles, plutôt que de tenter d’imiter quelqu’un qui fonctionne différemment. Que vous soyez un « écureuil » ou un adepte du « deep work », l’essentiel est de trouver le rythme et la structure qui vous permettent de vous accomplir sans vous épuiser.
Foire Aux Questions sur la productivité et l’équilibre de vie
Comment séparer efficacement sa vie pro et sa vie perso en télétravail ?
La clé est de créer des barrières physiques et mentales. Utilisez des espaces dédiés, des ordinateurs différents ou des profils utilisateurs distincts, et instaurez des rituels de fin de journée pour marquer une césure claire entre le travail et le temps personnel.
« Il faut vraiment réfléchir en matière de conditionnement quoi, faut devenir le chien de Pavlov et te dire ok comment est-ce que je me conditionne pour bosser et pour être productif quand je bosse, mais aussi le truc inverse, comment est-ce que je me conditionne pour me détendre et séparer les deux. »
Est-ce une bonne idée de lancer un side project quand on est entrepreneur ?
Cela dépend de votre personnalité. Pour certains, c’est une source de créativité. Pour d’autres, qui ont du mal à gérer plusieurs projets, cela peut devenir une source de stress et d’anxiété importante, surtout si d’autres personnes sont impliquées et qu’il y a des attentes.
« Il y a pleins de projets que j’aurais envie de faire […] et je me retiens de les faire parce que j’ai cette peur de me dire dans 3 semaines j’aurais 3-4 trucs en lâche je serais submergé et ça me ferait méga chier. »
Quelles sont les meilleures techniques pour rester concentré en travaillant de chez soi ?
Utilisez le conditionnement : associez des lieux différents à des tâches différentes, créez des rituels de début de journée (comme s’habiller), et utilisez des outils comme des applications de musique de concentration. Le fait de changer physiquement de place aide le cerveau à basculer d’une tâche à l’autre.
« À chaque tâche différente donc d’une thématique différente je change de lieu. […] Le fait en fait de faire une action en mouvement et de me mettre dans un autre lieu […] mon cerveau, j’arrive à le conditionner. »
Le multitasking est-il vraiment mauvais pour la productivité ?
Le multitasking peut être contre-productif car il donne l’impression de ne pas avancer concrètement, ce qui affecte la motivation. Il peut être très fatigant et mener à un sentiment de dévalorisation, contrairement à la focalisation sur une seule tâche qui procure le sentiment du travail accompli.
« Quand tu fais pleins de choses en même temps, il y a un côté qui peut être très dangereux, c’est ce côté dévalorisant parce que ton cerveau n’a pas l’impression d’avancer. Du coup tu as pas la satisfaction et donc la motivation qui va se recharger tous les jours. »
Comment la musique peut-elle améliorer la concentration au travail ?
Certaines applications, comme Brain.fm, proposent des musiques conçues avec des fréquences spécifiques. Bien que l’oreille humaine ne les perçoive pas consciemment, elles aideraient le cerveau à entrer dans un état de concentration profonde, ou ‘deep work’, de manière presque artificielle.
« C’est une appli aussi qui te balance une musique de concentration et ça a été étudié en fait en laboratoire où […] ton cerveau les perçoit […] et en fait ces musiques-là balancent des fréquences qui te mettent mécaniquement et un peu artificiellement dans un deep work. »
Qu’est-ce que le ‘conditionnement pavlovien’ appliqué à la productivité ?
C’est le fait de créer des associations inconscientes pour déclencher un état mental désiré. Par exemple, toujours travailler au même bureau conditionne votre cerveau à se mettre en mode ‘travail’ dès que vous vous y asseyez. De même, un rituel de fin de journée signale qu’il est temps de déconnecter.
« Il faut vraiment réfléchir en matière de conditionnement quoi, faut devenir le chien de Pavlov et te dire ok comment est-ce que je me conditionne pour bosser et pour être productif quand je bosse. »
Comment gérer plusieurs projets en même temps sans se sentir submergé ?
Pour ceux qui ont du mal avec le multitasking, la technique du ‘batching’ est très efficace. Elle consiste à dédier des blocs de temps exclusifs (une journée, une semaine) à un seul projet. Cela évite la charge mentale liée au changement constant de contexte et permet de traiter les projets successivement.
« La manière dont je suis capable d’enregistrer aujourd’hui ce podcast, c’est que je bloque une semaine. Et cette semaine, c’est la semaine où je fais le podcast. […] Il faut qu’ils soient successifs pour moi plutôt que parallèles et dès qu’ils sont parallèles, ça m’ajoute beaucoup d’anxiété. »
Comment déconnecter du travail quand on travaille à la maison ?
La déconnexion nécessite une action physique et un rituel de césure. Plutôt que de simplement arrêter de travailler, engagez une activité différente comme faire du sport, sortir prendre l’air ou simplement changer de pièce et d’appareil pour vos loisirs.
« Ce qui me permettait de casser ça et de une césure c’est du mouvement, c’est une action. […] C’est poser l’ordi, me changer, foutre mes baskets ou aller dans le jardin et c’est ça qui me fait vraiment sortir de du mode Robocop travail. »




