Le constat : quand le chaos organisationnel ne fonctionne plus
Pendant très longtemps, ma manière de travailler était assez éclectique. Pour le dire simplement, je me levais quand je me levais, je bossais à fond, et quand j’étais absolument trop épuisé pour travailler, c’était le moment où j’arrêtais. C’était une organisation très libre, qui a bien fonctionné à une époque, notamment quand j’ai commencé à bosser à plein temps sur mes projets en Asie. Je bossais énormément, mais sans vraiment planifier. Il y avait des moments où je partais au café pour travailler et je croisais des potes qui allaient en boîte. C’était un concept !
Mais petit à petit, ce système a commencé à ne plus fonctionner, et ce pour deux raisons principales. D’une part, plus j’avais d’équipe, de partenaires et d’associés, plus la coordination devenait essentielle. On ne pouvait plus se permettre de se dire : ‘le truc sortira quand il sortira’. Il fallait planifier les lancements, les produits, le marketing. D’autre part, il y a l’aspect familial. Je ne vis plus seul, je viens d’avoir une fille, et j’ai envie de savoir qu’à 18h, j’ai fini pour pouvoir faire le bain. Ça ne peut plus être ‘à 18h, je suis au milieu d’une session d’écriture qui va se finir à 23h30’.
J’ai vraiment eu l’impression ces derniers mois que tout mon modèle d’organisation, celui sur lequel j’avais géré mon business et mon temps jusqu’ici, ne fonctionnait plus. C’est dans ce contexte que j’ai voulu discuter avec Antoine Peytavin. Antoine développe une philosophie de business minimaliste et a beaucoup travaillé sur la planification de son temps. Je me suis dit que son approche serait particulièrement applicable à ma situation.
Adopter un business minimaliste : la philosophie d’Antoine Peytavin
Antoine comprend parfaitement cette transition. Lui aussi a connu cette phase de travail intense et désorganisé. Comme il le dit lui-même : ‘Moi j’ai vécu la même chose, c’est-à-dire que j’étais ce qu’on appelle un gros bosseur, mais tu sais le gros bosseur étudiant. C’est-à-dire celui qui bosse 20 heures ou 3 jours non-stop juste avant l’examen et qui ne fait rien le reste du temps.’ Cette équation peut fonctionner, on peut vivre comme ça et réussir. Mais arrive un moment où l’on a envie de grandir, où l’on en a marre de ‘bosser n’importe comment, de pas comprendre son corps’.
C’est ce qui l’a poussé à explorer une nouvelle façon de travailler, plus alignée avec ses propres rythmes et visant une plus grande sérénité. C’est le cœur de sa philosophie de business minimaliste : simplifier, structurer et se concentrer sur ce qui compte vraiment, tant sur le plan professionnel que personnel.
Trouver son rythme de productivité : la clé d’une organisation personnelle efficace
Le point de départ de la réflexion d’Antoine a été la lecture de nombreux ouvrages qui se recoupaient sur un point essentiel : les rythmes de vie. L’idée, c’est que notre corps et notre esprit ne sont pas des machines capables de performer de manière constante. Nous avons des cycles, des pics et des creux d’énergie et de créativité.
L’écoute de ses rythmes biologiques
Comme l’explique Antoine, ‘de manière biologique, on a un rythme’. Le plus évident est le rythme circadien : le soleil se lève, notre corps se réveille. Mais cette logique peut être poussée beaucoup plus loin, à l’échelle d’une journée ou même d’une semaine. L’enjeu est de cesser de lutter contre sa propre nature pour, au contraire, surfer sur ses vagues d’énergie naturelle. ‘Je pense un peu aux surfeurs qui viennent prendre des vagues et qui surfent dessus quand la vague arrive. Là c’est la même idée. Ton corps a une aptitude à un moment donné de la semaine pour quelque chose. Monte juste sur la vague et laisse-toi porter par le truc, et ce sera 10 fois plus simple.’
Comment identifier ses pics de performance ?
Mais alors, comment identifier ces fameuses vagues ? Antoine propose une méthode qu’il qualifie lui-même en souriant de ‘truc de psychopathe’. Elle est pourtant d’une simplicité redoutable : ‘Tu prends une feuille, tu notes dans ta semaine tous les moments où tu te sens bien, par exemple, où tu te sens plus heureux, moins heureux, plus productif.’ Au début, cela peut paraître aléatoire. Mais en persistant, des schémas émergent.
Pour lui, les résultats ont été clairs : ‘Il s’avère qu’étrangement, c’est le mardi à 11h que je suis le plus productif pour créer une formation. Donc dans ce cas-là, tu as déjà un point de départ.’ Il a fait le même constat pour d’autres tâches : ‘Je suis bon pour faire des vidéos sur YouTube, non pas n’importe quand, mais c’est vers 17h parce que j’ai eu le temps, pour une raison que j’ignore, de maturer mes idées suffisamment.’ Une fois ces moments identifiés, il suffit de les inscrire dans son agenda pour bâtir une semaine qui nous ressemble, une semaine où le travail devient plus fluide et moins forcé.
La semaine parfaite : structurer son temps pour plus de sérénité et de qualité
Fort de cette connaissance de ses rythmes personnels, Antoine a franchi une étape supplémentaire en appliquant cette logique à toute son équipe. L’objectif était de passer d’une gestion de projet réactive et stressante à un système proactif et apaisé.
Le concept de la semaine identique pour réduire le stress
La solution a été de créer des ‘semaines identiques’. Le principe est simple : au lieu de planifier chaque semaine de nouvelles tâches, on définit une structure hebdomadaire fixe où chaque créneau est dédié à un type d’activité. ‘J’ai réduit le stress de mon équipe par 10 en créant des semaines identiques’, affirme Antoine. ‘Si jamais une personne de mon équipe sait qu’elle doit taper une page de vente tous les vendredis, elle s’y prépare à l’avance. Le matin, elle n’a aucun stress de se dire : sur quoi je dois travailler ?’
Cette approche, qui peut sembler rigide à première vue pour un entrepreneur épris de liberté, apporte en réalité une immense sérénité. Elle élimine la charge mentale liée à la priorisation constante des tâches et instaure un rythme prévisible et rassurant pour tout le monde.
Décomposer les grosses tâches pour une meilleure qualité
Mais que faire des projets d’envergure qui demandent plus qu’un simple créneau hebdomadaire ? La solution est de les décomposer. ‘Si jamais une tâche est trop grosse, dans ce cas-là, elle sera fragmentée. Par exemple, tous les matins de 11h à midi, passer une heure sur la page de vente.’ Cette fragmentation a un double avantage. D’une part, elle rend la tâche moins intimidante. D’autre part, elle améliore considérablement la qualité du résultat final. ‘Quand tu repasses sur une tâche, elle est mieux foutue’, insiste Antoine. Revenir sur son travail avec un œil neuf permet de voir des erreurs, d’avoir de nouvelles idées et d’affiner le produit. C’est un processus itératif qui mène à l’excellence.
Le dilemme de l’entrepreneur créatif : immersion profonde contre fragmentation
Cette vision de la fragmentation des tâches se heurte cependant à mon propre mode de fonctionnement, notamment pour la création de contenu. Comment concilier cette structure avec le besoin de s’immerger totalement dans un projet ?
Le besoin d’immersion totale pour la créativité
Lorsque je travaille sur une vidéo complexe qui peut prendre 30 heures, je suis entièrement dedans. Je mange, je dors, je respire ce projet. ‘Si tu m’avais dit : Ah bah tiens, il est 11h30, il faut que tu switches et que tu fasses une autre tâche, je t’aurais dit : va-t’en !’ Ce besoin d’immersion est, je pense, ce qui permet d’atteindre un certain niveau de qualité. J’ai donc cette peur que la fragmentation tue la créativité et le ‘flow’. C’est ce conflit permanent entre mon côté créatif et mon côté entrepreneur qui gère une boîte.
Apprendre à apprendre : la force de la décomposition
Antoine apporte une perspective intéressante à ce dilemme, en utilisant une analogie avec les étudiants. Il explique que ceux qui ont des facilités à l’école n’apprennent jamais vraiment ‘à apprendre’. Ils trouvent la solution de manière intuitive, en bloc. Mais lorsque la complexité augmente, ils se retrouvent bloqués. ‘Les autres ont appris à décomposer et à faire des petites tâches pour arriver à la solution. Là où toi, tu as jamais appris et tu as toujours bossé en bloc sur un truc.’
Selon lui, ‘ceux qui réussissaient, c’était ceux qui justement… s’étaient mis des routines pour y arriver, plutôt que ceux qui bossaient par bloc, qui s’épuisaient parce qu’un jour la tâche est trop grosse et elle te déborde.’ C’est une invitation à voir la fragmentation non pas comme une interruption, mais comme une méthode de travail plus durable et, à terme, plus qualitative.
L’inspiration n’est pas pour les amateurs : comment la cultiver au quotidien ?
Qu’on choisisse l’immersion ou la fragmentation, un élément reste crucial : l’inspiration. Et pour Antoine, il ne s’agit pas d’attendre passivement qu’elle frappe à la porte. ‘C’est la clé de tout. C’est même devenu chez moi un travail. C’est bizarre à dire, mais l’inspiration est devenue un travail.’
Il a remarqué des schémas clairs : ‘Quand tu pars en vacances, tu es plus inspiré. Quand tu fais des marches, tu es plus inspiré.’ La raison est simple : le cerveau se déconnecte du quotidien, prend du recul et fait de nouvelles connexions. L’inspiration est ce qui permet de passer ‘de bon à génial’, ‘de mec lambda qui crie sur le web à un mec qui a un niveau au-dessus’. Il est donc impératif de la nourrir activement : par les livres, les discussions, les balades, les voyages. C’est un investissement essentiel pour la qualité de son travail.
Un cas pratique de business minimaliste : l’écriture d’un livre en collaboration avec son audience
Pour illustrer concrètement sa philosophie, Antoine partage sa méthode actuelle pour écrire son nouveau livre. C’est un parfait exemple de fragmentation, d’itération et de collaboration.
Une approche fragmentée et itérative
Fini l’immersion totale pendant 7 jours comme pour son premier livre. Aujourd’hui, son approche est radicalement différente : ‘Je me mets dessus une demi-heure tous les matins, au moment où j’aime écrire. […] Ça fait deux matins que j’y passe seulement une demi-heure, je me retiens de faire la suite.’ Ce temps court mais régulier lui permet de revenir sur son texte le lendemain avec un regard frais. ‘Je suis repassé dessus ce matin, j’ai corrigé tout un tas de choses dans la première partie qui me paraissaient bonnes le jour J et qui, à froid, me paraissent pas aussi bonnes.’
L’écriture collaborative pour valider ses idées en temps réel
Mais l’innovation la plus marquante est le caractère collaboratif du projet. Antoine a créé une publicité sur Facebook invitant les gens à ‘l’observer pendant qu’il écrit son livre’. Les inscrits reçoivent un lien vers un Google Doc où ils peuvent le voir taper en direct et laisser des commentaires. ‘Les gens me disent ce qu’ils en pensent, ce qu’ils ont aimé, pas aimé. […] Plein de gens me donnent des commentaires, me disent : tiens, tu devrais mettre ci à tel endroit, est-ce que tu as pensé à ça ?’
Cette démarche lui permet de ne plus écrire dans le vide, angoissé par la réception future de son œuvre. Il est encouragé et guidé par sa communauté, validant ses idées au fur et à mesure. C’est l’incarnation même d’un business minimaliste : un processus simple, efficace, qui réduit le risque et maximise la valeur en s’appuyant sur des systèmes intelligents plutôt que sur l’effort brut.
Foire Aux Questions (FAQ)
Qu’est-ce que le business minimaliste selon Antoine Peytavin ?
Le business minimaliste est une philosophie qui consiste à simplifier la gestion de son entreprise en se concentrant sur l’essentiel. Cela implique de refuser systématiquement les nouveaux projets pour garder le focus, de structurer son temps de manière optimale et de créer des systèmes qui réduisent le stress et augmentent l’efficacité.
‘Donc déjà, on parle de minimalisme : toujours refuser les nouveaux projets. C’est important.’
Comment trouver son rythme de productivité personnel ?
Pour trouver votre rythme, notez précisément pendant une semaine les moments où vous vous sentez le plus productif, créatif ou heureux. En analysant ces notes, vous identifierez des schémas récurrents, comme un pic d’énergie pour la création le mardi matin ou pour les tâches analytiques l’après-midi.
‘Tu peux noter par exemple dans la semaine… les moments où j’étais le plus productif. Par exemple, il s’avère qu’étrangement, c’est le mardi à 11h que je suis le plus productif pour créer une formation.’
En quoi consiste la méthode de la ‘semaine parfaite’ ou ‘semaine identique’ ?
La méthode de la semaine identique consiste à assigner des types de tâches spécifiques à des créneaux horaires fixes chaque semaine. Au lieu de planifier des semaines différentes, chaque semaine ressemble à la précédente, ce qui crée une routine, réduit le stress lié à la priorisation et améliore la qualité du travail.
‘J’ai réduit le stress de mon équipe par 10 en créant des semaines identiques… l’important c’est que toutes les semaines soient identiques et non pas de planifier à l’avance quelle semaine tu vas faire, puisqu’au final chaque semaine tu fais un peu de tout.’
Comment concilier vie pro et vie perso en tant qu’entrepreneur ?
L’un des principaux défis est de passer d’un mode de travail chaotique à un emploi du temps structuré. Définir des heures de fin claires, comme le fait Stan avec le bain de sa fille à 18h, devient possible en planifiant sa journée et sa semaine, ce qui permet de dédier du temps de qualité à sa famille sans que le travail n’empiète dessus.
‘Il y a l’aspect familial où je ne vis plus tout seul, récemment, je viens d’avoir un enfant… j’ai envie d’avoir une heure où je sais qu’à telle heure, j’ai fini, à 18h, je fais le bain, tu vois.’
Vaut-il mieux travailler sur un seul gros projet à la fois ou en fragmenter plusieurs ?
Il y a un débat entre l’immersion totale, qui favorise un état de ‘flow’ créatif, et la fragmentation, qui consiste à travailler sur de grosses tâches par petits créneaux réguliers. Selon Antoine, la fragmentation permet de revenir sur son travail avec un œil neuf, d’améliorer la qualité et d’éviter l’épuisement sur des projets trop imposants.
‘Ceux qui réussissaient, c’était ceux qui justement avaient appris à apprendre à se mettre des routines pour y arriver plutôt que ceux qui bossaient par bloc, qui s’épuisaient parce qu’un jour la tâche est trop grosse.’
Comment rester inspiré pour créer du contenu régulièrement ?
L’inspiration n’est pas un hasard, elle se cultive activement. Il faut la considérer comme une partie intégrante du travail. Pour cela, il est essentiel de se déconnecter, de s’exposer à de nouvelles idées via des lectures, des discussions, des balades ou des vacances.
‘L’inspiration est devenue un travail. Par exemple, tu remarques que quand tu pars en vacances, tu es plus inspiré… Donc en fait l’inspiration, c’est le machin qui fait que tu passes de bon à génial en fait.’
Pourquoi un entrepreneur doit-il apprendre à planifier sur le long terme ?
Au début, la flexibilité est un atout, mais avec la croissance, l’absence de planification à long terme devient un frein. Planifier par trimestre permet de coordonner les équipes et les lancements, évitant ainsi le sentiment de jongler constamment entre les urgences et de ne jamais avancer sur les projets de fond.
‘Ma semaine est moins bien organisée et quand tu vas un cran au-delà de la semaine ce n’est pas top. C’est-à-dire que si tu me dis ce que tu vas faire dans 3 semaines, je te dis que je vais le décider dans 2 semaines et demie.’
Quel est l’avantage de décomposer une tâche complexe en plusieurs sessions ?
Décomposer une tâche complexe permet d’améliorer significativement la qualité finale. Chaque session de travail est une occasion de revoir le travail précédent avec un regard neuf, de corriger des erreurs et d’intégrer de nouvelles idées, un processus difficile à réaliser lorsqu’on travaille d’une seule traite.
‘Ça lui permet de revenir dessus le lendemain à chaque fois et d’avoir des nouvelles idées en plus dans le système du truc. Donc tu montes en qualité.’




